littérature Europe du Sud·mini-thème

Mini-thème (3) Littérature espagnole contemporaine

intemperieJesus Carrasco, Intempérie

Un jeune garçon prend la fuite sous un soleil de plomb, dans une plaine immense et desséchée, il ne veut en aucun cas regagner son village. Les maigres réserves qu’il a emportées s’amenuisent. Il croise la route d’un berger qui cherche des points d’eau et d’hypothétiques herbages pour ses bêtes.
On apprend, par des mots aussi parcimonieux que l’herbe sèche, la raison de la fuite du garçon, on assiste à l’ébauche d’une sorte d’amitié entre lui et le vieux berger. Mais il ne fait aucun doute que cette histoire, fut-elle post-apocalyptique ou non, se terminera dans le sang, en amorçant peut-être le début d’autre chose, d’un passage, d’une maturité nouvelle… Je ne peux pas faire de ce roman, si sombre, si épuré, un coup de cœur, il me manque un peu d’enthousiasme, mais je reconnais une très belle langue, que la traduction n’altère pas, et un auteur à suivre de près.

Citations : Ici, il n’y avait que des lévriers galgos. Efflanqués. Chairs essorées sur une ossature longue. Des animaux mystiques qui couraient à toute vitesse après les lièvres, sans jamais s’arrêter pour flairer, parce qu’ils avaient été jetés sur la Terre avec un unique mandement : traquer et déchiqueter. Des lignes rouges ondoyaient sur leurs côtes, vestiges de la cravache de leurs maîtres. De celle qui, sur la terre sèche, asservissait les enfants, les femmes et les chiens.

222 pages.
Éditeur :
Robert Laffont (2015)
Traduction : Marie Vila Casas
Titre original : Intemperie

temoininvisibleCarmen Posadas, Le témoin invisible

En emportant en vacances un roman espagnol contemporain tiré de ma pile à lire, je pensais lire un roman SUR l’Espagne contemporaine ! Pas du tout ! Quelques lignes m’ont suffi pour me rendre compte que l’intrigue se passait en (très) grande partie entre 1912 et 1918 en Russie, avec des incursions moins fréquentes dans le présent du narrateur, en 1994 à Montevideo.
Leonid Sednev a assisté de près aux derniers jours des Romanov, en tant que petit ramoneur, puis qu’aide-cuisinier, il en a été le témoin discret, et avant sa mort, soixante-quinze ans plus tard, il souhaite que sa parole rende un peu de vie au tsar et à son entourage, en particulier ses quatre filles et son fils, tous assassinés en 1918. Il essaye aussi de donner les détails dont il se souvient sur le personnage bien particulier de Raspoutine.
Ce roman historique grâce à une écriture vive et alerte, n’est altéré par aucune longueur, et se dévore avec intérêt, même si on en attendait autre chose, j’en suis la preuve ! J’ai retrouvé Carmen Posadas dans un genre très différent de Petites infamies et Cinq mouches bleues, lus il y a un bon bout de temps, et j’ai apprécié également cette lecture, et notamment la vision d’un événement historique du côté des domestique
s, plutôt qu’auprès des puissants.

Citation : Un vieux proverbe dit que nul n’est un grand homme pour son valet de chambre. Selon un autre que je suppose encore plus ancien, il ne faut pas servir qui a servi ni quémander auprès de qui a déjà quémandé. J’estime pour ma part qu’aucun de ces fragments de sagesse populaire n’a été énoncé par ceux susceptibles d’être les mieux informés en la matière, à savoir les domestiques.

461 pages.
Éditeur :
Points (2015)
Traduction : Isabelle Gugnon
Titre original : El testigo invisible

imposteurJavier Cercas, L’imposteur

J’avais repéré, sur plusieurs blogs de confiance, ce roman de Javier Cercas, auteur pas tout à fait inconnu de mes services… Allez, je l’avoue, j’avais calé sur Les lois de la frontière, pour je ne sais plus trop quelle raison, et je voulais lui laisser une deuxième chance. C’est chose faite avec ce roman « sans fiction » qui se lit comme une enquête autour d’une affaire qui a fait grand bruit bien au-delà de la Catalogne. L’imposteur du titre est Enric Marco, président de l’association espagnole des déportés de Mauthausen, qui fut démasqué, et dût reconnaître qu’il n’avait pas été dans un camp de concentration en Allemagne, comme il le faisait croire depuis de longues années… La biographie d’Enric Marco comporte bien des zones d’ombre, et l’homme, qui s’est rêvé en héros, n’aura finalement été qu’un homme parmi d’autres, un peu lâche, un peu suiveur. La manière d’enquêter de Javier Cercas n’est pas sans rappeler celle d’Emmanuel Carrère, n’hésitant pas à exprimer en détail les remises en cause personnelles qui l’affectent au cours de ses recherches. Mon exemplaire numérique du roman est ponctué de surlignages qui prouvent que ce travail m’a beaucoup intéressée, voire passionnée par moments.

Extrait : Je pensais que notre première obligation était de comprendre. Comprendre, bien sûr, ne veut pas dire pardonner ou, comme disait Teresa Sala, justifier ; plus précisément : cela veut dire le contraire. La pensée et l’art, me disais-je, essaient d’explorer ce que nous sommes, ils révèlent notre infinie variété, ambiguë et contradictoire, ils cartographient ainsi notre nature.

416 pages.
Éditeur : Actes Sud (septembre 2015)
Traduction : Aleksandar Grujicic et Elisabeth Beyer
Titre original : El impostor

photographes du samedi

Photographe du samedi (33) Daesung Lee

Je n’ai encore jamais vu la manifestation parisienne Photoquai, mais j’aime parcourir leur site et découvrir des photographes inconnus de mes services. Et c’est peu dire qu’ils sont très nombreux !

Cette année, j’ai repéré le coréen Daesung Lee et ses mises en scènes originales destinées à mettre en évidence le changement climatique et ses conséquences sur les peuples. Vaste sujet… et très belle recherche du photographe documentaire.
Plusieurs séries de ses photos m’ont intéressée : « Archéologie du futur », où le photographe a mis en scènes des nomades en Mongolie, région très touchée par la désertification.

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Très touchante aussi la série « On the shore of a vanishing island » sur la petite île de Ghoramara, dans le delta du Gange, menacée par la montée des eaux. Le photographe a partagé la vie des habitants pendant deux mois : « « Un jour, cette île où ils sont nés ne sera plus qu’un souvenir. Le processus a démarré dans les années 1960. Depuis plus de trente ans, c’est plus de la moitié du territoire qui a disparu, et les deux tiers de la population… »
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Né en 1975 à Busan (Corée du Sud), Daesung Lee est diplômé en photographie de l’université Chung-Ang de Séoul. Il a voyagé à travers le monde et s’est consacré, depuis 2007, à la photographie documentaire et socialement engagée. Daesung Lee vit actuellement à Paris. Ses travaux sont repris entre autres par The Guardian, La Repubblica ou M Le Magazine du Monde.
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Le site du photographe.

Je participe au challenge coréen, organisé par Pativore.

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non fiction·rentrée automne 2014

Olivier Rolin, Le météorologue

meteorologueL’auteur : Né en 1947, Olivier Rolin a passé son enfance au Sénégal. Il est diplômé de l’ENS. Il a été journaliste, puis éditeur. Son œuvre est constituée d’une vingtaine de romans, dont les très remarqués L’Invention du monde (1993), Port-Soudan (1994, prix Femina) et Tigre en papier (2002, prix France Culture). Il a également écrit des récits de voyage et des reportages, notamment en Amérique du Sud, et en Europe de l’est.
224 pages
Éditions du Seuil (septembre 2014)

Aujourd’hui, je tente un petit retour vers les billets de lecture, ou quelque chose qui va du moins essayer de ressembler à un avis sur ce livre. Je dois avoir du mal avec la chaleur, j’ai l’impression de ne pas réussir à aligner deux mots, et j’ai bien peur que ça n’aille pas en s’arrangeant !
Retour aussi avec Olivier Rolin que je ne connais que par Bakou, derniers jours. Retour encore en Russie où l’auteur a beaucoup voyagé, mais dans des régions beaucoup plus septentrionales que l’Azerbaïdjan, à savoir les îles Solovki, des îles en plein océan glacial arctique, en gros au nord-est de la Finlande. C’est là que le météorologue Alexeï Vangengheim fut confiné, sur ordre de Staline, pendant de longues années, avant de disparaître. Sort qu’il a malheureusement partagé avec des millions d’autres, du prêtre à l’étudiant, du paysan au médecin. Pourquoi Olivier Rolin a-t-il choisi de parler de ce scientifique plutôt que d’un autre disparu ? Cet homme n’a rien de grandiose, d’extraordinaire, son destin n’a rien de particulièrement original, si ce n’est son métier d’observateur de nuages, mais aussi de chercheur pour les débuts de la conquête spatiale. Olivier Rolin est tombé sur des séries de dessins que Vangengheim avait fait en captivité pour sa fille, qui lui ont donné envie de mieux le connaître. Ils sont d’ailleurs reproduits en fin de livre, c’est là une très bonne idée.
L’auteur revient sur la jeunesse, la famille, les études, le travail d’Alexeï, puis sur les événements qui conduisent à son arrestation, une dénonciation d’un collègue envieux, probablement. « C’est un innocent moyen » dit-il, mais la machine stalinienne est telle qu’il ne proteste pas de manière trop forte contre son arrestation arbitraire, de crainte de représailles contre sa femme et sa fille. Il restera toujours soviétique dans l’âme et persuadé que l’erreur va être réparé, et qu’il sera libéré.
J’ai, comme dans le premier récit d’Olivier Rolin que j’ai lu, apprécié le style assez détaché et tranquille, les petites notations personnelles, le vocabulaire recherché, l’usage immodéré des parenthèses, le tout lié à une recherche documentaire solide. C’est franchement passionnant, et comme bien souvent, un destin individuel permet d’en comprendre autant, sinon plus, qu’un essai qui reviendrait de manière exhaustive sur cette période noire de la Russie. Cela complète aussi d’autres de mes lectures, je pense notamment à L’homme qui aimait les chiens, roman de Leonardo Padura à propos de l’assassinat de Trotsky sur ordre de Staline.

Extrait : Une chapelle de bois assez cabossée au bout d’une petite langue rocheuse. En-dessous, une estacade écroulée. Plus loin, les restes d’un môle rustique plongent sous l’eau, gabions de tronc d’arbres emplis de pierre. Le chemin côtier emprunte le tracé de la bretelle ferroviaire qui menait de la gare jusqu’à l’entrée du camp. On voit encore, enfoncées dans le sol sableux, des traverses, et sur les côtés les pierres du ballast. (Émotion de voir se matérialiser des choses qui viennent de la double immatérialité du passé et des lectures : ce qui est advenu il y a très longtemps, que je ne connais que par des livres, en voici la trace concrète, ici et maintenant.) A la descente des wagons, on était accueilli à coups de poing et de crosse, d’après les souvenirs de l’écrivain Oleg Volkov.

Repéré chez Dominique et Papillon. Sandrine et Alex l’ont lu récemment aussi.
Participation de juin au projet non-fiction de Marilyne (in extremis !)

littérature Amérique du Nord·non fiction·rentrée automne 2014

Justin St. Germain, Son of a gun

sonofagunRentrée littéraire 2014
L’auteur : Né à Philadelphie en 1981, Justin St. Germain vit aujourd’hui à Albuquerque et enseigne à l’Université du Nouveau-Mexique. L’auteur était invité du Festival America 2014, notamment sur le thème de « La violence aux États-Unis »
313 pages
Editeur : Presses de la Cité (août 2014)
Traduction : Santiago Artozqui

Septembre 2011, alors que tout le monde a encore la tête pleine des images des attentats, Justin St. Germain, alors étudiant, apprend de la bouche de son frère que sa mère vient d’être retrouvée morte dans son mobile-home, tuée de plusieurs coups d’une arme à feu. Le principal suspect, son compagnon du moment, Ray, a disparu.
Dix ans plus tard, Justin St.Germain entreprend d’écrire, de faire le récit détaillé de cet assassinat, de son point de vue à lui, et avec ce qu’il sait du drame. Il mène aussi l’enquête, revient dans la ville d’Arizona où il a vécu, retrouve des personnes que sa mère a côtoyées. Rien n’est facile, et l’émotion prend souvent le dessus, et le fait se demander s’il doit continuer. Il prend conscience que sa mère, son frère et lui appartenaient à la « white trash », les petits blancs pauvres, vivant de petits boulots, acceptant en location les appartements les plus minables. Pourtant sa mère, lui semble-t-il, essayait de son mieux d’élever sans père ses deux enfants, tout en n’ayant que peu de stabilité à leur offrir : déménagements, cohabitations, semi-pauvreté… C’est un portrait de cette classe pauvre des petites villes que dresse l’auteur, avec justesse et sans rien cacher. Il s’intéresse aussi, par la force des choses, aux thèmes de la violence domestique (même si ce terme paraît édulcorer ladite violence) et de la culture des armes à feu aux Etats-Unis, et c’est très intéressant. Sa mère a été assassinée à Tombstone, ville où se situe le fameux O.K. Corral, et quelques paragraphes reviennent parallèlement sur les lieux et les circonstances de cette fusillade historique.
De ce récit je retiens surtout le portrait de la mère, qui sonne tout à fait juste, plus que le fait qu’elle ait été assassinée, et l’écriture de ce jeune auteur qui est vraiment prometteuse. Le sujet aurait pu donner lieu à un texte soit trop larmoyant, soit trop documentaire, soit trop nombriliste, à mon avis, tout cela est évité, l’équilibre est gardé, et la lecture en est captivante. Maintenant qu’il a écrit sur sa propre histoire, projet utile de faire à la fois pour lui-même et pour ses lecteurs, j’ose parier qu’il pourra se remettre de nouveau derrière son clavier, et devenir un nom qui compte dans la littérature américaine.

Citations : Alors, j’ai fait ce que tout étudiant en lettres aurait fait : j’ai cité quelqu’un d’autre.
« Ma mère est morte. La Bête a surgi. »
Ça a marché. Au cours des semaines suivantes, j’écrivais tous les soirs, et à chaque fois, les mots me venaient facilement. Je parcours ces pages de temps à autre, quand j’ai peur de commencer à oublier, mais très vite j’ai envie de prévenir mon ancien moi de ce qui l’attend, de lui dire que la Bête restera toujours avec nous.

Dix-sept ans, un embonpoint naissant, fauché, célibataire et saoul : j’incarnais la white trash, le Blanc pauvre et sans éducation.

Lu aussi par A propos de livres.

Projet non-fiction de Marilyne, c’est ma participation de novembre.

photographes du samedi

Photographe du samedi (24) Sebastião Salgado

sebastião salgado1Aujourd’hui, je vous parlerai de photos pour vous donner envie d’aller voir un film ! Wim Wenders s’est mis au documentaire et s’est passionné pour le photographe d’origine brésilienne Sebastião Salgado. Avec Juliano Ribeiro Salgado, le fils de ce grand photographe, il a réalisé un long métrage sur sa vie et son œuvre, qu’il a appelé Le sel de la terre… car l’homme est le sel de la terre. Dès les premières images, les fameuses vues des mines de la Serra Pelada, j’ai été subjuguée. Je connaissais déjà les photos, mais l’homme mérite d’être connu. Il intervient lui-même dans le film, il parle très bien français, car il s’est réfugié, tout jeune marié, à Paris avec son épouse.
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Sebastião Salgado est né le 8 février 1944 à Aimorés, état du Minas Gerais, Brésil. Il vit à Paris. Economiste de formation, il commence sa carrière de photographe à Paris en 1973. Il travaille dans plusieurs agences jusqu’en 1994, puis avec son épouse Lélia Wanick Salgado, ils fondent l’agence de presse Amazonas images. Sebastião Salgado a reçu de nombreux prix, il est Ambassadeur de Bonne Volonté pour l’UNICEF, et membre honoraire de The Academy of Arts and Science aux Etats-Unis.

Ce que j’admire chez ce photographe, c’est la somptuosité de son noir et blanc, de la lumière de ses clichés, et les thèmes qu’il choisit : l’homme au travail, les exodes, les conflits, les beautés de l’environnement. Chaque projet le tient de nombreuses années, il le travaille à fond. Mais c’est son regard, particulièrement bienveillant, qui est le plus remarquable. Après avoir travaillé sur les guerres dans le monde, déprimé par ce que l’homme était capable de faire, il s’est tourné vers la nature, et a conçu son projet Genesis, un hommage à la planète et un grand espoir mis dans la nature. C’est un lieu commun que de dire cela, mais ces images en disent plus long que n’importe quel texte.

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Pour en voir et en savoir plus : le billet d’Aifelle sur le film, la bande-annonce, le projet Genesis, le site Amazonas images.

littérature France·non fiction

David Lefèvre, Solitudes australes

solitudes-australesL’auteur : Né en 1973, David Lefèvre interrompt ses études à 20 ans après une licence d’histoire-géographie pour s’en aller chercher ses humanités sur les routes : Amérique du Nord, Proche-Orient, Asie centrale, Asie du Sud-Est… Il alterne voyages au long cours et boulots alimentaires dans divers pays d’Europe pour se frotter à la réalité du travail précaire. Il effectue en 2003 un premier séjour en Amérique du Sud. Entre 2005 et 2010, son exploration se prolonge vers les forêts et les steppes de la Patagonie et de la Terre de Feu. Entre 2010 et 2012, il réside au Chili où il exerce une activité de photographe avant de s’installer au bord d’un lac de l’île de Chiloé. David Lefèvre est l’auteur de Solitudes australes, Chronique de la cabane retrouvée et Aux quatre vents de la Patagonie, En route pour la Terre de Feu.
177 pages
Editeur : Transboréal (2012)

David Lefèvre, en parallèle avec divers emplois alimentaires, est parti à travers le monde. Parmi ses nombreuses rencontres, un ami qui propose de lui prêter un terrain avec une cabane au bord du lac Huillinco, sur l’île chilienne de Chiloé, pour y passer plusieurs mois. Il y restera et tiendra un journal de bord de septembre à avril, du printemps à l’automne. La cabane nécessite une remise en état, et l’auteur se donne à fond dans les travaux manuels, menant aussi à bien la création d’un potager dans la forêt avoisinante. J’ai aimé sentir la nature qui entoure la cabane, les averses, voire les tempêtes qui la frappent, et les petites bêtes diverses et aussi plus grosses, qui signalent à l’auteur que c’est leur territoire.
J’ai un peu moins apprécié les réflexions philosophiques, enfin certaines d’entre elles me parlaient, mais pas toutes, ce qui est bien normal, et chacun devrait y trouver phrases à relever et matière à réfléchir sur son propre rapport à la nature.
La solitude, la proximité immédiate de l’environnement poussent évidemment à se poser des questions sur la vie, sur l’homme et la nature, sur la société de consommation, mais, et l’auteur note bien qu’il faut revenir à la réalité, comment croire que ce mode de vie puisse convenir à tout le monde et être extensible à l’infini ? Si j’imagine les forêts envahies de cabanes, et d’individus attirés par cette forme de pauvreté volontaire, je ne suis pas certaine que l’environnement et la nature s’en porteraient mieux. Cela fonctionne si ça reste assez marginal. Vu la population terrestre, éviter de construire et d’habiter les villes paraît une douce utopie.
Davantage que les considérations philosophiques, j’avoue avoir préféré les portraits des voisins du narrateur, à quatre pattes ou à deux, ces derniers n’étant pas forcément les plus civilisés, et aussi les évocations du climat et des paysages, côté lac, comme côté océan, et le cahier de photos à l’intérieur qui permet de se représenter les lieux. Pour moi l’aspect voyage immobile et le cadre unique de l’île de Chiloé sont un peu frustrants, mais j’en retiendrai de très beaux passages où l’auteur réussit vraiment à faire partager son expérience et sa réflexion.

Extrait : Remonter un chemin d’eau vers sa source ou l’accompagner vers l’océan est une des choses les plus enivrantes qui soient. Vous longez une rive, vous suivez une berge, et le trouble délicieux du plongeon dans l’inconnu s’installe en vous. À mesure que vous progressez vers l’amont ou vers l’estuaire, la vie a soudain de grands territoires devant elle. C’est ce que j’ai ressenti en progressant vers le Pacifique.
À l’embranchement des rivières, j’entendais l’eau gicler au pied des versants. Au débouché du Rio Notué, des poissons et leurs dos étincelants frôlaient la surface à hauteur des berges. C’était des saumons gros comme ma cuisse pressés d’avaler la rivière nageoires repliées.

Les lectures de Chinouk, Dominique, Hélène, Keisha et Marilyne qui m’ont donné envie de me retirer dans une cabane au Chili ! Ceci est ma (première) participation au projet non-fiction de Marilyne.

littérature Europe de l'Est et Russie

Lydia Tchoukovskaïa, Sophia Petrovna

sophiapetrovnaL’auteur : Lydia Tchoukovskaïa est née en 1907 à Saint-Pétersbourg, son père est l’écrivain et critique Korneï Tchoukovski. Elle est écrivain, critique spécialisée dans la littérature pour enfants. En 1938 son mari est arrêté et fusillé immédiatement. Tenue dans l’ignorance de sa mort, Lydia échappe à l’arrestation en quittant Leningrad. En 1939 elle écrit Sophia Petrovna. Ce texte secret, écrit au péril de sa vie, restera un document unique sur l’année 1937. Sophia Petrovna et son roman La Plongée tiré de ses souvenirs de guerre n’ont été édités en Russie qu’à la fin des années 80. On lui doit également Entretiens avec Anna Akhmatova (1980). Elle meurt en 1996 à Moscou.
133 pages
Sous-titre : La maison déserte
Editions Interférences (2007)
Traduction : Sophie Benech

A la fin des années 30, Sophia Petrovna, devenue veuve, doit trouver un travail. Elle est engagée comme dactylographe dans une maison d’édition et apprécie beaucoup ses nouvelles fonctions, ne ménage pas sa peine en tant que citoyenne qui se veut exemplaire. Elle élève seule son fils Kolia qui part faire des études dans une ville éloignée. Pendant ce temps, Sophia se lie d’amitié avec une de ses collègues de bureau, et accède au poste de chef des dactylos. Mais des arrestations se succèdent. Sophia Petrovna accepte avec quelque étonnement les accusations de traîtrise prononcées contre ses collègues emprisonnés, jusqu’au jour où c’est son fils qui est arrêté.
On peut grosso modo séparer le livre en deux parties, avant l’arrestation de Kolia et après. Sophia n’avait rien vu venir, reste persuadée qu’il s’agit d’une erreur, et que son fils va recouvrer la liberté très rapidement. Elle ne comprend pas comment fonctionne la bureaucratie, les files d’attente, elle se heurte à des murs sans cesse… La dénonciation est claire, et il est bien évident que la diffusion de ce texte était impossible lors de la période stalinienne. Heureusement, il a été conservé et publié plus tard, car ce témoignage très fort mais romancé, qui colle aux petits faits quotidiens, montre plus que de longs discours et malgré sa sobriété, provoque l’émotion.
Je ne connaissais pas ce livre et l’ai trouvé tout à fait par hasard, au mois d’août, lors du grand « Lâcher de livres » qui a eu lieu à Lyon, dans les parcs, les gares, les hôpitaux, les paniers des « Vélo’vs » ! Butin : trois livres, j’ai été raisonnable, et je relâcherai celui-ci dès ce billet paru ! Je ne saurais trop dire pourquoi il m’a attiré, sans doute son interdiction durant de longues années en URSS, en tout cas, il ne m’a pas déçue.

Extrait : Dans sa jeunesse, lorsqu’il lui arrivait de s’ennuyer, les jours où Fiodor Ivanovitch s’absentait longtemps pour ses visites, elle s’imaginait qu’elle avait un atelier de couture à elle. Dans une grande pièce claire, de charmantes jeunes filles se penchaient sur des cascades de soie, elle leur montrait des modèles et, pendant les essayages, distrayait les dames élégantes en leur faisant la conversation. Eh bien, un bureau de dactylographie, c’était même encore mieux, cela avait quelque chose de plus sérieux. A présent, il lui arrivait souvent d’être la première à lire, à l’état de manuscrit, une nouvelle œuvre de la littérature soviétique, un récit ou un roman, et même si elle trouvait les récits et les romans soviétiques ennuyeux car il y était beaucoup question de batailles, de tracteurs, d’ateliers d’usine, et très peu d’amour, elle était quand même flattée.

littérature France·rentrée hiver 2014

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule

enfiniraveceddybelegueuleL’auteur : Édouard Louis a 21 ans. Il a déjà publié Pierre Bourdieu : l’insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.
219 pages
Editeur : Seuil (janvier 2014)

Si vous n’avez pas encore entendu parler d’Eddy Bellegueule, c’est en deux mots un témoignage sur une enfance et une adolescence, dans un petit village de Picardie. Sa voix aigüe, ses grands gestes, ses « manières » font qu’Eddy est moqué, pointé du doigt, rabroué, humilié, en particulier au collège, mais aussi au sein de sa propre famille. Les mots sont durs, les attitudes pires encore. Il tente pourtant de lutter, de se couler dans le moule du parfait dur, qui aime le foot, le catch à la télé et parle des filles avec des mots bien grossiers. Mais sa nature ne se laisse pas dompter comme ça…
Ce roman est encensé par là où il pêche, à mon avis, c’est-à-dire la jeunesse de l’auteur, d’où un certain manque de recul de sa part. La misère affective, sociale et intellectuelle qu’il décrit existe, bien sûr, et je ne pense pas qu’il ait grossi le trait, mais j’ai été gênée par le fait que ne se retrouvent dans son roman, surtout lorsqu’il s’agit de sa famille, que les moments, les anecdotes, le vécu le plus sordide. Il faut vraiment chercher pour trouver quelque chose de positif à propos de ses parents, comme le courage de sa mère ou un geste généreux mais maladroit de son père. Par contre, je comprends mieux qu’il ne garde que les aspects les plus malheureusement marquants de ses années de collège, qui durent être épouvantables, ou de sa famille élargie qui fut vraiment un fardeau pour lui. Je n’ai pas trouvé indispensable non plus que lorsqu’il retranscrit en italique des paroles de membres de sa famille, elles soient systématiquement pourvues d’une faute de français ou d’un mot vulgaire…
Certes, le coup d’oeil d’Edouard Louis sur les loisirs indigents, sur la fascination pour la télévision allumée en permanence, sur le carreau qu’on répare avec un bout de carton, ou l’hygiène inexistante, les justifications quand les parents vont passer une soirée à boire avec des amis, les monologues des mères de famille devant le portail de l’école, tout est finement observé et donne lieu à quelques moments de littérature. Mais je ne suis définitivement pas à l’aise avec l’auto-fiction et aurais préféré qu’il soit clairement indiqué qu’on avait affaire à un témoignage, et non à un roman. Par moments, on a du mal à se dire qu’il n’en rajoute pas un peu, par exemple à propos du bac, « J’en ai parlé à ma mère : elle savait à peine de quoi il s’agissait. »
J’ai fini par prendre en pitié ces parents peu éduqués, venus eux-mêmes de familles sans repères, essayant de vivre avec cinq enfants et quelques centaines d’euros par mois, en se fixant comme règle de ne pas les frapper (pour le père, ayant lui-même souffert de violences paternelles) ou de garder une certaine dignité. Je me répète, si je trouve ce livre indispensable, c’est en tant que témoignage et non en tant que roman. S’il peut éviter à d’autres Eddy de souffrir de la même manière…

Mon avis rejoint ceux de Malika Valérie et Eimelle, alors que ceux d’Aifelle, Cathulu, Inganmic, Sandrine, Véronique, Voyelle et Consonne sont plus positifs.

Extraits : J’avais dix ans. J’étais nouveau au collège. Quand ils sont apparus dans le couloir je ne les connaissais pas. J’ignorais jusqu’à leur prénom, ce qui n’était pas fréquent dans ce petit établissement scolaire d’à peine deux cents élèves où tout le monde apprenait vite à se connaître. Leur démarche était lente, ils étaient souriants, ils ne dégageaient aucune agressivité, si bien que j’ai d’abord pensé qu’ils venaient faire connaissance. Mais pourquoi les grands venaient-ils me parler à moi qui étais nouveau ? La cour de récréation fonctionnait de la même manière que le reste du monde : les grands ne côtoyaient pas les petits. Ma mère le disait en parlant des ouvriers Nous les petits on intéresse personne, surtout pas les grands bourges.
Dans le couloir ils m’ont demandé qui j’étais, si c’était bien moi Bellegueule, celui dont tout le monde parlait. Ils m’ont posé cette question que je me suis répétée ensuite, inlassablement, des mois, des années,
C’est toi le pédé ?

Elle ne disait pas toujours « j’aurais pu faire de grandes études, j’aurais pu avoir un CAP », elle disait, cela arrivait, que l’école ne l’avait de toute façon jamais vraiment intéressée. Il m’a fallu des années pour comprendre que son discours n’était pas incohérent ou contradictoire mais que c’était moi, avec une sorte d’arrogance de transfuge, qui essayais de lui imposer une autre cohérence, plus compatible avec mes valeurs – celles que j’avais précisément acquises en me construisant contre mes parents, contre ma famille -, qu’il n’existe d’incohérences que pour celui qui est incapable de reconstruire les logiques qui produisent les discours et les pratiques. Qu’une multitude de discours la traversaient, que ces discours parlaient à travers elle, qu’elle était constamment tiraillée entre la honte de n’avoir pas fait d’études et la fierté de tout de même, comme elle disait, « s’en être sortie et avoir fait de beaux enfants », que ces deux discours n’existaient que l’un par rapport à l’autre.

littérature Amérique du Nord·non fiction

Dave Eggers, Zeitoun

zeitounL’auteur : Né à Boston, en 1970, Dave Eggers est un écrivain américain. Il est aussi fondateur du magazine littéraire The Believer et la maison d’édition McSweeney’s. Sa femme Vendela Vida est rédactrice en chef du The Believer. Il a écrit Une oeuvre déchirante d’un génie renversant (Balland, 2001), Suive qui peut (2003), Pourquoi nous avons faim (2007), et Le Grand Quoi (2009). Il vit dans la région de San Francisco avec sa femme et leurs deux enfants.
416 pages
Editeur : Gallimard (avril 2012)
Traduction : Clément Baude

On n’a pas fini d’écrire sur l’ouragan Katrina et pas fini de lire à ce sujet non plus. Ce sujet saisissant renferme de telles situations dramatiques individuelles qu’il ne s’épuisera pas de sitôt. Dave Eggers a choisi de relater un cas particulier et réel plutôt que la voie de la fiction. C’est le récit de ce qui est arrivé à Abdulrahman Zeitoun, un entrepreneur originaire de Syrie et à sa famille, qu’il a entrepris de raconter.
Zeitoun, comme l’appellent la plupart de ses amis et connaissances, ne s’est pas trop inquiété de l’annonce de l’ouragan, de telles annonces survenant chaque été à La Nouvelle-Orléans. Il a fait le tour des travaux de construction et rénovation qu’il dirige pour vérifier que tout danger serait évité autant que possible.
Lorsque la menace devient 
plus précise et que sa femme décide de quitter la ville avec leurs enfants, Zeitoun s’obstine à rester, et se rend très utile, rendant de nombreux services aux voisins de son quartier inondé. Il profite même de son canoë pour aller voir ses propriétés et habitations en travaux au centre ville. C’est la partie la plus prenante de cette histoire vraie, où à la lecture de certaines scènes, bandes de pillards, chiens morts, hélicoptères aussi bruyants qu’inutiles, communications aléatoires, on se souvient tout à coup avec un frisson qu’il s’agit de la réalité de l’été 2005 et non d’un roman post-apocalyptique. Cela en a pourtant toutes les apparences !
Zeitoun refuse toujours de rejoindre sa femme qui s’inquiète, d’autant plus quand elle finit par ne plus recevoir de nouvelles du tout. Elle remue ciel et terre pour essayer de le retrouver, et pendant ce temps il croupit dans des conditions infernales à la gare routière de La Nouvelle-Orléans transformée en prison.
Du destin de cette immigrant syrien, rien n’est oublié, ni ses jeunes années, ses nombreux frères et sœurs, les circonstances dans lesquelles il est arrivé aux Etats-Unis, a rencontré son épouse. Dave Eggers a multiplié les entretiens avec cet homme et son entourage, n’a pas cherché à les romancer, quoique bien sûr, sa vision est sans doute influencée par ce qui lui est raconté… Si le plus prenant est la partie où Zeitoun reste dans la ville envahie par les eaux, la construction du récit fait que l’on ne s’ennuie jamais et qu’il est difficile à lâcher.
Un roman coup de poing sur les années Bush, à lire et à méditer ! 


Extrait : Si on le lançait sur le sujet, alors c’en était terminé d’un repas agréable. Il commençait par une défense des musulmans en Amérique et déployait son argument à partir de là. Depuis les attaques sur New York, disait-il, chaque fois qu’un crime était commis par un musulman, on mentionnait la religion du coupeble, sans que cela ait un quelconque rapport avec les faits. Quand un crime est commis par un chrétien, parle-t-on de sa religion ? Si un chrétien est arrêté à l’aéroport après avoir tenté d’emporter une arme à bord d’un avion, est-ce que le monde occidental apprend qu’un chrétien a été interpellé puis interrogé par la police ?

D’autres avis : AifelleTheomaYs

littérature Europe de l'Ouest·non fiction·nouvelles

Erika Mann, Quand les lumières s’éteignent

quandleslumieresL’auteur : Erika Mann, est la fille de Thomas Mann, et la soeur de Klaus Mann. Elle est née à Munich en 1905. En 1933 quand Hitler arrive au pouvoir elle quitte l’Allemagne pour la Suisse d’abord puis pour les Etats Unis. Elle est correspondante de guerre pendant la guerre civile espagnole et pendant la seconde guerre mondiale elle travaille pour la BBC. Elle est la seule femme à couvrir le procès de Nuremberg. Le suicide de son frère et les attaques dont elle est l’objet lors de l’épisode du maccarthysme la poussent à revenir en Europe. Elle publie l’oeuvre de son père après la mort de celui-ci. Elle meurt en 1969.
355 pages
Editeur : Le Livre de poche (novembre 2012)
Traduction : Danielle Risterucci-Roudnicky
Titres originaux : When lights go down et Wenn die Lichter ausgehen

 
Dans la famille Mann, le prix Nobel de littérature est bien sûr le plus connu et pourtant, ce sont tout d’abord des nouvelles de son fils Klaus Mann que j’ai lues, et maintenant ce document de sa sœur Erika…
Elle y dresse le portrait d’une petite ville du sud de l’Allemagne en 1930 et le tableau qu’elle décrit est saisissant et prenant. On a beau savoir ce qui se passait dans les années 30 en Allemagne, la façon dont la vie quotidienne de chacun est touchée, des classes moyennes aux paysans pauvres, des commerçants aisés aux chefs d’entreprise, révèle des aspects méconnus et haïssables. L’absence de liberté individuelle était pratiquement totale, et ces nouvelles révèlent mieux que de grandes analyses comment il était difficile, pour ne pas dire insurmontable, de tenter de s’opposer aux nombreuses lois, plus iniques les une que les autres, qui régissaient le quotidien. Les commerces et entreprises déclarés pas assez rentables étaient obligés de fermer, leurs patrons envoyés pour travailler à l’armement de la nation, alors que le dit armement n’avait jamais auparavant été d’une aussi piètre qualité pourtant. Les exercices répétés et obligatoires d’entraînement pour tous, les restrictions de nourriture sous le prétexte que « les gens avaient mangé trop de viande », l’injonction d’avoir au moins quatre enfants pour ne pas passer comme anti-patriote, l’encouragement à la dénonciation, et bien d’autres lois particulièrement absurdes, dressaient des murs qui empêchaient de tenter la moindre réaction, opposition, combat.

Le texte en langue originale a été perdu, et le texte présent est une nouvelle traduction française à partir de la nouvelle traduction allemande qui est elle dérive du texte américain paru en 1940 ! La forme de ce livre est originale, dix nouvelles retracent des destins individuels, mais ce répondent et se complètent l’une et l’autre. Des documents d’actualité de l’époque, décrets, discours, articles de journaux rapportés par l’un ou l’autre des personnages confèrent une authenticité aux textes qui font froid dans le dos en général, et rassurent parfois sur la capacité humaine à réagir devant la folie organisée par un état.
Un document indispensable à garder dans sa bibliothèque !

 
Extrait : Je ne suis pas juif, murmura-t-il et il sursauta lorsque ses lèvres effleurèrent son poignet, et je ne suis pas non plus communiste, ni traître à ma patrie, et pourtant on veut m’anéantir. Pourquoi ? 

Ce n’est pas lui qui répondit, mais sa raison, au travail derrière son front : parce que la rationalisation de l’industrie allemande, conduite sur le schéma du réarmement national n’évalue les branches de l’industrie que selon leur valeur militaire, et parce que toutes ces branches de l’industrie, qui ne servent ni la militarisation du pays, ni l’entière autarcie économique, doivent être éliminées sans pitié.

 

Je remercie Le livre de Poche pour l’envoi de ce livre repéré tout d’abord chez Dominique.