Publié dans littérature Europe du Sud, rentrée littéraire 2012

Goliarda Sapienza, Moi, Jean Gabin

moijeangabinAuteur : Goliarda est née en 1924 à Catane dans une famille anarcho-socialiste. Son père étaitavocat et animateur du socialisme sicilien jusqu’à l’avènement du fascisme. Sa mère,Maria Giudice, figure historique de la gauche italienne, dirigea un temps le journal Il grido del popolo (Le Cri du peuple). En 1940, une bourse d’étude permit à Goliarda Sapienza d’entrer à l’Académie d’art dramatique à Rome. Dans les années qui suivirent, elle se produisit sur les scènes de théâtre, entre autres dans des pièces de Luigi Pirandello. Son roman L’Art de la joie, écrit entre 1967 et 1976, refusé en Italie pour son contenu contestataire et féministe, ne fut publié qu’en 1998, deux ans après sa mort.
160 pages
Editeur : Attila (août 2012)
Titre original : Io, Jean Gabin
Traduction : Nathalie Castagné

Roman autobiographique écrit par Goliarda Sapienza à la fin de sa vie, Moi, Jean Gabin revient sur les années 30, où petite fille, elle passait plus de temps dans les rues de Catane ou au cinéma, qu’à l’école. Ses parents, ses nombreux frères et sœurs, les amis et compagnons de lutte de la famille, formaient une tribu recomposée et libertaire où le plus important était de penser par soi-même, de mériter par un petit travail les quelques pièces pour aller assister, du balcon, à la séance tant attendue. Car Goliarda admirait la liberté et la force de Jean Gabin, son jeune âge lui faisant confondre l’homme et ses rôles. Déambulant dans les rues, d’un basso (petit logement misérable d’une seule pièce) à un autre, elle imitait la démarche de son héros, se frottait au petit monde des rues siciliennes.
Cette enfance parfois idéalisée, voire fantasmée, émaillée d’évènements familiaux qu’elle évoque assez peu, forme une trame passionnante, avec en fond sombre et menaçant, la montée du fascisme. Ce court roman, au ton enjoué et frondeur, mis en valeur de très belle façon par les éditions Attila (extraits de manuscrits, photos, biographie détaillée accompagnent le texte) me donne envie de découvrir le roman principal de l’auteur : L’art de la joie.

Extraits : Seule, déambulant d’un pas court et énergique éclatant de courage altier, j’adaptais mes petits pieds à la démarche pleine d’autosuffisance virile de Jean Gabin, en fixant les yeux ténébreux de ma casbah de lave et la métamorphosant instantanément en l’enchevêtrement, d’une resplendissante clarté, de sa casbah à Lui, l’oeil attentif au mouchard qui toujours, parmi tant de visages sûrs et souriants, pouvait se cacher ou surgir à chaque recoin plus sombre, à chaque basso un peu plus ouvert que les autres.

La seule à admettre que l’amour était une chose digne d’être prise en considération était ma mère, mais elle en faisait quelque chose de tellement compliqué : ce devait être un amour libre de conventions, de chantages psychologiques ou financiers, et caetera. Bref, elle en faisait quelque chose de tellement officiel qu’il valait mieux détourner la conversation sur la Grèce antique, la politique ou la philosophie, qu’au moins, même si c’était difficile, en s’appliquant, on arrivait à comprendre…

C’est étrange, l’impossibilité de communiquer une joie est plus douloureuse que celle de ne pouvoir communiquer une souffrance. Ce doit être parce qu’on a tant à faire pour faire passer la souffrance que dans l’effort de s’en débarrasser on oublie les autres. Mais une joie ? Une joie est quelque chose qui réclame tout de suite, de toute urgence, d’être reconnue par les autres, partagée. C’est pour cela peut-être que les poètes s’attachent si rigoureusement (les pauvres) à parler toujours de malheurs ?

 

Les avis de JosteinLionelMirontaineNinaZazy

Publié dans conseils de lecture, littérature Europe du Sud

Conseils de lecture (3) L’Italie si j’y suis

C’est avec le titre du dernier roman de Philippe Fusaro que je vous propose ce troisième rendez-vous de conseils de lecture. Un projet printanier me donne envie de lire sur la Sicile, sur l’Italie en général, ou des auteurs italiens. Je préfère les ambiances urbaines et contemporaines, mais suis ouverte à toute suggestion. 

Je commence par quelques belles découvertes, et bien sûr, le tout récent Palermo solo… 

D’acier de Silvia Avallone

Le père et l’étranger de Giancarlo de Cataldo (auteur de Romanzo criminale)

Noir toscan d’Anna Luisa Pignatelli (dans la Toscane profonde)

dacier  peretletranger  noirtoscan  palermosolo

Et vous, quels sont vos coups de cœur vénitiens, romains, sardes, siciliens ou napolitains ? 

Keisha propose de lire le sicilien Andrea Camilleri et son commissaire Montalbano. J’ai lu Les ailes du sphinx et noté La piste de sable, mais il en a écrit beaucoup !
Pourquoi pas aussi relire Italo Calvino ? Les villes invisibles, à moins que vous ne me conseilliez d’autres titres. Voilà qui est fait, Emeraude propose Le Baron perché ou Le vicomte pourfendu

Dominique a lu L’île de Giani Stuparich, dans la région de Trieste, et Mario Rigoni Stern dont je note Le sergent dans la neige ou Hommes, bois, abeilles

Aifelle a écrit un billet sur Les saisons de Giacomo, du même Rigoni Stern et elle aimerait lire Donna Leon. Mort à la Fenice doit être son plus connu. Ses romans sont trop nombreux pour être cités tous. Je ne connais pas La petite fille de ses rêves, tiens !

Anis explore la littérature féminine avec une auteure du début du XXème siècle, Sibilla Aleramo (Une femme) et plus récemment, Goliarda Sapienza (L’art de la joie).

Anne suggère Accabadora de Michela Murgia et Un chocolat chez Hanselmann et Routes de poussière, tous deux de Rosetta Loy.

Claudia Lucia propose le petit livre-guide Venise est un poisson de Tiziano Scarpa, Les mémoires de Giorgione de Claude Chevreuil,
 Mort à Venise de Thomas Mann
, La bulle de Tiepolo de Philippe Delerm. Pour Florence, Avec vue sur l’Arno de Edward Forster
, en Sicile, Le Guépard de Giuseppe Tomasi de Lampedusa, et enfin Les fiancés d’Alessandro Manzoni.

Mireille cite Col de l’ange de Simonetta Greggio. A noter aussi La tante Marquise de Simonetta Agnello Hornby. Milena Agus, a écrit plusieurs livres qui se passent en Sardaigne, dont Battement d’ailes

Une comète ajoute tout Italo Calvino (Mireille cite Marcovaldo et Le sentier des nids d’araignées) et tout Dino Buzzatti, qui n’a pas écrit que Le désert des Tartares !

Philisine Cave a apprécié Chaos calme de Sandro Veronesi, et un peu moins La mer, le matin de Margaret Mazzantini.

Papillon recommande aussi Le guépard de Giuseppe Tomasi de Lampedusa et les polars de Fruttero et Lucentini (L’amant sans domicile fixe et Place de Sienne, côté ombre)

Publié dans littérature France

Philippe Fusaro, Palermo solo

palermosoloL’auteur : Philippe Fusaro, né en 1971, à Forbach, est libraire. Il est l’auteur du Colosse d’argile (La Fosse aux Ours, 2004, Folio, 2006) et de Palermo solo (La Fosse aux Ours, 2007), L’Italie si j’y suis (La Fosse aux Ours, 2010). Ses origines italiennes le poussent à passer une année à Lecce où il écrit Palermo solo.
187 pages

Le Baron est originaire de C., une petite ville de Sicile que la Mafia l’a condamné à quitter. Il ne vit pas très loin, à Palerme, dans une chambre du Grand Hôtel et des Palmes qu’il ne quitte jamais. Il y cultive des citronniers, écoute les bruits de la ville, hume le parfum de la mer, finit par fréquenter la salle à manger. Le Baron est une rumeur à Palerme, un nom qui glisse entre les murs, une ombre peut-être au crépuscule. Il rêve à Ava Gardner, ne la rencontre-t-il pas d’ailleurs ?
Après la plaine du Pô avec Silvia Avallone, je vous emmène à Palerme avec un personnage qui sort de l’ordinaire, brossé à petites touches poétiques par Philippe Fusaro, auteur lyonnais de cœur, édité par une maison d’édition lyonnaise… (c’était la minute chauvine !) Il faut se laisser glisser dans l’atmosphère feutrée du grand hôtel, où passent des clients de tous horizons, écrivain, acteur, libraire français, il faut savourer la narration par petites touches, entrecoupée par les carnets personnels du Baron. Des dizaines d’années passent, glissent sans ennui, la rencontre du Baron avec une femme forcément fatale à la beauté d’Ava Gardner ne cède pas la place à une histoire trop attendue. C’est léger, sobre, poétique, touchant… Encore mieux que L’Italie si j’y suis que j’avais pourtant beaucoup apprécié !

Le début : Le baron est né à l’aube du XXe siècle.
Le baron n’a rien vu, ni rien su de ce qu’était le XXe siècle dans sa seconde moitié.
Le baron est originaire de C.
Le baron a dû quitter sa ville natale parce que la Mafia l’a condamné à ne plus y retourner, sauf le 2 novembre, jour de la Fête des Morts.
Le baron est un homme d’honneur, il paie sa dette de sang, il paie d’avoir battu à mort un garçon issu d’une famille d’un autre clan.
Le baron vit depuis plus de cinquante ans dans une suite du Grand Hôtel et des Palmes à Palerme, via Roma, à deux pas du port, à deux pas de la mer.
Le baron est une rumeur qui circule dans la ville blessée de Palerme.

Lu aussi par Leiloona, LilibaMarilyne, Stephie, Virginie, Ys.

Challenge Des livres et des îles de Géraldine ! 

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