Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Alexi Zentner, La légende de Loosewood Island

legendedeloosewoodRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Alexi Zentner a obtenu en 2008 le Narrative Prize et le O.Henry Prize. Il a publié des nouvelles dans The Atlantic et Tin House. Il vit à Ithaca (New-York) avec sa famille. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreux magazines américains et anthologies. Les bois de Sawgamet (Touch en anglais) est son premier roman. The lobster Kings est son deuxième roman.
374 pages
Editeur :
Lattès (septembre 2014)
Traduction :
Marie-Hélène Dumas
Titre original :
The lobster Kings

La légende transmise dans la famille Kings, pêcheurs de homards sur Loosewood Island, a deux faces, un côté merveilleux avec une épouse venue de la mer, et un aspect sombre avec une terrible malédiction, car la contrepartie est qu’à chaque génération, l’océan reprendra un enfant à la famille. L’ancêtre Brumfitt Kings a légué, outre cette légende, une quantité de tableaux, de marines de son îles, d’allégories dont on dit qu’elles représentent la vie de toutes les générations de Kings, même futures. Dans la génération la plus jeune, c’est une femme, Cordelia, qui reprend la tradition de la pêche au homard. Sa passion pour la mer, toute la famille la reconnaît depuis son enfance, même si son père aurait préféré que son unique garçon, Scotty, la reprenne. Mais l’océan en a voulu autrement…
J’ai aimé la légende qui préside aux destinées de la famille, j’ai apprécié aussi l’aspect contemporain de l’histoire de famille, les démêlés des pêcheurs avec ceux de Long Bay, avec les trafiquants de drogues qui prendraient bien cette île tranquille entre Etats-Unis et Canada comme plaque tournante.
Toutefois, plusieurs aspects m’ont gênée outre que je ne me sens guère attirée par la pêche en mer, et que ça changeait beaucoup par rapport aux légendes des forêts profondes dans Les bois de Sawgamet. Le caractère de Cordelia, la narratrice, tout d’abord, ne m’a pas fait me sentir proche d’elle. Ses réactions m’ont paru souvent excessives, ou contraires au bon sens, elle me rappelait certains personnages de séries télévisées que j’aime par ailleurs… Comme Cassie dans la série Homeland, Cordelia fonce d’abord et songe à sa propre sécurité et pire, à celle des autres, ensuite… J’ai aussi trouvé quelques longueurs au milieu de passages plus passionnants et touchants à la fois. Non, Sandrine, je n’ai pas versé de larmes, mais je comprends que l’absence de sensiblerie, la façon de poser de manière un peu froide les faits les plus émouvants, ait fait son effet !
Je reste donc un peu mitigée, ce roman contient de très beaux passages, des thèmes sur la transmission familiale, l’héritage, les non-dits et conflits larvés entre membres d’une même famille, qui m’ont beaucoup plu, le côté western marin un peu moins. Mais que cela ne vous détourne pas de l’auteur, je conseille sans réserve Les bois de Sawgamet. Océan ou forêt, à chacun de choisir son décor !

Extrait : Et c’est pour cette raison que j’adore cette toile, elle me rappelle les histoires de Loosewood Island avec lesquelles j’ai grandi : lorsqu’on regarde brièvement La prise, on s’émerveille du reflet des doigts de l’enfant sur l’écume de l’océan.
Sauf que ce n’est pas un reflet.
Et ce ne sont pas les doigts du petit garçon, mais ceux de quelqu’un d’autre – d’une autre créature, qui cherchent à l’attraper et à l’attirer sous l’eau.

Les avis plus positifs de Micmelo et Sandrine.

Publié dans littérature Afrique, premier roman, rentrée hiver 2014

Nii Ayikwei Parkes, Notre quelque part

notrequelquepartL’auteur : Romancier, poète du spoken word, nourri de jazz et de blues, Nii Ayikwei Parkes est né en 1974. Il partage sa vie entre Londres et Accra. Notre quelque part, premier roman très remarqué, finaliste du Commonwealth Prize, est une véritable découverte.
302 pages
Editeur : Zulma (février 2014)
Traduit de l’anglais par Zika Fakambi
Titre original : Tail of the blue bird

J’avais annoncé dernièrement trois romans étrangers, trois petits éditeurs, voici le dernier et le meilleur pour la fin !
Dans un petit village au cœur de la forêt, au Ghana, le vieux Yao Poku observe une agitation inhabituelle. Une voiture passe, une jeune femme aux cuisses maigres comme celles d’une antilope pénètre dans la case de son voisin et en ressort en criant. Plus tard, des policiers viennent l’interroger au sujet de restes humains dans la case. A Accra, Kayo, un jeune diplômé qui travaille dans un laboratoire est sollicité pour enquêter dans ce village. Son patron refuse qu’il prenne un congé, mais la police ne manque pas de ressources pour obtenir la participation plus ou moins volontaire de Kayo à leurs recherches.
Voici, en bref et sans trop en dévoiler, le sujet du roman, qui brasse deux langues, celle de la ville et celle du village (bravo pour le traducteur pour les passages dans une langue émaillée d’expressions originales consacrés à Yao Poku !) qui mélange deux cultures et surtout qui fait sourire de ce décalage délicieux entre technologies modernes et de croyances séculaires.
J’ai eu un coup de cœur pour les descriptions d’Accra et son bord de mer, du village et des villageois, de la forêt équatoriale, j’ai eu beaucoup de sympathie pour les personnages, je me suis agacée de la pesanteur administrative et du fonctionnement anarchique de la police, j’ai surtout passé un très bon moment de lecture, à suivre une enquête tranquille mais qui trouvera une résolution surprenante, à me baigner dans l’écriture fluide et agréable. Cela faisait longtemps que je le guettais à la bibliothèque et je n’ai pas été déçue !

Extraits : Alors on ne se plaint pas. Il fait bon vivre au village. La concession de notre chef n’est pas loin et nous pouvons lui demander audience pour toutes sortes d’affaires. Il n’y a que douze familles dans le village, et nous n’avons pas d’embêtements. Sauf avec Kofi Atta. Lui, c’est mon parent, mais avant même que j’aie su nouer mon pagne tout seul ma mère m’avait déjà averti qu’il nous apporterait de lourds ennuis. Je me souviens ; la nuit d’avant, mon père avait rapporté otwe, la viande d’antilope, et ma mère était en train de cuisiner une sauce abenkwan.

Kayo quittait souvent la maison à l’aube pour aider père et équipage à tirer les filets. Il se souvenait des chants des hommes ; du soleil lent à paraître, comme s’il avait été pris à l’autre extrémité du filet que les pêcheurs tiraient, puis qui émergeait enfin, illuminant l’océan d’une étincelante nuée rose orangé. Tout le long du rivage miroitait la lumière, qui se reflétait sur les grandes bassines d’aluminium des marchandes de poisson, en pâles éclats scintillants, comme autant de clins d’œil de l’horizon.

Découvert chez Hélène et Keishaon peut toujours leur faire confiance pour nous emmener hors de nos frontières ! 

Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, sorti en poche

Sortie poche (11) : La femme du tigre


femmedutigre_pocheJ’ai aimé et je vous rappelle ce roman !
L’auteur :Téa Obreht est née à Belgrade en 1985. Après avoir vécu à Chypre et en Égypte, elle réside aux États-Unis depuis l’âge de douze ans. Ses textes ont été publiés par le New Yorker et The Atlantic et figurent dans l’anthologie des Best American Short Stories. La Femme du tigre a reçu l’Orange prize.

432 pages
Editeur : 
LGF (6 mars 2013)
Titre original : The tiger’s wife
Traduction :
Marie Boudewyn

Dès les premières pages, j’ai été sensible à la musique des mots. C’est plus ou moins remarquable selon les écritures, là c’est quelque chose qui m’a frappée, un rythme, une scansion qui donne envie de prononcer des paragraphes à voix haute. Le conte n’est jamais très loin, et pourtant le début du roman est bien ancré dans la réalité : Natalia et son amie Zora, médecins toutes deux, passent la frontière pour aller soigner et vacciner des enfants laissés orphelins par la guerre, des enfants « de l’autre camp » d’ailleurs, mais heureusement le conflit est terminé. Les deux jeunes femmes ont pratiquement toujours connu cette ex-Yougoslavie en guerre, et la paix revenue, les remarques concernant l’appartenance à un côté ou l’autre, selon la conviction religieuse, selon la consonnace des noms, fusent encore, montrant que la reconstruction sera longue. L’un des thèmes du roman concerne donc les ravages hérités d’une guerre, surtout s’il s’agit d’un conflit interne, qui n’est jamais vraiment terminé. Un des autres thèmes est la transmission familiale. Au moment même où Natalia attend à la frontière, elle apprend la mort de son grand-père, et ses souvenirs remontent à la surface, de la promenade hebdomadaire avec lui au zoo, aux histoires racontées, comme celle de l’homme-qui-ne-mourra-pas, ou celle du tigre échappé du zoo de la ville.
Le ton est original, sans clichés, l’alternance entre le quotidien de Natalia auprès des enfants malades, ses souvenirs d’enfance et les histoires entendues, est habilement menée. Natalia doit d’abord retrouver les vêtements et effets personnels de son grand-père dans un hôpital presque déserté, car durant les quarante jours de l’âme, les quarante jours après la mort, il faut garder dans la maison ses effets personnels auprès duquel le défunt vient chercher du réconfort. Voici une des croyances qui émaillent le récit, mais la plus belle histoire sera celle de la femme du tigre, celle que Natalia devra aller trouver dans le village de naissance de son grand-père. Elle saura ainsi pourquoi il était à ce point attaché à l’exemplaire du Livre de la Jungle qu’il avait toujours dans sa poche.
L’après-guerre est davantage évoqué que la guerre, qui, correspondant à l’enfance de la narratrice, reste effleurée. Il est intéressant de voir comment la guerre est perçue, du point de vue d’une enfant relativement préservée, mais ce sont surtout les légendes qui font tout le sel de ce roman, et c’est elles que Natalia doit affronter pour entrer dans l’âge adulte. Histoires et superstitions, mythes et souvenirs s’enchaînent, digressent, se rejoignent, se répondent, s’entremêlent à la réalité, au grand émerveillement du lecteur. Les descriptions sont également très belles et très visuelles, les personnages foisonnants.
L’âge ne fait rien à l’affaire, mais imaginer que Tea Obreht n’avait que 25 ans et qu’elle a écrit ce livre, ça force l’admiration, tout de même ! Voilà, j’ai l’impression d’être un peu partie dans tous les sens en évoquant
La femme du tigre, mais je vous recommande de laisser une petite place pour lui sur vos étagères…

Extraits : Notre éloignement du théâtre des combats nous donnait l’impression de mener une vie normale. Cependant, les règles nouvellement instaurées provoquèrent un changement d’attitude que n’avait pas prévu l’administration. Les responsables pensaient : ordre, contrôle, terreur et soumission – ils eurent droit au laisser-aller généralisé et à la folie douce. Sur le capot de voitures stationnées le long du boulevard en une file qui n‘en comptait parfois pas moins d’une dizaine, des adolescents prirent l’habitude de boire toute la nuit au mépris du couvre-feu. Il arrivait à des commerçants de fermer leur boutique à l’heure du déjeuner, d’aller au café et de n’en revenir qu’une semaine plus tard. Un jour qu’on se rendait chez le dentiste, on l’apercevait justement en bras de chemise chez un voisin, une bouteille de vin blanc à la main, alors on se joignait à lui, ou bien on rentrait à la maison.

Peu après apparaissent des maisons : d’abord une ferme inhabitée au toit de tôle, au grenier pourvu de fenêtres qui donnent sur la route. De la vigne vierge a poussé dans le jardin et envahi le haut du verger. Au-delà du tournant, vous serez sans doute surpris de voir un homme au cheveux blancs assis sur le seuil de la maison suivante. Dès qu’il aperçoit votre voiture, il se lève et se dépêche de rentrer chez lui. En fait, il tendait l’oreille au crissement des pneus sur le gravier depuis cinq bonnes minutes et voulait à tout prix que vous le voyiez claquer la porte derrière lui.

Lu par Ys, Elfique et Nina.

Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, sorti en poche

Sortie poche (9) : Les bois de Sawgamet

boisdesawgamet_pocheJe les ai aimés, ils sortent en poche…
L’auteur :
Alexi Zentner a obtenu en 2008 le Narrative Prize et le O.Henry Prize. Il a publié des nouvelles dans The Atlantic et Tin House. Il vit à Ithaca (New-York) avec sa famille. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreux magazines américains et anthologies. Les bois de Sawgamet (Touch en anglais) est son premier roman. Son prochain ouvrage sera intitulé The lobster Kings.
312 pages
Traduction :
Marie-Hélène Dumas
Titre original : Touch
Editeur : LGF (6 février 2013) 


Stephen, qui est pasteur, revient dans le grand nord canadien, pour assister aux derniers instants de sa mère mourante, et préparer son retour dans sa ville natale. C’est l’occasion pour lui de se souvenir des histoires de son grand-père, le premier pionnier à l’origine de la fondation de Sawgamet, chercheur d’or tout d’abord, puis bûcheron ensuite. Stephen se remémore aussi les moments marquants ou dramatiques de son enfance.
Mes lectures de la rentrée 2011 étaient à la nostalgie, teintée de surnaturel. Après les âmes des morts et la femme du tigre de Tea Obreth, que je vous rappellerai bientôt, voici les cerfs dorés, les qallupilluits et les wehtikos dans celui-ci.
Les thèmes de ce roman sont la mémoire familiale, la transmission, les légendes et la force avec laquelle elles s’imposent dans la vie d’une communauté. 
Il s’agit d’une ville de chercheurs d’or dans une région très froide du Canada, ville partie de rien, de la découverte d’une pépite, puis une cabane au bord du fleuve, une épicerie, une scierie, des maisons, un bordel, une église… Les rudes bûcherons ou les chercheurs d’or qui s’installent reprennent à leur compte les légendes indiennes, et, particulièrement dans les moments difficiles, y trouvent davantage que dans la religion ou dans l’alcool, le seul moyen de continuer à vivre dans ces contrées inhospitalières.
Arrivé au milieu du XIXème siècle, le grand-père de Stephen doit affronter bien des situations extrêmes, froid inimaginable, incendie, décès, rivalités. Pour les parents de Stephen et leurs jeunes enfants, la vie n’est pas des plus douces non plus et ils paieront un lourd tribu aussi aux divinités de la forêt.
C’est donc, sans fil chronologique, mais plutôt par des retours en arrière, une fresque sur la création d’une ville, sur la fondation d’une famille, et surtout de très belles images sous la plume agile de l’auteur : un fleuve gelé, des draveurs sur leurs troncs flottants, un cerf nimbé d’or, des lumières dans la neige, un tunnel glacé… Vous laisserez-vous comme moi embarquer par les qallupiluits et autres esprits de la forêt ?

Citations : Je veux pourtant penser qu’avec toutes les histoires que j’avais entendues, je savais que Sawgamet était à la fois un lieu et une idée, et je savais que mon grand-père avait rapporté avec lui un certains sens des sortilèges que nos bois recelaient toujours, et toutes les possibilités qui en découlaient.

Sawgamet a changé. L’obscurité a été repoussée. Mais je le dis à mes filles, il reste encore des parties de la forêt qui gardent leurs secrets, où les montagnes peuvent se pencher au-dessus de vous, tout près, où les esprits passent à côté de vous en volant dans le noir.

D’autres billets, ceux de Lililalu et d’Ys.

Publié dans littérature Amérique du Nord

Louise Erdrich, Ce qui a dévoré nos coeurs

L’auteur : Louise Erdrich est née en 1954. D’origine germano-américaine par son père, elle appartient par sa mère à la tribu indienne Chippewa. Elle a passé sa jeunesse dans le Nord-Dakota où ses parents travaillait au Bureau des Affaires Indiennes. Son premier livre est un volume de poèmes : Jacklight. L’amour sorcier a remporté le prix du meilleur roman décerné en 1985 par le Los Angeles Times. Elle vit désormais dans le Minnesota avec ses filles et est la propriétaire d’une petite librairie indépendante appelée Birchbark Books, « birchbark » signifiant « écorce de bouleau » en anglais.
343 pages
Editeur : Le livre de poche (2010)
Traduction : Isabelle Reinharez
Titre original : The painted drum

Comme l’indique le titre original, c’est un objet, un tambour peint fabriqué par un amérindien en bois de cèdre, qui est le sujet du roman. La première partie relate la découverte à l’époque actuelle de ce tambour par deux femmes, Faye Travers et sa mère Elsie, dont l’activité consiste à évaluer les objets issus de successions. La vie quotidienne de Faye, et de la petite collectivité qui l’entoure, est dessinée à cette occasion, et si d’autres lecteurs ont trouvé cette première partie longuette, je m’y suis trouvée à l’aise. J’ai aimé le personnage de Faye et la découverte des habitants de ce coin rural du New Hampshire. A tel point que j’ai été un peu déboussolée par la deuxième partie qui change de narrateur, pour faire entendre la voix du petit-fils de celui qui a fabriqué le tambour.
Je ne me souvenais pas, par contre, avoir été autant éblouie par le style de Louise Erdrich, flamboyant, débordant d’ellipses et de raccourcis surprenants, comme je les aime, quoi ! Il permet de se laisser porter, entre réalité et vieilles légendes indiennes, par une histoire qu’on pourrait nommer : La petite fille et le tambour, et qui donne lieu à de très très beaux passages, dont l’image reste forte et inoubliable. Après La chorale des maîtres bouchers et La malédiction des colombes, j’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Louise Erdrich et ses thèmes de prédilection, comme les objets chargés d’histoire qui traversent les époques, les légendes indiennes… Ce roman m’a donné envie de retenter la lecture de Four souls, attaqué en anglais, et auquel je n’arrivais pas trop à accrocher. L’un des personnages est présent dans les deux livres, cela devrait m’aider à me plonger dedans !

Extrait : Pendant ces semaines-là, il n’y a pas de trace de la chienne qui a échappé à l’érable mort, et Elsie et moi ne pouvons que supposer qu’elle a été prise pour un chien errant et emmenée quelque part, ou peut-être abattue par un fermier depuis la galerie à l’arrière de sa maison, parce qu’elle pourchassait un cerf. En effet, c’est probablement ainsi qu’elle survit, en se faufilant par un trou dans la clôture de la réserve de chasse, en mangeant des faisans nourris à la main et des carcasses d’animaux tués par l’hiver.
La chienne réapparaît pendant un faux radoucissement de trois jours qui ne trompe personne. Le cocker de mes voisins un peu plus haut sur la route, ceux qui ont abattu vingt hectares de bois d’oeuvre sur pied en quatre jours atroces, se fait dévorer. Ils laissent l’animal dehors toute la nuit dans son enclos grillagé et le lendemain matin, en appelant le chienchien depuis la porte de derrière, Ann Flaud en chemise de nuit tire sur la laisse. Celle-ci vient à elle en traînant sur le sol dans un bruit de ferraille. Au bout pend un collier vide, à demi rongé. Ann reste plantée là, sur les marches, le collier à la main, à s’interroger.
À part cela, il n’y a pas grand-chose à découvrir. Peu de preuves. Juste une tache de sang et les deux longues oreilles brunes, semblables à des moufles.

D’autres avis :  AifelleAlex-Mots-à-motsMyrtilleSybilline