Publié dans bande dessinée, littérature Europe du Sud

Giorgia Marras, Munch avant Munch

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« On ne peut plus peindre des intérieurs avec des hommes qui lisent et des femmes qui tricotent. On peindra des êtres vivants qui respirent et qui sentent, qui souffrent et qui aiment. »
Nous sommes à Oslo aux environs de 1880. Le jeune Edvard Munch se partage entre une famille rigide et puritaine, et des amis artistes comme lui. Les soirées sont arrosées, les jeunes bohèmes se lancent dans des discussions sans fin. Edvard commence à faire parler de lui, et à exposer des œuvres que les norvégiens bien-pensants, à la recherche de jolis tableaux pour leurs salons chics, considèrent avec mépris.
Cette bande dessinée de l’auteure italienne Giorgia Marras est inspirée des journaux, notes et carnets de Munch. Les 1300 pages lui ont donné énormément de matière, et on sent qu’elle s’est profondément attachée au peintre et à son mal-être permanent.
Si j’ai beaucoup apprécié ce que les citations choisies, les moments vécus,  et leur mise en images apprennent sur le peintre norvégien, je suis restée un peu dubitative quant au dessin et à l’adéquation entre le texte et le dessin. Sans doute ce trait un peu trop sage convient-il bien au Munch coincé dans sa famille stricte, mais un peu moins au jeune homme qui fréquente les cafés, qui voyage, qui tombe amoureux. Un autre léger bémol est que trop de personnages apparaissent, qu’on n’identifie pas forcément tout de suite, mais fort heureusement une galerie de portraits est présente à la fin du livre ; elle présente sur une dizaine de pages une biographie de tous les personnages rencontrés, la vie et les œuvres de Munch, les lieux où il a vécu. C’est un complément très utile, pour qui veut mieux connaître le peintre.
J’ai beaucoup aimé les planches de paysages, de lieux où Munch est passé, l’ambiance des années de la fin du XIXème siècle est vraiment bien rendue.
Au final, j’ai lu cette BD avec intérêt et curiosité, mais en n’étant que partiellement touchée par les choix d’illustration. J’admets pourtant que c’est un beau travail pour un début, Giorgia Marras est une jeune auteure pleine de promesses !
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L’auteure : Giorgia Marras est née à Gênes en Italie, en 1988. Elle a étudié le design graphique et les arts plastiques à Gênes et à Paris. En 2013, elle a été accueillie en résidence au centre d’art contemporain de Linz pour réaliser un projet de bande dessinée : ce sera son premier album,
Munch avant Munch, publié pour les 150 ans de la naissance du peintre. En résidence à Angoulême, elle travaille à un nouvel album, Sisi, sur l’impératrice d’Autriche.
120 pages.
Éditions Steinkis (2016)
Traduction : Marie Giudicelli
Paru en Italie en 2014
Préface d’Ester Armanino

 

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Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2013

Léonor de Recondo, Pietra viva

pietravivaRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et à l’âge de dix-huit ans, elle part étudier au
New England Conservatory of Music de Boston. Elle devient, pendant ses études, violon solo d’un orchestre de Boston. Trois ans plus tard, rentrée en France, elle fonde le quatuor à cordes Arezzo. Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques, dirigé un opéra de Purcell, créé un spectacle avec Emily Loizeau, enregistré une quinzaine de disques… En octobre 2010, elle publie La Grâce du cyprès blanc (roman) aux éditions Le temps qu’il fait et, en janvier 2012, Rêves oubliés chez Sabine Wespieser.
240 pages
Editeur : Sabine Wespieser (août 2013)

Il n’y a pratiquement pas besoin de parler de ce roman, les extraits parlent pour lui…
Michelangelo alors âgé d’une trentaine d’années, quitte Rome, au cours de l’année 1505, pour rejoindre Carrare, à la recherche de marbres pour le tombeau du pape Jules II, et à la recherche de lui-même. Il est en effet bouleversé par une mort survenue à Rome, et qui a précipité son départ. A l’auberge, il réfléchit sur son passé, sur la vie, sur la mort, il lit quelques pages de deux seuls livres qu’il a emportés. Au village, il écoute les élucubrations du fantasque Cavallino, ou le petit Michele qui a décidé de devenir l’ami de celui qui n’aime pas les enfants. A la carrière, aux côté des tailleurs de pierre, il sélectionne les marbres dont il pourra tirer les plus belles figures humaines.
Pour qui a envie d’une lecture brève mais délicate, ce deuxième roman de Léonor de Recondo est parfait, procédant par petites touches, accompagnant les pensées tumultueuses de Michelangelo et son évolution durant ce séjour toscan. Les phrases écrites par la violoniste coulent tellement bien que la relecture devrait être tout aussi superbe, ce qui fait de Pietra viva un livre à conserver. Encore plus réussi que Rêves oubliés, délicate histoire de famille et d’exil, ce roman est vraiment une parenthèse magique et sensible au début du XVIème siècle. Et pour quelqu’un qui apprécie, comme moi, surtout les ambiances contemporaines, c’est vraiment un compliment !

Extraits : Le matin, il est le premier dans la carrière à observer les montagnes qui se défont pour qu’il puisse leur insuffler ses formes à lui, leur redonner vie à sa manière. Imaginer, sculpter, créer, afin que sa volonté se fasse sur la pierre.

La lumière entre par les fenêtres en ogives. Michelangelo joue avec les particules de poussière qui, projetées par le faisceau lumineux, viennent se cogner contre la table en marbre. Les mains agiles du sculpteur passent de l’ombre à la clarté sans se lasser. Il attend.
Frère Guido est venu le chercher dans la matinée en lui disant que l’un des leurs était mort et que le supérieur lui permettait de l’ouvrir. Guido n’emploie jamais le mot « disséquer ». Par respect, dit-il, pour le trépassé, mais aussi pour les vivants qui se doivent de l’étudier avec religiosité.
Michelangelo continue de caresser la lumière, quand il entend les pas s’approcher. Il ne lève pas les yeux vers la porte. Il connaît parfaitement l’enchaînement de gestes que les frères commencent. Presque une danse.

Les avis de Anne, Cécile, Claudialucia, Dominique, Flo, In cold blog, Lucie, Mimi Pinson, Val et Zazy 

Publié dans littérature France, rentrée hiver 2014

Hubert Haddad, Théorie de la vilaine petite fille

theoriedelavilaineL’auteur : Hubert Abraham Haddad est né à Tunis en 1947. Il suit ses parents dans la banlieue parisienne quelques années plus tard. Auteur de poèmes, nouvelles et romans, il reçoit le Prix Renaudot Poche en 2009 pour Palestine. En 2007, paraît la suite du Nouveau Magasin d’écriture, dans lequel il interroge la littérature et l’imaginaire à travers 200 gravures choisies pour leur pouvoir d’évocation.
400 pages
Editeur : Zulma (janvier 2014)

Un nouveau roman d’Hubert Haddad, une couverture de chez Zulma, comment ne pas y résister ? Pourtant, je n’avais pas éprouvé de coup de coeur pour Le peintre d’éventails, mais j’avais admiré l’écriture fluide et poétique, le sujet m’avait parlé, le souvenir en était resté fort agréable au bout du compte.
Mais alors quelle déconvenue avec ce roman sur les sœurs Fox, premières adeptes connues du spiritisme, ou plus précisément du spiritualisme anglo-saxon, au milieu du XIXème siècle. Un sujet et une époque qui ne m’enthousiasmaient pas a priori, mais j’avais grande envie de changer d’avis sur la question, justement ! Un début en demi-teinte, mais assez intrigant, où on fait connaissance de Margaret et Kate Fox, quinze et onze ans, qui s’installant dans une nouvelle maison, y remarquent des bruits fort étranges… Leur sœur aînée Leah trouve qu’il y a peut-être moyen de tirer parti des pouvoirs bien particuliers de ses deux cadettes, et les emmène avec elles dans la ville de Rochester.
Malheureusement, bien que l’époque et les endroits décrits soient plaisamment évoqués, le contexte a mis trop de temps à se mettre en place et tout cela s’est avéré très vite m’ennuyer, pour ensuite s’enliser dans des situations plutôt répétitives. Bien sûr, les sœurs Fox n’étaient pas en odeur de sainteté et nombreux étaient ceux qui voulaient démontrer qu’elles appartenaient au monde des charlatans. Mais cela ne m’a pas permis de m’attacher beaucoup à leurs vies, ni de comprendre vraiment qui elles étaient.
Le style ne m’a pas convaincue non plus, trop lourd, avec des phrases qu’il me fallait relire pour en tirer du sens, bref… une déception pour la première lecture de cette rentrée de janvier 2014, qui me donne envie de retourner vers des valeurs sûres plutôt que de me jeter sur les nouveautés.

Les avis (plus positifs que le mien) de Jostein et Yv.

Publié dans abandon de lecture, littérature France, rentrée littéraire 2013

Raphaël Jerusalmy, La confrérie des chasseurs de livres

laconfreriedeschasseursRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Diplômé de l’École normale supérieure et de la Sorbonne, Raphaël Jerusalmy a fait carrière au sein des services de renseignements militaires israéliens avant de mener des actions à caractère humanitaire et éducatif. Il est aujourd’hui marchand de livres anciens à Tel-Aviv. En 2012, Actes Sud a publié son premier roman, Sauver Mozart (prix de l’ENS Cachan), déjà en cours de traduction en anglais (Royaume-Uni, États-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande), en italien et en hébreu.
320 pages
Editeur : Actes Sud (août 2013)

Une de mes découvertes de l’année dernière a été le petit roman fin et plein d’idée écrit par Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart, qui m’a laissé un délicieux souvenir (et qui vient d’ailleurs de sortir en poche !)
Autant dire que j’étais ravie de savoir que l’auteur récidivait, et j’ai acheté son deuxième roman sans trop m’attarder sur la quatrième de couverture. Roman historique, roman d’aventures qui imagine ce qu’il est advenu de François Villon lorsqu’il fut libéré des cachots de Louis XI où il attendait son exécution, là où les historiens perdent sa trace… Voilà qui était engageant ! Le temps des premiers imprimeurs, un périple de Paris à Jérusalem, des complots et des rebondissements… J’imaginais une sorte de Nom de la rose, dans d’autres paysages.
Le début m’a bien plu, lorsque l’évêque Chartier vient trouver Villon dans sa prison pour lui proposer un marché qu’il ne peut guère refuser. Le récit manifeste beaucoup d’érudition, l’intrigue est intéressante, mais, car il y a un mais… le style m’emballe vraiment moins que dans Sauver Mozart qui, écrit sous forme d’un journal, était très dynamique. Dans ce roman, la narration peine par moments à donner une existence aux personnages et aux lieux, et malgré quelques jolies images, j’ai fini par m’engluer dans des péripéties qui ne me passionnaient guère et par n’ouvrir le livre qu’avec effort. Bref, pas du tout le moment de ravissement attendu.
Je crois que cela tient surtout au style qui ne me convient pas, et sans doute l’histoire n’est-elle pas pour moi non plus ! Je n’ai lu que des avis très positifs par ailleurs, aussi suis-je sûre que c’est moi qui suis passée à côté, qui n’ai pas vu les qualités de ce roman. Ce sont des choses qui arrivent. 

Extrait : Guillaume Chartier s’était attendu à un meilleur accueil, imaginant un auditeur subjugué, pendu à chaque syllabe. Le voilà assis en face d’un goinfre aux paluches rugueuses qui, l’échine penchée à même l’écuelle, se borne à mastiquer goulûment sa pitance. La tâche que Louis XI lui a confiée demande du doigté. Le moindre impair risque de déclencher une effroyable crise politique, voire un conflit armé. Or le prisonnier qu’il a devant lui n’est pas réputé pour sa docilité. C’est un rebelle. Mais c’est justement sur cet esprit d’insubordination que table l’évêque de Paris.
Alors que Villon happe une belle portion de fromage des montagnes, Chartier extrait un volume de dessous sa cape. La reliure en est grossière, une peau de truie dépourvue de tout ornement. Le titre est manuscrit au dos en caractères gras : ResPublica.
– Le Saint-Siège veut interdire cette publication à tout prix.

Lisez par exemple les avis de Leo a lu ou de Passion de lecteur

Publié dans littérature France, non fiction, rentrée littéraire 2013

Hugo Boris, Trois grands fauves

troisgrandsfauvesRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Hugo Boris est l’auteur de trois romans, tous publiés chez Belfond et ayant tous reçu un excellent accueil critique et une reconnaissance publique. Le Baiser dans la nuque (Belfond, 2005 ; Pocket, 2007), prix Emmanuel-Roblès. La Délégation norvégienne (Belfond, 2007 ; Pocket, 2009), premier prix littéraire des Hebdos en Région. Je n’ai pas dansé depuis longtemps (Belfond, 2010 ; Pocket, 2012), prix Amerigo-Vespucci.
202 pages
Editeur : Belfond (août 2013)

Georges Danton, Victor Hugo, Winston Churchill, trois grands hommes, trois forces vives contre lesquelles la mort n’a pas toujours de prise… Dès l’enfance de Danton, où, piétiné par un taureau, il frôle la mort et reste défiguré, je me me suis laissée immédiatement emporter par le rythme du texte qui colle parfaitement à la force des personnages. Ces trois destins, dont le lecteur ne découvre que des fragments, des moments forts, sont pourtant loin d’être réduits à une suite d’anecdotes, et les portraits se dessinent progressivement avec puissance. La question se pose de savoir ce qui est romancé ou ce qui fait partie de la légende des trois hommes, et puis cette question passe au second plan.

Tout m’a plu dans ce roman, me poussant à lire et relire des phrases qui sonnaient bien, qui ouvraient d’autres perspectives… C’est un livre à découvrir sans a priori, en se laissant bercer par l’écriture élégante, plutôt qu’en cherchant à connaître in extenso la vie de ces trois grands hommes. C’est bien évident qu’il y faudrait plus que 200 pages ! On sent que l’intention de l’auteur était de créer des liens, d’éclairer des similitudes, de tracer une sorte de portrait global d’un homme exceptionnel, avec ses moments de grandeur et ses failles.

L’objet livre est particulièrement soigné et réussi, avec une couverture et un papier qui font un peu penser à un Zulma, de jolis rabats, le deuxième rabat offre même un marque-page à découper !
A tous points de vue, ce roman est une belle réussite ! 

Si l’auteur ou l’éditeur passe par ici, j’ai une petite question : est-ce volontaire si les phrases sont presque mot pour mot les mêmes, pages 31 et 63 pour décrire Danton et Hugo se ruant dans leur maison, après un décès ?

Appréciez les premières phrases :
Mai 1763. Ce n’est pas la Champagne humide ici, mais la pouilleuse, celle que la craie rend stérile. La petite taille de l’enfant ne lui permet pas de connaître l’étendue de la plaine. Il en entend le silence les jours sans vent. Il marche vers la vache qu’il a aperçue, là-bas, dans le pré. Il l’a reconnue, c’est la sienne, elle cherche l’ombre d’une haie. La mère de l’enfant n’a pas eu la force de l’allaiter à sa naissance. Il s’accroupit sous la lourde grappe, prend un pis dans la main pour faire gicler le lait. Il ignore qu’il va mourir dans une seconde. Le branle d’un sabot lui fait lâcher prise. Une ombre lui bouche le soleil. Il tend les deux bras en avant pour se protéger, écrasé par le poids gigantesque du taureau. Le mâle échappé le piétine en beuglant. L’animal le soulève de terre. Le petit hurle, se débat, fait rempart de ses mains en pure perte. L’une des cornes lui emporte la bouche. Dans sa gorge, le goût du sang se mêle à celui du lait.

Lu par Clara, restée un peu sur sa faim, et Passion de lecteur, emballé. Pour Neph, magistral ! 

Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2012

Laurent Gaudé, Pour seul cortège

Rentrée littéraire 2012
L’auteur : Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé publie son œuvre, traduite dans le monde entier, chez Actes Sud.
Il est notamment l’auteur de CrisLa mort du roi Tsongor(2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003),Le soleil des Scorta (2004, prix Goncourt 2004, prix Jean-Giono 2004), Eldorado (2006), Dans la nuit Mozambique (2007), La porte des Enfers (2008 ), Ouragan (2010), Les oliviers du Négus (2011) et Pour seul cortège (2012).
181 pages
Editeur : Actes Sud (22 août 2012)

« A qui appartiens-tu, Alexandre ? »
Commencer mes lectures de la rentrée littéraire par le roman de Laurent Gaudé me semblait une évidence, (pas pour tout le monde, je sais…) tant j’ai aimé ses précédents romans, mais je craignais un peu l’aspect historique, cette Antiquité lointaine à la fois dans le temps, dans l’espace, dans les mentalités… Pourtant, ces voix entrecroisées m’ont dès le début guidée et ravie, dans tous les sens du terme. Tout d’abord apparaît Alexandre, qui sent la maladie s’attaquer à lui, au cours d’un festin. Il ne sera plus à partir de ce moment ou presque, qu’une voix, guidant les pas de ceux qui veulent l’escorter jusqu’à sa dernière demeure. Puis Dryptéis, qui a souffert des actes de conquête d’Alexandre, jeune mère réfugiée dans un temple lointain, d’où elle sera contrainte de partir. D’autres voix, dont celle d’Ericléops, plus mystérieuse, les rejoignent ensuite et tissent une épopée à travers plusieurs pays, une quête épique qui sera le dernier voyage d’Alexandre.
C’est un coup de cœur que j’ai éprouvé, à la fois pour la langue très poétique, l’approche spiralaire des personnages et les évocations, couleurs, sons, odeurs… Finalement, la réalité historique importe peu, c’est d’un mythe tragique qu’il est question ici, de situations et de personnages hors du commun, en particulier Dryptéis aux pas de laquelle je me suis attachée, et qui m’a évoqué ce vers d’Aragon : « La femme est l’avenir de l’homme. »… Ce roman est un hymne à l’humanité dans ce monde antique qui était pourtant particulièrement impitoyable : « Le partage de l’empire, c’est à cela qu’ils pensent tous. »

Extraits : Elle fixe le paysage en contrebas et aperçoit enfin un filet de poussière qui s’avance vers eux. Les prêtres du temple se pressent sur les bords de la terrasse, tous curieux et inquiets. Pour l’instant, ils ne distinguent rien d’autre que la poussière au loin. Il faut attendre et les secondes sont longues. Elle ne quitte pas des yeux l’horizon. Ça ne peut pas être un homme seul. Il y a trop de poussière. Ce doit être un groupe. Ils approchent vite. Les prêtres attendent. Une agitation nerveuse s’empare d’eux. Ils fixent le paysage à leurs pieds, essayant de mesurer la distance qui les sépare du cortège qui approche. Le temple est accroché à la roche, suspendu dans les airs, relié au monde des hommes par un escalier unique qu’ils ont construit de leurs propres mains.

 

Il ne dit rien, cherche de l’air pour respirer. Est-ce que tout va s’achever ainsi ? Il a le temps encore de se poser la question. Les dieux ont-ils déserté Alexandre ?… Que se passera-t-il alors ? Il sent, là, à l’instant où la douleur le brûle, qu’il n’a pas de successeur, que tout l’Empire va bruire d’inquiétude et que personne n’est de taille à tenir l’immensité du royaume qu’il a forgé. Il veut danser encore pour oublier tout cela, danser car c’est la dernière fois qu’il peut le faire et il voudrait que cet instant dure toujours.

Ce n’est pas moi que tu attends, mais je viens, je me rapproche. Je me suis mis en route il y a longtemps de cela. Si tu savais, Alexandre… Tu seras étonné lorsque tu me verras, bouche bée. Je ne perds pas une seconde. Tu ne le sais pas encore mais le temps nous est compté. Je veux te voir à nouveau, j’ai tant de choses à te dire, Alexandre. Lorsque tu me verras, tu chancelleras. Tu répèteras avec incrédulité : « Ericléops ?… Ericléops ?… Est-ce que c’est bien toi ? » Oui. C’est moi. Je reviens à toi. J’ai tout l’empire à traverser mais rien, désormais, ne saurait plus me fatiguer.

Lu pour le coup de cœur des lecteurs VIP d’Entrée livre. D’autres avis  entre ses pages