Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Jake Lamar, Postérité

posteriteL’auteur : Jake Lamar, romancier, est né en 1961 à New York, dans le Bronx. Après des études à Harvard, il a été journaliste à Time Magazine. Depuis 1993, il vit en France, à Paris.
334 pages
Editions Rivages (juillet 2014)
Traduction : Françoise Bouillot
Titre original : Posthumous

Ce livre ferait partie des oubliés de la rentrée littéraire, si le Festival America n’avait pas invité son auteur. J’ai eu l’occasion de l’écouter et d’entendre des extraits de son nouveau roman au cours d’une rencontre intitulée « Vivre pour l’art » à laquelle participait aussi Jim Fergus pour Chrysis. Comme dans Chrysis, le personnage principal est une femme peintre, mais Femke Versloot a été imaginée de toutes pièces par l’auteur. Les premières pages du roman mettent en scène la façon dont Toby White, jeune professeur d’histoire de l’art, décide au début des années 2000 d’entamer des recherches sur Femke Versloot, une peintre néerlandaise de la mouvance « expressionnistes abstraits » comme Jackson Pollock ou son compatriote Willem de Kooning.
Venue habiter aux États-Unis à la fin de la deuxième guerre mondiale, Femke s’y est mariée et a eu une fille. Toby White essaye d’approcher l’artiste, maintenant âgée de quatre-vingts ans, par l’intermédiaire de sa petite-fille. Mais Femke se montre rétive à répondre à ses questions, comme elle l’a fait toute sa vie, se contentant d’affirmer que son art parle pour elle. On imagine bien la peinture explosive, témoin du caractère bien trempé, des émotions et des passions de Femke.
Le lecteur sent vite que cette artiste cache un secret, et c’est là que le livre a pour moi un peu perdu de sa force… Une fois de plus, un secret de famille, soigneusement enfoui, trouvant ses racines dans une guerre, cela m’a semblé déjà lu et relu. Pourtant, ce n’est pas exactement ce que l’on imagine, et ce n’est du reste pas le sujet principal, qui reste le mariage difficile, voire impossible, de l’art et de la vie de famille. L’auteur d’ailleurs, dessine avec finesse des portraits des membres de la famille que le fait de côtoyer une telle artiste a durablement perturbés.
L’ensemble est bien écrit, et intéressant dans la mesure où il permet de découvrir, dans une fiction, mais avec réalisme, le milieu de l’art new-yorkais après-guerre, et les débuts de l’art contemporain.


L’avis de Marjo. 

La rubrique « Conseils de lecture » sur L’art et le roman.

 

Publié dans cinéma, policier

Ciné (9) Quand vient la nuit

quandvientlanuit1Film américain de Michael R Roskam
avec Tom Hardy, Noomi Rapace, James Gandolfini, Matthias Schoenaerts
date de sortie : 12 novembre 2014
durée : 1h47mn
titre original : The drop
Scénario d’après une nouvelle de Dennis Lehane « Animal rescue »
vu en VOST

Un court billet cinéma car j’ai vraiment envie de vous dire le plus grand bien de ce film, même si j’imagine que certains, ou plutôt certaines, d’entre vous ne se sentiront pas spécialement attirés par une histoire de gangsters à Brooklyn. J’ai eu l’occasion de le voir en avant-première grâce aux Quais du Polar, qui ne pouvaient qu’approuver cette adaptation de Dennis Lehane.
Ce film a énormément d’atouts. Il paraît d’abord que le premier du réalisateur belge Michael Roskam, dont le titre était Bullhead, était très bien, je suis obligée de croire les critiques car je ne l’ai pas vu !
Mais venons-en à Quand vient la nuit. Il commence par de très belles images de Brooklyn de nuit et en hiver, côté quartiers un peu déshérités. Les bars y sont en grande partie tenus par des mafieux, tchétchènes en l’occurrence, qui les utilisent à tout de rôle, une nuit par-ci par-là, pour y déposer tout l’argent sale récolté pendant les heures nocturnes. D’où le titre The drop, le dépôt. « Chez Marv » est un bar comme les autres, Marv n’en est plus que le nom en façade, depuis qu’il a dû le céder à la mafia locale, et Bob, son cousin, est serveur. Calme, presque mutique, surtout devant les femmes, Bob accomplit son travail tranquillement, de manière routinière, jusqu’au jour où il trouve un chiot dans une poubelle. Il va alors décider d’élever le petit animal, ce qui perturbe son existence…
Une atmosphère de menace plane sur cette vie tranquille, le bar subit un braquage, les mafieux réclament sans ménagement leur argent envolé, Bob est harcelé par un personnage douteux et très perturbé…
Le scénario, basé sur une nouvelle de Dennis Lehane, est vraiment excellent et recèle des surprises jusqu’à la fin. Le choix des acteurs n’est pas dépourvu de découvertes non plus, avec Tom Hardy dans le rôle principal, un inconnu pour moi, pour un rôle pas facile où il est vraiment parfait. Il est entouré par James Gandolfini, le père des Sopranos, que j’ai eu grand plaisir à retrouver, pour son dernier film, malheureusement. A leurs côtés l’inquiétant Matthias Schoenaerts (vu dans De rouille et d’os) et l’excellente Noomi Rapace (vue dans la trilogie Millénium) complètent une équipe d’acteurs épatante.
De plus, gros point important pour moi, si l’ambiance n’est pas des plus roses, aucune violence gratuite ne vient en surenchère. Mr partage mon point de vue, et nous avons beaucoup discuté de ce film au retour et le lendemain, c’est dire qu’il nous a fait une certaine impression.
Voilà, j’espère que vous vous laisserez tenter !
quandvientlanuit2Noomi Rapace, Tom Hardy

Publié dans photographes du samedi

Photographe du samedi (21) Julien Coquentin

Le Festival America est aussi le cadre d’expositions de photos. Je ne pouvais pas manquer de remarquer celle-ci, de part et d’autre d’un lieu de passage obligé entre les différentes conférences et le salon du livre. Intitulée Montréal New york aller retour, cette exposition de photos des deux villes capture des moments particuliers, plutôt calmes et dépourvus d’animation (une série du photographe se nomme d’ailleurs Tôt un dimanche matin) et qui font rêver…julien-coquentin2julien-coquentin3julien-coquentin4julien-coquentin8

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J’ai aimé aussi une autre série de ses clichés où il met en scène des peintures de rue, de manière poétique et tendre…

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Julien Coquentin est né en 1976 et se passionne pour la photographie depuis 2007. Il traite aux travers de ses séries des thèmes aussi variés que l’enfance et la mémoire, la ville et le territoire. Il a réalisé de nombreuses expositions, en Franc ou à l’étranger. Après la longue errance urbaine que figure la série « Tôt un dimanche matin », Julien a travaillé plusieurs mois en Malaisie sur l’île de Bornéo d’où est issue un projet sur la déforestation intitulé « Green Wall ». Aujourd’hui Julien vit en France où il élabore plusieurs séries, documentaires et plasticiennes.

Une belle idée de cadeau pour un amoureux de New York, que ce livre de photos de Julien Coquentin (éditions La main donne)

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D’autres photographes du samedi ici et aussi chez Choco qui en a eu l’idée !

Publié dans littérature Océanie, mes préférés

Elliot Perlman, La mémoire est une chienne indocile

memoirechienneL’auteur : Elliot Perlman est né en 1964 en Australie, où il vit. Il a reçu le Book of the Year Award pour son premier roman, Trois dollars, et le Steele Rudd Award pour L’Amour et autres surprises matinales, publiés chez Robert Laffont, ainsi qu’Ambiguïtés, succès critique et public qui l’a révélé.
576 pages
Editeur : Robert Laffont (Pavillons, janvier 2013)
Titre original : The street sweeper
Traduction : Johan-Frédérik Hel Guedj

A quoi reconnaît-on un très bon, un excellent roman ? Pas seulement au fait qu’il se dévore en cinq ou six jours, ce qui n’est pas mal, compte tenu de son format respectable ! Ce qui fait de ce Street sweeper un roman hors du commun est le dosage parfait entre érudition, brassage de thèmes divers et passionnants, et galerie de personnages bien campés et crédibles…
Deux hommes sont au cœur de ce roman, et eux-mêmes à un moment crucial de leurs vies respectives. Lamont Williams, un jeune habitant du Bronx, obtient, au sortir de huit années de prison, un travail à l’essai pour six mois dans un hôpital de Manhattan. Il doit absolument y faire ses preuves, cela compte pour lui plus que tout, car il espère retrouver la trace de sa fille qu’il n’a pas vue depuis des années. Adam Zignelik enseigne à l’Université de Columbia, mais craint pour la pérennité de son poste, faute de publication récente. C’est aussi le moment où il se sépare de la seule femme qu’il ait jamais aimé et aime encore.
Voilà pour les personnages de premier plan, mais bien d’autres vont s’inviter dans la ronde, et surtout l’Histoire avec un grand H va entrer en scène.
Les thèmes de la mémoire individuelle et de la mémoire collective, du rôle de l’historien, de la transmission orale, vont venir servir des sujets forts et poignants tels que l’obtention des droits civiques au cours du XXème siècle aux États-Unis, le rôle des Sonderkommandos dans les camps de la mort en Pologne, la libération de certains camps par les noirs américains, le travail d’un psychologue sur les témoignages des rescapés des camps.
Ce roman touffu est magnifique rien que pour l’idée du vieux juif malade qui transmet sa mémoire au jeune agent d’entretien noir, mais tant d’autres scènes sont formidables… Il porte de superbes moments d’émotions, lorsque ressurgissent des souvenirs enfouis, il donne vie à des personnages tellement humains et touchants, il éclaire sur l’histoire du vingtième siècle, bref, c’est un roman à lire si ce n’est pas encore fait !

Extrait : Gandhi, Harlem, le Christ, les juifs d’Europe, un homme, un Noir, qui vivait là-bas, à Broadway, au séminaire de l’union théologique, en 1930 : on ne sait jamais quels peuvent être les liens entre les choses, les gens, les lieux, les idées. Mais il y a des liens. On ne sait jamais où on les trouvera. La plupart des gens ne savent pas où les trouver, ils ignorent même que cela vaudrait la peine de les rechercher. Qui les recherche, d’ailleurs ? Qui a le temps de chercher ? C’est le travail de qui, de chercher ? C’est le nôtre. A nous, les historiens. Cela fait partie de notre tâche. Plus vous en savez, plus vous en lisez, plus forte sera votre intuition. Vous pouvez vous servir de votre intuition comme d’un compteur Geiger, comme d’un outil de premier ordre pour détecter la vraisemblance et la probabilité, et comme d’un point de départ vers de nouvelles voies de recherche. Mais, quel que soit le métier que vous finirez par exercer pour gagner votre vie, où que vous l’exerciez, il vous faudra autant d’intuition et de curiosité que vous pourrez en puiser en vous-même. Développez l’une et l’autre comme un athlète développe ses muscles et ses impulsions. Vous en aurez besoin, ne serait-ce que pour maintenir votre esprit en éveil. Tôt ou tard, quoi qu’il se produise à Wall Street, vous tiendrez à récupérer la maîtrise de votre esprit.
(Merci à Cuné, j’aimais beaucoup cet extrait représentatif du roman, que j’avais noté, mais j’avais un peu la flemme de le recopier !)

Les avis enthousiastes d’Aifelle, Clara, Cuné, Krol et Sylire.

Publié dans balade photos, vie de lectrice

J’ai vu New York (3) Brooklyn, c’est aussi New York

L’avantage d’aller plusieurs fois à New York, c’est que les visites classiques n’étant pas forcément à refaire, cela laisse du temps pour découvrir d’autres quartiers. Vous savez sans doute que la ville de New York est composée de cinq « boroughs » à savoir Manhattan, Brooklyn, le Queens, le Bronx et Staten Island… D’ailleurs, le dimanche où nous y étions se déroulait la randonnée cycliste des « five boroughs » qui permet aux habitants, en solitaire, par groupes ou en famille, de parcourir 40 miles parmi les cinq quartiers.

Mais revenons à Brooklyn : la ville de Paul Auster (et oui ! Mais non, je ne l’ai pas croisé à Park Slope, ni lui, ni Siri Hustvedt !) comporte des quartiers aussi différents que Brooklyn Heights et sa vue sur Manhattan, Williamsburg plutôt tendance, mais encore assez métissé, Park Slope plus chic, Coney Island et sa plage, Brighton beach et sa communauté russe… Nous avons traversé plusieurs fois l’East River, principalement par le métro, mais aussi à pied par le pont de Williamsburg, et une autre fois en navette fluviale. La première incursion à Brooklyn, sous une pluie battante, a été pour aller au Musée des transports, consacré principalement au métro new-yorkais, très intéressant (et à voir sur l’excellent site consacré à New York, et signé Manu et Jacques).

Nous avons ensuite exploré Williamsburg, mangé dans un vrai « diner » installé dans un ancien wagon, puis Park Slope et ses jolis alignements de maisons, avec bien sûr une ballade à Coney Island, sa jetée, ses attractions foraines à l’ancienne et ses incontournables hot-dogs !

Brooklyn1Brooklyn2Brooklyn3Brooklyn4Bonne balade et à bientôt pour la suite !
Et n’oubliez pas « J’ai rêvé New York » avec Sylire !
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Publié dans balade photos, vie de lectrice

J’ai vu New York (2) Et la nature ?


Pour continuer, je vous laisse imaginer la place que tient la nature dans la ville…
Elle est plus importante qu’on ne le pense, et le printemps qui était plus tardif que chez nous battait son plein. Au gré des rues, des fameux squares (Union Square, Madison Square, Bryant Park ou sur la High Line, ancienne ligne de train reconvertie en jardin suspendu) les arbres en fleurs ne manquaient pas, et les écureuils gris non plus. Combien sont-ils au juste sur la deuxième photo ?
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Bien sûr, Central Park reste le poumon de verdure : pour savoir qui ce lapin et ce rat accompagnent, vous pouvez voir une vue d’ensemble chez Sylire.


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NewYork_nature10Quant à la dernière photo, c’est le chant qui nous a attiré d’abord, pas une mélodie extraordinaire, mais surtout inaccoutumée… et ayant fait entendre son chant, monsieur cardinal s’est laissé photographier. newyork_sylire

J’ai rêvé New York avec Sylire.

A suivre… (et les photos s’agrandissent d’un clic)

 

Publié dans balade photos, vie de lectrice

J’ai vu New York (1) Oh ! c’est haut !

A la suite de notre tout récent voyage, je vous propose une petite visite en photos par thèmes.
Aujourd’hui, donc, c’est haut ! Même à la troisième visite, on passe pas mal de temps le nez en l’air… sans doute un peu moins, car plusieurs reprises, nous avons réussi à passer pour des autochtones, à qui on peut demander son chemin !

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Première série : reflets à Bryant Park, puis l’immeuble des Nations Unis, suivi des constructions nouvelles sur le site de Ground Zero.

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Deuxième série : détail architectural, puis Empire State Building et Chrysler Building.

Parfois, ce n’est pas haut du tout, des petites maisons mignonnes, ou des immeubles dont l’étroitesse fait le charme. Les escaliers à incendies sont typiques des immeubles qui abritaient des familles d’immigrants, à raison de quatre à dix pour deux pièces, qui servaient aussi de lieu de travail. Le Lower east side Tenement Museum présente ces appartements très insalubres… Mes photos ont été prises dans différents quartiers, mais j’ai une certaine tendresse pour le quartier de Chelsea, aux abords de la 25ème rue.


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Vous n’y couperez pas, voici pour finir, un petit air à garder en tête toute la journée, avec la chanson de Gainsbourg :

Empire States Building oh ! c’est haut
Rockfeller Center oh ! c’est haut
International Building oh ! c’est haut
Waldorf Astoria oh ! c’est haut
Panamerican Building oh ! c’est haut
Bank of Manhattan oh ! c’est haut

J’ai vu New York
New York U.S.A.
J’ai vu New York
New York U.S.A.
Je n’avais rien vu d’au
Je n’avais rien vu d’aussi haut
Oh ! C’est haut, c’est haut New York
New York U.S.A.

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D’autres balades et même des lectures chez Sylire.

A suivre…


(N’hésitez pas à cliquer sur les photos pour les agrandir)

 

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2013

Karl Taro Greenfeld, Triburbia

triburbiaRentrée littéraire 2013
L’auteur : Journaliste, conteur, satiriste, auteur d’un livre remarqué sur l’autisme, né à Kobe, de mère japonaise et de père américain, habite Tribeca, bien entendu, avec sa femme et ses deux filles. C’est le sixième livre de l’auteur et le premier traduit en français.
284 pages
Editeur : Philippe Rey (août 2013)
Traduction : Françoise Adelstain

Un roman choral, dans le quartier de Tribeca à New York, voilà qui a sonné alléchant à mes oreilles lorsque Keisha en a parlé ! Tribeca n’est pas un ancien nom indien mais un acronyme pour TRIangle BElow CAnal street, et désigne un quartier au sud de Manhattan, en-dessous de Canal Street, donc… Un quartier industriel réhabilité dans les années 90, qu’on pourrait qualifier de « bobo » et qu’on verra d’ailleurs évoluer au fil du roman, de moins bohème à plus bourgeois. Le lien entre les différents personnages est l’école publique où les pères déposent leurs enfants chaque matin. Leurs jobs respectifs, sculpteur, auteur, photographe, entrepreneur, leur permettant de choisir leurs horaires, ils se retrouvent souvent ensuite pour un petit déjeuner au bar le plus proche. Abordant les points de vue de chacun d’entre eux, l’auteur n’épargne personne et égratigne à tout va, n’oubliant aucun travers, aucune vanité, aucune autosatisfaction, aucune addiction…
Je me suis délectée à cette lecture, qui évoque une tranche de la population pas si décrite que cela dans les romans. J’ai relevé une ou deux bizarreries de traduction notamment un joli « il hocha les épaules », mais apprécié dans l’ensemble le style sans fioritures, mais assez visuel pour donner l’impression de pénétrer telle une petite souris au cœur de ces appartements new-yorkais plus ou moins bourgeois. Les enfants donnent lieu à quelques scènes pleine de vérité également, et les parents, quelle que soit leur ascension sociale, restent souvent bien démunis devant les réactions de leurs chérubins. Tout évolue dans un tel quartier, tout se délite doucement, mais pour le plus grand plaisir du lecteur !

Extraits : Je regarde mes amis de l’autre côté de la rue, les pères à la trentaine bien entamée, qui travaillent dans divers domaines artistiques. Il y a le sculpteur, l’auteur dramatique, le producteur de films, le mémorialiste, le photographe, même l’« entrepreneur » – notre truand local-, la plupart s’affichant artistes, en réalité hommes d’affaires.

 Les riches d’ailleurs semblaient arriver en nombre sans cesse croissant. Au début, elle n’avait pas remarqué le changement : la disparition des Ford cabossées au capot aussi long qu’une table de ping pong et des break Volvo avec de la toile adhésive en guise de vitre arrière au profit des Mercedes et Land Rover dernier cri, garées le long des trottoirs et l’air abandonné sous l’éclairage triste de la rue, mais rutilantes, attirant le regard, et malgré cela pouvant rester intactes de journées d’affilée, signe de l’embourgeoisement du quartier.

L’avis tentateur de Keisha.

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2013

Ivy Pochoda, L’autre côté des docks

delautrecotedesdocksRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Née à Brooklyn, Ivy Pochoda grandit dans une maison pleine de livres. Elle publie son premier roman en 2009 « The Art of Disappearing ». Joueuse de squash professionnelle et journaliste free-lance, elle vit désormais à Los Angeles avec son mari.
350 pages
Editeur : Liana Levi (septembre 2013)
Traduction : Adelaïde Pralon
Titre original : Visitation street


L’autre côté des docks donne vie à un quartier de Brooklyn, celui de Red Hook, au bord de l’East River, où la vue embrasse le sud de Manhattan, Ellis Island, le pont de Verazzano. Quartier en voie d’embourgeoisement où restent encore des traces de guerres des gangs, il hésite à présenter une identité claire entre les cités, les usines désaffectées, les petits commerces, les rangées de maisons…
Un soir d’été, deux jeunes filles d’une quinzaine d’années cherchent à faire quelque chose qui les sortent des soirées ordinaires, alcool, flirt au pied des immeubles et ennui. Elles se lancent, de nuit, sur un canot gonflable sur les eaux du fleuve, pour voir autrement leur quartier. L’une des deux est retrouvée inconsciente le lendemain matin, l’autre portée disparue. Au travers d’une galerie de portraits, l’auteur dépeint les conséquences de cet événement sur chacun, du jeune homme qui a été le dernier à les voir au professeur de musique du collège, du tagueur au lourd passé, au propriétaire d’une petite épicerie.
J’ai beaucoup aimé le style, direct sans être trop rêche, rendant bien les atmosphères, les bruits, les odeurs et les couleurs. A peine quelques comparaisons un peu faciles ou redondantes m’ont-elles titillées, à peine quelques longueurs aux trois-quarts du roman, et déjà, je devais quitter avec regret ce quartier que j’ai grande envie de parcourir lors d’un futur voyage à New York. C’est une toute autre face de Brooklyn, après Paul Auster, et sans doute, encore, une auteure à suivre.

Extrait : La lune est haute et pleine. Les dernières lumières des tours sont dans leur dos. Les bruits estivaux et les conversations du parc se sont évanouis, alors elles parlent plus fort, élèvent la voix pour braver le silence. Elles agitent les bras, font de grands gestes pour repousser les ombres qui dépassent des portes défoncées et des carreaux brisés. Elles connaissent les rumeurs, mais essaient de les oublier : les meutes de chiens sauvages enragés qui se reproduisent dans la raffinerie de sucre abandonnée, les camés hagards, les SDF, les fous.
Non loin de la rive, au milieu d’un ensemble de bâtiments désaffectés envahi de mauvaises herbes et de déchets, un bateau de pêche délabré est amarré aux décombres. Les herbes frémissent au passage des jeunes filles. Elles pressent le pas. Entendent un sifflement venu du bateau, se retournent et aperçoivent Cree James, un jeune des cités qui traînait avec Rita avant que les parents de Val ne mettent fin à leur amitié. Il est beau – un visage rond, de grands yeux et des pommettes saillantes. Il se rase la tête pendant les mois chauds de l’année.

Des lecteurs : Mimi Pinson est restée à quai et Val est mitigée, mais Encore du noir et Passion des livres sont enthousiastes. Merci à Babelio et Masse critique de m’avoir permis de lire ce roman ! 

tous les livres sur Babelio.com
Publié dans photographes du samedi

Photographe du samedi (10) Gordon Parks

Les 44èmes Rencontres Photographiques d’Arles, sur le thème du noir et blanc cette année, présentent un photographe dont je ne connaissais le nom qu’en tant que réalisateur du film Shaft. J’ai découvert ses photographies classées selon différentes époques et thématiques : sa ville natale de Fort Scott, ses portraits de personnalités, (Mohamed Ali, Ingrid Bergman, Giacometti, Malcolm X…) sa vision de Harlem, les photos qu’il a prises en suivant la vie d’un commissariat new-yorkais… L’exposition est passionnante et nécessite de rester souvent devant des photos pour les digérer un peu ! 

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gordon_parks11Gordon Parks (1912-2006) a été le premier photographe noir à rejoindre la prestigieuse FSA (Farm Security Administration, 1942), le premier journaliste à réaliser un reportage sur un gang d’Harlem (1948), le premier reporter photographe noir à intégrer l’équipe du magazine Life, le premier réalisateur afro-américain à s’imposer à Hollywood (Shaft, 1971)… Également passionné de littérature, de musique et de cinéma, Gordon Parks s’est radicalement engagé dans la lutte contre le racisme et la discrimination, qu’il a dénoncé grâce à ses photos.

gordon_parks6gordon_parks13gordon_parks8gordon_parks7gordon_parks9gordon_parks10New York, New York. Three boys who live in the Harlem area. 1943gordon_parks5Le livre Photopoche n°147 des éditions Actes Sud est une bonne approche ou un bon complément à l’exposition qui se tient à Arles, au Parc des Ateliers jusqu’au 22 septembre 2013.

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D’autres photographes bientôt !
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