Publié dans bande dessinée, lectures du mois, littérature Amérique du Nord, littérature France

Lectures du mois (10) mai 2015

Voici quelques lectures non encore chroniquées. Il y a des lectures à ma convenance, d’autres moins, je vous laisse découvrir, en quelques mots, mes avis express !

coeurdupelicanCécile Coulon, Le cœur du pélican
238 pages Editions Viviane Hamy (janvier 2015)

J’avais beaucoup aimé Le roi n’a pas sommeil, en particulier le style, mais aussi le cadre et les personnages aux cœurs sombres.
J’ai commencé Le cœur du pélican, mais mon engouement ne s’est pas renouvelé cette fois. Je ne pouvais m’empêcher en cours de lecture de relever mentalement les métaphores un peu exagérées ou les clichés forcés sur la vie en lotissement (qui me rappelaient une autre lecture qui m’avait laissé mitigée, celle de Arlington Park de l’anglaise Rachel Cusk). Je ne me suis pas attachée aux personnages, et n’ai pas insisté en me rendant compte qu’il allait surtout s’agir de la crise de quarantaine d’un sportif, coureur dont on ne comprend pas vraiment pourquoi il a été adulé.
Un extrait : Des hommes rouges accompagnés de femmes pâles. Des gens aux gilets et chemises trempés de sueur, aux sous-vêtements usés, aux fantasmes lointains. Leurs rêves consistaient à se retrouver devant les grillades achetées par lots de trente au supermarché. Ils rêvent de vivre dans une porcherie, pensait le père du jeune garçon, serrant des mains moites, embrassant des joues qui puaient le tabac, l’alcool fort et la nourriture froide.

Clara l’a trouvé puissant et percutant.

unecanailleetdemieIain Levison, Une canaille et demie
239 pages Editeur : Liana Levi (Piccolo, 2007)

Un petit boulot, Tribulations d’un précaire, Arrêtez-moi là, Trois hommes, deux chiens et une langouste… qu’il parle de ses expériences de travailleur intérimaire ou qu’il imagine les exploits de loosers dans l’Amérique rurale, j’aime toujours l’humour et le mordant de Iain Levison. Il me restait ce roman à lire. C’est la rencontre entre un braqueur de banque philosophe et rêveur, (qui se présente ainsi : « Je fais carrière dans la rétribution financière fondée sur l’armement. ») et un prof d’université opportuniste. Leur confrontation est percutante et se dévore avec plaisir. Tous les personnages ont de l’épaisseur, de la crédibilité… une lecture vraiment plaisante !

Sandrine aime aussi.
Je commence avec ce roman un petit tour des 50 états américains avec le New-Hampshire

unzooenhiverJirô Taniguchi, Un zoo en hiver
232 pages Editeur : Casterman (2009)
Traduction : Corinne Quentin

Comme Iain Levison, mais dans un genre on ne peut plus différent, encore un auteur que j’aime à retrouver. Là, tout est douceur et nobles sentiments, ou presque (tout est dans le presque). Un jeune homme employé dans une usine de tissus part pour Tokyo et devient, par un coup de hasard, assistant mangaka. Il rencontre une jeune fille en fréquentant ses collègues, en les suivant lors de leurs virées nocturnes alcoolisées. Une partie de cette histoire est sans doute autobiographique, il se dégage un charme certain des dessins et des situations décrites. En outre, l’intérêt de voir de près comment travaillent les auteurs de manga ajoute une dimension à cette love story japonaise.

L’avis d’Hélène.

enattendantdemainNathacha Appanah, En attendant demain
192 pages Éditeur : Gallimard (janvier 2015)

J’avais repéré cette nouveauté à la Grande Librairie, et eu envie de découvrir une autre facette de Nathacha Appanah, après La noce d’Anna, très joli face à face entre une mère et sa fille.
Après un bref aperçu de la fin, le roman s’ouvre sur la rencontre d’Anita, jeune femme d’origine mauricienne et Adam, étudiant en architecture déraciné à Paris. Ils se comprennent, s’aiment, et s’installent dans les Landes d’où Adam est originaire. Des années plus tard, ils ont tout pour vivre heureux, quoique ayant l’un comme l’autre quelques regrets, lorsque Anita prend en amitié Adèle. Cette jeune fille sans papiers est originaire elle aussi de l’île Maurice. On imagine facilement que l’intrusion d’une tierce personne dans un couple un peu fragile va entraîner des complications. Toutefois, à partir de ce moment, les émotions des personnages me sont devenues étrangères et les événements dramatiques imaginés par l’auteur ne m’ont pas touchée, m’ont parus quelque peu artificiels et vides. Dommage !

L’avis de Mimi Pinson.

Publié dans littérature Amérique du Nord, sorti en poche

Joyce Maynard, Les filles de l’ouragan

fillesdelouraganL’auteur : Joyce Maynard est née à Durham, dans le New Hampshire, le 05 novembre 1953. Connue pour avoir fréquenté, à l’âge de dix-huit ans, le mystérieux et mythique J. D. Salinger, Joyce Maynard est également écrivain. En France, on a pu lire les romans Prête à tout, Long week-end, Les filles de l’ouragan et Baby Love, et les essais Et devant moi, le monde et Une adolescence américaine. Joyce Maynard vit désormais entre la Californie et le Guatemala.
328 pages
Editeur : Philippe Rey (janvier 2012)
Traduction : Simone Arous
Titre original : The good daughters

On entend et on lit beaucoup d’avis très intéressants sur Joyce Maynard depuis quelques temps ! Ça a commencé avec Long week-end, un huis-clos psychologique passionnant, mais dérangeant, à tel point que je me souviens avec précision de l’endroit et du moment où je l’ai lu, signe qu’il était marquant… Les titres suivants me tentaient beaucoup, mais l’occasion ne s’est présentée que récemment avec Les filles de l’ouragan à la bibliothèque.
Ce que j’aime chez cette auteure, c’est sa faculté à se glisser dans la peau et surtout la tête de ses personnages, ce qu’elle réussit encore particulièrement bien avec ces parcours de deux jeunes femmes dans la campagne du New Hampshire, des années 50 à nos jours. Elles sont nées neuf mois précisément après un ouragan dévastateur, le même jour, et même si leurs familles n’ont pas grand chose en commun, elles ne se sont jamais perdues de vue. L’une, Dana, a une mère artiste, un père toujours à la poursuite de projets aussi farfelus que voués à l’échec. Chez Ruth, le père est agriculteur, et forme avec sa mère un couple rude à la tâche et montrant peu d’affection, que ce soit l’un envers l’autre, ou vis à vis de leurs enfants.
Les moments clefs de leur enfance, de leur adolescence, l’entrée dans l’âge adulte, les amours, tout s’entrecroise, porté par les voix de l’une et de l’autre, j’ai failli écrire « les voies », tellement la recherche d’une direction, d’un sens à leur vie, leur est commun ! 
Que vous dire d’autre sinon que je ne tarderai sans doute pas à lire un autre roman de Joyce Maynard ou son récit autobiographique de sa liaison avec J.D. Salinger, car j’ai été une fois de plus séduite par la construction, le style précis et sans fioritures, la subtilité de la psychologie. J’ajoute que ce roman vient de sortir en poche, ce qui devrait satisfaire tout le monde.

Le début : Mon père me disait que j’étais un bébé de l’ouragan. Cela ne signifiait pas que j’étais née au cours d’un ouragan. Le jour de ma naissance, le 4 juillet 1950, se situe bien avant la saison des ouragans.

Il voulait dire que j’avais été conçue pendant un ouragan. Ou dans son sillage.
«Arrête ça, Edwin», intervenait ma mère chaque fois qu’elle le surprenait à me raconter cette histoire. Pour ma mère, Connie, tout ce qui avait à voir avec le sexe ou ses conséquences (à savoir ma naissance, ou du moins le fait de relier ma naissance à l’acte sexuel) ne pouvait être un sujet de discussion.
Mais quand elle n’était pas là, il me racontait cette nuit où il avait été appelé pour dégager la route d’un arbre abattu par la tempête, il me décrivait la pluie battante, le vent impétueux. «Je n’ai pas été comme mes frères faire la guerre en France, disait-il, mais j’ai eu l’impression de livrer une bataille, en luttant contre ces bourrasques qui soufflaient à cent cinquante kilomètres à l’heure. Et là il se passe une chose bizarre. Craint-on vraiment pour sa vie dans des moments pareils ? Mais c’est à de tels moments que l’on se sait vivant.»
Il me racontait cette pluie qui s’abattait si violemment sur la cabine du camion qu’il n’y voyait plus rien, comme son coeur battait fort alors qu’il progressait dans l’obscurité, et ensuite – exposé au déluge, il coupait l’arbre et dégageait les grosses branches sur le bord de la route, ses bottes lourdes de pluie s’enfonçaient dans la boue, ses bras tremblaient.
«Le bruit du vent avait quelque chose d’humain, se souvenait-il, comme le gémissement d’une femme.»

Les avis de CynthiaMimi PinsonNinaTheomaVal

Publié dans littérature Amérique du Nord

Louise Erdrich, Ce qui a dévoré nos coeurs

L’auteur : Louise Erdrich est née en 1954. D’origine germano-américaine par son père, elle appartient par sa mère à la tribu indienne Chippewa. Elle a passé sa jeunesse dans le Nord-Dakota où ses parents travaillait au Bureau des Affaires Indiennes. Son premier livre est un volume de poèmes : Jacklight. L’amour sorcier a remporté le prix du meilleur roman décerné en 1985 par le Los Angeles Times. Elle vit désormais dans le Minnesota avec ses filles et est la propriétaire d’une petite librairie indépendante appelée Birchbark Books, « birchbark » signifiant « écorce de bouleau » en anglais.
343 pages
Editeur : Le livre de poche (2010)
Traduction : Isabelle Reinharez
Titre original : The painted drum

Comme l’indique le titre original, c’est un objet, un tambour peint fabriqué par un amérindien en bois de cèdre, qui est le sujet du roman. La première partie relate la découverte à l’époque actuelle de ce tambour par deux femmes, Faye Travers et sa mère Elsie, dont l’activité consiste à évaluer les objets issus de successions. La vie quotidienne de Faye, et de la petite collectivité qui l’entoure, est dessinée à cette occasion, et si d’autres lecteurs ont trouvé cette première partie longuette, je m’y suis trouvée à l’aise. J’ai aimé le personnage de Faye et la découverte des habitants de ce coin rural du New Hampshire. A tel point que j’ai été un peu déboussolée par la deuxième partie qui change de narrateur, pour faire entendre la voix du petit-fils de celui qui a fabriqué le tambour.
Je ne me souvenais pas, par contre, avoir été autant éblouie par le style de Louise Erdrich, flamboyant, débordant d’ellipses et de raccourcis surprenants, comme je les aime, quoi ! Il permet de se laisser porter, entre réalité et vieilles légendes indiennes, par une histoire qu’on pourrait nommer : La petite fille et le tambour, et qui donne lieu à de très très beaux passages, dont l’image reste forte et inoubliable. Après La chorale des maîtres bouchers et La malédiction des colombes, j’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Louise Erdrich et ses thèmes de prédilection, comme les objets chargés d’histoire qui traversent les époques, les légendes indiennes… Ce roman m’a donné envie de retenter la lecture de Four souls, attaqué en anglais, et auquel je n’arrivais pas trop à accrocher. L’un des personnages est présent dans les deux livres, cela devrait m’aider à me plonger dedans !

Extrait : Pendant ces semaines-là, il n’y a pas de trace de la chienne qui a échappé à l’érable mort, et Elsie et moi ne pouvons que supposer qu’elle a été prise pour un chien errant et emmenée quelque part, ou peut-être abattue par un fermier depuis la galerie à l’arrière de sa maison, parce qu’elle pourchassait un cerf. En effet, c’est probablement ainsi qu’elle survit, en se faufilant par un trou dans la clôture de la réserve de chasse, en mangeant des faisans nourris à la main et des carcasses d’animaux tués par l’hiver.
La chienne réapparaît pendant un faux radoucissement de trois jours qui ne trompe personne. Le cocker de mes voisins un peu plus haut sur la route, ceux qui ont abattu vingt hectares de bois d’oeuvre sur pied en quatre jours atroces, se fait dévorer. Ils laissent l’animal dehors toute la nuit dans son enclos grillagé et le lendemain matin, en appelant le chienchien depuis la porte de derrière, Ann Flaud en chemise de nuit tire sur la laisse. Celle-ci vient à elle en traînant sur le sol dans un bruit de ferraille. Au bout pend un collier vide, à demi rongé. Ann reste plantée là, sur les marches, le collier à la main, à s’interroger.
À part cela, il n’y a pas grand-chose à découvrir. Peu de preuves. Juste une tache de sang et les deux longues oreilles brunes, semblables à des moufles.

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