Publié dans littérature Amérique du Nord, policier

Thomas Mullen, Temps noirs

tempsnoirs« Boggs sait que sa démarche ne le mènera nulle part. Il n’y aura pas de poursuite immédiate, pas de barrages routiers et, par conséquent, aucune arrestation. Les trafiquants d’alcool seront sous peu de retour dans leurs montagnes. »
Deuxième tome d’une série commencée avec Darktown, maintenant sorti en poche, Temps noirs permet de retrouver les agents policiers noirs engagés par la ville d’Atlanta en 1948 pour faire régner la loi dans les quartiers où habitent leurs concitoyens de couleur. Ils doivent composer avec des moyens restreints, l’impossibilité d’appréhender eux-même des suspects, et l’hostilité de leurs collègues blancs comme de la population. Un véritable sacerdoce !
Sur fond de trafic de drogue, se pose la question cruciale des Noirs qui commencent à emménager dans des quartiers autrefois réservés aux Blancs, réveillant ainsi le Ku Klux Klan et une autre organisation tout aussi raciste, parée de symboles nazis au lieu des macabres draps blancs.

« Toutes les variantes de la haine raciale seraient-elles en train de converger sur ce quartier ? »
Dans ce roman, on retrouve, en passant, l’avocat Thurgood Marshall dont le nom m’est connu depuis que j’ai lu Little Rock, 1957. Comme l’intrigue se déroule en 1950, si l’avocat militant des Droits Civiques n’est pas encore aussi connu, il agit déjà contre la ségrégation, et dans le roman, fréquente le révérend Boggs, père de Julius, l’un des policiers. Il est le genre de personne qui peut servir de médiateur, quand Noirs et Blancs se mettent autour d’une table pour discuter, ce qui à Atlanta, dans ces années-là, demeure exceptionnel.
La vie privée des policiers les plus représentatifs de la série est habilement mise en scène par l’auteur : l’un se fait du souci pour sa fiancée et d’anciennes histoires qui ressurgissent dans la vie de celle-ci, l’autre pour son beau-frère agressé de nuit tout près de chez lui. Le point de vue de Rake, policier blanc à l’esprit ouvert et non corrompu, une exception, apporte un contre-point intéressant. Les situations difficiles auxquelles les policiers se trouvent confrontés les mettent parfois à l’extrême limite de la légalité.
Bien documentés, rondement menés, sans que manquent quelques scènes d’action, ces romans réussissent à garder un juste équilibre entre aspect historique et suspense. Pour l’instant, seuls deux sont parus, même aux États-Unis, vous pouvez donc vous y atteler sans craindre de vous trouver embarqués dans une série trop longue…

Temps noirs, de Thomas Mullen (Lightning men, 2017) éditions Rivages Noir (mars 2020) traduction de Anne-Marie Carrière, 461 pages.
Merci aux éditions Rivages pour cette lecture !

Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, rentrée littéraire 2019

Regina Porter, Ce que l’on sème

cequelonsemeRentrée littéraire 2019 (6)
« Partout où James allait dans Manhattan, il croisait des moitié-moitié. Il avait commis l’erreur un jour d’employer le terme mulâtre. Rufus l’avait pris à part et lui avait expliqué que ce mot était interdit. Qu’il s’avise de le répéter encore une fois et il ne reverrait jamais ses petits-enfants. Et pourtant, quand James se promenait dans la rue avec Elijah et Winona, ses sentiments étaient aussi mêlés que leur sang. « Ils sont magnifiques. » disaient les gens. Mais ils ne me ressemblent absolument pas, avouait-il à Adele. »
De 1946 à 2010, parmi un grand nombre de personnages, Ce que l’on sème place sous son viseur deux familles. Celle de James Vincent, un avocat new-yorkais, qui s’est heureusement sorti de son milieu d’origine pour fonder une famille. Et celle de Agnes Miller, jeune étudiante noire, très séduisante, qu’un événement dramatique va amener à reconsidérer tous ses projets de vie. Autour d’eux, des amis, des cousins, des amants et amantes, des enfants et petits-enfants… Et la lutte pour les droits civiques, l’émancipation des femmes, la guerre au Vietnam…

« L’amour était un muscle. On l’utilisait. On l’entraînait, et l’amour vous offrait force et souplesse en retour. »
Au travers de personnages à la fois authentiques et singuliers, c’est une vision de l’Amérique de la deuxième moitié du vingtième siècle, avec ses changements, ses évolutions de pensée ou ses conservatismes que décrit l’auteur, avec un talent et un humour ne manquant pas de malice. Ajoutons que les dialogues sonnent tout à fait juste, que des photos viennent parsemer le texte comme des gages de véracité, que les deux premières pages consistent à présenter les personnages et la pièce Rosencrantz et Guildenstern sont morts qui sert de fil rouge.
Ce que l’on sème m’a fait penser dès les premières pages aux romans de Lauren Groff, et même s’il en est finalement assez différent, je dirais, comme pour les livres de sa compatriote, que ce premier roman ne pourra pas plaire à tout le monde. Original, un peu déroutant, incroyablement dense et finement traduit, il renouvelle complètement le genre de la saga familiale, et pour moi, il est formidable ! Seul problème, les autres lectures risquent de vous sembler fades, après l’avoir lu.

Ce que l’on sème, de Regina Porter (The travelers, 2019) éditions Gallimard, août 2019, traduction de Laura Derajinski, 362 pages.

Publié dans littérature Amérique du Nord, policier

Thomas Mullen, Darktown

darktown« Il était près de minuit quand l’un des nouveaux réverbères d’Auburn Avenue eut la malchance d’être embouti par une voiture, une Buick blanche dont un phare explosa en mille éclats sur le trottoir, au pied du poteau désormais plus penché que la tour de Pise. »
Imaginez-vous à Atlanta en 1948, accompagnant une patrouille de policiers noirs, les premiers à porter l’uniforme et à faire régner l’ordre dans le quartier où vivent leurs concitoyens de couleur. Car si la municipalité a accepté, à contrecœur, d’embaucher ces nouveaux policiers, c’est avec moult restrictions, notamment ils ne peuvent circuler qu’à pied, ne peuvent procéder à des arrestations qu’avec le recours à des collègues blancs, ils ont des bureaux en sous-sol d’un bâtiment sordide, car l’entrée au commissariat leur est interdite. Malgré tout, ils sont huit à s’être engagés, avec des motivations parfois variées, et le lecteur suit particulièrement deux d’entre eux, Boggs et Smith, à partir du moment où ils interviennent pour un accident de la circulation impliquant un blanc ivre, accident qu’ils pourront relier, plus tard, au meurtre d’une jeune femme noire.

« Eux qui avaient survécu jusqu’à l’âge adulte grâce à leur prudence et à leur discrétion, étaient tenus de patrouiller dans Darktown d’un pas lourd, dos droit et menton relevé, alors qu’ailleurs, en civil, ils devaient se faire tout petits, voire transparents. »
Vous imaginez bien qu’ils n’ont pas toute latitude pour enquêter et que les autres policiers blancs, dont la plupart sont racistes jusqu’au plus profond de leur moelle, ne font rien pour les aider. Le roman suit une deuxième patrouille, blanche cette fois, avec deux individus très différents, mais jamais stéréotypés. La confrontation des sensibilités différentes est le ressort passionnant du roman. À l’esprit totalement borné de certains flics, violents, racistes et corrompus, s’oppose un début de prise de conscience pour d’autres, même s’ils sont obligés de le cacher. La lutte pour les droits civiques avait encore énormément de chemin à parcourir en 1948.

« Le paysan, loin de le remercier, arborait une expression résignée. Comme s’il lui était plus facile d’accepter sans broncher la dernière plaie envoyée par le Seigneur que d’exiger des explications à la mort de son enfant. »
C’est LA pépite parmi les polars que j’ai commencé à présenter et ceux à venir. Le contexte, la mise en place des personnages et des situations, tout y est formidablement bien fait, et on n’a aucun effort d’imagination à accomplir pour se représenter les lieux et l’époque, on y est transporté ! De plus, l’auteur s’y entend pour faire augmenter la tension et pour attacher le lecteur aux personnages. Toujours vraisemblable, au plus proche de l’humain, c’est un roman policier comme je les aime.
J’ai lu depuis qu’il s’agissait du début d’une série et que certains personnages se retrouvent déjà dans un deuxième volume, pas encore traduit : Lightning Men. J’ai hâte de le découvrir !

Darktown de Thomas Mullen (Darktown, 2016), éditions Rivages (octobre 2018) traduit par Anne-Marie Carrière, 425 pages.

D’autres avis : Encore du noir, Jérôme et Mimi.

Publié dans littérature Amérique du Nord, mes préférés, premier roman, projet 50 états, rentrée hiver 2017

Taylor Brown, La poudre et la cendre

poudreetlacendre« Les rayons de l’aurore transperçaient à présent le plafond de verdure au-dessus de leurs têtes, dessinant de vagues halos de lumière au sol. Les autres hommes montèrent en selle à leur tour, raides et lourds, perclus, certains avançant au pas et se retrouvant tout à coup dans la lumière. Le garçon les voyait apparaître, irradiant au milieu des bois sombres, tels des spectres. »
1864, les derniers moments de la guerre de Sécession, en Caroline du Nord. Callum, jeune irlandais rescapé d’un naufrage se retrouve parmi les rangs d’un groupe de sudistes peu recommandables, pillards et violents, sous le commandement du Colonel. Callum est le bienvenu parmi eux pour sa faculté à se mouvoir en silence et à voler les chevaux. Lors d’une de leurs razzias, il n’hésite pas à protéger la jeune Ava et, par un concours de circonstances que je ne relaterai pas en détails, il prend la fuite avec elle. Ils se dirigent vers le sud, vers la Géorgie, suivant à distance les troupes de Sherman qui ne laissent que désolation derrière elles.


« Callum hocha la tête et fit claquer les rênes, vers le sud, la seule destination possible. Du nord arriveraient bientôt l’hiver et la troupe de guerriers assoiffés de sang et privés de leur chef, que rien ne rassasiait comme le goût de la vengeance. »
Pour compliquer cette fuite, ils sont recherchés par des chasseurs de prime sans vergogne. Dit comme cela, ça sonne comme un pur roman d’aventures, et pourtant, ce roman est bien plus que ça, mélangeant les genres avec virtuosité, et déroulant une écriture superbe au service d’une histoire palpitante. Le roman avance au rythme des deux fugitifs, et de leur cheval, le lecteur en sachant autant qu’eux-mêmes. Le paysage se découvre sous leurs yeux à mesure qu’ils fuient, une rivière, un sentier, une falaise, une forêt, un chemin, une autre rivière… Aucun narrateur omniscient ne vient nous en apprendre plus que ce qui leur apparaît, à part quelques paragraphes en italique qui se placent du côté des poursuivants, et accentuent alors l’anxiété ressentie pour la vie des deux jeunes gens.


« Ils ne quittèrent pas la crête de toute la journée, ils n’avaient nulle part où aller. Les feuilles étaient parées de leurs teintes les plus éclatantes, recourbées et cassantes sur les branches noires des arbres. »
C’est donc un coup de cœur que j’ai ressenti pour l’alléchant mélange entre roman historique et nature writing, entre western et roman d’amour, tous genres qui tiennent parfaitement et solidement ensemble par la grâce d’une écriture somptueuse, bien servie par la traduction.
Sans oublier le coup de cœur pour l’humanité opposée à la cruauté, la nature résistant à la guerre. Humanité qui mérite que l’on dépasse le titre et la couverture pas franchement engageants. Pour un premier roman, c’est tout à fait réussi, et j’espère bien relire cet auteur à l’avenir.

La poudre et la cendre (Fallen land, 2016) éditions Autrement (février 2017) traduit par Mathilde Bach, 384 pages.

Les avis de Léa ou de Lectrice en campagne.

Lu pour le projet 50 états, 50 romans (Géorgie) (liste des livres lus et carte en cliquant sur le lien)

 

Publié dans littérature Amérique du Nord, mes préférés, rentrée littéraire 2017

Colson Whitehead, Underground Railroad


undergroundrailroadRentrée littéraire 2017 (10)
« Pour son dernier jour aux champs, elle fora furieusement la terre comme si elle creusait un tunnel. Au travers, au-delà, c’est là qu’est le salut. »
Dès les premières lignes, le lecteur sait que Cora va s’enfuir avec Caesar, de la plantation de coton où elle est esclave. C’est le milieu du XIXème siècle, les planteurs ont depuis longtemps perfectionné les moyens de garder les esclaves, et de leur ôter toute velléité de s’enfuir, par la fatigue extrême, le manque de communication entre eux, les rumeurs terribles, la peur… Pourtant, la mère de Cora a disparu un jour, alors qu’elle-même n’avait que onze ans, sans lui dire adieu, et elle n’a jamais été rejointe. Caesar pense donc à Cora pour fuir avec lui, elle lui portera chance, sans doute. C’est tout en sobriété, en retenue, que Colson Whitehead dresse le tableau de la vie d’esclave en Géorgie. La fuite va avoir lieu, au long du « chemin de fer souterrain » réseau réel d’abolitionnistes qui viennent en aide aux esclaves au risque de leur vie, réseau de caches et de transports des plus discrets.

« Dès qu’ils sortaient de la plantation, les nègres apprenaient à lire, c’était un vrai fléau. »
Le récit de la fuite de Cora, de Géorgie en Caroline du Sud, puis en Caroline du Nord, du Tennessee à l’Indiana alterne avec les portraits, plus brefs, d’autres personnages, du chasseur d’esclaves à l’abolitionniste, à la mère de Cora. Ces portraits affinent le propos, nuancent et cernent mieux comment l’esclavage et la propriété illégale des terres sont conjoints à l’esprit même de l’américain blanc, qui n’est autre que l’ancêtre des suprématistes blancs actuels. Ridgeway, à la poursuite de Cora, va revenir sur le devant de la scène plusieurs fois, et d’autres personnages tout aussi ignobles vont croiser la route de la toute jeune fille, qui a heureusement des ressources et s’est créé une carapace qu’on pourrait croire de froideur, mais que faire d’autre sinon devenir folle ?

 

« Elle chassa une nouvelle fois la plantation de son esprit. Elle y arrivait mieux, désormais. Mais son esprit était rusé et retors. Des pensées qu’elle n’aimait pas du tout s’insinuaient par les bords, par-dessous, par les failles, par es lieux qu’elle pensait avoir aplanis. »
Chaque état traversé a ses propres lois, sa manière de traiter les Noirs, et les états qui ont aboli l’esclavage ne sont malheureusement pas des havres de paix, tant s’en faut. J’avais lu beaucoup sur la conquête des droits civiques au XXème siècle mais pas tant que cela à propos de l’esclavage, de la violence raciste des états du sud, ni du courant abolitionniste venu du nord au XIXème siècle. Les différences entre la Caroline du Nord et la Caroline du Sud sont particulièrement éclairantes, le grand danger à être abolitionniste et à aider les esclaves en fuite, ou même les affranchis, est tout à fait bien mis en avant par l’auteur.

« Après une accalmie dans les arrestations de Blancs, certaines villes augmentèrent la récompense pour qui livrerait des collaborateurs. Les gens se mirent à dénoncer des concurrents en affaires, de vieux ennemis intimes ou de simples voisins. »
Le tableau dressé fait froid dans le dos, et pour ce faire, le style est fluide, ne cherche pas à faire d’effets, et s’il a quelques singularités, rien ne fait pas obstacle à la lecture. Toutefois, il dérive parfois vers un style mi poétique mi elliptique, qui m’a fait passer à côté de quelques phrases. Je les ai lues et relues, et pourtant j’ai eu l’impression que leur signification m’échappait. Rien qui n’ait freiné mon enthousiasme, j’aime bien qu’un texte résiste un peu, pas trop, et je le répète, le style et la traduction m’ont semblé en parfaite osmose avec le sujet. Quant à avoir mêlé un chemin de fer imaginaire à des faits réalistes, cela ne m’a pas gênée du tout. C’est une bonne manière de mettre un peu de distance avec l’inhumanité des situations.
En évitant volontairement le romanesque, les situations trop attendues, l’auteur a parfaitement réussi à faire de l’histoire de Cora celle de tous les noirs d’Amérique, et à écrire un texte fort et inoubliable, qui va rester en bonne place dans ma bibliothèque !

Underground Railroad de Colson Whitehead (The Underground Railroad, 2016) éditions Albin Michel (août 2017) traduit par Serge Chauvin, 416 pages, prix Pulitzer de littérature 2017.

Si Ariane n’est pas convaincue et Hélène un peu mitigée, c’est un grand roman pour Cathulu, Dominique, Jérôme ou Laure. J’oublie certainement des lecteurs, mais le fait que ce roman ait été beaucoup lu et vu ne devrait pas vous en détourner.
Pour mon défi « 50 état
s, 50 romans », je le note pour le Tennessee… (la carte est plus lisible en suivant le lien)
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Publié dans littérature Amérique du Nord, mes préférés, nouvelles, projet 50 états

Flannery O’Connor, Les braves gens ne courent pas les rues

bravesgensnecourentIl me semble avoir noté ces nouvelles après avoir écouté un extrait ou même une nouvelle entière de Flannery O’Connor à la radio, et cela m’avait donné envie de pousser plus loin. La première nouvelle, qui donne son titre à l’ensemble, met en scène une famille lors d’une excursion où un enchaînement de circonstances va faire tourner la journée au drame. Dans la seconde, Le fleuve, quelques lignes suffisent encore à l’auteur pour camper les personnages et la situation. Et tout aussi remarquables sont Un cercle dans le feu, Le nègre factice, Braves gens de la campagne ou La personne déplacée : il faudrait les citer toutes ! Ce qui est remarquable chez Flannery O’Connor, c’est cette économie de mots, ce dépouillement au service d’un mélange de drame et de comédie dont les personnages ne peuvent pas réchapper sans dommage. Ce sont des petits blancs pauvres et incultes pour la plupart, pour qui la religion revêt une grande importance, des gens à l’esprit étroit qui fonctionne par raccourcis, et qui mettent toute leur mauvaise foi dans les approximations qu’ils profèrent. L’auteure n’ayant aucune complaisance pour eux, leur sort qu’elle leur réserve n’est pas des plus tendres.
Dans ces dix textes, les enfants ont souvent le jugement plus acéré et redoutable que celui des adultes, qu’ils observent, comme Flannery elle-même, sans indulgence aucune.
Ce sont là des nouvelles qui pourraient et devraient servir de modèles à tous les aspirants écrivains, des exemples parfaits du genre. Les paysages du sud, dépeints en quelques mots, prennent vie comme par magie sous les yeux du lecteur. Et que dire des personnages, croqués en trois traits cinglants : « La fille le regardait aussi, tête tendue et bras ballants. Elle avait de longs cheveux d’un or qui tirait vers le rose, et les yeux aussi bleus que les plumes du cou d’un paon. »
L’intérêt est aussi dans les thèmes récurrents propres à l’auteure, l’intolérance, le racisme, la religion, le péché et le salut, traités avec subtilité d’une nouvelle à l’autre.
Datées des années cinquante et publiées en France en 1963, elles semblent rester actuelles, et la traduction en est formidable. Mon coup de cœur du mois de mai, qui n’a rien à voir avec l’actualité littéraire, mais qu’est-ce que ça fait du bien !

Extrait : Ils prirent le chemin de terre et la voiture avança en cahotant et en soulevant un tourbillon de poussière rose. La grand-mère évoqua l’époque où il n’y avait pas de routes pavées et où l’on ne faisait pas plus de trente milles dans une journée. Le chemin était accidenté, avec des fondrières par endroits, et il y avait des virages secs, avec des bas-côtés dangereux. Parfois, ils débouchaient sur le faîte d’une colline, et dominaient les cimes bleutées des arbres, à des milles à la ronde ; l’instant d’après, ils étaient dans un bas-fond rouge, et les arbres recouverts de poussière les dominaient à leur tour.

L’auteure : Flannery O’Connor est une auteure américaine née en 1925 à Savannah (Georgie), décédée en 1964 à Milledgeville (Georgie). Catholique et sudiste, Flannery O’Connor ne s’est jamais mariée et a vécu aux côtés de sa mère jusqu’à ce que le lupus l’emporte. Elle a publié deux romans, Wise Blood (1952) et The Violent Bear It Away (1960), ainsi que des recueils de nouvelles, dont un à titre posthume.
277 pages.
Éditions Folio (1981)
Traduction :
Henri Morisset
Titre original : A good man is hard to find

L’avis de  Philisine sur deux de ces nouvelles ou de Dominique sur un roman de l’auteure.

Projet 50 états, 50 romans pour la Georgie.
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