Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, rentrée littéraire 2014

Nickolas Butler, Retour à Little Wing

RetouraLittleWingRentrée littéraire 2014
L’auteur : Nickolas Butler est né en Pennsylvanie en 1979. Diplômé de l’université de l’Iowa, il a exercé divers métiers : agent d’entretien chez Burger King, vendeur de hot-dogs, démarcheur téléphonique. Il vit actuellement dans le Wisconsin.
Retour à Little Wing est son premier roman.
445 pages
Editeur : Autrement (août 2014)
Traduction : Mireille Vignol
Titre original : Shotgun lovesongs

Au début, je n’ai pas trop vu ce qu’il pouvait avoir d’extraordinaire, ce roman, avec son groupe de trentenaires tous issus d’une même petite ville du Wisconsin, éloignée de tout. Le style était plutôt intéressant, avec du relief, mais les personnages me semblaient un peu plats… Et puis rapidement, un à un, ils se sont mis à prendre forme.
Le personnage de Ronny, ancienne gloire du rodéo ayant perdu quelques facultés à la suite d’un accident, s’avère tout d’abord le plus touchant, mais à sa suite, les autres gagnent à être connus également. Ils sont donc quatre, Hank resté à Little Wing où il vit modestement avec sa famille des revenus de se ferme, Kip qui, ayant fait fortune comme trader à Chicago, est revenu investir dans la ville, Ronny que j’ai déjà évoqué, et Lee, vedette de rock connue partout aux États-Unis pour son album « Shotgun lovesongs » qu’il a bricolé tout seul dans une cabane. J’ai eu beaucoup de sympathie aussi pour le personnage féminin, Beth, qui est mariée avec Hank. Chacun des cinq protagonistes prend la parole tour à tour, et complète le récit de cette amitié, de ces amitiés croisées, et des mauvais tours que la vie leur a fait prendre. J’ai aimé la petite ville de Little Wing elle-même, son ancienne fabrique reconvertie en centre commercial par un amoureux des lieux, ses hivers rigoureux, sa population où tout le monde connaît tout le monde, la campagne qui l’entoure… L’intrigue ne fait pratiquement pas sortir les personnages de Little Wing, et pourtant, ils ont tous voulu, à un moment ou un autre, en partir.
Ce livre me rappelle Richard Russo dans ceux de ses romans que j’adore, ceux qui ont pour cadre la petite ville de Mohawk. Une chose que j’ai admirée aussi, c’est la maturité de l’auteur, les réflexions sur la vie, sur l’amour, émises par les personnages ne manquent pas de profondeur, elles touchent et provoquent la réflexion. Je reviens à ma remarque du début, on peut trouver que l’histoire n’est pas d’une originalité folle, mais elle a un charme certain, elle montre une Amérique profonde vue par quelqu’un qui l’aime, et non par un auteur qui a des comptes à régler, et ça fait du bien. Déniché en librairie d’occasion la veille de sa sortie, voilà une découverte comme je les aime !

Extrait :
Notre ville, Little Wing, s’étendait à nos pieds : pas grand chose à y voir et en régression permanente, pas même un feu de voiture qui clignotait dans le noir, et nous étions tous d’accord, tous, pour la dénigrer, pour vouloir partir, aller ailleurs, n’importe où. Il y avait cette idée que rester ici représentait un échec, que c’était bon pour les péquenauds – allez savoir ce qu’on pensait à l’époque, ces nuits-là…

Hélène et Sandrine ont aimé aussi. Et sachez que l’auteur sera présent du 11 au 14 septembre au Festival America !

Publié dans littérature îles britanniques, non fiction

Gerald Durrell, Ma famille et autres animaux

 

mafamilleetautresL’auteur : Gerald Durrell (1925-1995) est un célèbre naturaliste et écrivain britannique, fondateur de la Durrell Wildlife Conservation et du zoo de Jersey. Il est le frère cadet de l’écrivain Lawrence Durrell.
Premier volet de la trilogie de Corfou.
393 pages
Editeur : La Table Ronde (2014)
Paru en 1956

A la fin des années 30, la famille Durrell, à l’initiative de Lawrence, l’aîné, décide de s’installer sous le soleil de la Méditerranée, à Corfou. La mère a bien du mérite avec ses quatre enfants, tous animés de passions diverses et variées : Larry pour la littérature, Leslie pour la chasse, Margo, la seule fille, pour les vêtements et les petits amis, et le cadet, Gerry ne s’intéresse qu’aux animaux, petites et grosses bêtes n’ont aucun secret pour lui.
Je connaissais déjà le naturaliste par ses témoignages à la recherche d’animaux rares, tel les savoureux La forêt ivre ou Le aye-aye et moi. Aussi la sortie de cette trilogie en semi-poche n’a-t-elle pas manqué d’attirer mon attention, les couvertures étant en plus particulièrement attrayantes ! Le premier est vite arrivé sur ma table de chevet, et les autres suivront sans doute. Ce récit est en effet vraiment délicieux. L’auteur avait décidé de relater en détail ses découvertes de naturaliste amateur de douze ans lors de ce premier séjour, mais ses frères et sœur, sa mère, les nombreux voisins et amis de passage se sont invités dans le récit, au grand plaisir du lecteur : quel brochette de caractères, authentiques ou plus fantasques !
L’art de raconter est une merveille dans ce texte, que ce soient les critères de choix des différentes maisons occupées, les tentatives de donner une éducation classique à Gerry, les expéditions zoologiques, les dialogues entre membres de la famille, et surtout les scènes cocasses occasionnées par la présence d’un véritable zoo miniature entre les murs ! Un véritable rayon de soleil !

Extraits : – Je vous demande un peu ! N’est-il pas insensé que les générations futures soient privées de mon oeuvre simplement parce qu’un idiot aux mains calleuses a attaché cette bête puante près de ma fenêtre ? dit Larry.

– Cette maison est un enfer, je vous assure. Il n’est pas un coin qui ne fourmille de bêtes malintentionnées prêtes à se jeter sur vous. Un geste aussi simple, aussi inoffensif que celui d’allumer une cigarette est plein de risques. D’abord, j’ai été attaqué par un scorpion, une bête hideuse qui a répandu du venin et des petits partout. Puis ma chambre a été saccagée par des pies. Maintenant il y a des serpents dans la baignoire et des bandes d’albatros volent autour de la maison avec des bruits pareils à ceux d’une tuyauterie défectueuse.
– Larry, mon chéri, tu exagères, dit Mère souriant vaguement aux invités.

J’aimerais rendre un hommage particulier à ma mère, à qui ce livre est dédié. Tel un Noé plein de douceur, enthousiaste et compréhensif, elle a su gouverner son navire plein d’une étrange progéniture à travers les orages de la vie avec une grande habilité, sous la menace d’une mutinerie toujours possible, et au milieu de dangereux écueils (fonds en baisse et extravagances diverses), sans être jamais certaine que sa conduite serait approuvée par l’équipage, mais convaincue qu’on lui reprocherait tout ce qui tournerait mal. Il est miraculeux qu’elle ait survécu au voyage, mais elle s’en est pourtant tirée et, qui plus est, avec sa raison plus ou moins intacte. Comme mon frère Larry me le fait à juste titre observer : nous pouvons être fiers de la façon dont nous l’avons élevée : elle nous fait honneur .

Lu et approuvé par Choco, Hélène, Keisha, Mango et Val.

 

Publié dans littérature France, rentrée hiver 2013

Caroline Vermalle, L’île des beaux lendemains

iledesbeauxlendemainsL’auteur : Caroline Vermalle est une voyageuse, férue de dépaysement, d’aventure et de cinéma. Cette fille de pilote de chasse déménage dix fois avant de quitter le cocon familial à 17 ans. Elle obtient ensuite le diplôme de l’Ecole Supérieure d’Etudes Cinématographiques. Elle s’exile à Londres à 21 ans. Elle est embauchée par la BBC où elle devient productrice associée. En 2006, elle épouse un architecte sud-africain, démissionne de la BBC, et déménage en France. En 2009, Caroline Vermalle publie son premier roman, L’avant-dernière chance, aux éditions Calmann-Lévy.
245 pages
Editeur : Belfond (mars 2013)

Le choix des narrateurs surprend au début du livre. Ce sont des papillons, éphémères et légères créatures, qui observent et commentent les agissements parfois étranges de quatre septuagénaires. Ceux-ci cherchent à donner du sens à leur vie en sortant d’un chemin tracé qu’ils n’avaient pas forcément choisi. Jacqueline, d’abord, part brusquement de chez elle pour aller revoir sa cousine Nane perdue de vue depuis cinquante-six ans. Son mari, Marcel, passés les premiers étonnements à se retrouver seul, se décide à accomplir un projet un peu fou, descendre la Loire à pied et en radeau, avec l’aide logistique de son ami Paul.
Des personnages qui seraient ceux, un peu
vieillis, d’une chanson de Souchon… « attirés par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Du sourire, de l’émotion, des bons sentiments mais pas seulement, un rien d’amertume à la place de la guimauve qu’on pourrait craindre, voici les ingrédients d’une jolie fable sur les occasions manquées, celles qu’il n’est jamais trop tard pour essayer de réparer.
J’aurais un petit reproche, le personnage de Jacqueline qui manque peut-être un peu de cohérence, quand elle pense s’éloigner de ses démons le temps de ce qu’elle considère comme des vacances, mais qu’elle choisit de se réfugier chez sa cousine Nane, une des rares personnes à connaître son secret le plus enfoui. Un autre endroit aurait mieux convenu pour s’échapper…
L’écriture de Caroline Vermalle a un rythme particulier, une petite musique que j’aime bien, comme dans ses nouvelles, et les thèmes qu’elle développe  m’ont charmée, avec leur absence de mièvrerie, et leur ton très juste. C’est une pause tout en douceur, parfaite entre des lectures plus sombres, un peu comme dans La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry, mais d’une manière plus réussie à mon goût.

Extrait : C’était drôle d’entendre les histoires de ces vieux hommes. Il me semblait à moi qu’ils essayaient d’accomplir leur destinée, sans être sûrs de ce qu’elle était vraiment. N’avait-on pas inscrit, quelque part en eux, leur raison d’être ? Et pourquoi s’affairaient-ils à essayer de la trouver encore, si tard ?
Pour ma part, la contemplation de ce qui se passait à la villa m’avait quelque peu distrait de ma quête de papillon.

Ce livre a déjà fait un joli petit tour des blogs, par exemple chez AifelleAntigoneClaraKeishaLeiloona ou Lystig.

Merci à Babelio pour l’envoi.

Publié dans littérature îles britanniques, premier roman

Natasha Solomons, Jack Rosenblum rêve en anglais

jackrosenblumL’auteur : Natasha Solomons est née en 1980. Son premier roman, inspiré de la vie de ses grands-parents, a été publié en 2010. Elle a écrit un deuxième roman, Le manoir de Tyneford, et est également scénariste. Elle vit avec son mari dans la campagne du Dorset.
432 pages
Editeur : Livre de Poche (mai 2012)
Traduction : Nathalie Peronny
Titre original : Mr Rosenblum’s list

Arrivé au port d’Harwich en août 1937, fuyant le nazisme, Jack Rosenblum s’emploie depuis cette date à devenir un parfait britannique. Un petit livre de conseils utiles qui lui a été remis lui tient lieu de bible, il y puise toute une philosophie de vie « parfaitement british », et le complète à sa manière, par tout ce qu’un émigrant de fraîche date se devrait de savoir. Dans le couple Rosenblum, Jack est celui qui est tourné vers l’avenir, toujours en mouvement, alors que son épouse Sadie reste nostalgique de son enfance, de a vie en Allemagne, et a du mal à comprendre ce besoin de Jack d’embrasser toutes les coutumes du pays qui l’accueille, surtout lorsqu’il se met en tête de jouer au golf, et même, de construire son propre golf !
Voici une pêche presque miraculeuse dans ma pile à lire, un roman qui ressemble à ce que j’attendais, léger, mais pas trop, distrayant, mais avec des personnages qui ont une présence réelle. Jakob pour commencer, qui s’est rebaptisé Jack, et qui continuera en demandant à changer également son nom. Certes, Jack est égoïste, têtu, imperméable au doute, mais il est aussi attachant avec son obstination à vouloir devenir un véritable gentleman. Sadie, par opposition, se réfugie de plus en plus dans ses souvenirs, qui consistent en quelques photos, et un carnet de recettes hérité de sa mère, carnet où toutes les recettes sont autant de thérapies contre le chagrin ou l’ennui. Certes, l’installation à la campagne, les recherches du terrain idéal, de la main d’oeuvre nécessaire, la début de l’aménagement du terrain, contiennent quelques petites longueurs, mais permettent aussi d’examiner ce microcosme qu’est un village du Dorset dans les années soixante, et cela avec tant d’humour et de dérision que le sourire ne quitte les lèvres que pour quelques passages plus émouvants.
Je vous conseille ce premier roman représentant très joliment la conjonction entre humour juif et humour anglais. L’énergie et l’optimisme (presque) sans faille de Jack, sans oublier ses démêlés avec un mythique cochon laineux, sont vraiment revigorants !

Extrait : Règle n° 150 : « Un véritable anglais est membre d’un club de golf. »
Pour Jack, appartenir à un club de golf équivalait à la reconstruction de Jérusalem, à l’Atlantide et au sandwich au bœuf salé parfait, tout cela à la fois – cette entreprise se révélait problématique.

Lu aussi par JulesLuocine et Malika

Le site de l’auteur avec une série de couvertures étrangères très réussies pour Mr Rosenblum’s list.

Retrouvez d’autres romans où l’humour domine sur cette page spéciale

Publié dans littérature îles britanniques, premier roman, rentrée littéraire 2012

Rachel Joyce, La lettre qui allait changer…

Rentrée littéraire 2012
L’auteur : Rachel Joyce vit en Angleterre, dans une ferme du Gloucestershire, avec sa famille. Elle a été pendant plus de vingt ans scénariste pour la radio, le théâtre et la télévision, et comédienne de théâtre, récompensée par de nombreux prix. La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… est son premier roman.
364 pages
Editeur :
 XO (septembre 2012)
Traduction :
 Marie-France Girod
Titre original :
 The unlikely pilgrimage of Harold Fry

Harold Fry, à la retraite depuis quelques mois, ne sort pratiquement plus de chez lui. Pourtant, un matin, une lettre reçue d’une ancienne collègue, et amie, le pousse jusqu’à la boîte aux lettres pour lui poster sa réponse. Il est remué par l’état de Queenie qui lui écrit qu’elle est dans un établissement de soins palliatifs. Harold, ne sachant trop que répondre, et remâchant des souvenirs, prend la route, sans préparation, sans équipement, pour parcourir les huit cents kilomètres qui le séparent de Queenie. Du sud au nord de l’Angleterre, il longe les routes qu’il parcourait autrefois pour son travail, s’éloigne de sa femme Maureen, de son fils David, de l’absence de communication qui règne dans son foyer. Au fur et à mesure du chemin parcouru, il réfléchit, se souvient, change, tout en restant attaché à ce qui l’a accompagné dans les premiers jours de marche, comme ses chaussures de bateau bien peu taillées pour la route. Même si on est d’emblée persuadé qu’il atteindra son but, c’est plus le parcours intérieur que l’odyssée d’Harold Fry qui est intéressant.

J’ai été un peu partagée tout au long de la lecture de ce livre. Agacée par les bons sentiments, les rencontres qui s’accumulent gentiment, les personnages qui évoluent comme on s’y attendait, je ronchonnais intérieurement sur les ficelles un peu trop grosses. En même temps enveloppée par la chaleur et la tranquille obstination d’Harold Fry, je n’ai pas pu lâcher le livre avant de l’avoir terminé. Ce roman ne changera pas la face du monde, ni celle de la littérature, mais si vous avez envie de passer un bon moment avec des personnages attachants, pourquoi pas ?

Citations :  Harold songea à tout ce qu’il avait laissé passer au cours de son existence. Des sourires. Des coups à boire. Les gens qu’il avait croisés mille fois sur le parking de la brasserie ou dans la rue, sans même lever la tête. Les voisins qui avaient déménagé et dont il n’avait pas gardé la nouvelle adresse. Pire : son fils qui ne lui parlait pas et son épouse qu’il avait trahie. Il se souvint de son père dans la maison de retraite et de la valise de sa mère près de la porte. Et maintenant, il y avait cette femme qui, vingt ans plus tôt, lui avait prouvé qu’elle était son amie.
Fallait-il toujours qu’il en soit ainsi ? Que, juste au moment où il voulait faire quelque chose, ce soit trop tard ?

Il comprenait que dans sa marche pour racheter les fautes qu’il avait commises, il y avait un autre voyage pour accepter les bizarreries d’autrui.

Les avis de KeishaMeelly et d’autres sur  Babelio que je remercie pour cet envoi.