Naguib Mahfouz, Son excellence

sonexcellence.jpg« L’attente se prolongea. Les jours passèrent. Il se dit : Voici sept années passées à un seul échelon, à ce rythme, il me faudrait soixante-quatre ans pour accéder au grade de mes rêves, celui du directeur général qui avait allumé de prime abord le feu sacré en son cœur. »
Othmân Bayyoumi est un jeune homme d’origine modeste qui, dès qu’il accède à la fonction publique, n’a plus qu’un seul objectif : gravir les échelons qui le séparent du poste de directeur général. Son ambition a une influence sur tous les aspects de sa vie, une vie familiale inexistante, une vie sentimentale des plus limitée, même son quotidien n’est asservi qu’à son ambition et à une religiosité qui semble ne poursuivre également qu’un seul but.
Ce roman assez court dessine le parcours d’un personnage pour lequel on ne peut guère éprouver de sympathie, car il n’a rien du bon vivant comme Naguib Mahfouz en place souvent dans ses romans, et même lorsqu’il noue une relation amoureuse, il reste obnubilé uniquement et pleinement par son ambition, qui n’est autre que la recherche d’une forme de bonheur…


« Dans l’histoire de l’Égypte, la fonction publique est une institution s
acrée à l’égal du Temple, le fonctionnaire égyptien était le plus ancien fonctionnaire de l’histoire. Si dans les autres pays, la figure emblématique était celle du combattant, du politicien, du fabricant ou du marin, en Égypte, c’était bien celle du fonctionnaire. »
La vie d’Othmân Bayyoumi est une caricature de la fonction publique égyptienne, qui est, comme l’auteur le souligne avec malice, la plus ancienne au monde. Cet ambitieux n’a rien d’aimable, et son ascension n’est pas forcément palpitante, mais il est toujours plaisant de retrouver l’auteur, même si je préfère ses fresques peuplées de personnages plus colorés comme la trilogie Impasse des deux palais, Le palais du désir, Le jardin du passé, ou son roman qui regarde plus du côté des contes orientaux, non sans écorcher au passage l’Égypte contemporaine, Les fils de la médina.
Le roman dont je parle aujourd’hui, quoique court et simple à lire, présente parfois quelques
difficultés à se repérer parmi les noms propres des différents supérieurs d’Othmân. Les personnages féminins sont par contre plus incarnés, plus vivants, même si malheureusement pour le personnage, il les néglige au profit de son travail. De plus, et cela est dû sans doute à la personnalité d’Othmân, les dialogues peuvent sembler emprunts de raideur et de componction. Notre scribe est loin d’être un joyeux luron !
Bref, une lecture pas désagréable du prix Nobel, mais pas vraiment marquante, et si vous ne connaissez pas ses écrits, je ne vous conseillerais pas de commencer par ce roman, pour un premier contact, parmi plusieurs dizaines d’autres.

 

Son excellence, de Naguib Mahfouz, éditions Actes Sud/Sinbad (1974) traduction de Rania Samara, 175 pages, existe en poche (Babel)

Lecture commune avec les membres du groupe Lire le monde dont voici les billets :
Le voleur et les chiens chez Inganmic, L’amour au pied des pyramides chez Le Bouquineur, Les noces du palais chez Bluegrey.

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