Chi Zijian, Bonsoir, la rose

bonsoirlarose.jpg« J’aime la neige, car sur Terre, j’ai peu de vrais amis, et quand il neige, j’ai toute une bande d’amis qui tombent du ciel, sans hostilité, sans nuisance, sans moquerie. »
Ce roman dresse le portrait d’une jeune fille toute simple, qui peine à joindre les deux bouts, qui a une vie sentimentale pas vraiment épanouissante, prénommée Xia’o. Elle travaille comme correctrice dans un journal, a une amie dévouée qui la conseille et la tire souvent d’embarras lorsqu’elle se trouve sans logement. Dans cette ville froide et industrielle du nord de la Chine, se loger semble être bien compliqué. C’est ainsi que Xia’o est amenée à louer une chambre chez Léna, une vieille dame juive, qui habite une grande maison de bois tarabiscotée, où les plantes sont aussi nombreuses que les livres.

« Quand elle parlait des fleurs de prunier, je ne sais pourquoi, les yeux de Léna s’embuaient. Les histoires de fleurs dont parlent les femmes sont la plupart du temps teintées de nostalgie. »
L’auteure revient sur la vie de Xia’o, son enfance malheureuse, son arrivée à Harbin, ses aventures sentimentales (qu’on ne peut guère qualifier d’amoureuses, la pauvre Xia’o tombe souvent sur des goujats). Simultanément, on fait la connaissance de Léna, dont la famille a fui la Russie pour cette ville de Chine, et qui finira par raconter à la jeune chinoise ce qu’elle a essayé d’oublier depuis une soixantaine d’années.
C’est donc plutôt le drame qui va les rapprocher, et constituer le fil du livre, mais sans jamais de surenchère, sans pathos, par petites touches parfois teintées d’humour. Ces deux personnages émouvants se rapprochent lentement, s’opposent parfois, ne se livrent que difficilement.
Une belle lecture, douce en surface, dure comme la pierre en profondeur, qui surprend souvent et qui ne laisse jamais indifférent.

Bonsoir, la rose, de Chi Zijian, (Wan an mei gui, 2013), éditions Philippe Picquier (2015) traduction de Yvonne André, 185 pages.

Découverte grâce au billet d’Aifelle.
Lire le monde : Chine
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Photographe du samedi (49) Nadav Kander


Pour changer des photos mises en scène de la semaine dernière, je vous propose un thème qui me passionne, et sur lequel de nombreux photographes travaillent avec passion également : la nature et l’homme.
L’empreinte de l’être humain sur le paysage qui l’entoure, la force de la nature à passer outre les constructions humaines ou au contraire la disparition de toute trace naturelle du paysage, voici des sujets qui ne manquent pas d’interroger, du climat à la déforestation, en passant par l’architecture… Chaque photographe apporte sa vision sur ce vaste sujet. Nadav Kander a ainsi suivi le cours du Yangtse Kiang, où les brumes le disputent à la pollution, créant une atmosphère blafarde et pourtant photogénique. Traditions et modernité s’y côtoient, et c’est surprenant.
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nadav_kander13.jpgNadav Kander est un photographe israélien né en 1961. Il grandit en Afrique du Sud et s’installe à Londres où il travaille. Il expose au Victoria and Albert Museum, à la Tate Gallery, à la Royal Photographic Society… Son travail paraît également dans des magazines comme le Time ou le New York Times Magazine. Il réalise de nombreux portraits, et c’est sans doute ce qui est le plus connu parmi son œuvre. La série intitulée « Yangtze, the long River », qui m’a attrapée au détour d’une visite, est visible, en partie, dans la rétrospective pour le prix Pictet, aux Rencontres photographiques d’Arles jusqu’au 23 septembre.

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Sur le même thème, les photographies de Solmaz Daryani, de Jonas Bendiksen, de Daesung Lee et de Ciril Jazbek

 

Photographe du samedi (42) Fan Ho

Ce que j’aime quand je prépare un billet de « photographe du samedi » c’est partir d’un nom, d’une photo rencontrée ici ou là et explorer les images qu’on peut trouver de ce photographes. Ayant vu je ne sais plus où une première photo, avec ce noir et blanc si graphique, qui évoque « In the mood for love », j’ai fait une petite recherche. J’ai ainsi découvert le photographe chinois Fan Ho.

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Fan Ho est né en 1937 à Shanghai, mais a vécu son enfance à Hong Kong. Il a aussi été réalisateur et acteur. Il a présenté de très nombreuses expositions depuis 1956. Il a enseigné la photographie et le cinéma, et écrit plusieurs livres. Il est mort en 2016.

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Son domaine de prédilection était la photographie de rue, il a parcouru inlassablement Hong Kong avec son appareil, et c’est toute la magie de cette ville dans les années 50 et 60, aujourd’hui disparue au profit d’immenses tours, qui se retrouve dans ces photos en noir et blanc. Ses clichés sont tous plus beaux les uns que les autres. Il maîtrise parfaitement la composition avec ses lignes d’ombres et de lumière qui partagent les photos, mais il saisit aussi les habitants de la ville dans leurs activités quotidiennes, jeux d’enfants, petits métiers, sans oublier les différentes heures du jour, et les conditions météorologiques : soleil, brume ou pluie qui donnent des atmosphères contrastées… A regarder sans modération !

Les autres photographes du samedi sont ici, et aussi chez Choco qui en a eu l’idée !

Chantal Pelletier, Cinq femmes chinoises

cinqfemmeschinoisesL’auteur : Née à Lyon où elle a vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, elle étudie la psychologie. Elle est ensuite comédienne de théâtre à Nice, Bruxelles, Paris, tout en pratiquant différents petits boulots toujours liés à l’écriture. Juste après la publication de son premier roman, en 1976, elle devient, au théâtre, une des « Trois Jeanne », un trio féministe à l’humour décapant. Puis elle écrit des one-woman shows, des scénarii pour la télévision et le cinéma, et une vingtaine d’ouvrages (romans, essais, récits, poésie). Depuis 1997, elle écrit essentiellement des policiers. En 2011, elle publie chez Joëlle Losfeld De bouche à bouches, sur le goût.
136 pages
Editeur : Joëlle Losfeld (février 2013)

Tout d’abord, il ne s’agit pas ici d’un regroupement de récits de femmes chinoises, comme les livres de Xinran, Baguettes chinoises ou Messages de mères inconnues, mais bien d’un roman, d’un réalisme tout à fait saisissant. On rentre dans l’intimité de femmes chinoises, de générations et de milieux différents, cinq femmes dont les chemins se croisent, qu’elles soient mère et fille, belle-soeur, voisines ou amies. Une petite gymnaste part à quatre ans et demi subir un entraînement intense, une jeune fille rêve de devenir architecte, une veuve se retrouve à la tête d’un grand groupe immobilier, une autre sombre dans la dépression, un couple de femmes se forme…
Aucune de ces femmes n’est vraiment attachante, soit que la vie soit trop dure pour qu’elle-même ait le temps d’éprouver des sentiments, soit que son seul moteur soit l’argent, la réussite, l’ascenseur social. Leur destin raconté de façon sèche, relativement accéléré, n’aide pas non plus à s’attacher à ces personnages, mais en savoir plus sur l’émancipation de la chinoise moderne, les moyens de parvenir à une certaine autonomie, les contreparties à accepter, tout cela est vraiment passionnant, et pour cela il ne faut pas rater ce livre si on s’intéresse à la Chine. L’extrait ci-dessous concerne Xiu, la plus âgée des cinq femmes :

XIU
Née le 7 avril 1957 à Suzhou, province du Jiangsu

Xiu est enrôlée dans l’école de gymnastique à quatre ans et demi pour sa souplesse et sa pugnacité. Papa et maman la voient une fois par semaine, ils sont fiers, leur fille a été distinguée par la révolution mère de tous. Elle n’est pas la meilleure des soixante élèves garçons et filles, mais la plus disciplinée. On lui reproche de n’être pas assez menue, on l’aimerait plus fine, plus déliée et on l’étiré avec des poids pour l’allonger. Elle a droit à des portions moindres que celles des autres pensionnaires, dont aucun n’est pourtant nourri à satiété, il faut être léger pour supporter l’entraînement. Parfois, sa tête tourne après qu’elle a marché longtemps sur les mains. […] Quand elle va chez ses parents, elle ne manifeste aucune gaieté et ne se sent pas chez elle. Elle préfère l’école, les dix heures d’entraînement, le rythme des sauts, le crachotis de la musique, l’ordre militaire des dortoirs. Elle s’ennuie quand sa mère l’emmène sur un vélo-carriole où elle entasse papiers et cartons. Xiu n’aime ni les cris de sa mère appelant aux ordures, ni ces gens qu’elles croisent, renfrognés et pitoyables.

 

Noté chez Cuné.

Photographe du samedi (9) Liu Bolin

Pour le retour du photographe du samedi, j’ai trouvé un artiste qui se met en scène dans une série intitulée « Camouflage ». Le message qu’il veut faire passer est-il que l’humain disparaît derrière l’objet dans notre société contemporaine ? En tout cas, ces mises en scène originales ne laissent pas indifférent. 

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Liu Bolin est né à Shandong en 1973, et y a effectué des études d’art, ainsi qu’à Pékin. Il a participé à de nombreuses expositions collectives ou individuelles. Il a de nombreuses cordes à son arc : vidéo, sculpture, peinture et installations.
Cette série aurait été inspirée par la destruction des centres-
villes en Chine. D’ailleurs au cours d’une de ces opérations, il a retrouvé son atelier complètement détruit. Pour réaliser ces photos, il revêt une tenue militaire qui lui sert de support, il l’enduit pour la rigidifier et la quadrille pour permettre à ses assistants de reproduire avec précision l’image qui se trouve derrière lui. Il reste à l’assistant photographe à se placer juste dans l’axe idéal…

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Les photographes du samedi sont une idée de Choco et on peut en trouver d’autres sur son blog !