Lectures du mois (26) juillet 2021

Je crois que c’est une première, mon billet « lectures du mois » pour juillet constitue ma seule et unique publication depuis plus d’un mois… Après quelques jolies lectures pour le mois anglais (West, Billy Wilder et moi, Étés anglais) la fin du mois de juin et une bonne partie de juillet sont restés en demi-teinte, sans rien qui vienne vraiment rompre la monotonie, ou marquer par son éclat…
Chose intéressante, à la recherche de citations, je remarque seulement maintenant qu’un thème est commun à toutes ces lectures, celui du courage, celui d’affronter des dangers physiques, de venir s’opposer à une personne que l’on aime ou encore d’aller jusqu’au bout de ses idées. Finalement, cela me donne un point de vue différent qui rehausse ces lectures passées.

Nickolas Butler, Le petit-fils, traduction de Mireille Vignol, Livre de Poche, 2021, 336 pages.
« Existe-t-il plus grand bonheur que d’être un enfant livré à lui-même pour explorer le vaste univers, sans un soupçon de danger ? Car ce sont les adultes qui introduisent la notion de danger dans le monde, toujours eux. »

Après avoir élevé avec quelques difficultés leur fille adoptive Shiloh, Lyle et son épouse Peg savourent le plaisir d’être grands-parents. Lyle surtout s’entend bien avec son petit-fils de cinq ans, Isaac. Ils bricolent ensemble, travaillent au verger. Mais Shiloh devient de plus en plus attachée à l’église qu’elle fréquente, avec son pasteur trop charismatique, et Lyle se rend compte que les idées de sa fille vont trop loin. Il n’ose toutefois aborder le sujet frontalement, de peur de la voir éloigner l’enfant.
Le roman peut sembler un peu lent mais la profondeur des sentiments est marquée, sans toutefois en faire trop… et le thème pas des plus répandus dans la littérature. Je le conseillerais volontiers, d’autant qu’il est sorti en poche.

Joyce Carol Oates, Un livre de martyrs américains, traduction de Claude Seban, éditions Points, 2020, 864 pages. (pavé de l’été pour le challenge de Brize)
« Dans une vie il y a des tournants. C’est ainsi que je les appelle. Un tournant est une surprise soudaine. Comme si on vous saisissait par les épaules et qu’on vous tournait de force pour que vous voyiez quelque chose qui vous était caché jusqu’alors. Un tournant, et vous êtes changés à jamais. »

Restons aux Etats-Unis avec la grande Joyce Carol Oates qui s’intéresse cette fois aux militants « pro-vie » ou anti-avortement. Elle imagine qu’en 1999, l’un d’entre eux, Luther Dunphy, persuadé d’accomplir un acte guidé par Dieu, abat un médecin à l’entrée d’une clinique. Joyce Carol Oates s’introduit dans les pensées de chacun de ses personnages, notamment les filles devenues adultes des deux protagonistes principaux du drame. Je noterai de très belles pages, une réflexion intéressante et une finesse psychologique sans égal, une fin magnifique, mais beaucoup de longueurs pour en arriver là, et l’impression que JC Oates se regarde un peu écrire parfois…
J’aurais sans doute trouvé ce texte superbe avec deux cent pages de moins, car tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un grand roman.

Thierry Berlanda, Déviation nord, éditions De Borée, 2020, 310 pages.
« Certains, la peur les paralyse ; d’autres, elle les galvanise. Agathe a toujours fait partie du second groupe. […] Après une minute d’abattement complet, elle se dit que c’est le moment de le prouver. Pas d’estimation des risques, pas de pesée du pour et du contre, pas de calcul. Elle est au-delà de ces finesses, plus assez lucide, ou peut-être trop. Et puis calculer, c’est envisager de renoncer. Or Agathe ne l’envisage pas. »

Parfait pour les chaudes journées d’été, ce roman plein de suspense part de la disparition en plein cœur du Morvan enneigé, à deux jours de Noël, d’une famille de trois personnes. Ce chirurgien réputé et son épouse suscitaient des jalousies, ils se sont évaporés sur une déviation mise en place à cause d’un accident. Deux policiers que tout semble opposer (comme il se doit) vont tenter une course contre la montre pour les retrouver.
Ce thriller prenant et pas avare en rebondissements ne néglige pas l’atmosphère ni la profondeur des personnages auxquels on peut reprocher seulement d’être un peu… pas stéréotypés, non, mais déjà vus. Mais cela doit être parce que je lis trop !

Alexis Jenni, J’aurais pu devenir millionnaire j’ai choisi d’être vagabond, éditions Paulsen, 2020, 220 pages.
« En vivant dans cette ferme aux confins du monde défriché, John Muir grandit et se forma avec un pied dans chacune des deux réalités qui coexistaient alors : un dans l’Ecosse ordonnée et studieuse, l’autre dans la Grande Sauvagerie qui s’étendait au-delà des champs de son père. »

J’aurais déjà eu l’occasion de lire Alexis Jenni, si j’avais voulu, et pourtant ce n’est pas avec un roman que je découvre sa plume, mais avec une biographie. Il s’agit de John Muir, amoureux du Yosemite, connu pour avoir fondé les parcs nationaux américains. Ce jeune garçon né en Écosse, immigré à dix ans avec sa famille, inventeur talentueux, aurait pu avoir une toute autre vie.
Première remarque dès les pages d’introduction : j’aime beaucoup le style d’Alexis Jenni, et j’apprécie sa manière de rendre cette vie passionnante, de parler aussi, très simplement, de lui-même, pour mieux éclairer les pensées et les enthousiasmes pour la nature de John Muir. Ça se lit facilement et fort agréablement !

Tiffany Tavernier, L’ami, éditions Zulma, 2021, 262 pages.
« Au boulot, je reste le plus distant possible. Malgré cela, pas un jour ne se passe sans que l’un d’entre eux, l’air mortifié, m’aborde dans les vestiaires, en salle des machines, sur le parking : « Franchement, j’aimerais pas être à ta place. ça doit être vraiment dur.  » Plus ça va, plus cela m’insupporte, comme si à l’intérieur, j’attendais tout autre chose, le début d’une réponse peut-être, mais qui, là, jour après jour, se dilue dans leur pitié. »

Il s’agit d’un fait divers comme il en arrive parfois, la découverte qu’un homme simple, banal, est un pervers qui a violé et assassiné des jeunes filles, avec peut-être la complicité de sa femme. Ce cataclysme est entièrement raconté par son voisin et ami Thierry. Celui-ci passe par toutes sortes de phases qui sont un peu celles du deuil de leur amitié : déni, colère, dépression… Pour Thierry qui a du mal à exprimer ses sentiments, tout part à vau-l’eau, à commencer par son mariage avec Lisa.
La première moitié du roman passionne en se mettant à la place des voisins, ceux que les médias interrogent habituellement, mais qui dans ce cas, se terrent chez eux, vides de mots… De voisins, ils étaient devenus amis avec Guy et Chantal, partageant des bons moments et des passe-temps. Et pourtant, lorsque le couple réalise qu’ils ne connaissaient absolument pas Guy et Chantal, ils tombent des nues, et réagissent chacun à leur façon.
La deuxième moitié du roman est moins convaincante, brassant trop de sujets qui peuvent sembler disparates et ne rien ajouter au thème principal. Je comprends l’idée, mais, comme dans Roissy, je n’adhère pas, cette abondance de sujets imbriqués me gêne, et un dernier personnage apparaissant à la toute fin me laisse définitivement perplexe.

Martin Dumont, Tant qu’il reste des îles, éditions Les Avrils, 2021, 235 pages.
« À côté, notre chantier paraissait dérisoire. Pourtant il y avait quelque chose. Une proximité, un début de point commun. Ces gars aussi étaient tendus vers l’objectif, poussés par la pression d’un supérieur qui devait leur promettre une prime s’ils finissaient dans les temps. Beaucoup devaient se sentir fier à l’idée de participer à une telle construction. Un gigantesque ouvrage qui resterait pour les siècles à venir. »

Une île, juste au moment de la construction d’un pont… Avant que ne soit fini l’ouvrage qui la reliera au continent, des îliens s’agitent et imaginent des actions pour arrêter la construction. Léni reste tranquille, travaille sur un chantier lui aussi, mais de réparation de bateaux, garde sa fille un week-end sur deux. Va-t-il devoir s’impliquer davantage ?
Bon, j’ai acheté ce roman entouré d’avis enthousiastes, et malheureusement, j’ai trouvé l’ensemble sympathique mais un peu convenu. Sans doute ai-je eu du mal à m’identifier aux personnages, à apprécier l’atmosphère du café du port où tout le monde se retrouve. Ce roman conviendra sans doute mieux à des plus jeunes que moi. Je suis loin du coup de cœur, et en suis toute dépitée.

Peut-être avez-vous lu certains des livres présentés ici ?

Dave Eggers, Le moine de Moka

« Le café torréfié possède plus de huit cent composants aromatiques et gustatifs différents, et il faut le savoir-faire d’un artisan pour en faire ressortir une quantité respectable. »
Voici pour changer un peu de registre, non un roman, mais une biographie écrite par Dave Eggers, auteur qui excelle dans l’écriture de récits bien documentés et surtout nantis d’une forte dose d’attachement pour les personnages dont il raconte la vie, comme dans Zeitoun que j’avais précédemment lu et adoré.
Il s’agit ici de café, au travers de la vie d’un jeune homme d’origine yéménite vivant à San Francisco. Après une jeunesse un peu agitée, il découvre que le grain de café torréfié trouve son point de départ au Yémen, accompagné par une très jolie légende, d’ailleurs. Il s’intéresse de plus en plus à cette boisson et projette de remettre en route la culture du café au Yémen, où elle a été supplantée par celle du qat, pour vendre ses grains aux États-Unis, dans des filières d’exception. Mais la guerre civile éclate alors qu’il commence à peine son négoce, et cela va le mener à prendre bien plus de risques que prévu.

« Son père faisait le tour de son adolescence comme il faisait le tour de la ville – une conscience itinérante de dix-huit mètres de long. »
La vie de Mokhtar Alkhansali, de sa jeunesse tumultueuse, surveillé de près toutefois par son père chauffeur de bus, à son job de portier dans un grand immeuble de San Francisco, puis à sa recherche de partenaires pour son projet de café yéménite, est parfois tellement incroyable qu’on se dit que la réalité est largement plus imaginative que la fiction. L’écriture de Dave Eggers, avec son sens de la formule et son humour, rend particulièrement bien compte des capacités hors du commun qu’il faut à Mokhtar pour mettre en route et tenir le cap du projet qu’il s’est fixé. Il rentre dans les détails du processus long et coûteux pour obtenir une délicieuse tasse de moka (l’origine de ce mot yéménite est bien sûr expliquée dans le livre) mais ces détails n’alourdissent jamais le propos qui demeure passionnant d’un bout à l’autre. Il parvient également à faire poindre l’émotion, sans trop en faire, et en gardant un récit bien équilibré, entre documentation et sentiments.

« Mokhtar ne pouvait pas parler aux autres de ce genre de choses, de sa capacité à flairer une occasion et à s’y préparer mentalement. Les gens ne comprenaient pas. Mais lui savait que si on lui donnait la moindre ouverture, le plus mince entrebâillement, sa tchatche était capable de lui ouvrir grand la porte et de lui faire franchir le seuil. »
Tout au plus peut-on se demander si Mokhtar n’idéalise pas un peu ses souvenirs racontés à l’auteur, à moins que ce ne soit Dave Eggers lui-même qui n’enjolive légèrement. En tout cas, un petit tour sur le site de The Mokha Foundation permet de confirmer la réalité et de voir comment se porte le commerce de Mokhtar. Après ce livre, vous ne dégusterez plus votre expresso de la même manière !
J’ai autant aimé ce récit que celui sur Zeitoun et l’ouragan Katrina, et je conseillerais, s’il me lisait, à l’auteur de s’en tenir à cette veine, car, si j’ai aimé Le cercle, dystopie numérique, je n’ai pas du tout accroché au roman Les héros de la frontière, malgré l’envie que j’en avais !

Le moine de Moka, de Dave Eggers, (The monk of Mokha, 2018) éditions Gallimard, octobre 2019, traduction de Juliette Bourdin, 376 pages.

Les avis d’Eva et Sharon.

Mois américain sur le blog Plaisirs à cultiver .



Georges Simenon, Le petit Saint

petitsaint« Il savait qu’avec sa charrette à bras, qu’elle louait à un certain Mathias, qui en avait une pleine cour, rue Censier, elle se dirigeait vers les Halles pour s’approvisionner en légumes ou en fruits. A six heures, elle prenait sa place au bord du trottoir, en face du marchand de chaussures, alors que la grand-mère s’installait, une centaine de mètres plus bas, près de l’église Saint-Médard. »
Le mois belge est l’occasion idéale de sortir de ma « pile à lire » un volume trouvé dans une boîte à livres de mon quartier et comportant trois romans de l’auteur d’origine belge. Je ne vous parlerai cependant que du premier, j’ai gardé les autres pour plus tard. Celui-ci me tentait vraiment lorsque j’ai vu qu’il s’agissait du roman préféré de Georges Simenon, où il avait mis beaucoup de lui-même. Il y a imaginé la biographie d’un peintre fictif dont l’œuvre, à défaut de la vie, ressemble à celle de Chagall, et le caractère, à celui de Simenon lui-même… Ce petit garçon, Louis, montré dès l’éveil de sa conscience, aux alentours de quatre ou cinq ans, est singulièrement touchant, par son sens de l’observation rêveuse, son manque de combattivité, sa gentillesse, qui lui valent le surnom de « petit Saint ». Sa famille est des plus pauvres, sa mère élève seule six enfants dans une pièce unique dont le poêle constitue le centre. Elle est marchande des quatre saisons, travaille dur, mais boit et reçoit souvent des hommes le soir.

« – Celui-là, il ne s’intéresse à rien.
C’était peut-être vrai. Certaines phrases, cependant, certaines intonations, se casaient dans sa mémoire, sans qu’il se préoccupe de les mettre en ordre, de les rapprocher les unes des autres, d’essayer de comprendre. »
Malgré une promiscuité assez sordide, malgré les maladies, le manque de goût pour l’école, Louis grandit, se fait une place dans la famille. Il ne ressemble pas vraiment à ses frères et sœurs, ne s’intéresse pas aux mêmes choses… Petit, Louis peut passer des heures à regarder par la fenêtre, se délecter de ce qu’il découvre lors d’un trajet en tramway, et plus grand, la première fois qu’il accompagne sa mère aux Halles, son sens particulier des couleurs, des sons, des odeurs, fait qu’il est ébloui et fasciné par ce monde nouveau. Il y retournera souvent et finira par y travailler. Mais le moment où il découvre la peinture est encore plus prodigieux…

« Au lieu d’étendre les couleurs avec soin, comme sur un mur ou sur une porte, il choisissait un pinceau fin et déposait sur le carton de petites touches de tons purs. Car il restait hanté par les couleurs pures. Elles n’étaient jamais assez claires, assez vibrantes à son gré. Il aurait voulu les voir frétiller. »
Le style de Georges Simenon fait merveille pour retracer minutieusement cette enfance et cette jeunesse hors du commun. Là où je déplore bien souvent l’emploi du présent dans les romans biographiques contemporains, son imparfait ne saurait mieux sonner, ses dialogues touchent juste, ses personnages s’incarnent. Et surtout, ses descriptions sont vives, animées, et permettent d’imaginer ce que le petit Louis en retient, et qu’il juxtaposera dans des tableaux colorés et joyeux, où le coq voisinera avec la Tour Eiffel, le cheval tirant une charrette avec la mariée en robe blanche…
Une très jolie découverte, que cette naissance d’un artiste, bien loin du commissaire Maigret et de ses enquêtes…

Le Petit Saint de Georges Simenon, 1965, dans Le Monde de Simenon volume 12, existe en Livre de Poche, 219 pages.


Le mois belge, c’est chez Anne.

Ce livre participe aussi à l’Objectif PAL chez Antigone, et, pour faire bonne mesure, Lire le monde chez Sandrine !
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Giorgia Marras, Munch avant Munch

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« On ne peut plus peindre des intérieurs avec des hommes qui lisent et des femmes qui tricotent. On peindra des êtres vivants qui respirent et qui sentent, qui souffrent et qui aiment. »
Nous sommes à Oslo aux environs de 1880. Le jeune Edvard Munch se partage entre une famille rigide et puritaine, et des amis artistes comme lui. Les soirées sont arrosées, les jeunes bohèmes se lancent dans des discussions sans fin. Edvard commence à faire parler de lui, et à exposer des œuvres que les norvégiens bien-pensants, à la recherche de jolis tableaux pour leurs salons chics, considèrent avec mépris.
Cette bande dessinée de l’auteure italienne Giorgia Marras est inspirée des journaux, notes et carnets de Munch. Les 1300 pages lui ont donné énormément de matière, et on sent qu’elle s’est profondément attachée au peintre et à son mal-être permanent.
Si j’ai beaucoup apprécié ce que les citations choisies, les moments vécus,  et leur mise en images apprennent sur le peintre norvégien, je suis restée un peu dubitative quant au dessin et à l’adéquation entre le texte et le dessin. Sans doute ce trait un peu trop sage convient-il bien au Munch coincé dans sa famille stricte, mais un peu moins au jeune homme qui fréquente les cafés, qui voyage, qui tombe amoureux. Un autre léger bémol est que trop de personnages apparaissent, qu’on n’identifie pas forcément tout de suite, mais fort heureusement une galerie de portraits est présente à la fin du livre ; elle présente sur une dizaine de pages une biographie de tous les personnages rencontrés, la vie et les œuvres de Munch, les lieux où il a vécu. C’est un complément très utile, pour qui veut mieux connaître le peintre.
J’ai beaucoup aimé les planches de paysages, de lieux où Munch est passé, l’ambiance des années de la fin du XIXème siècle est vraiment bien rendue.
Au final, j’ai lu cette BD avec intérêt et curiosité, mais en n’étant que partiellement touchée par les choix d’illustration. J’admets pourtant que c’est un beau travail pour un début, Giorgia Marras est une jeune auteure pleine de promesses !
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L’auteure : Giorgia Marras est née à Gênes en Italie, en 1988. Elle a étudié le design graphique et les arts plastiques à Gênes et à Paris. En 2013, elle a été accueillie en résidence au centre d’art contemporain de Linz pour réaliser un projet de bande dessinée : ce sera son premier album,
Munch avant Munch, publié pour les 150 ans de la naissance du peintre. En résidence à Angoulême, elle travaille à un nouvel album, Sisi, sur l’impératrice d’Autriche.
120 pages.
Éditions Steinkis (2016)
Traduction : Marie Giudicelli
Paru en Italie en 2014
Préface d’Ester Armanino

 

tous les livres sur Babelio.com

Quelques BD en vrac…

enrageducielJoseph Safieddine et Loïc Guyon, L’enragé du ciel
J’ai choisi cette bande dessinée pour son thème, j’avais surtout retenu qu’il s’agissait du premier pilote à avoir pris des photos de Paris vues du ciel. Le thème de la photographie est finalement un peu à l’arrière-plan par rapport au destin individuel, mais je ne m’en plains pas, car cela donne un ensemble intéressant et plutôt riche en anecdotes et péripéties. Roger Henrard était aussi fou d’aviation, au risque de sa vie, que séducteur impénitent, quoique dûment marié. Il participa, entre autre, à des missions de repérages périlleuses en 1939 pour l’armée française. Et ce n’est qu’une petite partie d’une vie bien remplie.
Le dessin et la mise en couleurs de cette bande dessiné m’ont plu, avec une mention particulière pour le découpage en cases qui évite toute monotonie. L’histoire est complétée par un cahier de photos d’époque.
Une BD de bonne qualité donc, qui se lit bien, à conseiller à ceux que le thème ou l’époque intéressent.
160 pages
Éditions Sarbacane (septembre 2015)
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UnpetitgoutdenoisetteVanyda, Un petit goût de noisette
J’avais déjà vu cette BD sur bon nombre de blogs et admiré le joli cadrage de la couverture, ainsi que le titre qui intrigue et séduit… Le début est à l’image de la couverture, tout en subtilité, se passant souvent de paroles, dans une jolie gamme de couleurs estivales. Une toute jeune fille, presque une enfant, et un garçon de six ou sept ans son aîné se croisent, bavardent, se trouvent des affinités. C’est très délicatement fait, très tendre.
Et là, surprise, il s’agit d’une histoire courte et d’autres suivent, toujours sur le thème des amours avortées, empêchées, empêtrées, décousues… Les couleurs changent, les sentiments restent, certains personnages réapparaissent. Cette BD touche par sa justesse, sa manière de saisir les petits moments où le cœur est bousculé, où les regards sont au diapason ou non.
Le découpage suit les valses-hésitations, avec des petites cases, des grandes, des ciels aquarellés, des rues, des appartements, des chambres, des portes…
Pourquoi « le goût de la noisette » ? Hé, hé, ce serait dommage de ne pas le laisser découvrir à ceux qui n’ont pas lu cette BD entêtante et rafraîchissante. Un très joli moment de lecture !
208 pages
Éditions Dargaud (2014)

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rebetiko.jpgDavid Prudhomme, Rébétiko
Cette BD est avant tout documentaire, elle représente la musique de rébétiko et explique les origines turques de cette musique jouée essentiellement dans les quartiers populaires d’Athènes, en se focalisant sur les années 40/50. Elle fait le portrait imaginaire de quelques musiciens et de leur vie. Le dessin et le découpage m’ont convenu, les couleurs aussi. Les cases que j’ai préférées sont celles des intérieurs de café, et aussi les quelques vues du Pirée ou d’Athènes, ainsi que la traversée nocturne en canot, où les couleurs sont superbes.
J’ai eu un peu du mal avec les noms et surnoms des personnages, mais comme je savais qu’Aifelle avait noté cet obstacle, je me suis appliquée à essayer de les différencier physiquement, au moins… Opération presque réussie. Quant au scénario, c’est une certaine violence, ainsi que la consommation très fréquente de drogues qui m’ont un tantinet gênée, pouvaient-ils être aussi bons musiciens sous l’emprise de substances toxiques ? Quant à la violence, c’est très certainement l’animosité entre grecs et turcs qui l’explique, sans toutefois l’excuser.
Bref, pour le dessin, pour l’aspect documentaire, mais il me manque un petit quelque chose pour être vraiment emballée.
104 pages
Éditions Futuropolis (2009)

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Maïa Brami, Cocteau à Milly-la-Forêt Lettre au poète

 

cocteauamillyL’auteur : Maïa Brami est écrivain, journaliste et animatrice d’ateliers d’écriture. Elle est l’auteur de plus d’une douzaine de livres pour enfants et adultes, dont Norma (2006), Le sang des cerises (2010) et La vie refusée (2012).
126 pages
Editeur : Belin
Collection : De l’intérieur (mars 2014)

La collection De l’intérieur chez Belin propose une série de livres où des écrivains contemporains cherchent dans les lieux les âmes des poètes et des auteurs passés : Proust, Giono, George Sand, Victor Hugo, Jules Verne, Balzac, Aragon… chacun va pouvoir y trouver son préféré ! Celui que j’ai découvert, consacré à Jean Cocteau, constitue un bel hommage, poétique comme il se doit, rempli d’évocations des lieux hantés par l’artiste, et de coïncidences troublantes aux yeux de l’auteure et parfois à ceux du lecteur. Pour moi, peut-être parce que je ne connais pas très bien Jean Cocteau, le texte de Maïa Brami m’a semblé un peu chaotique, déstructuré, avec quelques paragraphes peu clairs. Je pensais m’y immerger plus facilement, comme je l’avais fait avec les lettres de Cocteau à sa mère, mises en scène par Pierrette Dupoyet, il y a quelques années à Avignon. Las, malgré la longueur fort raisonnable du livre, je n’ai pas réussi à me passionner pour le point de vue de Maïa Brami. Mon goût pour les descriptions de l’intérieur de Cocteau, les photos de sa chambre ou de son salon, des objets chargés d’histoire(s) qui l’entouraient, n’a pas suffi à faire passer les interprétations de Maïa Brami, qui témoignent de son érudition, mais ne me donnent pas envie de mieux connaître Cocteau, ce qui pourtant aurait du être le résultat de cette lecture.
En définitive, l’idée de la collection, l’aspect visuel du livre sont des réussites, mais il me faudrait en lire un autre pour savoir à quoi est dû mon désintérêt pour cette Lettre au poète.

Maison-Cocteau-Bureau

Extrait : 

Sur un mur de votre cuisine, un tableau a retenu mon attention. Il vous servait à noter des rendez-vous à la craie. Jean Marais raconte qu’à l’origine, vous aviez installé ces ardoises dans votre appartement rue de Montpensier, imaginant que Picasso s’en servirait pour griffonner, mais il ne vous fit jamais ce plaisir. Elles devinrent donc des pense-bêtes.
Toujours ces lignes nouées et dénouées, dessin et écriture. Une tête à deux profils poussant comme une fleur face à un autre profil. L’aspect brumeux du fond cent fois effacé donne un relief saisissant aux visages.

Richard Russo, Ailleurs

 

ailleurs L’auteur : Richard Russo est né en 1949 et a grandi près de Gloversville, dans l’État de New York. Il a obtenu un doctorat de philosophie en 1979 et un Master of Fine Arts en 1980 à l’Université d’Arizona. Il a été professeur de littérature avant de se consacrer à l’écriture. En 2002, son roman intitulé Le déclin de l’empire Whiting (Empire Falls) a été récompensé par le prix Pulitzer. Il a écrit cinq autres romans ainsi qu’une série de nouvelles, et été co-scénariste sur plusieurs films ou séries.
261 pages
Editeur : Quai Voltaire (septembre 2013)
Traduction : Jean Esch
Titre original : On Helwig Street : A memoir

Toutes mes lectures de Richard Russo m’ont emballée, sauf Le pont des soupirs, plus sombre et fort long, qui n’a pas dû tomber au moment adéquat. Sinon, j’ai aimé successivement Quatre saisons à Mohawk, Le déclin de l’empire Whiting, Mohawk qui tout trois plantaient de manière géniale le décor d’une petite ville et le portrait de leurs habitants. Un peu à part, Les sortilèges du Cape Cod, narrait sur un ton plus léger, quoique pas dépourvu d’émotion, une sorte de « Deux mariages et deux enterrements ». Autant dire que ce livre plus personnel me faisait de l’oeil.
Dans Ailleurs l’auteur parle en effet de lui, et plus particulièrement de sa mère, qui l’a élevé seule, enfin si on peut dire qu’elle l’ait élevé, tant très vite, le jeune Richard Russo fut son soutien plutôt que sa charge. Une mère étouffante, obsessionnelle, sujette à des crises d’angoisse, obsédée par la pauvreté. C’est tardivement qu’il se rendra compte qu’elle était malade, réellement malade, et non uniquement fragile des nerfs comme on le disait dans sa famille. Sa mère est omniprésente à tous les moments de sa vie, et ce n’est pas seulement de son enfance qu’il s’agit, mais aussi de ses années d’études, son mariage, sa carrière universitaire, son rôle de père. La finesse des descriptions de lieux, qui prennent vie à travers ses mots, sont une constante chez Richard Russo, et il en va ainsi pour les lieux réels tel Gloversville, sa ville natale qui vivait le l’industrie du gant, sœur jumelle de l’imaginaire Mohawk.onhelwigstreet
Il est impossible de ne pas être touché, tant quand il raconte son enfance, quand il décrit de manière factuelle les comportements erratiques de sa mère, que quand il analyse leurs ressemblances ou leur goût commun pour la lecture, tout sonne vrai dans cette déclaration d’amour inconditionnel. Ce que je trouve parfois gênant dans les livres autobiographiques, ne l’a pas été dans celui-ci, grâce à l’honnêteté du propos, qui ne cache rien, sans en faire trop. Et puis Russo ne peut s’empêcher de laisser poindre l’humour un peu grinçant qui le caractérise, et certaines scènes comme la traversée des Etats-Unis alors qu’il est conducteur débutant, à bord de la Mort grise, sa première voiture ainsi nommée, sont vraiment mémorables !
Un livre nécessaire à l’auteur, mais à ses lecteurs aussi, qui y retrouvent parfois l’origine de tel ou tel roman, comme Les sortilèges de Cape Cod.

Extrait : C’est grâce à ma mère que j’ai appris que lire n’était pas un devoir, mais une récompense, grâce à elle que j’ai eu l’intuition d’un vérité essentielle : la plupart des gens sont enfermés dans une existence solitaire, une vie restreinte par le manque et l’absence d’imagination; des limites que ne connaissent pas les lecteurs. Vous ne pouvez pas créer un écrivain sans créer d’abord un lecteur, et c’est ce que ma mère a fait de moi. En outre, même si je n’avais plus l’âge de m’intéresser à ses livres, ceux-ci participèrent à la fabrication de l’écrivain que je deviendrais plus tard, un écrivain qui, contrairement à beaucoup d’autres formés à l’Université, ne considérait pas le mot « intrigue » comme un gros mot, qui faisait attention au public et au rythme, et qui se montrait peu tolérant vis-à-vis des prétentions littéraires.


Lu aussi par Aifelle, Claudialucia (merci !) Cuné, Galéa, Keisha et Val.

Mini-thème (1) Ecrivains admirés

Ou comment enchaîner des lectures avec des bonheurs variés… et attention, billet à rallonge, sur le thème des auteurs qui écrivent sur un autre écrivain, contemporain ou passé, qu’ils ont connu ou non, sous forme strictement biographique ou en laissant une grande place à l’imaginaire…

Tout a commencé en dénichant à la bibliothèque une lecture qui me faisait de l’oeil depuis un moment :

gardeteslarmesAlix de Saint-André, Garde tes larmes pour plus tard

Je ne connaissais que fort peu Françoise Giroud, ce serait l’occasion d’en savoir plus sous la plume d’Alix de Saint-André avec qui j’avais aimé parcourir sans trop de fatigue les chemins de Compostelle dans En avant route ! Las, c’était compter sans un style indigeste, une narration brouillonne, des digressions inintéressantes, et le peu d’envie que donne l’auteur d’avoir quelque empathie avec son sujet. Enfin, ce n’est que mon sentiment, et puisque je n’ai pas fini le livre, je vous invite à vous faire votre propre avis ! Un petit extrait choisi, tout de même… et si cet extrait vous plaît, (pourquoi pas, tous les goûts sont dans la nature) vous pouvez tenter la lecture !

Le spectacle de la mer, seul, la comblait, et le soleil, seul, avait réussi à recoller sa tête, jour après jour, en Bretagne. Sans chapeau. Rien à faire. Mais je voyais chaque jour ses progrès dans les devoirs de vacances que je lui avais emportés, son livre d’entretiens avec Martine Rabaudy, dont les corrections passèrent de poussives à lumineuses en cinq jours, sans qu’elle me laissât jamais ouvrir le parasol de la table du jardin où nous nous mettions au travail, à côté de la piscine, chaque matin, sous l’oeil réprobateur des mères de famille qui ne m’auraient jamais engagée comme baby-sitter…

Plus ou moins mitigés, non, les avis de Cathe, Cathulu et Mango ?


Ce début de lecture laborieux et avorté a toutefois eu le bon goût de me donner envie de ressortir des livres de ma pile où ils m’attendaient depuis trop longtemps :

karenetmoiNathalie Skowronek, Karen et moi
Là, ce fut une très bonne surprise, le mélange entre la vie de Karen Blixen et les réflexions sur celle de l’auteur est ici parfaitement harmonieux, sincère et juste. La petite fille timide qui découvre La ferme africaine devient une jeune femme passionnée de littérature qui écrit une biographie de l’écrivain danoise tout en se posant des questions sur sa vie, et en ne pouvant s’empêcher de faire des parallèles. C’est intéressant de bout en bout, et évite le verbiage et les travers de ce genre de projet !

Je travaille depuis des mois sur Karen Blixen. J’ai le projet d’écrire sa vie. L’idée s’est imposée alors que je m’enfonçais dans cette existence de jeune femme modèle qui ne me ressemble pas et que mes tentatives pour m’affirmer s’étaient soldées par de pénibles échecs : un roman inachevé, une solitude toujours plus grande, le sentiment de regarder passer sa vie.
Karen est morte onze ans avant ma naissance. J’aurais voulu qu’elle vienne me dire, qu’elle raconte à l’enfant que j’étais, comment faire avec cette sensation d’étrangeté qui m’éloignait des autres, ma peine et mon trésor. J’aurais voulu qu’elle me raconte, et qu’à mon tour, je le raconte à mes filles. Dis-moi, Karen. Dis-moi comment tu as fait.

A lire aussi les avis de Clara, Marilyne, Nadael et Theoma.

lauteurDavid Lodge, L’auteur ! L’auteur !
Deuxième repêchage dans mes étagères, le pavé de David Lodge… Pas très envie de pavés en ce moment, mais c’est David Lodge, l’écriture fluide et le ton empreint d’humour font bien passer la pilule, et je me suis prise d’intérêt pour l’auteur américain vivant à Londres, son amitié avec Georges du Maurier, ses voyages en Italie, ses doutes quant à sa capacité à vivre de son écriture… A picorer plutôt qu’à lire d’un seul tenant, toutefois.

Miséricorde ! Fallait-il encore ressasser tout cela, parcourir une fois de plus cette via dolorosa de souvenirs ? En commençant par ses propres manoeuvres un peu honteuses afin de s’assurer qu’il serait parmi ceux qui rompraient les scellés à la porte de l’appartement de Fenimore : il était allé à Gênes pour accueillir les Benedict mère et fille à la descente du bateau en provenance de New York, les avait accompagnées au train qui les emmenait à Rome s’incliner sur la tombe de Fenimore, et avait poursuivi son propre chemin vers Venise pour leur trouver un hébergement.

Lu aussi par Malice et Val.

ardentepatienceAntonio Skarmeta Une ardente patience
Une parfaite réussite ensuite ! Ce petit roman sur l’amitié, l’amour et la poésie, est un génial hommage à Pablo Neruda. L’idée du facteur qui n’a qu’un seul client dans sa tournée, le grand poète chilien, est parfaitement maîtrisée, et le déroulement du récit aussi. L’écriture pleine de naturel, mais où chaque mot a sa place, adopte aussi bien le ton de la fantaisie que celui de l’émotion… J’avais déjà bien apprécié son écriture dans Un père lointain, et je récidiverai avec cet auteur. Le parti-pris de faire un roman et non un essai biographique est tout à fait à mon goût… même si ce n’est pas forcément transposable à l’infini.

En janvier 1969, deux motifs, l’un trivial et l’autre heureux, amenèrent Mario Jimenez à changer d’emploi. Le premier fut son absence de goût pour les corvées de la pêche qui le tiraient du lit avant le lever du soleil et presque toujours au moment où il était en train de rêver d’amours audacieuses en compagnie d’héroïnes qui rivalisaient d’ardeur avec celles qu’il pouvait voir sur l’écran du cinéma de San Antonio.

Les lectures dHélène et Sandrine.

derniermotHanif Kureishi, Le dernier mot
J’en ai profité aussi pour me lancer dans le nouveau roman, fraîchement arrivé à la bibliothèque, d’un écrivain que j’aime bien d’habitude, Hanif Kureishi. Avec Le dernier mot, il écrit un gros roman au centre duquel on lit la rencontre, au fin fond de la campagne, entre un jeune biographe et un auteur aux allures de monstre sacré, nommé Mamoon Azam. Cet auteur d’origine indienne a beaucoup de points communs avec le prix Nobel V.S. Naipaul (bien que l’auteur s’en défende). De nombreux autres thèmes se mêlent à cette rencontre, les relations entre hommes et femmes, la transmission, la société multicuturelle…
Je n’ai pas été aussi séduite par ce roman que par le précédent, les dialogues et les relations entre les différents personnages m’ont semblé peu crédibles. J’avais déjà trouvé précédemment que les romans de Kureishi manquaient un peu de rythme, mais là c’est encore plus flagrant que d’habitude et, à part la fin qui rattrape un peu le reste, j’ai eu du mal à m’y intéresser, et n’y ai pas trouvé l’humour annoncé…

J’aimerais bien que vous arrêtiez de m’éplucher comme si j’étais un oignon. Vous savez, comme tout le monde, j’ai une passion pour l’ignorance. J’ai envie de travailler dans l’obscurité : c’est le meilleur endroit pour moi, pour n’importe quel artiste.

Je rejoins l’avis de Cuné.

Et pour finir, vous trouverez peut-être d’autres lectures sur ce thème dans les Conseils de lecture n° 7.

Conseils de lecture (7) Destins hors du commun

Les conseils de lecture d’aujourd’hui vont s’intéresser aux romans biographiques, qui éclairent un artiste, un homme politique, un écrivain, d’un jour différent, reconstruisent un pan de sa vie, parfois sa vie entière, ou éclairent sa relation avec une autre personne, enfant, femme ou amant. 

Je commence la liste par une lecture récente :
Folles de Django d’Alexis Salatko, à propos de Django Reinhardt, bien sûr… et d’autres plus anciennes :
Loving Frank sur Maymah Cheney et l’architecte Frank Lloyd Wright,
Alabama Song de Gilles Leroy, sur Zelda Fitzgerald,
La malédiction d’Edgar de Marc Dugain, sur John Edgar Hoover et les années Kennedy. Les deux plus réussis étant à mon avis Loving Frank et La malédiction d’Edgar…

follesdedjango loving-frank alabamasong maledictiondEdgar
Et vous, quels destins romancés avez-vous préférés ?
Comme le thème peut être très vaste, et que je suis parfois réticente à lire des romans historiques, je me limiterais volontiers aux personnages du XIXème et XXème siècle, mais je suis à l’écoute de toutes les suggestions ! Je vous laisse la parole…

Sandrine a lu Jan Karski de Yannick Haennel et Le rêve du celte de Mario Vargas Llosa, sur Roger Casement, qu’il faut découvrir si vous ne le connaissez pas.

Alex mot à mots et Athalie plébiscitent La malédiction d’Edgar et Athalie ajoute L’adversaire d’Emmanuel Carrère.

In cold blog propose La fête au bouc de Mario Vargas Llosa également, et recommande chaudement Eugene Bullard de Claude Ribbe. Il a aimé aussi Baptiste de Vincent Borel, à propos de Lully, auteur qui a publié aussi Richard W. sur Wagner, tous deux chez Sabine Wespieser.

Anne a aussi lu Le roman de Zelda de Therese Ann Fowler et suggère Les femmes de T.C. Boyle sur Frank Lloyd Wright.

Anis recommande Mourir est un art comme tout le reste de Oriane Jeancourt-Galignani sur Sylvia Plath (ce dernier roman se trouve depuis trop longtemps dans ma PAL !). 

Anne se rappelle Les femmes du braconnier de Claude Pujade-Renaud sur Sylvia Plath également, et Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik.

Violette est en train de lire et se délecte du Roman de Monsieur de Molière de Mikhail Boulgakov.

Hélène propose Un autre monde de Barbara Kingsolver sur Frieda Kahlo et Diego Rivera.

Inganmic a aimé Diego et Frieda de J.M.G. Le Clezio sur les mêmes artistes !

Philisine Cave suggère Marie-Antoinette ainsi que Marie Stuart, tout deux de Stefan Zweig, et fort bien écrites. Elle pense aussi à la biographie de Virginia Woolf par Viviane Forrester.

J’ajoute aussi L’auteur, l’auteur et Un homme de tempérament de David Lodge respectivement sur Henry James et H. G. Wells. Je suis tentée également par les livres de Jean Echenoz : Ravel, Des éclairs, Courir… (ces deux derniers parlent de Nicolas Tesla et Emile Zatopek) Je viens aussi de trouver le très récent Sulak de Philippe Jaenada.

L’irrégulière a lu aussi et aimé Le roman de Zelda de Therese Anne Fowler et  Lou, l’histoire d’une femme libre de Françoise Giroud sur Lou Andreas-Salomé.

Somaja évoque le très beau Zelda de Jacques Tournier.

Theoma préfère aussi Les femmes du braconnier (de Claude Pujade-Renaud) sur Sylvia Plath. Elle propose en outre Violette Morris – Histoire d’une scandaleuse de Marie-Josèphe Bonnet, L’élimination de Rithy Panh et Christophe Bataille sur Pol Pot, Zeitoun de Dave Eggers et Lennon de David Foenkinos. 

Merci à tous et toutes !  

Hugo Boris, Trois grands fauves

troisgrandsfauvesRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Hugo Boris est l’auteur de trois romans, tous publiés chez Belfond et ayant tous reçu un excellent accueil critique et une reconnaissance publique. Le Baiser dans la nuque (Belfond, 2005 ; Pocket, 2007), prix Emmanuel-Roblès. La Délégation norvégienne (Belfond, 2007 ; Pocket, 2009), premier prix littéraire des Hebdos en Région. Je n’ai pas dansé depuis longtemps (Belfond, 2010 ; Pocket, 2012), prix Amerigo-Vespucci.
202 pages
Editeur : Belfond (août 2013)

Georges Danton, Victor Hugo, Winston Churchill, trois grands hommes, trois forces vives contre lesquelles la mort n’a pas toujours de prise… Dès l’enfance de Danton, où, piétiné par un taureau, il frôle la mort et reste défiguré, je me me suis laissée immédiatement emporter par le rythme du texte qui colle parfaitement à la force des personnages. Ces trois destins, dont le lecteur ne découvre que des fragments, des moments forts, sont pourtant loin d’être réduits à une suite d’anecdotes, et les portraits se dessinent progressivement avec puissance. La question se pose de savoir ce qui est romancé ou ce qui fait partie de la légende des trois hommes, et puis cette question passe au second plan.

Tout m’a plu dans ce roman, me poussant à lire et relire des phrases qui sonnaient bien, qui ouvraient d’autres perspectives… C’est un livre à découvrir sans a priori, en se laissant bercer par l’écriture élégante, plutôt qu’en cherchant à connaître in extenso la vie de ces trois grands hommes. C’est bien évident qu’il y faudrait plus que 200 pages ! On sent que l’intention de l’auteur était de créer des liens, d’éclairer des similitudes, de tracer une sorte de portrait global d’un homme exceptionnel, avec ses moments de grandeur et ses failles.

L’objet livre est particulièrement soigné et réussi, avec une couverture et un papier qui font un peu penser à un Zulma, de jolis rabats, le deuxième rabat offre même un marque-page à découper !
A tous points de vue, ce roman est une belle réussite ! 

Si l’auteur ou l’éditeur passe par ici, j’ai une petite question : est-ce volontaire si les phrases sont presque mot pour mot les mêmes, pages 31 et 63 pour décrire Danton et Hugo se ruant dans leur maison, après un décès ?

Appréciez les premières phrases :
Mai 1763. Ce n’est pas la Champagne humide ici, mais la pouilleuse, celle que la craie rend stérile. La petite taille de l’enfant ne lui permet pas de connaître l’étendue de la plaine. Il en entend le silence les jours sans vent. Il marche vers la vache qu’il a aperçue, là-bas, dans le pré. Il l’a reconnue, c’est la sienne, elle cherche l’ombre d’une haie. La mère de l’enfant n’a pas eu la force de l’allaiter à sa naissance. Il s’accroupit sous la lourde grappe, prend un pis dans la main pour faire gicler le lait. Il ignore qu’il va mourir dans une seconde. Le branle d’un sabot lui fait lâcher prise. Une ombre lui bouche le soleil. Il tend les deux bras en avant pour se protéger, écrasé par le poids gigantesque du taureau. Le mâle échappé le piétine en beuglant. L’animal le soulève de terre. Le petit hurle, se débat, fait rempart de ses mains en pure perte. L’une des cornes lui emporte la bouche. Dans sa gorge, le goût du sang se mêle à celui du lait.

Lu par Clara, restée un peu sur sa faim, et Passion de lecteur, emballé. Pour Neph, magistral !