Publié dans littérature Amérique du Nord, non fiction, rentrée littéraire 2014

Justin St. Germain, Son of a gun

sonofagunRentrée littéraire 2014
L’auteur : Né à Philadelphie en 1981, Justin St. Germain vit aujourd’hui à Albuquerque et enseigne à l’Université du Nouveau-Mexique. L’auteur était invité du Festival America 2014, notamment sur le thème de « La violence aux États-Unis »
313 pages
Editeur : Presses de la Cité (août 2014)
Traduction : Santiago Artozqui

Septembre 2011, alors que tout le monde a encore la tête pleine des images des attentats, Justin St. Germain, alors étudiant, apprend de la bouche de son frère que sa mère vient d’être retrouvée morte dans son mobile-home, tuée de plusieurs coups d’une arme à feu. Le principal suspect, son compagnon du moment, Ray, a disparu.
Dix ans plus tard, Justin St.Germain entreprend d’écrire, de faire le récit détaillé de cet assassinat, de son point de vue à lui, et avec ce qu’il sait du drame. Il mène aussi l’enquête, revient dans la ville d’Arizona où il a vécu, retrouve des personnes que sa mère a côtoyées. Rien n’est facile, et l’émotion prend souvent le dessus, et le fait se demander s’il doit continuer. Il prend conscience que sa mère, son frère et lui appartenaient à la « white trash », les petits blancs pauvres, vivant de petits boulots, acceptant en location les appartements les plus minables. Pourtant sa mère, lui semble-t-il, essayait de son mieux d’élever sans père ses deux enfants, tout en n’ayant que peu de stabilité à leur offrir : déménagements, cohabitations, semi-pauvreté… C’est un portrait de cette classe pauvre des petites villes que dresse l’auteur, avec justesse et sans rien cacher. Il s’intéresse aussi, par la force des choses, aux thèmes de la violence domestique (même si ce terme paraît édulcorer ladite violence) et de la culture des armes à feu aux Etats-Unis, et c’est très intéressant. Sa mère a été assassinée à Tombstone, ville où se situe le fameux O.K. Corral, et quelques paragraphes reviennent parallèlement sur les lieux et les circonstances de cette fusillade historique.
De ce récit je retiens surtout le portrait de la mère, qui sonne tout à fait juste, plus que le fait qu’elle ait été assassinée, et l’écriture de ce jeune auteur qui est vraiment prometteuse. Le sujet aurait pu donner lieu à un texte soit trop larmoyant, soit trop documentaire, soit trop nombriliste, à mon avis, tout cela est évité, l’équilibre est gardé, et la lecture en est captivante. Maintenant qu’il a écrit sur sa propre histoire, projet utile de faire à la fois pour lui-même et pour ses lecteurs, j’ose parier qu’il pourra se remettre de nouveau derrière son clavier, et devenir un nom qui compte dans la littérature américaine.

Citations : Alors, j’ai fait ce que tout étudiant en lettres aurait fait : j’ai cité quelqu’un d’autre.
« Ma mère est morte. La Bête a surgi. »
Ça a marché. Au cours des semaines suivantes, j’écrivais tous les soirs, et à chaque fois, les mots me venaient facilement. Je parcours ces pages de temps à autre, quand j’ai peur de commencer à oublier, mais très vite j’ai envie de prévenir mon ancien moi de ce qui l’attend, de lui dire que la Bête restera toujours avec nous.

Dix-sept ans, un embonpoint naissant, fauché, célibataire et saoul : j’incarnais la white trash, le Blanc pauvre et sans éducation.

Lu aussi par A propos de livres.

Projet non-fiction de Marilyne, c’est ma participation de novembre.

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Alexi Zentner, La légende de Loosewood Island

legendedeloosewoodRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Alexi Zentner a obtenu en 2008 le Narrative Prize et le O.Henry Prize. Il a publié des nouvelles dans The Atlantic et Tin House. Il vit à Ithaca (New-York) avec sa famille. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreux magazines américains et anthologies. Les bois de Sawgamet (Touch en anglais) est son premier roman. The lobster Kings est son deuxième roman.
374 pages
Editeur :
Lattès (septembre 2014)
Traduction :
Marie-Hélène Dumas
Titre original :
The lobster Kings

La légende transmise dans la famille Kings, pêcheurs de homards sur Loosewood Island, a deux faces, un côté merveilleux avec une épouse venue de la mer, et un aspect sombre avec une terrible malédiction, car la contrepartie est qu’à chaque génération, l’océan reprendra un enfant à la famille. L’ancêtre Brumfitt Kings a légué, outre cette légende, une quantité de tableaux, de marines de son îles, d’allégories dont on dit qu’elles représentent la vie de toutes les générations de Kings, même futures. Dans la génération la plus jeune, c’est une femme, Cordelia, qui reprend la tradition de la pêche au homard. Sa passion pour la mer, toute la famille la reconnaît depuis son enfance, même si son père aurait préféré que son unique garçon, Scotty, la reprenne. Mais l’océan en a voulu autrement…
J’ai aimé la légende qui préside aux destinées de la famille, j’ai apprécié aussi l’aspect contemporain de l’histoire de famille, les démêlés des pêcheurs avec ceux de Long Bay, avec les trafiquants de drogues qui prendraient bien cette île tranquille entre Etats-Unis et Canada comme plaque tournante.
Toutefois, plusieurs aspects m’ont gênée outre que je ne me sens guère attirée par la pêche en mer, et que ça changeait beaucoup par rapport aux légendes des forêts profondes dans Les bois de Sawgamet. Le caractère de Cordelia, la narratrice, tout d’abord, ne m’a pas fait me sentir proche d’elle. Ses réactions m’ont paru souvent excessives, ou contraires au bon sens, elle me rappelait certains personnages de séries télévisées que j’aime par ailleurs… Comme Cassie dans la série Homeland, Cordelia fonce d’abord et songe à sa propre sécurité et pire, à celle des autres, ensuite… J’ai aussi trouvé quelques longueurs au milieu de passages plus passionnants et touchants à la fois. Non, Sandrine, je n’ai pas versé de larmes, mais je comprends que l’absence de sensiblerie, la façon de poser de manière un peu froide les faits les plus émouvants, ait fait son effet !
Je reste donc un peu mitigée, ce roman contient de très beaux passages, des thèmes sur la transmission familiale, l’héritage, les non-dits et conflits larvés entre membres d’une même famille, qui m’ont beaucoup plu, le côté western marin un peu moins. Mais que cela ne vous détourne pas de l’auteur, je conseille sans réserve Les bois de Sawgamet. Océan ou forêt, à chacun de choisir son décor !

Extrait : Et c’est pour cette raison que j’adore cette toile, elle me rappelle les histoires de Loosewood Island avec lesquelles j’ai grandi : lorsqu’on regarde brièvement La prise, on s’émerveille du reflet des doigts de l’enfant sur l’écume de l’océan.
Sauf que ce n’est pas un reflet.
Et ce ne sont pas les doigts du petit garçon, mais ceux de quelqu’un d’autre – d’une autre créature, qui cherchent à l’attraper et à l’attirer sous l’eau.

Les avis plus positifs de Micmelo et Sandrine.

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Tim Gautreaux, Nos disparus

nosdisparusRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Né en
Louisiane , 1947 Timothy Martin Gautreaux est un romancier et nouvelliste. Il est issu d’une famille de pilotes et mécaniciens de bateaux à vapeur et de remorqueurs. Des gens qui descendaient eux-mêmes de shérifs ou assimilés. Professeur à l’Université de Louisiane du Sud, il commence à publier des nouvelles dans des magazines et, en 1996, sort son premier recueil, Same Place, Same Things. Écrivain tardif, Tim Gautreaux rattrape le temps perdu avec un roman, The Next Step in the Dance (1998), puis un nouveau recueil, Welding with Children (1999), et deux autres romans, The Clearing (Le dernier arbre) en 1999 et The Missing (Nos disparus) en 2009.
540 pages
Editeur : Seuil (août 2014)
Traduction : Marc Amfreville
Titre original : The missing


Le roman commence sur un bateau, avec un débarquement. Il s’agit de jeunes américains, malades d’une éprouvante traversée, qui arrivent à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918. La guerre étant terminée, ils sont affectés au nettoyage des zones de combats. Parmi ces jeunes gens, Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée alors qu’il avait six mois. On retrouve Sam quelques années plus tard, à la Nouvelle-Orléans, responsable d’étage d’un grand magasin. Une petite fille est enlevée dans les rayons dont il a la charge, et Sam en gardera une culpabilité qui va influer sur la suite de sa vie, le lançant dans une quête dont il ne sortira pas indemne. Il commence par se faire engager sur le bateau, celui-là même où les parents de la petite Lily Weller travaillent.
Si l
e début manque un peu de rythme, passant rapidement sur une longue période, puis s’attardant, des personnages secondaires apparaissant dont on ne sait pas s’ils vont être importants ou pas, assez vite, tout se met en place, les personnages acquièrent une belle consistance et le roman devient passionnant. J’ai été épatée par la manière de recréer des lieux et des paysages, que ce soit la forêt d’Argonne après la guerre, les rues de La Nouvelle-Orléans dans les années 20, un bateau-dancing sur le Mississippi ou les usines qui crachent leur fumée sur les berges du fleuve, on s’y croirait ! Sans compter des coins complètement déshérités, au milieu de marais infestés de moustiques, zones où aucun shérif ne se risque jamais et où Sam Simoneaux devra aller poursuivre sa quête.
Le style, les événements dramatiques qui se succèdent, la noirceur de l’ensemble, contrebalancée par l’humanité de Sam, tout m’a séduit dans ce roman. C’est une découverte qui m’a fait forte impression que l’univers de cet auteur, et je ne manquerai pas de lire bientôt Le dernier arbre, qui m’attend dès maintenant dans ma pile à lire !

Extraits : Mais quelques jours plus tard, quand ils sautèrent à bas du camion débâché maculé de boue, ils découvrirent un paysage mort et recouvert d’une pellicule de glace, parsemé de cratères d’obus et piqué d’arbres détruits, un immense cimetière de chariots éventrés, de citernes renversées et de pièces d’artillerie de toutes sortes corrodées par le givre.

Il y avait dans sa vie des disparus qui découpaient d’énormes trous dans le ciel de la nuit, et Sam savait qu’il n’y pouvait rien.


Les billets de Joëlle et Papillon, ainsi qu’Alex.

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Publié dans littérature îles britanniques, premier roman, rentrée littéraire 2014

Benjamin Wood, Le complexe d’Eden Bellwether

complexededenbellwetherRentrée littéraire 2014
L’auteur : Benjamin Wood, né en 1981, grandit dans le nord-ouest de l’Angleterre, dans une maison transformée par ses parents en maison de retraite. Il quitte l’école à dix-sept ans, souhaitant se consacrer à la musique comme compositeur et chanteur. Puis, il retourne à l’université, étudie l’écriture et obtient un diplôme aux Etats-Unis. Le complexe d’Eden Bellwether, son premier roman, a reçu d’excellentes critiques en Angleterre, et le prix du premier roman Fnac.
494 pages
Editeur : Zulma (août 2014)
Traduction : Renaud Morin
Titre original : The Bellwether revival

Je reviens rarement de la bibliothèque avec les livres que j’étais venue chercher, d’autant quand une nouveauté à la couverture aussi remarquable semble m’attendre là tout exprès ! Et un achat de moins, un !
Tout commence par une rencontre, un soir d’octobre, à Cambridge. A cause d’un air d’orgue plus aérien que ce qu’il a jamais entendu, Oscar, jeune aide-soignant dans une maison de retraite entre dans une chapelle du campus et assiste à l’office. Une jeune fille attire son attention, et ils discutent à la sortie, Iris est la sœur du jeune organiste, Eden Bellwether. Rapidement, Oscar, qui vient d’un milieu modeste, fréquente la riche famille Bellwether et le cercle restreint des amis de Iris et Eden.
Le roman se focalise alors sur la personnalité hors normes d’Eden, manipulateur, égoïste, avec cependant un certain charme, et obsédé en particulier par la musique et ses effets sur les auditeurs.
On ne peut pas vraiment qualifier ce roman de « roman de campus », car les enfants Bellwether vivent à l’extérieur, et non en internat, et bénéficient d’une annexe à la maison de leurs parents, qui possède même un orgue où Eden peut répéter, et procéder à des expérimentations que je ne vous dévoilerai pas. Cette liberté de mouvement et cette très grande aisance financière permettent le développement de l’histoire. Heureusement, Oscar vient en contrepoint, même si on peut se demander ce que ce groupe d’amis et cette famille très favorisés ont pu lui trouver pour s’attacher à lui aussi vite. C’est une petite faiblesse du roman que d’être un peu vague sur les liens entre les personnages, et comment ces liens se sont établis.
Sinon, l’histoire est particulièrement bien construite, sans temps morts. Les personnages, dont je n’ai pas parlé jusqu’alors, du vieux monsieur dont Oscar s’occupe à la maison de retraite, et de l’ami de celui-ci, psychologue spécialiste des troubles de la personnalité narcissique, ajoutent une dimension passionnante et solide au texte. Les rebondissements se succèdent, et hormis la fin qui n’est pas celle que j’aurais imaginée, j’ai apprécié de bout en bout cette lecture. Pas un coup de cœur, mais pour un premier roman, c’est une belle découverte, et j’espère que l’auteur continuera à écrire.

Je chipote peut-être un peu, mais j’ai repéré une erreur scientifique qui aurait pu être corrigée (j’ai noté page 244, mais je n’ai plus le livre sous la main). Il s’agit d’un personnage qui avance, tournant le dos au soleil couchant, et son ombre diminue au fur et à mesure qu’il avance… ça ne vous étonne pas, vous ?

Extrait : Eh bien, poursuivons cette piste, dit Eden en buvant une petite gorgée de vin. Si je te disais qu’il y a des musiques qui rendent heureux, et d’autres qui rendent triste, tu ne serais pas en désaccord avec moi ?
Oscar haussa les épaules.
« Soit.
– Eh bien, Mattheson croyait, et je le crois aussi, que les compositeurs ont le pouvoir d’affecter et de manipuler tes émotions, tes passions, comme disait Descartes. Par leur musique, ils sont tout à fait capables de te faire ressentir tout ce qu’ils veulent que tu ressentes. Un peu comme une expérience chimique : si des éléments sont associés selon une certaine formule tu obtiens une certaine réaction. Tu trouves que je vais trop loin ?

Beaucoup d’autres avis, j’ai nommé Cachou, Cécile, Cuné, Lewerentz, Papillon, Sandrine, Séverine, Yv

Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2014

Thierry Beinstingel, Faux nègres

fauxnegresRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Né à Langres en 1958, Thierry Beinstingel est cadre dans les télécommunications. Il a publié, aux éditions Fayard, Central (2000), Composants (2002), qui a reçu une mention au prix Wepler 2002, Paysage et portrait en pied-de-poule (2004) C.V. Roman (2007), Retour aux mots sauvages (2010) et Ils désertent en 2012.
422 pages
Editeur : Fayard (août 2014)

Aujourd’hui, vous avez de la chance ! Enfin, du moins, ceux qui comme moi, remplissent des listes interminables de livres à lire absolument, ou qui en ont assez que tous les romans de la rentrée soit unanimement formidables, à en croire les hebdomadaires ou mensuels consacrés à la littérature.
Pourtant, ce roman de Thierry Beinstingel, je l’avais repéré et élu entre six ou sept romans de la rentrée présents sur l’étagère des nouveautés à la bibliothèque. J’avais beaucoup aimé, tant pour le fond que pour la forme, Retour aux mots sauvages ainsi que Ils désertent, deux romans qui l’un autant que l’autre savaient marier des tableaux de notre société, du monde du travail, avec une langue originale et tout à fait en adéquation avec les thèmes.
Dans ce troisième roman que je lis, un journaliste rapatrié du Moyen-Orient se voit attribuer, un peu par défaut, un reportage au cœur d’un village de Haute-Marne qui s’est fait remarquer pour avoir fait le score le plus élevé à la dernière présidentielle pour un parti d’extrême-droite jamais nommé, mais dont les initiales figurent en couverture du roman. Il est accompagné d’un preneur de son aveugle, et le duo s’installe dans une chambre d’hôtes de ce village, et tend son micro ici ou là. Quelques personnages émergent, une agriculteur vieillissant, le maire, un ado amoureux, une femme au foyer délaissée…
Mais cette fois, de mon point de vue, ça ne marche pas. La forme semble intéressante, tout d’abord, avec des chapitres qui alternent le point de vue du reporter, et d’autres qui forment une sorte de chœur qui commente l’histoire du village, depuis les origines. Des personnages historiques reviennent dont un poète que l’auteur semble affectionner. Je ne vois vraiment pas ce qu’Arthur Rimbaud vient faire dans ce livre (ça marchait mieux dans Ils désertent) et dans ce village : à la troisième ou quatrième évocation du frais cresson bleu, j’ai commencé à m’agacer, mais la répétition, les listes, semblent des figures récurrentes choisies par l’auteur, et donc j’ai dû m’y faire.
J’ai relevé quelques clichés au cœur de chapitres assez passionnants, ce qui ne m’a pas empêché de continuer. Pourtant, au fur et à mesure des pages, et malgré un drame qui relance l’intérêt, j’ai eu l’impression que le roman tournait en rond, et ne m’apportait plus rien. Je l’aurais volontiers vu avec quelques dizaines de pages en moins. Il est sans doute plus ambitieux que les deux précédents, mais semble moins personnel, et c’est peut-être son défaut… Je n’irai pas par quatre chemins, mon sentiment est plus proche de la déception que de l’enthousiasme. Nul doute que d’autres le trouveront passionnant, mais au moins, vous le saurez : il ne plaira pas à tout le monde !

Extrait : Le premier pavillon de ce premier lotissement existe toujours. Il appartient à présent à un routier solitaire et les volets sont toujours fermés. Les autres occupants sont arrivés à la suite du premier avec les mêmes ambitions, avoir une baignoire, une chambre pour chacun des enfants. La plupart sont restés. À l’époque, faire construire était un aboutissement durable. Nous comptons maintenant deux veufs, trois veuves et quatre couples vieillissants. Ceux qui ne se sont pas brouillés au fil des années s’échangent à l’occasion les photographies des petits-enfants.

A voir : Une vidéo où l’auteur présente son livre… je ne le trouve pas très convaincu…

Publié dans littérature Europe du Nord, non fiction, rentrée littéraire 2014

Herbjørg Wassmo, Ces instants-là

cesinstantslaRentrée littéraire 2014
L’auteure :
Herbjørg Wassmo est née en 1942, dans l’extrême Nord de la Norvège. Elle fut d’abord institutrice, puis fit paraître de la poésie, puis des romans et des nouvelles. Les lecteurs français la découvrent surtout avec Le Livre de Dina, une fresque qui se déroule dans la région natale de l’auteur, au milieu du XIXe siècle. Traduite en 24 langues, l’œuvre de Herbjørg Wassmo a reçu de nombreux prix littéraires.
399 pages
Editeur : Gaïa (août 2014)
Traduction : Céline Romand-Monnnier
Titre original : Disse øyeblikk

Ces instants-là sont tous les moments qui reviennent en mémoire à l’auteure lorsqu’elle se retourne sur sa vie, en commençant par l’entrée au collège. Elle fait des études, devient institutrice, se marie, commence à écrire, cherche à diriger sa vie. Cela pourrait être monotone, cette suite de courts chapitres de la vie d’une femme, c’est tout simplement passionnant, en partie parce qu’elle est norvégienne, et que le léger décalage de quotidienneté avec des épisodes de vie d’une femme française apporte quelque chose à la lectrice, mais aussi parce qu’elle raconte particulièrement bien, formidablement bien, sans entrer dans les détails, en éludant avec élégance certains moments, qu’ils soient trop douloureux ou trop communs… Elle exprime avec intensité, mais pudeur, comment elle était littéralement poussée par son enfance difficile, à avancer dans la vie, à devenir écrivain, comment ce drame de l’enfance lui a laissé à jamais une méfiance immense envers les hommes. Admiratrice de Simone de Beauvoir, et du deuxième sexe, elle est pourtant mal à l’aise lorsqu’elle se retrouve seule à Paris, pour quelques jours, c’est toujours ce sentiment d’inquiétude qui la poursuit.
La langue utilisée par Herbjørg Wassmo n’est pas commune, on ne rencontre pas un tel style tous les jours, avec ses phrases courtes et percutantes, et la traduction en rend très bien la musicalité, me semble-t-il… Je ne dis pas que ce récit plaira à tout le monde, mais si vous aimez les romans de cette auteure, par lesquels il est sans doute plus facile de l’aborder, vous pouvez pousser sans crainte la porte de ses souvenirs.

Extraits : Elle a la honte au ventre. Si elle n’arrive pas à trouver de solution, il ne lui restera qu’à mourir. Tout est urgent, mais elle ne voit pas ce qu’elle pourrait faire. La vie est désormais divisée en mois. Plus que sept et demi. Elle rit haut et fort avec tout le monde et n’importe qui et se prépare. Parfois elle se promène jusqu’au haut pont, au-dessus du torrent. Dans les profondeurs, il y a des pierres et de l’eau sombre. C’est l’affaire de quelque secondes. Elle le sait bien.

Un samedi, elle ne parvient pas à traverser le fjord. Il y a une tempête et le bateau ne navigue pas. Elle reste dans sa chambre à écrire quelque chose qui ne trouve pas de place dans un carnet de notes. Une histoire de quelqu’un de plus âgé qui n’a jamais été elle. Elle écrit dans son cahier de brouillon de rédaction.
Tout le samedi soir, elle reste avec l’histoire de cette femme adulte. Elle ne sait pas d’où elle la tire. L’histoire est dans la pièce sans qu’elle l’ait envoyé chercher. Pluie et pluie mêlée de neige ferment toutes les fenêtres à l’environnement.

L’avis de Cuné.


D’autres livres de l’auteur : Le livre de Dina, Cent ans

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Jami Attenberg, La famille Middlestein

 

famillemiddlesteinRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Jami Attenberg est écrivain et journaliste, entre autres pour The New York Times et The Wall Street Journal. La Famille Middlestein (The Middlesteins, 2012) est son troisième roman, le premier publié en France, et a été traduit dans une quinzaine de pays. Originaire de Chicago, elle vit aujourd’hui à New York.
384 pages
Editeur : Les Escales (août 2014)
Traduction : Karine Reignier-Guerre
Titre original : The Middlesteins

Ce portrait de famille commence avec la petite Edie, cinq ans et déjà quelques kilos de trop… la scène dans l’escalier avec sa mère qui refuse de la porter donne le ton, tragi-comique, tendance comique, de ce roman. On retrouve Edie bien plus tard, mère et même grand-mère, incapable de réfréner un appétit toujours insatiable. Sa santé s’en ressent évidemment, et toute la famille tente de se mobiliser pour lui venir en aide. Mais chacun a aussi d’autres soucis, de Richard, le mari d’Edie, qui songe à recommencer une nouvelle vie, à son fils qui se fait du souci pour ses cheveux, de sa fille, éternelle célibataire, à sa belle-fille, reine de l’organisation de bar-mitsvah… Car la famille Middlestein représente la communauté juive de Chicago, ils furent même parmi les premiers à s’installer en banlieue, où Richard a monté une pharmacie, puis deux, puis trois. Mais si la famille a bien réussi dans la vie, leur principales difficultés viennent de ce que leur culture familiale ne met pas au premier plan la communication, et que trop de non-dits s’accumulent, et cela donne un aspect vraiment universel à l’histoire.
Avec un parfait sens de la dérision, Jami Attenberg ne se contente pas d’aligner des scènes cocasses ou plus touchantes, elle excelle à construire son roman en alternant le présent avec les retours dans le passé. Elle s’est même amusée à imaginer l’avenir de ses personnages, et inclut quelques paragraphes qui permettent de savoir, avant même la fin du roman, ce qu’untel ou tel autre sera devenu dix ans plus tard, et cela fonctionne fort bien. On se prend de sympathie pour la famille dans son ensemble, chacun a ses faiblesses, mais chacun est capable de faire quelques efforts pour le bien commun et surtout pour celui d’Edie. Mais Edie veut-elle être aidée ? Le thème de la nourriture est aussi au cœur du roman, il n’y a pas que Edie qui ait des rapports compliqués avec la nourriture !
Bref, vous l’aurez compris, j’ai passé un excellent moment, trop court même, avec cette famille attachante. J’étais en plein milieu du roman, lorsque j’ai vu Jami Attenberg lors d’une rencontre du Festival America, et j’ai eu l’impression qu’elle sortait tout droit de son livre, tant elle ressemblait à l’image que je m’étais faite de la fille d’Edie. Et bien que Liliane Kerjean, qui animait ce débat, ait raconté la fin du roman, je l’ai terminé avec un aussi grand plaisir !

Extrait : Middlestein se fraya un chemin entre les voitures, empreintes de pas sur le gravier, nuages de poussières dans al lumière des phares. A l’intérieur, les violoneux violonaient. Il lissa sa veste de costume, passa une main dans ses beaux cheveux gris pour les ébouriffer. Richard Middlestein, petit chef d’entreprise de confession juive, père, grand-père, homme parmi les hommes (du moins l’espérait-il), s’apprêtait à entrer dans un pub crasseux, bourré à craquer (le genre d’endroit où il ne mettait jamais les pieds le vendredi soir) pour aller conquérir la femme de ses rêves.

L’avis de Cuné

L’auteur au Festival America :
sa fiche

une vidéo à voir.

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Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014, vie de lectrice

Festival America (deuxième jour)

 

Suite de mon week-end littéraire et américain, avec la journée de samedi !


Etape 1 : Assister à une rencontre sur le thèmes des mondes indiens, vaste thème puisque les invités étaient deux poétesses canadiennes, Joséphine Bacon et Rita Mestoshoko, un guyanais, Aïkumalé Alemin, qui est indien wayana et qui œuvre pour la défense de l’environnement, un conteur canadien, David Bouchard et… et… Joseph Boyden ! Depuis que j’ai lu Le chemin des âmes, Joseph Boyden fait partie des auteurs pour lesquels je n’ai aucune hésitation lorsque sort un nouveau roman ou recueil de nouvelles. J’ai lu tout ce qu’il a écrit et cela a été très plaisant de le voir (et son sourire craquant aussi !) et de l’entendre. Bref, ce débat sur Les mondes indiens m’a permis surtout de découvrir l’existence du peuple innu venant du nord du Canada, et de sa poésie. Ce peuple a une tradition orale, et masculine, mais de plus en plus, les femmes transmettent la culture en la mettant par écrit, sous forme de poésie principalement. Rita Mestoshoko et Joséphine Bacon étaient très touchantes, surtout cette dernière, petite dame toute ridée et souriante, qui remerciait d’avoir été invitée, dans sa langue et en français, et expliquait que ses textes poétiques rendent hommage à la nature et aux ancêtres. Chacun des participants à ce débat a raconté ses racines mêlées qui les mettent entre deux mondes. Joseph Boyden est par exemple d’origine ojibwa par sa mère, écossaise et irlandaise par son père, mais il n’a vraiment renoué avec ses racines indiennes qu’à l’âge adulte. Bref, un débat passionnant qui a aussi beaucoup plu à Anne que j’ai rencontrée quelques temps après. Je pense que vous entendrez reparler de poésie innue !

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Etape 2 : Se dépêcher vers une autre rencontre avec un auteur que je connais depuis un bon moment : Ron Rash, venu parler de son dernier roman, Une terre d’ombre, et de jeunes auteurs prometteurs : je vous ai déjà parlé de Nickolas Butler, j’évoquerai bientôt Jami Attenberg avec La famille Middlestein, et je pense essayer de trouver aussi les romans de Jesmyn Ward. Le thème était « L’endroit d’où je viens », à savoir respectivement la Caroline du Sud, le Wisconsin, Chicago et le Mississippi, et l’importance des lieux, des paysages et des saisons dans leurs romans. Malheureusement, si le débat avait bien commencé, j’ai été déçue par la journaliste qui entrait trop dans les détails en questionnant les auteurs et qui a tout de même réussi à raconter la fin du roman de Jami Attenberg, et celle du roman de Jesmyn Ward ! Curieuse façon de donner envie de lire que de dévoiler les derniers rebondissements d’un livre !

Etape 3 : Faire une pause de midi bien venue, et surtout, avoir le plaisir de rencontrer Anne pour la première fois, de revoir Marilyne et Sandrine, de faire la connaissance de Jérôme et Noukette, puis de Mior, Séverine et Malice ! C’est toujours plaisant dans les salons et festivals, de mettre un visage, une voix, sur la connaissance que nous avons les uns des autres par nos blogs !


Etape 4 : Assister au débat sur « Les choses de la vie » animé avec compétence par Sandrine, oui, notre Sandrine ! J’y ai retrouvé Nickolas Butler, et pu écouter aussi Jocelyne Saucier et Mélanie Vincelette. J’ai déjà lu Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, qui a été très apprécié, et avec raison, sur les blogs. Cette histoire de vieillards « frondeurs » qui se réfugient au fond d’une forêt est très touchante, et va chercher ses racines dans un vieux drame où justement, il pleuvait des oiseaux… Quant à Mélanie Vincelette, qui semble toute jeunette, son roman au titre mystérieux, Polynie, qui se déroule en Arctique, me tente bien et risque de rejoindre ma pile à lire d’ici peu !

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D’autres billets sur ce festival : ceux de Anne, Marilyne, Mior, Papillon et A propos de livres.

 

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Festival America (premier jour)

C’était la première fois que je venais au Festival America de Vincennes, et comme bien souvent maintenant dans les manifestations, je n’ai rien noté, j’ai souvent oublié de prendre des photos, et ce sera donc quelques évocations rapides sur ce Festival qui m’a vraiment beaucoup plu ! Commençons par vendredi.

 

Etape 1 : Rejoindre Marilyne au Salon du livre, à savoir le chapiteau des éditeurs et libraires pour y faire des repérages tout en bavardant comme deux pies !

Etape 2 :  Aller écouter avec Marilyne (qui trépignait par moments) une conférence où plusieurs auteurs français et Richard Ford parlaient de leurs sentiments à propos de l’œuvre de Raymond Carver et de l’homme lui-même. Richard Ford qui l’a connu personnellement était bien sûr le mieux placé pour parler de ce grand « nounours » qui a enthousiasmé le monde littéraire américain (mais pas seulement) avec ses nouvelles. Son éditeur français Olivier Cohen, et Stéphane Michaka qui a écrit Ciseaux sur Raymond Carver étaient aussi très intéressants, mais Marilyne pourra vous en parler * bien mieux que moi. En attendant, j’ai ressorti quelques vieux livres qui rejoignent ceux que je dois lire incessamment !
* c’est fait, suivez le lien !

 

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Etape 3 : Assister à un débat intitulé Vivre pour l’art m’a permis de voir Jim Fergus dont j’avais beaucoup aimé Mille femmes blanches, et qui venait parler de Chrysis, un roman consacré à une femme peintre française du début du XXème siècle. Il était accompagné de son chien qui semble apprécier ce genre de débats ! Il y avait aussi le très émouvant Anthony Phelps poète venu de Haïti, et Jake Lamar, romancier américain qui vit à Paris, et dont le roman Postérité, sur une femme peintre du style de Pollock ou Rothko, me semble tout à fait digne d’intérêt. Ces débats situés à l’Hôtel de Ville bénéficiaient de lectures offertes par des bénévoles qui lisaient de belle manière un passage de chaque livre présenté : un plus incontestable !
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Etape 4 : S’asseoir devant un débat à propos de J.D. Salinger avec Joyce Maynard et Frédéric Beigbeder sur lequel je n’ai pas grand chose à dire : Beigbeder ne m’est pas antipathique habituellement, mais il a réussi à le devenir en moins d’une heure, ce qui est sa seule performance de la soirée, à part faire attendre toute une salle et arriver avec vingt minutes de retard. Quant à Joyce Maynard, elle est parfaite pour se faire photographier et signer des livres avec le sourire, elle sait aussi fort bien parler français, et botter en touche quand une question ne lui convient pas. Mais elle ne m’a rien appris que je n’ai déjà su en lisant ses livres. Pas de tentation livresque à cet étape donc, si ce n’est de lire ce qui était prévu, Et devant moi, le monde, titre très bien choisi pour évoquer la relation de Joyce Maynard avec Jerome Salinger.


Etape 5 : Se diriger vers les grandes plaines avec Il était une fois dans l’Ouest, non pas le film, mais l’Ouest mythique, la représentation que les auteurs s’en font, qu’ils soient américains comme Jim Fergus et Philipp Meyer, ou français. Où l’on apprend qu’on peut être américain et ne mettre les pieds dans l’Ouest qu’à vingt ans et des poussières, que Céline Minard n’est jamais allée là-bas alors qu’elle y a situé Faillir être flingué, où l’on écoute avec grand intérêt Eric Vuillard parler de William Cody dit Buffalo Bill et de la légende qui est née autour de son nom, et du show où l’on présentait l’Ouest sauvage aux habitants de l’est. Je suis tentée par le roman de Philipp Meyer, Le fils, mais il n’a pas eu assez de temps pour en parler dans ce débat pour que je m’en fasse une idée précise. Affaire à suivre donc, le Vuillard, Tristesse de la terre, me parlerait plus dans l’immédiat.
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Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, rentrée littéraire 2014

Nickolas Butler, Retour à Little Wing

RetouraLittleWingRentrée littéraire 2014
L’auteur : Nickolas Butler est né en Pennsylvanie en 1979. Diplômé de l’université de l’Iowa, il a exercé divers métiers : agent d’entretien chez Burger King, vendeur de hot-dogs, démarcheur téléphonique. Il vit actuellement dans le Wisconsin.
Retour à Little Wing est son premier roman.
445 pages
Editeur : Autrement (août 2014)
Traduction : Mireille Vignol
Titre original : Shotgun lovesongs

Au début, je n’ai pas trop vu ce qu’il pouvait avoir d’extraordinaire, ce roman, avec son groupe de trentenaires tous issus d’une même petite ville du Wisconsin, éloignée de tout. Le style était plutôt intéressant, avec du relief, mais les personnages me semblaient un peu plats… Et puis rapidement, un à un, ils se sont mis à prendre forme.
Le personnage de Ronny, ancienne gloire du rodéo ayant perdu quelques facultés à la suite d’un accident, s’avère tout d’abord le plus touchant, mais à sa suite, les autres gagnent à être connus également. Ils sont donc quatre, Hank resté à Little Wing où il vit modestement avec sa famille des revenus de se ferme, Kip qui, ayant fait fortune comme trader à Chicago, est revenu investir dans la ville, Ronny que j’ai déjà évoqué, et Lee, vedette de rock connue partout aux États-Unis pour son album « Shotgun lovesongs » qu’il a bricolé tout seul dans une cabane. J’ai eu beaucoup de sympathie aussi pour le personnage féminin, Beth, qui est mariée avec Hank. Chacun des cinq protagonistes prend la parole tour à tour, et complète le récit de cette amitié, de ces amitiés croisées, et des mauvais tours que la vie leur a fait prendre. J’ai aimé la petite ville de Little Wing elle-même, son ancienne fabrique reconvertie en centre commercial par un amoureux des lieux, ses hivers rigoureux, sa population où tout le monde connaît tout le monde, la campagne qui l’entoure… L’intrigue ne fait pratiquement pas sortir les personnages de Little Wing, et pourtant, ils ont tous voulu, à un moment ou un autre, en partir.
Ce livre me rappelle Richard Russo dans ceux de ses romans que j’adore, ceux qui ont pour cadre la petite ville de Mohawk. Une chose que j’ai admirée aussi, c’est la maturité de l’auteur, les réflexions sur la vie, sur l’amour, émises par les personnages ne manquent pas de profondeur, elles touchent et provoquent la réflexion. Je reviens à ma remarque du début, on peut trouver que l’histoire n’est pas d’une originalité folle, mais elle a un charme certain, elle montre une Amérique profonde vue par quelqu’un qui l’aime, et non par un auteur qui a des comptes à régler, et ça fait du bien. Déniché en librairie d’occasion la veille de sa sortie, voilà une découverte comme je les aime !

Extrait :
Notre ville, Little Wing, s’étendait à nos pieds : pas grand chose à y voir et en régression permanente, pas même un feu de voiture qui clignotait dans le noir, et nous étions tous d’accord, tous, pour la dénigrer, pour vouloir partir, aller ailleurs, n’importe où. Il y avait cette idée que rester ici représentait un échec, que c’était bon pour les péquenauds – allez savoir ce qu’on pensait à l’époque, ces nuits-là…

Hélène et Sandrine ont aimé aussi. Et sachez que l’auteur sera présent du 11 au 14 septembre au Festival America !