littérature France·policier·rentrée hiver 2017

Colin Niel, Seules les bêtes

seuleslesbêtesIl y a un engouement certain pour le roman noir rural en ce moment, avec notamment les romans de Franck Bouysse, dont j’ai déjà parlé, sans être totalement convaincue. Colin Niel avait, lui, situé ses premiers romans en Guyane où il travaillait, il vient ici établir son roman dans une campagne isolée, sur un causse qui se désertifie…

« J’avais l’impression de faire un truc un peu fou. Je sais, il y a pire comme folie mais pour moi c’était déjà beaucoup. Il avait fallu quarante-deux ans pour ça, pour que je me comporte comme l’adolescente que je n’avais pas été quand j’en avais l’âge. »

Une femme, Evelyne Ducat, disparaît au cours d’une randonnée solitaire, seule sa voiture est retrouvée, mais pas de traces ou d’indices. Alice, l’assistante sociale dont le rôle est de venir en aide aux agriculteurs que leur isolement fragilise, prend d’abord la parole au sujet de l’enquête menée par la gendarmerie locale, et de Joseph, l’agriculteur dont elle est devenue proche, et qui pourrait bien avoir des raisons d’en vouloir au mari d’Evelyne Ducat. Quatre autres personnages vont intervenir à la suite d’Alice, chacun apportant son passé, son point de vue sur le mystère qui entoure cette disparition, suivie d’une autre, et levant le voile petit à petit…

« Je ne sais pas comment c’est pour les autres, mais moi la solitude, je dirais pas que je l’ai voulue. Et elle m’est pas tombée dessus du jour au lendemain. Non, c’est venu lentement, j’ai eu le temps de la voir arriver avec les années, de la sentir m’entourer comme une mauvaise maladie. »

L’organisation du texte, qui laisse la parole à plusieurs personnages dans cinq grandes parties, convient parfaitement au déroulement de l’histoire. J’ai trouvé aussi que chaque voix était bien différenciée, bien représentative de l’individu qu’elle incarnait. Le thème de la solitude est central, des amours se nouent pour tenter d’y remédier, mais au final, le constat est loin d’être tout rose… ni tout noir, d’ailleurs. Ce roman m’a tenu en haleine, au-delà de la simple distraction, en posant des questions intéressantes sur le monde rural. Un roman sombre mais touchant !
Et si vous vous demandez ce que la couverture a à voir avec l’histoire que je résume ici, il vous faudra lire le livre, il ne sera pas dit que je vais divulguer des points cruciaux.

 


Seul les bêtes de Colin Niel, édité par le Rouergue (collection Rouergue Noir, janvier 2017) 213 pages.

Les avis de Baz-art, Itzamna et Jean-Marc.

littérature Moyen-Orient·rentrée hiver 2017

Zeruya Shalev, Douleur

douleur« Le passé désagrège l’avenir, le passé réduit l’avenir en poussière. »
Cela faisait un moment que je voulais découvrir l’écriture de Zeruya Shalev, depuis qu’elle était venue aux Assises Internationales du Roman en 2015 pour parler de Ce qui reste de nos vies. Je n’ai pas eu l’occasion de trouver ce roman à la bibliothèque, mais le dernier en date, Douleur, était parmi les nouveautés, et je me suis jetée à l’eau, imaginant une lecture des plus ardues. Pas du tout ! Douleur, malgré son titre et sa couverture assez rébarbatifs à mon goût, est un texte fluide, dense, mais sans longueurs.

 

« …il avait rapidement remis main et compassion dans sa poche et ça, elle ne lui avait jamais pardonné, aujourd’hui encore, elle lui en voulait, à Ethan Rozenfeld, son premier amour et d’une certaine manière son dernier, car elle n’avait plus jamais retrouvé cette évidence totale et absolue, impossible à remettre en cause. »
Iris, mère de famille d’une quarantaine d’années, a du mal à revenir sur ce qui s’est produit dix ans auparavant, lorsque, venant de déposer ses enfants à l’école, un bus a explosé juste à son passage. Grièvement blessée, elle a subi plusieurs interventions et des mois de rééducation. Les douleurs ressurgissent pile dix ans après, qui la poussent à consulter un centre anti-douleur. Elle y retrouve son premier amour de jeunesse, qui l’avait quittée quand elle avait dix-sept ans. Elle s’interroge sur ses sentiments pour lui. En même temps, sa fille qui vit et travaille à Tel-Aviv lui cause beaucoup d’inquiétude, sans compter son fils qui va bientôt être appelé à accomplir son service militaire…

 

« Nous ne cessons de nous mettre en situation d’échec pour tester jusqu’où nous arriverons à faire face et à prendre sur nous, un enfant de plus, du travail et un crédit en plus, ridicules Sisyphe que nous sommes ! »
De nombreux thèmes s’entrecroisent dans le roman de Zeruya Shalev, comme dans l’esprit d’Iris, habituellement efficace dans son rôle de directrice d’école comme dans celui de mère de famille, et qui se trouve, et pas seulement à cause de la douleur, complètement déboussolée… Les relations amoureuses, le féminisme, l’éducation des enfants, le rôle de l’école, la dépendance ou la solitude, autant de thèmes abordés par l’auteure qui s’est trouvée dans une situation analogue à celle d’Iris, gravement blessée il y a une dizaine d’années dans les rues de Jérusalem, et qui a réussi enfin à écrire sur cette douloureuse expérience, tout en parcourant des thèmes universels, qui parleront à chacun.

Douleur de Zeruya Shalev, éditions Gallimard (janvier 2017) traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 400 pages

Les avis d’Itzamna partagée, et de Ludovic enthousiaste.
Lire le monde, c’est ici.
Lire-le-monde

littérature France·rentrée hiver 2017

Delphine Bertholon, Cœur-naufrage

coeurnaufragePourquoi avoir choisi ce roman ?
J’avais beaucoup aimé L’effet Larsen, et m’étais promis de relire l’auteure, ce que je n’ai jamais fait… Les nombreuses sollicitations m’en ont détourné ! Donc, malgré ce titre qui est pratiquement mon seul bémol, titre qui vraiment ne m’inspirait pas beaucoup, j’ai eu envie de lire ce roman proposé à la lecture sur NetGalley.

Certains jours, je m’attends des heures et ne me rejoins jamais ; je me pose un lapin, traître de moi-même.
Le quotidien morne de Lyla, traductrice trentenaire et solitaire, qui dit « aimer l’inertie », est un jour troublé par un message de Joris, son amoureux lorsqu’elle avait seize ans. Des flash-back remontent alors le chemin parcouru par la jeune fille d’alors, sa rencontre avec un jeune surfer taiseux, ses relations compliquées avec sa mère, sa grossesse inattendue. Du côté de Joris, maintenant marié et père d’une petite fille, beaucoup de questions aussi, car tout un pan de ce qui est arrivé dix-sept ans auparavant à Lyla lui est toujours resté inconnu.

Je ne suis pas normal, je fais seulement semblant. Semblant pour elle, puisqu’elle est mon virage, ma balise, ma sortie d’autoroute.
Malgré une petite impression de déjà-lu, les personnages m’ont accompagnée pendant trois jours et l’émotion m’a complètement gagnée à la fin, et même touchée dans le mille ! Delphine Bertholon semble avoir pour thèmes de prédilection la famille, la maternité, et la jeunesse. Revient aussi le thème de la mémoire, des séquelles douloureuses de la jeunesse, des zones d’ombre qu’elle contient et qui empêchent d’avancer tant elles brouillent tout, sentiments et conduites de vie. Et aussi de l’espoir qu’il est toujours possible de dépasser ces limites imposées par le passé. Tout ceci porté par une écriture sensible qui trouve toujours l’image simple pour dire les sentiments compliqués.

Ce que je disais de L’effet Larsen en novembre 2010 : « Dès les premières pages, ce roman a un petit goût de « reviens-y » qui ne trompe pas. Grâce à des personnages vrais, attachants, à un mélange, plein de vérité aussi, de drame et d’humour, les pages tournent et l’intérêt va en s’accroissant.
J’ai beaucoup aimé l’écriture de Delphine Bertholon, sensible et originale, la construction qui remonte par petites touches dans l’histoire familiale, les personnages éloignés de toute caricature. »
Je n’ai rien à ajouter concernant le style, je reste d’accord avec ce que j’avais écrit qui convient bien aussi à ce dernier roman. Une auteure à découvrir si ce n’est pas déjà fait !

Sur le même thème, La décision, d’Isabelle Pandazopoulos, très beau aussi.

Coeur-naufrage, de Delphine Bertholon, éditions JC Lattès (mars 2017) 304 pages

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littérature Europe du Nord·premier roman·rentrée hiver 2017

Tommi Kinnunen, Là où se croisent quatre chemins

laouquatrecheminsQu’est-ce qui m’a fait choisir d’acheter ce roman de la rentrée de janvier plutôt qu’un autre ?
La littérature finlandaise, tout d’abord, dont je ne connais pas les auteurs et les productions actuelles, alors que j’ai des souvenirs de lectures éblouissantes en Norvège ou en Islande. Le nord de la Finlande, ensuite, et une histoire familiale sur plusieurs générations, me rappelant des romans islandais tels Karitas ou norvégiens comme ceux d’Herbjorg Wassmo.


« Dans les douleurs de l’enfantement, elles l’écoutent, il faut bien croire à quelque chose. »
Le roman court de 1896 à 1995, sans respecter la chronologie, mais en composant un puzzle où des pans de l’histoire familiale peuvent se trouver racontés du point de vue de l’un ou l’autre des quatre personnages principaux : d’abord Maria qui est sage-femme à la fin du XIXème siècle, puis Lahja sa fille, ensuite Kaarina, la belle-fille de Lahja et enfin Onni, le mari de Lahja. Le roman porte bien son titre, puisque les quatre récits ne se nouent réellement qu’au terme du roman, après des allers et retours dans le temps, entre constructions de maisons, naissances, guerres, deuils et relations familiales compliquées.

« Souvent une personne qui n’a aucun talent pour jouer avec un bébé trouvera de quoi discuter avec un enfant plus âgé ou saura donner les bonnes réponses à un jeune. Lahja, elle, ne se faisait à la compagnie d’aucun enfant. Elle ne savait pas ou ne voulait pas. »
Lahja occupe une place centrale dans le roman, elle a une mère sage-femme et pourtant aucune aptitude visible à s’occuper d’enfants. Son but de jeune fille et de jeune femme est de se marier, mais quand elle y parvient, elle ne semble pas heureuse, et l’on comprendra progressivement pourquoi elle est si amère.

« Lahja laissait quelques pas d’avance à son mari, que les bigots n’aillent pas prétendre qu’elle essayait de marcher à son côté comme son égale. »
La Finlande qui nous est montrée en modèle de société actuellement a dû être le lieu d’une évolution particulièrement rapide des mentalités, c’est ce qui frappe en lisant cette histoire. En 1938, une femme ne pouvait pas marcher à côté de son mari, plus tard, dans les années 60 ou 70, le rôle de l’église était encore particulièrement fort, régissant jusqu’à l’intimité et la vie quotidienne. C’est la clef du roman, mais je ne vous en dirai pas plus.

Pour qui, ce roman ?
Clairement pour les adeptes de sagas familiales nordiques, comme Le livre de Dina ou Karitas, mais qui ne craignent pas d’être un peu bousculés par la chronologie. Quoique si on tient bien compte de la date présente à chaque début de chapitre, on se repère assez vite. Les personnages sont plutôt sombres et du genre taiseux, mais les dialogues ne sont pas absents et n’en ont que plus de force. Là où se croisent quatre chemins, grâce à des personnages rudes mais attachants, fera sans nul doute partie des romans qui ne se laissent pas oublier facilement !

Là où se croisent quatre chemins (Neljäntienristeys, 2014) éditions Albin Michel (janvier 2017) 351 pages, traduit par Claire Saint-Germain.

La lecture de Jérôme ou La Rousse bouquine.

littérature îles britanniques·policier·projet 50 états·rentrée hiver 2017

Ray Celestin, Mascarade

mascaradeIl se passait vraiment un truc inédit à Chicago et Louis fit un grand sourire en songeant à la singulière beauté de cet événement.
C’est tout d’abord un plaisir de retrouver les personnages de Carnaval. La fin du roman précédent était assez ouverte, et je savais que la jeune détective Ida Davies partait pour Chicago. Ce sont donc les deux détectives, Ida et Michael, ainsi que notre jazzman favori, Louis Armstrong himself, qui vivent, une décennie plus tard, en 1928, à Chicago.

Il y eut une espèce d’explosion, puis un torrent de whisky jaillit par les fenêtres et se déversa comme une cascade devant le bâtiment. Des milliers de litres giclèrent des orifices de la maison et de mirent à dégouliner pour former un lac qui ne tarda pas à engorger le caniveau et les bouches d’égout.
C’est la pleine époque de la prohibition. Al Capone règne sur le trafic d’alcool et gare à qui ose s’immiscer dans ses affaires ou lui faire de la concurrence !
Le début de la modernité, des premières automobiles, la grande époque des clubs de jazz va aussi avec une grande pauvreté, des discriminations moins marquées que dans le sud, mais réelles, des emplois physiques éreintants, notamment aux abattoirs, et un omniprésence du crime organisé.


Il observa la rue qui menait à l’Hôtel Métropole. C’était un bâtiment de sept étages, avec des fenêtres en saillie qui émaillaient la façade jusqu’en haut, ce qui donnait l’impression de tourelles à moitié incrustées dans la brique, comme si l’immeuble était en train de se transformer en château.
Une femme de haute bourgeoisie vient demander à Ida et Michael d’enquêter sur la disparition de sa fille et de son fiancé. En même temps, un homme est trouvé mort et mutilé dans une ruelle.
D’autres personnages vont mener des enquêtes à leur manière, un photographe qui se rêvait policier, et un type hanté par son passé qui revient pourtant à Chicago où tout lui rappelle ses malheurs. Les différentes affaires vont, on le pressent tout de suite, se croiser, mais Ray Celestin n’est pas un auteur qui traite à la va-vite la psychologie pour se précipiter dans les scènes d’action. Elles existent, certes, mais il prend le temps d’installer les personnages, de créer une atmosphère, de décrire les lieux, et cette fois encore, comme à La Nouvelle-Orléans en 1918, l’effet est magistral, on s’y croirait vraiment. Pour moi, ce roman est aussi réussi que Un pays à l’aube de Dennis Lehane, et ce n’est pas un mince compliment !
L’auteur s’est donné un projet des plus ambitieux, qu’il explique à la fin de Mascarade : écrire un cycle de quatre romans, sur l’histoire du jazz et la mafia, en changeant à chaque fois de décennie, de ville, de saison, de condition météorologique, et même en y associant un thème musical ! Le suivant sera en automne… à New York, bien entendu, et je me réjouis déjà de le lire.
Pour amateur de polars, certes, mais qui sont particulièrement sensibles aux aspects historiques, sociaux et géographiques.

 

L’atmosphère s’était alourdie, entre les hurlements perçants des animaux, l’odeur écœurante du sang et du fumier et les odeurs encore plus violentes de désinfectant et de combustion d’essence. Et au milieu de cette puanteur infernale, des excréments et de ce carnage industriel, Jacob remarqua quelque chose d’étrange : des touristes. Il y avait des groupes que des guides encadraient comme s’ils visitaient un studio hollywoodien.
Les lieux du roman : les grands hôtels de Chicago, là où Al Capone se retranchait pour plus de sécurité, les clubs de jazz, les ruelles sordides, les quartiers pauvres. Tout comme dans Carnaval où l’on découvrait les multiples aspects de la Nouvelle-Orléans en 1918, on visite cette fois le Chicago des années 20… Je vous propose quelques images aussi, pour vous mettre dans l’ambiance si bien restituée par l’auteur.


Ray Celestin, Mascarade (Le Cherche-midi, février 2017) Traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz, Dead man’s blues (2016) 576 pages

Projet 50 états, 50 romans : l’Illinois

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littérature Europe de l'Est et Russie·nouvelles·rentrée hiver 2017

Brina Svit, Nouvelles définitions de l’amour

nouvellesdefinitionsdelamourQui est Brina Svit ?
Je découvre, avec ce recueil de nouvelles qui sort ces jours-ci, l’auteure slovène Brina Svit. Elle vit à Paris et écrit dorénavant en français. Quelques petites recherches sur l’auteure m’apprennent également qu’elle est journaliste, traductrice et a écrit des pièces radiophoniques.

 

Quand ils se sont revus lundi à la conférence de rédaction, ils n’ont laissé apparaître aucun signe de connivence ou de rapprochement. Tout était comme d’habitude, même les cinq minutes de retard de Lilya.
Les personnages principaux de ces nouvelles sont des hommes ou des femmes, souvent un peu égarés par les sentiments qu’ils éprouvent, qui leur tombent dessus brutalement, au moment où ils s’y attendaient le moins. Mais l’inverse est possible aussi, la situation où le personnage n’éprouve pas les sentiments qu’il devrait au moment opportun. Ces dix tranches de vie sont plutôt douces, ou mi-figue, mi-raisin, jamais totalement cruelles, et c’est sans doute ce qui, en ce qui me concerne, fonctionne à merveille à la lecture.

C’est un an après la mort de Suzanne, sa femme, que Claude Krieff a trouvé la clef de son jardin.
Les personnages de Brina Svit, d’âges variables, du début de l’âge adulte à la retraite, travaillent souvent dans le milieu littéraire, ils sont parfois expatriés et vivent en France, en Argentine ou en Slovénie. Le barrage de la langue n’en est pas vraiment un, celui du milieu social pas toujours non plus, mais des malentendus surviennent parfois là où tout allait trop bien, alors qu’une connivence s’installe entre deux êtres que tout éloignait. Résumer ces textes pourrait faire penser à des histoires sucrées et romantiques, des petits morceaux de guimauve, mais des fêlures subtiles laissent apparaître tout autre chose. Le titre « Nouvelles définitions de l’amour » leur va fort bien !

Choisir une nouvelle ?
Franchement, je les ai toutes aimées, et il n’est d’ailleurs pas fréquent que je dévore un recueil de nouvelles aussi rapidement, sans envie aucune de le fermer pour le finir plus tard. Je vais donc vous parler de la dernière, « Table de Noël ».

Il y a une femme près de la porte, en manteau bleu et casque à vélo fuchsia sous le bras, contemplant les mêmes mandarines -ses mandarines- qui continuent à rouler sur le sol.
Une jeune femme qui déteste les fêtes de Noël se trouve tout un tas d’occupations pour retarder le moment de rentrer réveillonner seule. Elle entre par hasard dans un magasin de meubles un poil trop chic, pour regarder les tables, elle qui mange toujours debout ou sur son canapé. L’unique personne présente, un vendeur qui ne semble pas vraiment assorti au lieu, s’empresse de lui offrir un café, tout en pensant au poivre de Sichuan qu’il doit acheter avant de rentrer chez lui, où il est attendu. Pendant que les passants courent vers des achats de dernière minute, eux sont dans une sorte de cocon, dont ils doivent sortir. Mais petit à petit, aucun des deux ne semble plus si pressé… Comme dans les autres nouvelles, pensées et dialogues sonnent juste jusqu’à la dernière ligne du texte, il y a de la vie et de l’espoir dans l’être humain, et la beauté en jaillit.

Je ne sais pas si je vous ai convaincus de lire ce recueil, où vous croiserez un air de tango, un échange épistolaire, un couple d’écrivains, New York sous la neige, une hirondelle de fenêtre, une clarinette… mais je suis sûre de prêter désormais attention aux autres livres de cette auteure !

Nouvelles définitions de l’amour, de Brina Svit (Gallimard, 9 février 2017) 241 pages

Je participe à la « Bonne nouvelle du lundi », et je vais « Lire le monde » avec la Slovénie.
bonnenouvelle  Lire-le-monde

Livre reçu grâce à Babelio.