Publié dans littérature Amérique du Nord, projet 50 états, rentrée hiver 2016

Ron Rash, Le chant de la Tamassee

chantdelatamasseeJe n’aurais pas pu laisser passer une nouvelle parution de Ron Rash, après tant de lectures fascinantes comme Un pied au paradis, Une terre d’ombre ou son recueil de nouvelles Incandescences… et une fois de plus, je l’ai trouvé sans trop attendre à la bibliothèque.
Pourtant, les quelques mots que je savais du roman m’emballaient un peu moins que d’habitude. Pour faire court, Ruth, une fillette de douze ans se noie dans la rivière Tamassee, et à la douleur des parents, s’ajoute le fait que son corps ne peut être remonté, il reste coincé sous des rochers. Comme ce ne serait possible qu’en dressant un barrage provisoire, mais que la rivière est protégée par une loi très stricte concernant les rivières sauvages, remonter le corps devient un sujet éminemment politique, et qui donne lieu à des discussions intenses entre partisans et opposants.
Maggie, photographe de presse, est envoyée par son journal sur les lieux qu’elle connaît bien, puisqu’elle est originaire de la région. Elle est accompagnée d’un journaliste tourmenté, à qui cette affaire, censée le remettre sur les rails, rappelle de bien mauvais souvenirs.
Je suis moins convaincue par ce roman (qui n’est pas vraiment le dernier de l’auteur, mais son deuxième, ce qui explique sans doute bien des choses) que par les précédents lus. Je pense qu’il aurait été possible de l’épurer pour en faire une très bonne nouvelle, au lieu de quoi, il donne plutôt l’impression d’être un peu étiré, avec des pans entiers pas forcément utiles, comme une certaine histoire d’amour naissante, ou les souvenirs d’enfance ou de jeunesse de Maggie (qui est toujours assez jeune, contrairement à ce que ma phrase laisserait imaginer). Bon, je chipote, l’histoire se lit tout de même fort bien, sans ennui, l’auteur étant adepte d’une certaine concision. Les enjeux sont clairs, les positions des différents protagonistes aussi, un certain suspense est entretenu. Les descriptions des paysages de Caroline sont toujours aussi marquantes, et quelques scènes fortes rattrapent des moments un peu plus discutables.
Je ne découragerai pas un fan de Ron Rash de le lire, (et accessoirement de nous donner son avis) mais je ne le conseillerai pas pour découvrir l’auteur, qui a écrit bien plus fort et percutant par ailleurs…

Citations : « Tu es une vagabonde, m’avait dit tante Margaret. C’est la façon que tu as de regarder les montagnes tu veux savoir ce qu’il y a derrière. Et tant que tu ne le sauras pas, tu ne seras jamais franchement satisfaite. » J’avais huit ans et nous étions en train de cueillir des mûres sur le versant est de Sassafras Mountain.

Après la mort, tout dans une maison semble vaguement transformé – la couleur d’un vase, la longueur d’un lit, le poids d’un verre sorti d’un placard. Peu importe le nombre de stores qu’on relève et de lampes qu’on allume, la lumière est plus pâle. Les ombres qui, comme des toiles d’araignées, tapissent les encoignures prennent de l’ampleur et s’épaississent.

L’auteur : Ron Rash est né en 1953 à Chester, en Caroline du Sud. Plusieurs de ses romans sont traduits en français (Un pied au paradis, Serena, Le monde à l’endroit, Une terre d’ombre), ainsi qu’un recueil de nouvelles, Incandescences. Il est actuellement professeur émérite au département d’Études culturelles appalachiennes de la Western California University.
232 pages.
Éditions du Seuil (février 2016)
Traduction : Isabelle Reinharez
Titre original : Saints at the river

D’autres avis : Ariane, Clara, Jostein et Krol. Projet 50 romans, 50 états : Caroline du Sud.
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Publié dans littérature Europe de l'Ouest, rentrée hiver 2016

Bernhard Schlink, La femme sur l’escalier

femmesurlescalierLe choix de ce livre correspond à un des thèmes récurrents parmi mes lectures : j’aime à faire régulièrement des incursions dans le monde de l’art qui donne lieu, souvent, à des romans très intéressants.

Un avocat allemand d’un âge mûr, en voyage à Sydney, remarque un tableau dans une galerie, et des souvenirs ressurgissent. Il avait connu Irene, le modèle du tableau, et amie de l’artiste, Schwind, lors d’une affaire qui opposait ce dernier au propriétaire du tableau, Gundlach… une affaire bien tarabiscotée, d’ailleurs. L’essentiel n’est pas dans les démêlés juridiques passés, mais dans les rapports entre les quatre personnages, une femme et trois hommes. De Sydney, une rapide recherche va mener l’avocat vers le lieu où Irene a disparu depuis trente-cinq ans, ou presque.

Tout d’abord, notons un début de roman en deux époques, légèrement perturbant, où il faut prendre ses marques (bref, à ne pas commencer le soir, en piquant du nez sur le livre) mais rien de rédhibitoire. Toutefois, au bout d’une cinquantaine de pages, je me demandais toujours quel était le thème du livre : celui du conflit entre l’art et l’amour ? du pacte avec le diable ? de la jeunesse et des choix qu’on y opère ? Un peu tout cela à la fois. Il me semble que l’auteur revient essentiellement vers ses sujets de prédilection qui sont les trajectoires que prennent les vies, les erreurs, les changements et les bifurcations, les remords et les regrets…

Toutefois, j’ai été moins séduite par ce roman que par les précédents que j’ai lus : Le liseur, Le week-end, Le retour. J’ai trouvé que les motivations des personnages étaient un peu rebattues : l’idéalisme d’Irène, la soif de pouvoir de Gundlach, le rêve artistique de Schwind… Seul le personnage de l’avocat voit son intériorité et ses intentions plus fouillées, plus subtiles, plus changeantes. J’espérais aussi une réflexion profonde sur les rapports entre les artistes et leurs œuvres, sur le monde de l’art plus généralement, ce qui n’est pas tout à fait le cas. Bref, j’ai lu ce roman avec plaisir et intérêt, mais malgré le thème, il n’a pas été un coup de cœur.

Extrait : « Vous vous dites : s’il faisait de l’abstrait, ou au moins du Wharol. Des boîtes de potage ou des bouteilles de Coca ou Maryline Monroe, c’est ça qui vous plaît, avouez-le, ça vous plaît. Ici au bureau, vous avez des gravures anciennes, et chez vous vous avez le Goethe ou le Beethoven de Wharol, parce que vous voulez montrer que vous êtes cultivé, mais pas démodé, ouvert au contraire à ce qui est moderne. Ce n’est pas vrai ? »

L’auteur :
Bernhard Schlink est né à Bielfeld en 1944.
Il a débuté sa carrière en écrivant plusieurs romans policiers, parmi lesquels Brouillard sur Mannheim et Le Nœud Gordien. En 1995, il publie Le liseur, roman partiellement autobiographique qui devient rapidement un best-seller et est traduit dans 37 langues. Il écrit également des recueils de nouvelles : Amours en fuite (2000) et Mensonges d’été (2010), des romans : Le Retour (2006), Le Week-end (2008) et La Femme sur l’escalier (2014). Il exerce la profession de juge et partage son temps entre Bonn et Berlin.
256 pages.
Éditeur : Gallimard (mars 2016)
Traduction : Bernard Lortholary
Titre original : Die Frau auf der Treppe

Les avis de Jostein et Alex mot à mots.

Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, rentrée hiver 2016

Celeste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

toutcequonnesestjamaisditCeleste Ng (prononcer Ing) déclare avoir ressenti le besoin d’écrire à propos de ce qui la terrifie le plus, perdre un être aimé. Cet effroi est compréhensible, surtout lorsqu’il s’agit comme dans ce roman d’une toute jeune fille de seize ans, qui disparaît subrepticement de la maison familiale un soir, pour être retrouvée noyée au terme de plusieurs jours d’immense angoisse pour ses parents.

Avant et après la macabre découverte, ses parents, son frère et sa sœur ont tout le temps de retourner en tout sens les derniers temps passés avec elle, pour essayer encore et toujours de comprendre… quant au lecteur, qu’il ne s’attende pas à un roman policier, surtout ! Même si la compréhension n’arrive qu’à la fin du roman, l’essentiel est ailleurs, dans l’histoire familiale, dans les malaises non exprimés, dans les échecs, les moments mal vécus, et les trop grands espoirs que ses parents ont projetés dans Lydia. Son père la rêve entourée de nombreux amis, populaire et bien insérée, contrairement à lui que sa couleur de peau a toujours mis de côté. Sa mère projette en Lydia ses rêves avortés de devenir une scientifique respectée dans un milieu essentiellement masculin. Tout cela a-t-il été trop lourd à porter pour la jeune fille, ou bien, sous son apparence de jeune fille studieuse, avait-elle des secrets bien gardés ?
Ce premier roman est remarquable, terriblement ensorcelant, et analyse avec une acuité singulière tout ce qui compose les rapports familiaux, les transmissions ratées ou réussies, les petits mensonges qui se mettent à prendre une place énorme, les petites jalousies qui rongent, les personnalités qu’on se compose pour contenter ses parents… L’auteure a fait le choix de situer son roman en 1976, et cela contribue à sa réussite, de faire évoluer ses personnages dans un monde sans téléphones portables, ni réseaux sociaux, pour se concentrer sur des rapports humains qui n’en sont pas forcément plus directs pour autant. A noter que la fin, qui aurait pu être le point faible pour un premier roman, est de mon point de vue, très réussie, ce qui ne gâche rien.

Citations : Quand ils s’étaient mariés, Marilyn et lui avaient accepté d’oublier le passé. Ils commenceraient une nouvelle vie ensemble, tous les deux, sans regarder en arrière.

Marilyn ne serait pas comme sa mère, à pousser sa fille vers un foyer et un mari, vers une vie bien rangée entre quatre murs. Elle aiderait Lydia à faire tout ce dont elle serait capable. Elle consacrerait le restant de ses jours à la guider, à la protéger, comme on s’occupait d’un rosier de concours : l’aidant à grandir, le soutenant avec des tuteurs, courbant chaque tige pour qu’il soit parfait.

L’auteure : Celeste Ng est née en Pennsylvanie, et elle a étudié à Harvard. Elle a écrit de nombreuses nouvelles publiées avant son premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit. Elle vit dans le Massachusetts.
288
pages.
Éditeur : Sonatine (mars 2016)
Traduction : Fabrice Pointeau
Titre original : Everything I never told you

Noté chez Melo et lu grâce à NetGalley.

Publié dans littérature Amérique du Nord, policier, rentrée hiver 2016

Donna Leon, Brunetti entre les lignes

brunettientreleslignesQui ne connaît pas encore les polars de Donna Leon ? Malgré le nombre de romans (plus d’une vingtaine) qu’elle a écrit sur la cité vénitienne, elle ne donne jamais l’impression de se répéter, et trouve toujours un angle nouveau, une vision particulière, un métier ignoré, pour donner un cadre à une nouvelle enquête. Je ne m’en lasse pas et c’est toujours un vrai plaisir de retrouver le commissaire Brunetti, électron libre de la police criminelle vénitienne, sa tranquillité et son humour. Il enquête cette fois dans le milieu des bibliophiles, prétexte à mettre le doigt sur certains problèmes de la ville et plus largement, de l’Italie contemporaine.
Une conservatrice de bibliothèque appelle le commissaire pour un vol d’ouvrages, et de gravures de valeur découpées dans des livres. Les prêts de livres sont pourtant sous surveillance, et, de ce fait, les suspects peu nombreux. Des adjoints efficaces, un brin d’intuition et quelques bons plats roboratifs mais appétissants, aident Brunetti dans ses recherches. L’enquête a le rythme des marches à pied dans les ruelles de Venise, claires sous le soleil de printemps, ou sombres et plus inquiétantes à la nuit tombée. Parfois, d’un coup de vedette rapide, le tempo s’accélère…
Donna Leon prouve encore une fois qu’elle sait aussi bien évoquer les moeurs des nobles vénitiens que les habitudes des petites gens, comme son commissaire qui se met au diapason de chaque personne interrogée, avec tact et sensibilité.
Si vous n’avez encore lu aucun de ses romans, commencez plutôt par une des premières enquêtes, comme Mort à la Fenice ou Un vénitien anonyme, mais vous pouvez aussi essayer au hasard, selon un sujet qui vous inspire, vous n’avez pas de risque de mauvaise pioche !

Extrait : Tandis qu’ils finissaient leur tour dans le bacino et contemplaient le paysage, ils eurent tous deux le souffle coupé. Il n’y avait rien de théâtral dans leur réaction. Loin d’eux l’envie d’en faire trop, ou de se laisser aller à une pompeuse déclaration. C’était une simple réponse humaine à ce qui relève d’un autre monde, à ce qui est tout bonnement impossible. Devant eux se dressait l’un des derniers plus grands paquebots de croisière arrivés à Venise. Sa gigantesque poupe leur tournait effrontément le dos, les défiant de se livrer au moindre commentaire.
Sept, huit, neuf, dix étages. Comment était-ce possible ? Il bloquait la vue de la ville, bloquait la lumière, bloquait toute voie au bon sens ou à la raison, ainsi qu’à la justesse des choses.

L’auteure : Née en 1942 dans le New Jersey, Donna Leon vit depuis plus de trente ans à Venise, et elle y a situé tous ses romans. Les enquêtes du Commissaire Brunetti ont conquis des millions de lecteurs à travers le monde et ont toutes été publiées en France aux éditions Calmann-Lévy.
306 pages
Éditions Calmann-Lévy (février 2016)
Traduction : Gabriella Zimmermann
Titre original : By its cover

L’avis de Sharon.
Merci à NetGalley et à l’éditeur pour ce partenariat.
Challenge Il viaggio chez Eimelle.
liseuse_cybook  challenge italie

Publié dans littérature France, premier roman, rentrée hiver 2016

Colombe Boncenne, Comme neige

commeneigeAllez, je reprends le chemin du blog pour vous parler brièvement de ce livre qui a tout pour plaire aux grands lecteurs, surtout à tendance monomaniaque, qui ne peuvent s’empêcher de chercher toutes les éditions, pour lire, relire, tous les romans d’un même auteur…
C’est ce qui tombe sur Constantin Caillaud quand il découvre les romans d’
Emilien Petit, en même temps que les amours adultères (avec une certaine Hélène, pas avec Emilien). Il devient son auteur fétiche, sa passion, il traque tout ce qui relie ses romans les uns aux autres, il se met à l’affût de ce qui le trouble intimement, profondément, dans ces livres. Jusqu’au jour où il tombe tout à fait par hasard sur un roman totalement inconnu de l’auteur…
Vous l’aurez compris, ce premier roman joue sur le thème des livres dans le livre, sur les liens entre l’écriture et la réalité, un peu à la manière d’Alessandro Baricco dans Mr Gwyn ou Trois fois dès l’aube. Et c’est tout à fait réjouissant, les 110 et quelques pages se lisent très facilement, et recèlent quelques chausse-trappes et de bonnes surprises, par exemple lorsqu’y apparaissent des auteurs contemporains bien réels. Je leur connais des fans aussi, d’ailleurs…
Ne passez pas à côté de cette sympathique lecture si vous en avez l’occasion !

Extrait : J’avais un peu flâné dans le fond de la boutique, qui faisait également office de papeterie et de librairie, avais farfouillé nonchalamment dans les rayonnages. Parmi les tabloïds vulgaires, les cahiers Le Conquérant aux pages jaunies et l’exemplaire de voyage d’un guide à la couverture verte vantant les merveilles de la région, notamment, comme je l’avais appris en feuilletant rapidement l’ouvrage, « la promenade aux sept lavoirs », j’avais découvert, posé sur un bout de table, un carton rempli de livres neufs, portant une étiquette manuscrite : « Soldes, 2 euros ».

L’auteure : Colombe Boncenne est née en 1981. Elle travaille dans l’édition en même temps qu’elle termine ses études de lettres, au début des années 2000. Depuis plusieurs années, elle participe également à l’organisation de manifestations littéraires. Comme neige est son premier roman.
114 pages
éditions
Buchet-Chastel (janvier 2016)

Repéré chez Cécile, Clara et Delphine Olympe...

Publié dans littérature France, non fiction, rentrée hiver 2016

Nicolas Delesalle, Le goût du large

goutdularge« Pendant neuf jours, j’allais devenir un milliardaire du temps, plonger les mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. » Si vous avez envie de prendre la mer, de sentir les embruns sans forcément souffrir du mal de mer, de changer d’air sans quitter votre petit coin, ce livre est pour vous. Mais il emmène bien ailleurs que sur la mer. Ce sont des chroniques que l’auteur ouvre une à une comme il chercherait parmi le contenu des containers empilés sur le cargo qui le transporte des Flandres à Istanbul.

Au début du voyage, il se contente de regarder les docks, la côte, le vieil homme assis seul sur le rivage, mais très vite, plus de trace de terres nulle part, il peut laisser libre court à ses souvenirs de reportages, à Mourmansk, au cœur de l’Afghanistan, dans un petit village du Niger, dans une grotte du Causse noir, sur la place Tahrir du Caire… Et par la magie du conteur, on quitte un temps le navire sans s’en détacher vraiment, car lui seul peut faire affluer et mettre en mots, des mots qui coulent et bercent, des mots qui réveillent ou apaisent, les mots des histoires marquées du sceau de la sincérité, donnant à voir une image du monde pas dépourvue de tendresse, même dans les endroits les plus difficiles.
Je ne connaissais pas le premier livre de Nicolas Delesalle, Un parfum d’herbe coupé, j’ai découvert avec grand plaisir un ton, une voix, une écriture, et je le remercie pour ce voyage !

Citations : On ne devrait peut-être pas trop s’approcher des choses qu’on imagine. On devrait les laisser au loin, intactes.

Le courage, la lâcheté, la peur, l’insouciance ne sont peut-être que des états quantiques finalement, des images floues qui dépendent des circonstances, des interprétations, du statut de l’observateur et qui changent tout le temps, à toute vitesse.

Au cœur de l’Afghanistan subsiste une fragile zone de paix, la région de Bamiyan, un merveilleux pays peuplé par des gens aux yeux bridés et aux pommettes hautes. On les appelle les Hazaras.

L’auteur : Né en 1972, Nicolas Delesalle est journaliste à l’hebdomadaire Télérama, après des études à l’ESJ de Lille. Il a notamment couvert le printemps égyptien. Il a d’abord écrit des nouvelles, puis publié son premier roman, Un parfum d’herbe coupée, en 2015.
316 pages
Éditions Préludes (janvier 2016)

Lu aussi par A propos de livres.
Merci à NetGalley pour cette lecture.
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Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, projet 50 états, rentrée hiver 2016

Doug Marlette, Magic time

 

magictime« Il n’avait pourtant jamais eu l’intention de dissimuler quoi que ce soit. Mais comme beaucoup de journalistes, il ne savait pas raconter une histoire quand elle le concernait. »
La coïncidence de deux événements vient ramener le journaliste new-yorkais Carter Ransom vingt-cinq ans en arrière, lorsqu’il était un jeune étudiant en droit, qui s’approchait des militants pour les droits civiques.
De la même manière que la ville proche de Selma, sa ville natale de Troy avait été, en 1965, le théâtre d’un drame du racisme : quatre personnes avaient trouvé la mort dans une église incendiée par le Ku Klux Klan. L’un des accusés, le seul qui n’ait pas été reconnu coupable à l’époque, est jugé de nouveau en 1990, sur la foi de témoignages récents.
Carter, personnage principal de cet ample roman qui en compte beaucoup, est venu, sous le coup d’un sévère épisode dépressif,  chez sa sœur et son père à Troy pour
se reposer, mais pas pour suivre le procès qui lui rappelle trop de souvenirs douloureux. Il va pourtant s’y trouver replongé malgré lui.
Le roman démarre très fort, et bénéficie tout du long d’une construction impeccable qui alterne les chapitres entre les deux époques, sans que cela semble artificiel, puisque Carter doit revivre ses souvenirs pour éclaircir certains points susceptibles de faire condamner un personnage peu sympathique, que tout désigne comme un des instigateurs de l’incendie. Il est aidé en cela par une procureure qui ne manque pas de ténacité, et par ses amis d’enfance retrouvés.
Un vrai pavé qui permet d’en savoir plus sur un sujet qui m’intéresse beaucoup, sans longueurs ni lourdeurs, que demander de plus ? Ce premier roman, et le dernier aussi malheureusement, tient toutes ses promesses et dévoile sans blabla inutile, et sans pathos, tout un pan indissociable de l’histoire récente des États-Unis. Captivant et bien documenté, il ne m’aura pas fait verser ma petite larme comme « Le temps où nous chantions » qui demeure insurpassable à mes yeux, mais il m’a bien tenue en haleine pendant quatre ou cinq jours !

Extrait : Déjà, en ce temps-là, le Magic Time aurait eu besoin d’un sérieux coup de neuf. À présent, sous la lumière impitoyable du soleil, le lieu se révélait franchement délabré, à la fois fragile et menaçant.
C’était une construction en parpaings large et ramassée, entourée de pins, à peine visible de la route. À l’exception du pick-up cabossé sur le gravier, l’établissement semblait abandonné.

L’auteur : Né en Caroline du Nord, Doug Marlette était dessinateur et romancier. Prix Pulitzer pour ses dessins de presse, il est mort dans un accident de voiture en 2007 dans le Mississippi. Magic Time, paru aux États-Unis en 2006, est son premier roman publié en France. (source : éditeur)
670 pages
Éditeur : Cherche-Midi (janvier 2016)
Traduction : Karine Lalechère

Repéré chez Dominique et Keisha. Projet 50 états, 50 romans, nous sommes dans l’état rural du Mississipi.
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Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, rentrée hiver 2016

Ottessa Moshfegh, Eileen

eileen« Une semaine plus tard, je devais m’enfuir de chez moi pour ne plus y remettre les pieds. Ce récit est celui de la façon dont j’ai disparu. »
Eileen est un personnage atypique, peu aimable, une jeune femme de vingt-quatre ans teigneuse, peu sûre d’elle et précocement aigrie. Sa vie tourne entre son travail dans un foyer pour jeunes délinquants, où aucun membre du personnel n’est aimable, ni compatissant envers les jeunes, et ses soirées avec son père alcoolique et aussi irascible qu’elle. Elle se contente bien souvent de raconter ce qu’elle aimerait faire, ses fantasmes, puisque passer à l’action, quelle que soit l’action, lui est impossible tant elle est engluée dans son quotidien. Décrire la psychologie d’une telle personne est évidemment audacieux, surtout lorsqu’elle se raconte elle-même cinquante ans plus tard, et avec un certain luxe de détails…
Le début sibyllin et plutôt bien construit attire et retient l’attention si l’on excepte des redondances : sont-elles volontaires pour exprimer les obsessions du personnage ? J’en prends pour exemple la façon dont elle imagine une stalactite de glace se détachant et tombant droit sur elle, ou lorsqu’elle fantasme sur les réactions éplorées de son père si elle disparaissait.
Il se dégage de ce roman un certain malaise accru par la lenteur de l’action : les jours racontés par Eileen cinquante ans après, comme étant ceux qui ont changé sa vie, sont remplis de petits événements insignifiants, elle s’attarde sur des détails, et trente pages avant la fin, l’événement annoncé dès le début n’est toujours pas atteint. Quant à la fin tant attendue, elle ne m’a pas convaincue, si ce n’est qu’elle était bien dans la continuité du reste du roman, légèrement grotesque, et donnant un sentiment de gêne.
Je ne recommanderai pas ce premier roman, mais je pense qu’il pourra plaire à d’autres toutefois, qui verront un double fond dans la mémoire de cette femme. On peut se demander en effet si, la où d’autres enjoliveraient, elle n’a pas assombri, dégradé ses souvenirs. Je serais curieuse de lire d’autres avis et j’espère que la jeune auteure saura se renouveler et délaisser cette atmosphère fangeuse qui n’apporte pas grand chose au lecteur.

Extrait : Mes derniers jours dans la peau de cette petite Eileen révoltée, je les ai vécus fin décembre, dans une ville froide et brutale où j’étais née et où j’avais été élevée. La neige était tombée – une couche d’un bon mètre s’était installée pour l’hiver. Elle campait sur ses positions dans chaque jardinet de devant et montait à l’assaut des rebords de fenêtres des rez-de-chaussée comme le flot d’une inondation.


L’auteure : Ottessa Moshfegh est née à Boston, de parents d’origine iranienne et croate. Elle a publié des nouvelles, puis une novella, McGlue, en 2014. Eileen est son premier roman.
304 pages
Éditeur : Fayard (2016)
Traduction : Françoise du Sorbier
Merci à NetGalley et à l’éditeur pour cette lecture.
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