Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, nouvelles

Amos Oz, Entre amis

entreamisL’auteur : Amos Oz, né à Jérusalem en 1939, est un romancier et journaliste israélien. Il est également professeur de littérature. Après son service militaire, Amos Oz étudie la philosophie et la littérature, et écrit dans le journal des journaux. Il publie ses premiers récits en 1965, et son premier roman date de 1966. Depuis, il écrit sans discontinuer, publiant environ un livre par an. Ses œuvres sont traduites dans plus de trente langues dans le monde. Son autobiographie, Une histoire d’amour et de ténèbres, a été saluée unanimement par la critique.
160 pages
Editeur :
Gallimard (janvier 2013)
Traduction : Sylvie Cohen

J’avais bien envie de lire ce recueil paru l’année dernière pour découvrir Amos Oz, auteur dont plusieurs romans sont aussi traduits en français. De temps à autre, c’est une bonne idée de découvrir un auteur par des nouvelles, et dans ce cas cela s’est vérifié.
Comme elles sont assez peu nombreuses, huit en tout, je vais les détailler une à une, sans révélation primordiale, toutefois ! Les faits prennent place dans les années 50, mais semblent un peu intemporels.
La première nouvelle est sur le thème de la solitude, et on remarque tout de suite le paradoxe avec la vie dans un kibboutz où collectivité était la norme.
La deuxième nouvelle une histoire d’amour ou de désamour surveillée par tout le kibboutz.
Dans « Entre amis », un homme se demande comment aller parler à sa fille de dix-sept ans qui vient de s’installer avec David, la cinquantaine, professeur et ami de son père depuis très longtemps.
« Papa » relate le voyage et les sentiments d’un jeune homme de dix-sept ans travaillant au kibboutz qui demande à faire un court voyage pour aller voir son père malade.
La nouvelle « Le petit garçon » montre un père qui se rebelle contre la vie en collectivité imposée à son garçonnet de cinq ans.
Dans « La nuit », Yoav, le secrétaire du kibboutz, se trouve confronté à un grave cas de conscience.
Dans la nouvelle suivante, un jeune homme veut quitter le village pour aller étudier en Italie, sur l’invitation de son oncle… Mais l’assemblée doit d’abord valider cette proposition.
Et à vous de découvrir le sujet de la dernière nouvelle, « L’espéranto », où se retrouvent des habitants du village déjà croisés auparavant.
Car il s’agit ici de textes courts où les mêmes personnages peuvent réapparaître, comme voisins ou amis. La taille du kibboutz rend cela inévitable et pour tout dire, plutôt agréable. Les thèmes sont intéressants et les questions posées sur le mode de vie bien particulier à ces villages, où tout était mis en commun sont nombreuses. La question de place des femmes, de l’éducation des enfants, du célibat, du divorce sont centrales et surtout, encore et toujours, il s’agit de la solitude de l’être humain.
N’ayez pas peur des nouvelles et laissez-vous conduire par le style sans heurts d’Amos Oz, et par son regard amusé et finement observateur !


Extrait :
Cinq ou six étoiles brillaient dans le ciel sombre teinté de pourpre où le vent emportait des nuages bas et obscurs. Le kibboutz dormait à poings fermés. Les projecteurs de la clôture formaient des flaques de lumière jaune sur le sol. L’un d’eux, sur le point d’expirer, vacillait comme en proie à l’incertitude. Yoav dépassa à pas lents les massifs ténébreux et contourna la grange, les souliers pleins de boue. Tu es complètement aveugle, obtus et sourd, songea-t-il accablé. Nina s’était penchée pour lui prendre la main et la presser contre son cœur lorsqu’il lui avait promis de lui trouver un endroit où dormir, se rappela-t-il. Il aurait dû saisir le message et la prendre dans ses bras. Elle lui avait donné un signal auquel il n’avait pas répondu. Et un second en lui frôlant le bras – il l’avait ignoré une fois de plus.


Seules
Aifelle
et Cuné l’ont lu et commenté ? C’est dommage, mais vous pourrez vous rattraper bientôt, il va sortir en poche en janvier !

Le mois de la nouvelle, c’est en ce moment chez Flo.

Publié dans littérature Proche et Moyen Orient

Aharon Appelfeld, Le garçon qui voulait dormir

garçonquivoulaitdormirL’auteur : Aharon Appelfeld est un romancier israélien. Il est né en 1932 en Roumanie, de parents juifs germanophones. Sa mère est tuée en 1940, Aharon Appelfeld connaît alors le ghetto, la séparation d’avec son père et la déportation dans un camp en 1941. Il s’en évade à l’automne 1942 et se cache dans les forêts d’Ukraine pendant plusieurs mois. Avec un groupe d’adolescents orphelins, il arrive en Italie où il s’embarque pour la Palestine. Diplômé de l’Université de Jérusalem, il décide, à la fin des années 50, de se tourner vers la littérature et se met à écrire, en hébreu. Il a longtemps enseigné la littérature à l’Université Ben Gourion du Néguev. Homme de gauche, membre de Parti travailliste, il est marié et a trois enfants.
297 pages
Editions de l’Olivier (avril 2011)
Sorti en poche (Points)
Traduction : Valérie Zenatti

Inspiré des souvenirs d’Aharon Appelfeld, le roman met en scène Erwin, un adolescent orphelin, d’origine roumaine, réfugié avec d’autres, dans un camp près de Naples. La guerre est finie, et ce jeune homme a passé la plus grande partie du trajet qui l’a amené là à dormir. A peine se réveillait-il pour boire, puis retomber dans un sommeil des plus profonds. Les autres réfugiés, dont certains étaient partisans de le laisser derrière eux, l’ont surnommé « le garçon du sommeil ». Quand il revient à la vie, il reste sujet à des rêveries éveillées et à des rêves intenses, qui alternent avec les entraînements physiques prodigués par Efraïm, qui destine ces jeunes à aller coloniser la Palestine.
L’écriture est sobre, de cette sobriété qui porte en elle l’émotion, et les événements les plus simples en sont d’autant plus touchants, comme lorsque le garçon croit reconnaître parmi les réfugiés, à cause d’une attitude, d’un geste, son oncle Arthur ou sa tante Betty. Ces jeunes qui sont encore presque des enfants transportent partout avec eux leur famille disparue, dans leurs rêves ou dans leurs tentatives de suivre le chemin que leurs parents leur auraient tracé. L’un veut écrire comme son père, un autre jouer du violon comme sa mère le souhaitait, un autre améliorer ses dessins…
Ce roman très touchant permet aussi de mieux connaître les premières années de l’état juif créé en Palestine, d’imaginer le rôle de ces jeunes déracinés à qui on présentait un nouveau pays, une nouvelle vie, jusqu’à un nouveau prénom… J’ai été séduite par l’écriture qui ne cherche pas à faire de l’esbroufe et je prolongerai cette lecture avec L’histoire d’une vie, qui revient sur un épisode antérieur de la vie d’Aharon Appelfeld, lorsqu’il fut séparé de son père, et sur d’autres pans de sa vie.

Extrait : Non loin de notre carré de tentes, les réfugiés vivaient dans la tristesse. Nous les apercevions lors de la course du matin ou au retour de l’entraînement dans les champs, et lorsque nous passions devant leurs baraques, nous les entendions parler notre langue maternelle. Ils vivaient encore dans les ghettos et les camps, faisaient du trafic de marchandises et devises. De leurs baraques s’échappaient des effluves de plats cuisinés qui faisaient surgir des visions de la maison, comme un fait exprès.

Pour Papillon c’est « un des romans les plus émouvants qu’elle ait lu depuis longtemps » pour Malice « un livre magnifique et très paisible »

Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, rentrée hiver 2014

Etgar Keret, Sept années de bonheur

 

sept-annees-de-bonheurL’auteur : Etgar Keret, né en 1967 à Tel-Aviv, est écrivain, scénariste de bande dessinée et cinéaste. Il a écrit sa première nouvelle, alors qu’il avait 19 ans et faisait son service militaire. C’est une personnalité de premier plan dans son pays.
210 pages
Editions
de l’Olivier (mai 2014)
Traduction : Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

Pour la première fois, Etgar Keret sort de la fiction et des scenarii de films pour parler de lui-même et de sa famille… Les voyages en avion, les chauffeurs de taxi, tout comme les attentats ou la naissance de son fils, toutes les anecdotes ou les faits marquants des sept années qui vont de la naissance de son enfant jusqu’à la mort de son propre père, donnent lieu à des scènes souvent drôles, parfois mélancoliques ou tendres, toujours racontées avec un humour incisif. Certaines pages sont réjouissantes, parmi lesquelles celle des dédicaces personnalisées imaginées par Etgar, ou la solution trouvée par son ami Uzi pour le débarrasser de cauchemars angoissants, ou les exploits de son petit Lev de quatre ans à l’école… Les portraits de sa famille sont touchants, sa mère et leurs conversations qui tournent en rond, son père malade, son frère à qui il a toujours tellement souhaité ressembler, sa sœur perdue depuis qu’elle est mariée à un orthodoxe.
J’ai vraiment pris plaisir à lire ces scènes de vie quotidienne, ces moments universels qui sous la plume d’Etgar Keret prennent une saveur particulière.

Extraits : Il y a plus bizarre encore : pour moi, ces vols ne consistent pas seulement à consommer l’espèce de plateau-télé réchauffé que le pisse-copie sardonique de la société aérienne à jugé bon de baptiser « Délices de Haute Altitude ». Ils représentent aussi une espèce de retraite, un moment de désengagement méditatif. Pendant tout le temps que durent ces vols, le téléphone ne sonne pas et Internet ne fonctionne pas. La maxime selon laquelle le temps de vol n’est que du temps perdu me libère de mes angoisses et de mes accès de culpabilité, elle me dépouille de toute ambition pour faire place à une autre sorte d’existence, une existence idiote, béate, du genre qui n’essaie pas de tirer parti, le meilleur parti possible, du temps mais se contente de trouver la façon la plus agréable de le gaspiller.

Quand je tente de reconstruire ces histoires que mon père me racontait voilà tant d’années, je me rends compte qu’au-delà de leurs intrigues fascinantes, elles étaient destinées à faire mon éducation. À m’apprendre quelque chose du désir non pas d’embellir la réalité, mais de ne jamais renoncer à trouver un angle qui mette la laideur sous un meilleur éclairage et suscite affection et empathie pour les verrues et les rides de son visage ravagé.

Lu par Aifelle (merci !) et Keisha (tu avais raison, il est trop court !)

 


Publié dans bande dessinée, littérature Proche et Moyen Orient

Rutu Modan, La propriété

propriétéL’auteur : Née à Tel Hashomer en 1966, Rutu Modan a suivi des études d’art à Jérusalem. Elle a ensuite commencé à éditer la version israëlienne de MAD, avec son ami Yirmi Pinkus. Ensemble, ils ont créé le groupe Actus Tragicus Comics en 1995. Rutu Modan a reçu le Prix du jeune artiste de l’année en 1997, ainsi que de la meilleure illustration pour enfant, de la part du Musée Israélien de Jérusalem en 1998.
Elle a reçu le prix spécial du jury pour « La propriété » au festival d’Angoulême en 2014.
232 pages
Editeur : Actes Sud (octobre 2013)
Traduction : Rosie Pinhas- Delpuech

Je découvre avec cette BD, Rutu Modan et la bande dessinée israélienne… Ah non, pas tout à fait, puisque j’avais vu l’adaptation, magnifique, de Valse avec Bachir, de Ari Folman et David Polonsky. Ce n’est pas du tout le même style ici, mais un dessin assez simple d’apparence, d’apparence seulement. Les personnages dévoilent des expressions et des personnalités intéressantes qui se dégagent au fur et à mesure des pages. J’ai été surprise par le générique de fin, chose que je n’avais jamais remarqué dans les bandes dessinées et qui prouve que la dessinatrice travaille d’après ses différents protagonistes d’après modèles.
Et l’histoire dans tout ça ? Une grand-mère et sa petite fille se rendent en Pologne pour récupérer un immeuble dont leur famille avait été spoliée pendant la guerre. La grand-mère a un bon caractère entêté et surtout quelques idées bien précises de la façon dont ce voyage de retour va se dérouler… Un ami de la famille qui se trouve dans le même avion, se mêle de tout, c’est « l’agaçant de service » ! Mica, la petite-fille, rencontre un jeune polonais guide touristique et dessinateur également. L’histoire n’est pas simpliste, elle a de nombreuses ramifications et soulève des thèmes divers et variés. Pas une once d’ennui, et de très belles images, notamment celles de la couverture !
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Les avis d’Aifelle, Cynthia, Keisha et Theoma.

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