Publié dans classique, littérature France

Honoré de Balzac, Le Père Goriot

peregoriotLe Père Goriot a paru dans La Revue de Paris en quatre livraisons, de décembre 1834 à février 1835. L’édition originale est publiée en mars 1835 chez Werdet et Spachmann. Il intégre ensuite le tome IX de la Comédie humaine, dans la partie Scènes de la vie parisienne.
436 pages  
Editeur : Folio 

J’avais tout d’abord décidé de ne pas faire de billet sur le roman de Balzac, l’un des plus connus. J’ai ensuite pensé que d’autres devaient forcément être passés à côté, comme moi qui ai attendu un âge… avancé pour le lire enfin. Bien sûr, certaines scènes avaient une impression de déjà lu, mais je pense plutôt qu’il s’agissait de la lecture de pages choisies que de l’oeuvre entière, qui au demeurant, n’est pas très longue. Pour cette raison, elle est une bonne entrée en matière pour découvrir la Comédie humaine, et aussi parce que le cadre de la Pension Vauquer a permis à l’auteur d’y faire entrer bon nombre des personnages qui se retrouvent dans d’autres romans… Le Baron Nucingen apparaît ainsi dans 32 romans, Horace Bianchon, dans 29 et Eugène de Rastignac, dans 26. Et ce ne sont que quelques exemples, qui donnent une idée de l’ampleur du projet !
La Pension Vauquer, rue Neuve Sainte-Geneviève, est tenue par une veuve qui « a eu des malheurs ». Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle, sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis. Elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains petolées, sa personne dodue comme un rat d’église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s’est blottie la spéculation et dont Madame Vauquer respire l’air chaudement fétide sans être écoeurée.
A l’heure des repas, la salle rassemble différents spécimens d’humanité, parmi lesquels Eugène de Rastignac, un jeune noble désargenté venu étudier à Paris, une vieille demoiselle engoncée dans des châles mités, un employé retraité à la mine pâle, une jeune orpheline et sa parente éloignée, Vautrin, un grand gaillard à favoris et un vieillard qui était vermicellier et a eu de la fortune, mais se contente maintenant de la chambre la plus misérable de la pension. Ce Père Goriot, que tout le monde raille plus ou moins, reçoit parfois quelque visite discrète d’une jeune et jolie femme, ou d’une autre du même genre…
Eugène de Rastignac, dans son envie de découvrir le beau monde parisien, rend visite à l’une de ses cousines, et grâce à elle, finit par découvrir que deux femmes très en vue sur la place de Paris, très bien mariées, et menant grand train, sont les filles du Père Goriot. L’une d’entre elles, Delphine, est en pleine rupture avec son amant du moment, occasion inespérée pour Eugène de tenter quelques manœuvres d’approche. C’est pour le jeune homme le début de sa conquête de Paris qui se poursuivra dans les volumes où on le peut le suivre encore, Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes.
Outre les portraits de figures parisiennes de tous les milieux, Le Père Goriot est surtout le portrait d’un père, la description de l’amour paternel poussé à son paroxysme, et auquel répond un bien piètre amour filial. Certaines scènes déchirantes inspirent une pitié immense pour ce vieux bonhomme rejeté par les filles qu’il encense.
J’ai retrouvé aussi avec grand plaisir la scène de l’arrestation de Vautrin, sans doute décortiquée en classe, si j’en crois le souvenir assez vif qu’elle m’avait laissée.
Les nombreux protagonistes de ce roman, les scènes qui se succèdent avec vivacité, les descriptions jamais trop longues ni ennuyeuses, les dialogues qui immergent superbement dans l’époque, tout m’a enchantée dans ce chef d’œuvre ! Je recommande à ceux qui, comme moi, avaient dédaigné Balzac, se laissant emporter par leur enthousiasme pour Hugo ou Zola, tout en ignorant le formidable tableau réaliste du XIXème siècle créé par cet auteur tourangeau, de ne pas hésiter à lire un roman ou un autre de la Comédie Humaine, et je gage que leur programme de lecture s’en trouvera aussitôt étoffé de nombreux titres incontournables !

Extrait : Bientôt le silence régna dans la salle à manger, les pensionnaires se séparèrent pour livrer passage à trois de ces hommes qui tous avaient la main dans leur poche de côté et y tenaient un pistolet armé. Deux gendarmes qui suivaient les agents occupèrent la porte du salon, et deux autres se montrèrent à celle qui sortait par l’escalier. Le pas et les fusils de plusieurs soldats retentirent sur le pavé caillouteux qui longeait la façade. Tout espoir de fuite fut donc interdit à Trompe-la-Mort, sur qui tous les regards s’arrêtèrent irrésistiblement. Le chef alla droit à lui, commença par lui donner sur la tête une tape si violemment appliquée qu’il fit sauter la perruque et rendit à la tête de Collin toute son horreur. Accompagnées de cheveux rouge brique et courts qui leur donnaient un épouvantable caractère de force mêlée de ruse, cette tête et cette face, en harmonie avec le buste, furent intelligemment illuminées comme si les feux de l’enfer les eussent éclairées. Chacun comprit tout Vautrin, son passé, son présent, son avenir, ses doctrines implacables, la religion de son bon plaisir, la royauté que lui donnaient le cynisme de ses pensées, de ses actes, et la force d’une organisation faite à tout. Le sang lui monta au visage, et ses yeux brillèrent comme ceux d’un chat sauvage. Il bondit sur lui-même par un mouvement empreint d’une si féroce énergie, il rugit si bien qu’il arracha des cris de terreur à tous les pensionnaires. A ce geste de lion, et s’appuyant de la clameur générale, les agents tirèrent leurs pistolets.

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Honoré de Balzac, Le chef d’œuvre inconnu

chefdoeuvreEn bref, l’auteur : Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours. Il étudie le droit à la Sorbonne et revient à sa passion, l’écriture, avec la permission de ses parents qui l’entretiennent à ses débuts. Après un premier échec, Balzac s’entête en écrivant, pour vivre, des feuilletons désavoués par la suite. Dans les années 1830 il commence La Comédie Humaine. Ces 80 romans et novuelles analysent les comportements et mentalités de la société de l’époque. Epuisé par une vie d’abus et de labeur, il meurt le 18 août 1850.


La voix : Après une enfance à Londres puis au Maroc, Michaël Lonsdale réside en France à partir de 1947 et débute au théâtre, notamment, avec Roger Blin. Il a tourné dans des films d’auteurs exigeants comme dans les plus grandes productions internationales (Moonraker, Le Nom de la Rose, Les Vestiges du jour). Au cinéma, il joue pour des metteurs en scène comme Buñuel, Duras, Losey, Malle, Robbe-Grillet, Sautet, Truffaut, Welles, Jean Eustache, Jean-Pierre Mocky, parallèlement au théâtre. Grand lecteur, il prête sa voix à des textes littéraires et philosophiques à la scène et en livres audio.
Editions Audiolib (février 2013)
Durée 1 h 51
Lu par Michaël Lonsdale

A propos des deux nouvelles de Balzac : ce sont bien des nouvelles, l’équivalent d’une soixantaine de pages pour la première, de quarante pages environ pour la deuxième. Elles permettent de d’entrer dans ou de retrouver l’univers de Balzac. Le chef d’oeuvre inconnu flirte avec le fantastique, mais reste somme toute assez réaliste, et fait merveille dans les descriptions des personnages et des lieux. On s’imagine fort bien pénétrant dans l’atelier de l’artiste à la suite du jeune Nicolas Poussin ! Deux conceptions de l’art s’y opposent, dont l’une, celle de Frenhofer, est tellement moderne, qu’on pourrait penser que c’est d’art contemporain qu’il parle, contemporain de notre époque, s’entend.
La messe de l’athée est du registre vie quotidienne. Dans la Comédie humaine, on retrouve d’ailleurs ce texte sous la rubrique « Scènes de la vie privée » ou « Scènes de la vie parisienne ». Y apparaissent des personnages de médecins qu’on retrouve dans d’autres textes, par exemple Bianchon en carabin dans Le père Goriot. C’est ce Bianchon qui s’étonne de voir son mentor, le professeur Desplein, athée notoire, fréquenter fort discrètement une petite église.
Les deux sont fort bien lues, avec du sentiment, par Michaël Lonsdale. Il faut toutefois s’habituer à l’écriture de Balzac, entre les longues descriptions et quelques phrases obscures, qu’on serait obligé de relire à l’écrit, et qui restent mystérieuses à l’écoute.


Et devinez quoi ? Le jour même où j’achevais ces deux lectures, euh, auditions, l’adaptation télévisée de La peau de chagrin était diffusée. Je me suis régalée avec cette histoire, dont j’ignorais même qu’elle fût fantastique ! Je n’en connaissais que l’expression passée dans le langage courant : diminuer comme une peau de chagrin. C’est vous dire que mes rares souvenirs de Balzac, des extraits lus au collège, étaient fort loin…

peaudechagrin
Bref, j’ai enchaîné avec Le colonel Chabert et je suis plongée dans Le Père Goriot ! Honoré viendrait-il détrôner Emile ou Victor dans mon Panthéon littéraire du XIX ème siècle ? Vous le saurez dans un prochain épisode !
En attendant, je remercie Audiolib pour ce partenariat qui me pousse à relire un auteur classique !

Extrait : Le vieux Frenhofer est le seul élève que Mabuse ait voulu faire. Devenu son ami, son sauveur, son père, Frenhofer a sacrifié la plus grande partie de ses trésors à satisfaire les passions de Mabuse ; en échange, Mabuse lui a légué le secret du relief, le pouvoir de donner aux figures cette vie extraordinaire, cette fleur de nature, notre désespoir éternel, mais dont il possédait si bien le faire, qu’un jour, ayant vendu et bu le damas à fleurs avec lequel il devait s’habiller à l’entrée de Charles Quint, il accompagna son maître avec un vêtement de papier peint en damas. L’éclat particulier de l’étoffe portée par Mabuse surprit l’empereur, qui, voulant en faire compliment au protecteur du vieil ivrogne, découvrit la supercherie. Frenhofer est un homme passionné pour notre art, qui voit plus haut et plus loin que les autres peintres. Il a profondément médité sur les couleurs, sur la vérité absolue de la ligne ; mais, à force de recherches, il est arrivé à douter de l’objet même de ses recherches.

Du coup, je participe pour ce mois-ci à Ecoutons un livre organisé par Val, et qui a lieu chaque 16 du mois !

ecoutonsunlivre