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Ciné (5) Winter sleep

wintersleep1film turc de Nuri Bilge Ceylan avec Haluk Bilginer, Melisa Sözen, Demet Akbag
durée 3h16
sorti le 6 août 2014
Palme d’or Festival de Cannes 2014


C’était la valse-hésitation avant d’aller voir Winter sleep, j’étais un peu inquiète des trois heures et quelques du film, puis me suis décidée au vu de la bande annonce et des superbes images de la Cappadoce. Finalement, l’impression qui reste à la fin de la projection, c’est d’avoir vu un film d’une durée légèrement supérieure à la moyenne, je ne l’ai pas du tout trouvé trop long, et surtout il n’est ni lent, ni contemplatif.
Dans un petit village troglodyte de Cappadoce, Aydin, un homme d’une soixante d’années, est le propriétaire d’un hôtel et de plusieurs maisons. Après une magnifique séquence d’ouverture dans le village, le scénario fait la part belle aux conversations, souvent tendues, entre Aydin et sa sœur, ou entre lui et son épouse. Il n’est pourtant pas des plus bavards, mais elles ont beaucoup de reproches à lui faire, sur son comportement qu’elles trouvent hautain et méprisant. Les relations entre les personnages sont donc le moteur du film, ainsi que l’évolution d’Aydin, si évolution il y a, car il n’est plus à l’âge où on change facilement. S’y mêle l’histoire parallèle de la famille de l’imam qui peine à joindre les deux bouts, et à payer son loyer à Aydin. La richesse, ou du moins l’aisance, du personnage principal fait qu’il est mal vu des habitants du village troglodyte, d’autant qu’il ne s’implique pas du tout dans la vie villageoise, laissant cela à sa jeune femme, préférant écrire des éditoriaux pour un journal assez confidentiel, et préparer une histoire du théâtre turc.
Aucun personnage n’est antipathique, aucun n’est d’une seule pièce, n’a une seule facette. J’ai été éblouie par les paysages magnifiques et même les décors intérieurs sont de vrais tableaux, avec une lumière superbe, vraiment remarquable. Je suis allée le voir parce que je pensais à un film du genre du Goût de la cerise, d’Abbas Kiarostami, que j’avais adoré… Finalement c’est plutôt du Bergman (Tchekhov aussi, mais ça, je ne l’ai pas trouvé toute seule !) et c’est très bien comme ça, si on aime qu’un film porte un message moral, et ne raconte pas seulement une histoire, qu’il pose des questions, sans apporter forcément des réponses, qu’il continue son chemin dans la tête bien longtemps après la sortie de la salle.
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Les avis dAlain
et de Dasola.

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Ciné (4) Jimmy’s Hall

Alors, autant le dire tout de suite, je ne savais même plus si j’avais déjà fait des billets ciné sur ce blog, ni à quoi ils ressemblaient… le dernier date de décembre 2012, tout de même ! Non pas que je n’aie pas fréquenté de salles obscures depuis cette date, mais les billets étaient restés à l’état d’ébauche…
Bref, revoici, pour le temps où ça me plaira, du moins, quelques impressions à propos du grand écran !

jimmyshall1Film britannique de Ken Loach avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott, Jim Norton
durée 1h49
sorti le 2 juillet 2014

Le dernier Ken Loach est toujours pour moi une bonne nouvelle, même si cette fois les acteurs me sont totalement inconnus, si c’est un film historique, s’il n’a pas obtenu de récompense à Cannes, peu importe… Le film se passe en Irlande, ça, c’est un bon point, les paysages sont magnifiques dès le début, avec l’image d’une carriole qui chemine dans une campagne d’un vert incomparable. Il s’agit du retour, après dix longues années d’exil aux États-Unis, de Jimmy Gralton. Il revient auprès de sa mère qui vit seule, il s’occupera de la ferme familiale. Mais les habitants de la région voit en lui la seule personne capable de rouvrir le dancing de leur jeunesse, dont ils sont nostalgiques. Les temps ont changés, on est en 1930, tout devrait bien se passer… Mais l’église, tout comme les propriétaires terriens, voit d’un mauvais œil un endroit où l’on enseigne, hors de sa tutelle, la musique, la danse ou la poésie, où les jeunes s’amusent tout simplement.

Alors, c’est sûr, le scénario est un poil manichéen, mais l’époque ne l’était-elle pas aussi ? Il était tellement plus facile pour le curé de considérer toute personne aux idées différentes comme une menace le visant personnellement, que d’essayer de comprendre à quoi aspiraient une grande partie de ses ouailles… J’ai aimé cette histoire, racontée de manière linéaire, à part quelques souvenirs de Jimmy. Les comédiens, engagés localement, apportent une vraie couleur au film, les scènes de danse, de chant sont pleines du plaisir qu’ils ont à les jouer. La barque n’est pas trop chargée pour les scènes plus émouvantes, et certaines d’entre elles, trop attendues, sont subtilement contournées.

Ce drame éclaire sur l’histoire politique de l’Irlande, avec tout l’engagement du réalisateur, mais permet aussi de voir comment Jimmy rapporte le jazz et le charleston de New York, et constitue un très agréable moment de cinéma. Je peux l’ajouter à la liste des longs métrages de Ken Loach que j’ai aimés : Lady Bird, My name is Joe, Sweet sixteen, Bread and roses, pour ceux dont je me souviens…

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Les avis de Dasola et de Choupynette.

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Ciné (3) : Thérèse Desqueyroux

tdesqueyroux1film français de Claude Miller avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Catherine Arditi, Francis Perrin, Anaïs Demoustier,
durée 1 h 50
sorti le 21 novembre 2012


Dans les Landes, au début des années 20, deux très jeunes filles font des rêves d’avenir, ou plutôt essayent de ne pas trop penser à l’avenir, et de profiter de leur liberté. Quelques années plus tard, Thérèse se marie avec le frère aîné d’Anne, mariage de raison pour cette jeune femme qui est considérée comme trop réfléchie, trop souvent perdue dans ses pensées, trop accrochée à ses cigarettes, et qui déplairait à sa belle-famille si des hectares de pins n’étaient pas dans la balance. Pourtant elle imagine autre chose du mariage que ce que lui offre le voyage de noces, où elle fait enfin connaissance intimement avec Bernard Desqueyroux. Oh, rien de dramatique, c’est un brave homme, mais plus intéressé par la chasse et par son domaine que par les livres ou les discussions. Thérèse se retrouve rapidement enceinte, sans que cela semble la faire évoluer vers la bonne ménagère que son entourage souhaiterait.


Audrey Tautou incarne très bien cette jeune femme qui refuse de se plier aux mornes attentes de ses proches et qui tente d’être elle-même, mais l’émotion vient plutôt du personnage de Bernard Desqueyroux, joué par Gilles Lellouche qui est vraiment excellent. Le scénario m’a satisfaite aussi, linéaire, mais subtil, présentant les personnages sous toutes leurs facettes, en particulier Thérèse, son mari et la jeune sœur de celui-ci, jouée par Anaïs Demoustier. Les paysages des Landes donnent de très belles images. Bon, l’impression d’ensemble est donc tout à fait favorable, et j’ai trouvé ce dernier film de Claude Miller très réussi. Un léger bémol concerne Audrey Tautou, je trouve qu’elle joue très bien ce rôle, évoluant du léger au grave de façon tout à fait convaincante. C’est uniquement sa voix qui me gêne un peu, j’ai du mal à la considérer comme celle d’une femme vivant dans les années 20, à la faire coller avec le personnage. Ce doit être tout à fait personnel, comme impression, et n’entache en rien la qualité générale du film.

 

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Merci à Aifelle pour l’organisation du jeu qui m’a permis de voir ce film ! 

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Ciné (2) : Skyfall

film américain de Sam Mendes avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Bérénice Marlohe, Ben Wishaw,
durée 2 h 23
sorti le 26 octobre 2012

Cela fait cinquante ans que James Bond est apparu sur nos écrans et pourtant les spectateurs ne s’en lassent pas. Quand, en plus, c’est un réalisateur comme celui d’American beauty ou des Noces rebelles, qui s’attaque à ce monument du cinéma, cela vaut le coup d’y regarder de plus près. Les premières critiques lues étant plutôt élogieuses, j’y suis allée sans trop d’inquiétude.
Comme d’habitude, le pré-générique est un morceau d’anthologie, avec une course poursuite à moto dans une ville qu’on ne reconnaît pas immédiatement. Mais la mission n’est pas facile, et malgré ou à cause de l’intervention d’une collègue, James Bond disparaît… Suite à ce cafouillage, des agents infiltrés se trouvent en danger et M, la supérieure de Bond, le juge seul capable de retrouver la mystérieuse personne qui menace à la fois l’intégrité physique des agents et les serveurs informatiques du MI6. Une belle jeune femme l’aidera dans sa quête, bien sûr, qui sera pleine de rebondissements et d’action.
Je suis bon public pour ce genre de film, du moins quand ils sont, comme celui-ci, bien réalisés, bien joués et dotés d’une belle image. La musique aussi a son importance, et cela commence bien avec la chanson du générique, chantée par Adele que je découvrais ici. Les décors sont très réussis, et vraiment à voir sur grand écran. De Daniel Craig sobre et plutôt agréable à regarder, à Javier Bardem excellent dans le rôle de l’affreux de service, avec une coiffure épouvantable et des mimiques de cinglé, de Judi Dench tentant de cacher ses émotions, à Ralph Fiennes se glissant dans un rôle non-dépourvu d’imprévu, l’interprétation est excellente. C’est un très bon divertissement, non dénué d’humour, où je ne me suis pas ennuyée un seul instant.

D’autres avis chez AnjelicaChoupynette et Dasola.

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Ciné (1) : Dans la maison

Film français de François Ozon avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner
durée 1 h 45
Sorti depuis le 10 octobre 2012
Librement adapté d’une pièce de théâtre de Juan Mayorga intitulée Le garçon du dernier rang.

L’histoire : En ce jour de rentrée dans un lycée pilote de banlieue parisienne, Germain, professeur de français prend nonchalamment connaissance de son emploi du temps et des nouveautés pédagogiques. L’uniforme sera de rigueur en cette nouvelle année (ce qui donne lieu à un générique très réussi) et la place de « l’apprenant » restera au centre des apprentissages… Première classe de seconde, premier cours, premier paquet de copies. Germain rentre chez lui avec des rédactions qu’il juge d’un niveau bien faible. L’une d’elle attire son attention, celle de Claude Garcia qui raconte comment il a fait connaissance d’un de ses camarades de classe et s’est introduit chez lui pour l’aider à ses devoirs et accessoirement, y observer sa famille. La mention « à suivre » à la fin du devoir l’intrigue. Germain a un court entretien avec son élève, ce jeune homme répond avec un respect teinté de quelque ironie  à ses questions et lui laisse la suite de ses travaux d’écriture.
 

Mon avis : J’ai trouvé tout très réussi dans ce film. Les acteurs sont particulièrement bons. Fabrice Luchini incarne parfaitement ce prof de lettres un peu désabusé, sorti de sa torpeur par un élève prometteur, qui le pousse à écrire, en franchissant certaines limites que je ne vous dévoilerai pas. Le jeune Ernst Umhauer est excellent, il reste toujours sobre, seuls quelques sourires en coin font se demander quelle est la part de manipulation dans son comportement. Kristin Scott Thomas, épouse de Germain, directrice d’une galerie d’art contemporain qui menace de fermer, a un rôle moins discret qu’il n’y paraît dans mon résumé, puisqu’elle participe à la lecture des dissertations du jeune homme, donne son avis, tente de freiner l’enthousiasme de Germain… La famille observée par Claude, son camarade Raphaël, son père qui porte le même prénom et sa mère Esther, sont intéressants aussi, d’autant que l’imagination de Claude les contraint par moments à rejouer des scènes de différentes façons selon les trouvailles de narration du jeune homme. Car, dans la maison des Rapha, ce que nous voyons est ce qui est raconté, et pas forcément ce qui s’y passe réellement, et cela donne lieu à des scènes particulièrement savoureuses. Bref, ce film original, est encore une preuve du talent de François Ozon, qui sait toujours surprendre et envoûter, après des films aussi différents que Sous le sable, Huit femmes, Swimming pool, Ricky, Potiche, pour ne citer que ceux que j’ai vus et aimés.

Lisez aussi les avis de DasolaGéraldinePascale ou Yohan.

Les films commentés sur mon précédent blog sont ici...