Mechtild Borrmann, Enfances perdues

« A l’épicerie de Marion Pfaff, où Elsa faisait ses courses chaque vendredi, les langues allaient bon train. Penser qu’une femme d’ici avait fait une chose pareille ! Ça ne collait pas à leur petit monde bien rangé. »

Dans un petit village allemand proche de la Belgique, la vie n’est pas facile en 1947. En particulier pour Henni, quatorze ans, et ses frères et sœur qui ont perdu leur mère, et dont le père se désintéresse totalement pour passer ses journées à l’église. Une grosse activité de contrebande, de tabac notamment, règne dans cette région frontalière, et les passeurs utilisent des enfants qui ne risquent pas d’être emprisonnés. Henni, débrouillarde et vive, va d’elle-même proposer ses services, pour la survie de la famille, jusqu’à un drame qui les sépare tous.
Parallèlement, le roman raconte un procès en 1970, suivi avec attention par Elsa, amie d’enfance de Henni.

« Quant à ces deux « vérités » dont vous parlez, ce ne sont pas des vérités. Avec le recul, tout le monde agence les choses comme ça l’arrange pour pouvoir vivre avec. On fait tous ça. »

Le cadre dans lequel évolue les personnages m’a beaucoup intéressée, ce coin d’Allemagne proche de la Belgique, ouvrant la porte aux trafics et à la contrebande, pour assurer la survie de certains, et l’enrichissement d’autres, ces marais traversés en pleine nuit dans la neige, ces villageois prompts à observer et à médire… Et le terrible orphelinat…
Par contre, là où je m’attendais à un roman policier, je me suis trouvée face à un roman historique des plus sombres. La noirceur, la tristesse qui émanent du texte, les épreuves qui s’accumulent dans la vie de Henni, tout cela m’a paru excessif, ce que seule une grande sobriété dans l’écriture aurait pu adoucir un peu. Mais non, d’autres drames s’ajoutent, les enfants sont les premiers à en pâtir, et ça, j’ai eu du mal à le lire. Certains personnages manquent totalement d’humanité, et ceux qui viennent apporter un équilibre au récit sont bien peu nombreux.
De plus, l’alternance des époques maintient un suspense un peu artificiel, même s’il offre une respiration bienvenue, et des attentes plus positives, si on peut dire.
Au final, ce roman ne restera pas comme mon préféré de l’autrice, après les lectures successives du Violoniste, de L’envers de l’espoir et de Rompre le silence.

Enfances perdues de Mechtild Borrmann, (Grenzgänger, 2018), éditions Le Masque, 2020, traduction de Céline Maurice, 288 pages.

27 commentaires sur « Mechtild Borrmann, Enfances perdues »

  1. Dommage ! Le début de ton billet me tentait bien car j’aime découvrir des pans oubliés de notre histoire récente. Je lirai donc les autres titres que tu conseilles.

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  2. En 1947, la situation était terrible pour les allemands et les enfants en particulier. On en parle de plus en plus dans les livres et je ne crois pas que cela soit exagéré, surtout dans un orphelinat ! Je viens de lire A l’ombre des loups, à la même époque, dans une autre région et c’est tout aussi noir !

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    1. J’ai demandé A l’ombre des loups à la bibliothèque, sans doute suite à ton billet, j’aurais peut-être mieux fait de laisser passer un peu de temps entre les deux !

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  3. Il est à la bib, alors je l’ai commandé. Je pensais avoir lu le violoniste, mais il s’agit d’un autre livre sur ce sujet, alors, j’ai aussi retenu celui-ci… Je verrai

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  4. Ça avait l’air prometteur. Dommage pour les bémols par la suite. Je tenterai peut-être un autre roman de l’auteure lors de mes explorations allemandes.:)

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  5. Ah ça c’est une autrice que je n’ai toujours pas découverte et pourtant je le voudrais, avec Le Violoniste notamment. Je ne retiens pas trop celui-ci, sur tes conseils 😉

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