Hédi Kaddour, Savoir-vivre

« …j’avais vraiment envie d’une promenade et pas d’un défilé, une promenade dans un parc avec un lac, de l’herbe, des pommes de pin, des rencontres amusantes comme avant-hier, les deux petites-filles du roi sur leurs tricycles, chacune avec sa gouvernante, la plus effrontée c’était l’aînée, celle qui s’appelle Elizabeth, elle faisait exprès d’accélérer pour faire courir sa gouvernante, elle riait… »

Cela se passe à Londres en 1930. Quatre personnages se croisent : Lena, chanteuse américaine qui prépare un concert avec Thibaut, pianiste plus jeune qu’elle avec lequel elle a une aventure. Ensuite, Max, journaliste et ami de longue date d’Helena et enfin Strether, colonel médaillé, dorénavant maître d’hôtel dans un restaurant que Max fréquente souvent. Le journaliste, cherchant un sujet de reportage, veut interroger Strether sur la bataille de Mons, mais surtout sur les partis d’extrême-droite dont l’influence grandit à Londres. Pour distraire Léna de ses obsessions amoureuses, il l’emmène rencontrer Strether, qui se confie d’ailleurs plus facilement en présence de la jeune femme. Ce colonel décoré va devenir le centre du roman, et de quelle manière ! Patience, une surprise attend le lecteur aux trois-quarts du texte.

« Elle supportait de moins en moins le désordre de cet homme, ses rêves de fortune, auxquels il ne croyait même pas, sa capacité à tout vouloir, à ne rien faire, à s’imaginer que le temps devait tout arranger. »

À lire ce texte drôlement bien écrit, avec de subtiles touches d’humour, et beaucoup de finesse, on se croirait dans un roman anglais de Graham Swift ou Julian Barnes. L’ambiance de Londres entre deux guerres est particulièrement sensible et bien restituée. Je ne connaissais pas Hédi Kaddour avant de lire le billet d’Anne, il y a un an, et j’ai eu tout de suite envie de découvrir ce roman aussi. C’est vraiment très bien fait, l’auteur a creusé l’histoire étrange des « anges de Mons », qui seraient venus au secours des troupes anglaises en perdition lors d’une bataille mémorable. Strether y était, c’est donc une source sûre pour le journaliste. Au-delà du personnage fascinant du colonel, il y a aussi l’incursion dans les groupuscules fascistes en Angleterre. Il faut avancer assez loin dans le roman, être bien pris dans les filets d’un auteur très habile pour comprendre le fin mot de tout cela.
Et hop, encore un auteur à suivre !

Savoir-vivre de Hédi Kaddour, (éditions Gallimard, 2010) Folio, 2011, 232 pages.

L’auteur, né à Tunis, est aussi traducteur et enseignant. Il a écrit, entre autres, Les prépondérants, Waltenberg, La nuit des orateurs, et reçu plusieurs prix littéraires.
Lu pour le Mois africain du blog Sur la route de Jostein.

25 commentaires sur « Hédi Kaddour, Savoir-vivre »

  1. Je me souviens l’avoir noté chez Anne aussi… mais je n’ai toujours pas sauté le pas (PAL, LAL…^^). Tu confirmes en tout cas qu’il vaut le détour. Je me le re-souligne.

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  2. C’est Ariane la libraire de TuliTu qui m’a conseillé de lire Hédi Kaddour, c’est un de ses auteurs préférés. Quelle joie de me remémorer ce roman grâce à toi ! Oh oui, quelle surprise attend le lecteur ! Il faudra que j’en pioche un autre quand je retournerai chez TuliTu.

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  3. Oh mais ça m’a l’air intéressant, ça. J’avais beaucoup aimé Les prépondérants de Heddi Kadour il y a quelques années, alors je note ce titre surtout avec de telles comparaisons avec mes chouchous britishs.

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