Lectures américaines (septembre 2022)

La fin du mois se profilant, je regroupe mes lectures américaines d’août et de septembre pas encore commentées en un billet rapide. Vous n’en aurez pas fini pour autant avec mes avis sur des romans nord-américains puisque je suis revenue du festival America de Vincennes avec plein d’idées de livres à lire absolument !

Elizabeth Strout, Tout est possible, Livre de Poche, 2017, traduction de Pierre Brévignon, 288 pages

D’Elizabeth Strout, j’avais lu Olive Kitteridge, et je retrouve ici la même forme de roman, toujours intéressante, mais que tout le monde n’aimera pas : un roman qui ressemble à une suite de nouvelles, avec des connexions entre elles et des personnages en commun. En conséquence, les personnages sont nombreux, mais décrits avec attention et profondeur, et les thèmes très variés : la honte, le remords, la jalousie, le rapport au corps et à la sexualité, les blessures de l’enfance… Et le sujet du roman, alors ? Pour résumer en quelques lignes : les habitants de la petite ville d’Amgash, dans l’Illinois, viennent d’apprendre que Lucy Barton, autrice originaire de leur ville, publie un roman sur son enfance. Cela fait remonter bien des souvenirs en chacun, jusqu’à ce que Lucy en personne revienne dans sa ville natale…
J’ai passé un bon moment avec tous ces personnages, et avec l’écriture de l’autrice américaine, qui ne manque pas de piquant.
Aussi chez Keisha.

James Ellroy, Le dahlia noir, éditions Rivages, 1987, traduction de Freddy Michalski, 504 pages.

Je le savais, en tant qu’amatrice de romans noirs et de littérature américaine, c’était une grosse lacune de ne pas avoir lu James Ellroy, que pourtant j’ai déjà écouté avec plaisir aux Quais du Polar, en 2014
Me voici donc, retenant mon souffle, face au fameux Dahlia noir qui ouvre le « Quatuor de Los Angeles »
Avant d’en arriver à l’affaire du Dahlia noir proprement dite, il faut en passer, et c’est utile pour poser les personnages, par la rencontre entre deux flics boxeurs, Lee Blanchard et Dwight Bleichert, ce dernier étant le narrateur. Il faut voir naître l’amitié qui les unit et aussi la relation qu’ils entretiennent avec Kay, une jeune femme au passé trouble, comme celui des deux policiers. On arrive enfin à l’enquête sur une affaire d’envergure, le meurtre affreux d’une jeune femme de vingt-deux ans, Elizabeth Short.
Si j’ai craint un moment les clichés parmi les personnages des autres flics, pour servir de faire-valoir aux deux héros principaux, j’ai été vite rassurée. Certains d’entre eux sont arrivistes, d’autres ne sont pas des flèches, ce qui apporte des touches d’humour, mais l’ensemble compose un commissariat des plus crédibles, et bien ancré dans les années quarante.
Tout à fait convaincue par cette lecture, par moments très noire, et par le style du maître américain, j’ai déjà prévu de lire le deuxième livre du « quatuor ».
Coup de cœur de Violette.

Richard Powers, Sidérations, éditions Actes Sud, 2021, traduction de Serge Chauvin, 352 pages.

Je ne pouvais pas manquer de retrouver Richard Powers, dont j’ai adoré Le temps où nous chantions et L’arbre-monde. Tout m’encourageait à lire Sidérations, les bons avis, les thèmes de l’enfance « différente », de la sauvegarde de l’environnement, de l’astrobiologie… cela promettait un roman très riche, et c’est tout à fait ce qu’il est.
C’est une lecture dense et profonde du début jusqu’aux dernières pages, une lecture où l’immense intelligence de l’auteur ne laisse jamais le lecteur de côté, et qui pose merveilleusement le personnage de Robin, petit garçon à l’éco-anxiété exacerbée par la mort de sa mère. Theo, son père, va chercher par tous les moyens à apaiser le mal de vivre de son fils, jusqu’à une thérapie innovante, mais perturbante aussi… Un très beau roman !
Lire aussi l’avis de Sandrion.

Glendon Swarthout, 11h14, éditions Gallmeister, 2020, traduction de France-Marie Watkins, 336 pages.

Depuis ma lecture de Homesman, je me promettais de relire Glendon Swarthout, en voici l’occasion avec 11h14. Au croisement du western et du polar, ce roman se déroule en deux époques. Dans les années 70, Jimmy, un auteur de livres pour la jeunesse, prend la route de New York à Harding, au Nouveau-Mexique, à la demande de Tyler, son ex-femme, pour enquêter sur la mort suspecte de l’amant de celle-ci.
Cela va conduire Jimmy à se demander ce qui s’est passé dans cette ville, de 1901 à 1916, entre les deux grands-pères de Tyler…
Au départ, l’histoire est plutôt emberlificotée, mais toujours traitée d’une manière pleine d’humour. Les personnages ne manquent pas de relief, à commencer par Jimmy, avec sa voiture clinquante et ses costumes tape-à-l’œil, peu adaptés à une enquête dans la « cambrousse ». Et pourquoi 11h14 ? Je ne vais tout de même pas vous révéler ce point crucial ! Une lecture plaisante, mais sans doute pas inoubliable.
Repéré chez Electra.

James Sallis, Sarah Jane, éditions Rivages, 2021, traduction de Isabelle Maillet, 220 pages.

Sarah Jane est une jeune femme poursuivie par un passé compliqué, qui réussit à être engagée comme agent au poste de police de la petite ville de Farr. Cal, son chef, fait tout son possible pour l’aider à prendre ses marques, lorsque tout à coup, il disparaît. Est-il mort ou vivant ? Pour le savoir, Sarah va devoir creuser loin, très loin, ce qui la ramène à sa propre histoire.
Le style de James Sallis, déjà rencontré dans Willnot, c’est la concision et l’ellipse élevées au rang d’art, ce qui a un léger inconvénient, de laisser une impression plus fugace que des romans plus denses et plus bavards.
Mais quelle force, cette écriture qui jamais ne vous perd, mais dit tellement en peu de mots ! Les dialogues sont aussi chargés de sens que la narration elle-même, qui prend la forme d’un journal personnel de Sarah.
Ajoutons l’empathie de l’auteur envers ces personnages cabossés, et vous saurez que j’ai aimé cette lecture, que je ne peux que vous recommander.
Un avis similaire chez Actu du noir.

Et vous, avez-vous lu certains de ces romans ?

37 commentaires sur « Lectures américaines (septembre 2022) »

  1. Mais quelle belle brochette tu nous présentes là ! Et quelle chance que d’avoir pu te rendre au Festival America (j’en rêêêvvvve !).
    « Le Dahlia noir » est un inoubliable souvenir de lecture, je l’ai d’ailleurs lu 2 fois.. et j’adore Ellroy, j’ai eu une période où j’en ai lu plein d’affilée, mais ça finit par être sacrément plombant quand même..
    Olive est sur ma pile, et Siderations la rejoindra dès sa sortie poche (et rejoindra aussi d’aillerus « L’arbre-monde » et « Opératioon errante », oh là là..). Comme toi enfin, j’avais apprécié Willnot, et succomberai donc probablement à ce nouveau Sallis.

    Merci pour tout ça (et tu peux te joindre ainsi au mois Américain « non officiel » : https://www.facebook.com/groups/581900460251223).

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    1. J’ai bien l’intention de continuer après Le dahlia noir, mais à petites doses. Je vois que tu ne manques pas de ressources dans ta pile non plus !
      Pour le mois américain, je ne vais plus sur Facebook, mais je communique mes billets à Cannibal lecteur et Pativore pour leur « mois américain en solitaire » : nous sommes tous des solitaires, donc !

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      1. C’est toujours comme ça… quand j’y suis, je n’ai jamais le temps d’assister à d’autres rencontres que celles que j’anime et c’est frustrant. Mais je vois que pas mal de débats sont déjà regardables en vidéo, c’est chouette !

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  2. Quelle chance aussi d’avoir pu aller à Vincennes ! Et quelle belle récolte ! (A part peut-être Ellroy, auquel je n’accroche pas pour l’instant). Je vois dans les commentaires d’Ingannmic et Kathel qu’il existe un mois américain « non officiel »… mais c’est un groupe sur Facebook, un frein pour moi

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  3. « Tout est possible » est le seul roman d’Elisabeth Strout qui m’aie un peu déçue jusqu’à présent. J’ai préféré le premier « Je m’appelle Lucie Barton » (pas de billets). J’ai lu « le dalhia noir » il y a longtemps, il ne m’a pas laissé un grand souvenir et je ne sais pas pourquoi.

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    1. J’ai plutôt aimé « Tout est possible » mais je ne dis pas que j’enchaînerais plusieurs romans de cette autrice. C’est particulier.
      (je vais commencer ce soir Les femmes du North End, j’espère aimer!)

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  4. Bon, quelques idées intéressantes à ajouter à ma wish (on reste calme), des romans que j’ai déjà lus (arbre monde é sidérations), de ceux que je dois lire (James Sallis)…

    Mais je ne puis les ajouter au récap du Mois Américain car certains datent d’il y a trop longtemps ! Je n’aurais absolument rien dit pour des billets datant d’après le 20 août 2022… mais là, même ma coolitude ne pourra pas les accepter ! mdr

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      1. Ah mais pas de soucis, chacune est libre dans sa vie et sur son blog. Loin de moi l’idée de dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Mais je me demandais juste ce que je devais faire avec les titres proposés. Rien de plus.

        Si j’ai tout compris, il me faut ajouter à ton récap « Le dahlia noir », « sidérations », « 11h14 » et « Sarah Jane » ou je me trompe ? ou j’en oublie ? 😆

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          1. J’ai mis chaque titre séparément et le lien commun à chaque titre. Je pense que c’est le mieux.

            Hier, j’avais la tête dans le c**, trop de boulot IRL et trop aussi pour le blog et Livraddict ! Me faudrait une secrétaire, tiens… 😆

            T’inquiètes, je vais y arriver… ou pas ! MDR

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    1. 11h14 n’est pas mauvais du tout, il a un rythme et une écriture qui peuvent se comparer à Homesman, mais il est dans un genre plus fantaisiste, je trouve…
      Bonnes découvertes avec Elizabeth Strout et James Ellroy !

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  5. Ingammic a raison Ellroy, c’est très fort mais si tu en lis plusieurs à la suite, tu as le moral à zéro ! J’avais bien aimé Olive, lu au moment de la parution. Celui que tu donnes le plus envie de lire est Sarah Jane ! Je retiens le titre.

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