J. Courtney Sullivan, Les anges et tous les saints

« Quand la statue de la Liberté se découpa sur l’horizon, le jour de leur arrivée à New York, on aurait dit que tous les gens à bord s’étaient alignés le long du bastingage pour l’apercevoir. Nora se demanda si le bateau n’allait pas chavirer. »

Dans les années cinquante, deux sœurs sont contraintes de quitter l’Irlande pour les États-Unis. Nora et Theresa arrivent à Boston, où le fiancé de Nora vit déjà depuis un an. Elles cohabitent avec le fiancé et une cousine dans une pension de famille. Nora aurait aimé plus de temps de réflexion pour être sûre de vouloir épouser Charlie, mais ce départ rend leur mariage inéluctable. Pendant ce temps, Theresa compte profiter de la vie plus libre offerte par leur pays d’accueil. Les deux sœurs sont aussi différentes que possible, et c’est une surprise de les retrouver cinquante ans plus tard dans des rôles qu’on n’aurait pas imaginés, notamment en ce qui concerne Theresa, devenue religieuse. Plus classiquement, Nora est mère de quatre enfants adultes, et grand-mère. Un drame va pousser les deux sœurs à communiquer, elles qui ne s’étaient pas parlé depuis de longues années.

« La communication était censée être la grande révolution de notre époque. En théorie, vous pouviez joindre n’importe qui à n’importe quel moment. Quand Nora voyait ses enfants, ils avaient en permanence leur téléphone à la main. Quand elle appelait ses enfants, ils décrochaient rarement. »

Le roman revient avec beaucoup de justesse sur leurs parcours, sur les décisions, petites et grandes, qui ont déterminé leurs vies, mais aussi sur le poids de la famille, des traditions et de la religion qui ont façonné ces choix.
Malgré une légère impression de « déjà lu » au départ, si on connaît des auteurs qui ont relaté l’immigration irlandaise (Brooklyn de Colm Toibin ou Du côté de Canaan de Sebastian Barry) le style fluide et agréable fait avancer ensuite rapidement dans cette histoire de famille plutôt originale, avec des personnages immédiatement intéressants, en particulier Theresa et les enfants de Nora.
Je n’ai pas toujours été convaincue par la traduction, et globalement, j’ai préféré lire Les débutantes et surtout Maine. Dans ce roman familial, l’histoire aurait gagné à être un peu plus concise pour répondre parfaitement à mes attentes, ce qui aurait mieux mis en valeur les très beaux personnages et les observations toujours pertinentes de l’autrice.
J. Courtney Sullivan sera présente au Festival America, son dernier roman, Les affinités électives, étant paru en mai 2022, aux éditions Les Escales.

Les anges et tous les saints de J. Courtney Sullivan, (Saints for all occasions, 2017) Livre de Poche, 2020, 552 pages, traduction de Sophie Troff.

A propos de ce roman, voici l’avis de Brize qui pourra récolter aussi ma lecture pour le pavé de l’été !

23 commentaires sur « J. Courtney Sullivan, Les anges et tous les saints »

  1. J’ai lu cet été « les affinités selectives » et je n’ai pas été conquise. Certes cette auteure analyse bien les réalités sociales mais elle dit en 500 pages ce qui serait intéressant en 200.

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  2. « Maine » a placé la barre assez haut. « Les débutantes » étaient un cran en-dessous. J’hésite à continuer par peur de la déception, mais en pavé de l’été ça peut être sympa.

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    1. Tout à fait d’accord en ce qui concerne ses précédents romans… Je n’ai pas été déçue, juste un poil critique, mais c’est effectivement une bonne lecture d’été.

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  3. Un pavé à deux pages près ! Bravo ! Contrairement à Luocine, moi, j’aime les livres un peu épais, sinon, j’ai tendance à les oublier rapidement, j’aime rester longtemps dans des histoires qui me plaisent…

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  4. Je me permets de revenir sur le sujet « pavé de 500 pages » je trouve que de façon générale les lecteurs dont je fais partie , acceptent trop facilement les énormes romans américains qui parfois (pas toujours) gagneraient à être plus concis et que nous attribuons nos coups de cœur à des romans beaucoup plus courts, plus lapidaires, plus elliptiques, quand ils sont français.

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    1. Je suis partagée : il m’arrive de donner des coups de coeur à des romans denses et dans lesquels j’ai le temps de plonger longuement, et parfois j’apprécie énormément la concision si elle est assortie d’un style qui sort du commun. Bref, j’ai du mal à faire émerger des constantes…
      D’autres lecteurs se reconnaîtront peut-être davantage dans ta remarque ?

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  5. Le thème m’aurait beaucoup tentée… mais c’est vrai qu’après Brooklyn, ce n’est pas facile à accoter. J’ai Les débutantes et Maine dans ma pile. On va donc commencer par ceux-là!

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