Antonio Moresco, La petite lumière

« Qu’est-ce que ça peut bien être, cette petite lumière ? Qui peut bien l’allumer ? », je me demande tout en marchant dans les rues empierrées de ce petit hameau où personne n’est resté. « Est-ce que c’est une lumière qui filtre d’une petite maison solitaire dans les bois ? Est-ce que c’est la lumière d’un réverbère resté là-haut, dans un autre hameau inhabité comme celui-ci, mais de toute évidence encore relié au réseau électrique, qu’une simple impulsion allume toujours à la même heure ? »

Un homme vit volontairement seul, de manière simple et frugale, dans un petit hameau sur la pente d’une montagne. Il observe l’éveil de la nature, les plantes, il parle aux oiseaux, rencontre un vieux chien, descend faire quelques achats au village le plus proche. Une chose l’intrigue vraiment, c’est une petite lumière qui chaque soir, à la même heure, s’allume sur l’autre flanc de la montagne. Il s’interroge, pose des questions aux villageois, puis finit par aller voir l’origine de cette lumière. Et là, il se retrouve face à d’autres questions, encore plus profondes, qui vont le mener encore plus loin…

« Le ciel est traversé par les dernières hirondelles qui volent, çà et là, comme des flèches. Elles passent en rase-mottes au-dessus de moi, s’abattant tête la première sur de vastes sphères d’insectes suspendus entre ciel et terre. Je sens le vent de leurs ailes sur mes tempes. Je vois distinctement devant moi le corps noir, plus caréné et plus grand, de quelque insecte englouti par une hirondelle qui le suivait le bec grand ouvert en lançant des cris. »

J’avais vu ce livre il y a quelques années sur plusieurs blogs et l’avais oublié, jusqu’à ce qu’il m’arrive entre les mains par hasard. (au fond de la bibliothèque du village, dans une caisse de livres donnés par un lecteur ou une lectrice). Une occasion à saisir…
C’est un roman qui ne va pas jouer sur de nombreux rebondissements pour avancer, qui ne va pas répondre à toutes les questions posées, qui va prendre son temps, ensorcelant et touchant mélange d’une histoire presque fantastique, de remarques naturalistes et de pensées éparses provoquées par l’observation de la nature.
Le narrateur parle peu de lui, pas du tout des raisons qui l’ont amenée dans ce hameau perdu, si toutefois il y a des raisons. Il s’interroge beaucoup, pas seulement sur la lumière mystérieuse, mais sur le sens de sa vie, même s’il ne le formule pas vraiment ainsi. Roman sur les forces de la nature, sur la solitude, sur la brutalité du monde, La petite lumière atteint son but avec une économie de mots qui laisse sans mots, justement.

La petite lumière d’Antonio Moresco, (La lucina, 2009), éditions Verdier, 2014, traduction de Laurent Lombard, 125 pages.

Aifelle, Dominique et Luocine l’ont lu aussi… et vous, connaissez-vous ce roman, ou d’autres de l’auteur ?

31 commentaires sur « Antonio Moresco, La petite lumière »

  1. Jolie conclusion ! Je l’avais repéré aussi il y a plusieurs années. Tu me le remets en mémoire. Je ne sais pas si je serai séduite par l’intrigue mais je crois que l’écriture vaut le détour.

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