Michael Christie, Lorsque le dernier arbre

Rentrée littéraire 2021 (4)
« Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre, dit le proverbe. Mais Willow sait d’expérience que ce serait plutôt le contraire. Un fruit n’est jamais que le véhicule par lequel s’échappe la graine, un ingénieux moyen de transport parmi d’autres – dans le ventre des animaux, sur les ailes du vent – tout ça pour s’éloigner le plus possible des parents. »

2038, le temps du Grand Dépérissement. Sur la planète, pratiquement tous les arbres ont disparu, des nuages de poussière envahissent tout, et la survie des humains repose sur des règles drastiques, qui n’empêchent pas une grande pauvreté. Au large de la Colombie Britannique, une petite île constitue l’un des derniers endroits où l’on peut encore voir et toucher des arbres. Jacinda y est guide pour les quelques privilégiés qui peuvent se payer cette excursion parmi des arbres immenses et encore préservés pour un temps.
C’est alors qu’un avocat, ancien ami de Jacinda, lui apprend qu’elle serait la descendante de la famille Greenwood, enrichie grâce à l’industrie du bois, et qui a donné son nom à l’île où elle travaille. À partir de là, le roman va remonter le temps et les générations sur une centaine d’années jusqu’à deux personnages fondateurs : les frères Everett et Harris Greenwood, qui ne sont pas vraiment frères, dont personne ne connaît les parents, et qui vont suivre des voies des plus divergentes.

« Le temps, Liam le sait, n’est pas une flèche. Ce n’est pas non plus une route. Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout – dans le corps, dans le monde – , comme le bois. Couche après couche. Claire puis sombre. Chacune repose sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. »

Pavé oblige, le roman comporte bon nombre de personnages, mais aucun qui soit inutile à la progression de l’histoire, et quelle histoire extraordinaire ! Même si certains épisodes prennent place à partir de 1908, le cœur du roman se déroule en 1934, en pleine Grande Dépression. L’auteur prend alors son temps pour raconter le moment où tout se joue pour la famille Greenwood, avec un nouveau-né tour à tour abandonné, recueilli et recherché, dont le destin ne peut laisser indifférent.
Le travail du bois et le commerce des arbres ont une grande importance dans le roman, mais l’histoire de famille prend le devant de la scène, pas une histoire facile et souriante, mais un carrousel où chacun doit faire face à son lot d’échecs et de coups du sort. Une construction impeccable, une belle écriture et des personnages, surtout le duo des frères Greenwood, remarquables, voici qui fait un excellent roman pour finir l’année ou pour la commencer.

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, (Greenwood, 2019), éditions Albin Michel, août 2021, traduction de Sarah Gurcel, 590 pages.

Repéré chez Eva, Keisha et Krol, entre autres, et emprunté à la médiathèque.

38 commentaires sur « Michael Christie, Lorsque le dernier arbre »

  1. Un excellent roman, quel que soit le moment. Bizarre, j’ai vérifié, la jeune femme du début s’appelle Jake et non Jacinda, Jake est trompeur, peut-être a -ton choisi de changer le nom?

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    1. Nous sommes d’accord ! Alors pour Jake, je n’ai plus le roman sous la main, mais me souviens que les deux prénoms étaient utilisés (sans doute Jacinda par son ancien ami ?) et que j’ai choisi ce prénom dans mon court résumé pour éviter l’ambigüité.

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  2. Ce n’est pas trop mon genre de lecture (il me semble, je peux me tromper) mais j’ai failli le lire quand j’ai vu que l’auteur était en dédicace en librairie près de chez moi, et puis j’ai raté le coche, délai trop juste. Bon, j’aurais pu aller le voir quand même mais je finissais tard ce soir-là. 😦

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    1. L’arbre-monde n’a pas de quoi effrayer, je t’assure… (contrairement à d’autres romans de Richard Powers). Le côté scientifique est plus présent, mais très clairement expliqué.

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  3. Les avis semblent unanimes! Il m’attend, je repousse sa lecture vu l’épaisseur du livre, mais j’ai hâte de découvrir cette saga.

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  4. Il me semble que c’est chez Nicole que j’avais déjà lu un billet très enthousiaste. Peut-être qu’un de ces jours…

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