Mohamed Mbougar Sarr, De purs hommes

« Ce sont de purs hommes parce qu’à n’importe quel moment la bêtise humaine peut les tuer, les soumettre à la violence en s’abritant sous un des nombreux masques dévoyés qu’elle utilise pour s’exprimer: culture, religion, pouvoir, richesse, gloire… Les homosexuels sont solidaires de l’humanité parce que l’humanité peut les tuer ou les exclure. »
Au sortir d’une nuit d’amour avec son amie, un jeune professeur d’université voit une vidéo, qui circule rapidement au Sénégal, montrant l’exhumation d’un corps par une foule en colère. C’est ainsi que la communauté, parfois même la famille proche, réagit lorsqu’un homosexuel est enterré dans un cimetière. Obsédé par cette vision, Ndéné Gueye, le professeur, n’a de cesse de savoir qui était l’homme ainsi mis au ban de la société même après sa mort.

« Si un gay était repéré, à tort ou à raison perçu comme tel, charge était à sa famille se disculper : elle devait certifier qu’elle abominait ce mal, soit en coupant tout lien avec l’accusé, soit en faisant montre d’une violence encore plus grande à son encontre. »
L’écriture de Mohamed Mbougar Sarr, d’une grande force, viscérale, frappante, présente un état des lieux de l’homophobie au Sénégal. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est glaçant. La situation est finement analysée au travers d’un cas particulier et de quelques personnages, représentatifs sans être caricaturaux. L’incipit qui met directement dans le vif du sujet, le thème très fort, l’écriture directe et sensible, m’ont vraiment embarquée. De purs hommes est le troisième roman de l’auteur, qui vient d’en publier un autre : La plus secrète mémoire des hommes, aux éditions Philippe Rey, pour cette rentrée littéraire. Je ne manquerai pas de le découvrir.

De purs hommes de Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey, 2018, paru au Livre de Poche, janvier 2021, 190 pages.

Lu pour le mois africain à retrouver Sur la route de Jostein.

37 commentaires sur « Mohamed Mbougar Sarr, De purs hommes »

  1. Mais pourquoi au début de ton billet tu cites le fait qu’il aime les foules? C’est juste un propos qui montre sa tristesse face aux réactions des foules ?

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    1. Je trouvais cette citation intéressante, et le contexte est autre que celui de l’exhumation, mais c’est vrai que là, on croirait qu’il aime ce que fait cette foule. Je devrais changer de citation, je crois…
      … voilà, c’est fait ! (désolée pour ton commentaire) J’espère t’avoir tout de même donné envie de te pencher sur ce roman !

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      1. Non non il ne fallait pas changer ta citation elle donnait bien une idée du style.ais celle que tu as choisie va , évidemment mieux avec ton propos. Oui j’ai envie de lire ce livre mais j’ai peur du côté trop dur.

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  2. Je l’avais noté, sans donner suite. Ton billet va le faire remonter ; je vais commencer par voir la bibli, ils l’ont peut-être.

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  3. Le sujet m’intéresse autant qu’il me glace. Ton billet me fait penser aux Aquatiques, publié en cette rentrée littéraire. Le sort réservé aux homosexuels en Afrique semble terrifiant.

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    1. J’ai repéré aussi Les aquatiques, mais j’attendrai un peu pour le lire. Le sujet est vraiment bien traité par Mohamed Mbougar Sarr, il explore tous les aspects d’une homophobie profondément enracinée, (même si ça évolue) et c’est passionnant, en plus d’être extrêmement bien écrit.

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    1. C’est plutôt dur, oui, et j’avoue avoir découvert des aspects méconnus de l’intolérance et du rejet de l’autre, mais c’est vraiment passionnant et très bien écrit.

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  4. Décidément, que de bonnes pioches pour toi au rayon africain ! Merci pour cette nouvelle découverte. Ça me donne envie de consacrer 2022 à davantage de littérature africaine, tiens ! J’en lisais déjà mais il y a eu un gros creux ces dernières années et je voulais y revenir depuis un moment. Voilà, tu m’as motivée !^^

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    1. Comme toi, je lisais moins de littérature africaine, (un peu de paresse sans doute ! 😉 ) et je suis contente de ces découvertes. J’ai eu la main un peu moins heureuse ensuite, ou j’étais moins bien disposée, j’en reparlerai.

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    1. Mais de rien ! Le groupe a pris son essor tranquillement, mais il apporte déjà beaucoup de belles découvertes. La rentrée littéraire nous a donné des idées aussi.

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  5. Me voilà tentée à mon tour, surtout par le sujet, mais aussi par l’idée de découvrir un peu plus la littérature de ce continent. Ce n’est pas une littérature très visible, et souvent, j’ai été déboussolée par des textes trop poétiques pour moi. C’est donc une super idée que ce groupe, je vais aller y piocher des envies en plus de ce titre. Merci du partage.

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    1. J’ai aussi du mal avec les styles trop poétiques, ce n’est pas le cas ici. Je profiterai peut-être de ce mois pour faire un retour sur les littératures africaines que j’ai lues précédemment.

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  6. Cette lecture avait été un coup de cœur, et je compte bine lire aussi son dernier titre. J’ai lu son premier, « Terre ceinte », pour le mois africain, dont le billet paraîtra d’ici fin septembre. Un titre intéressant, mais stylistiquement moins abouti que celui-ci, à mon avis.

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    1. Je trouve celui-ci parfait pour commencer ! (mais je n’ai pas encore acquis l’autre, on voit de grosses piles en librairie, ça m’a donné envie d’attendre !)

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