Elizabeth Jane Howard, Étés anglais

« Mais au fil des années, des années de douleur et de dégoût pour ce que sa mère avait appelé un jour « le côté horrible de la vie conjugale », des années de solitude remplies d’occupations futiles ou d’ennui absolu, de grossesses, de nounous, de domestiques et d’élaboration d’innombrables menus, elle avait fini par considérer qu’elle avait renoncé à tout pour pas grand-chose. »

Voici, pour terminer le mois anglais, le début d’une saga beaucoup vue sur les blogs et les tables des libraires, et qui ne saurait être plus anglaise. Nous sommes au sein d’une famille élargie, les parents âgés, une sœur célibataire, et trois frères, leurs épouses et leurs enfants. Tous vivent à Londres et se retrouvent pour l’été dans la demeure familiale du Sussex, avec, comme il se doit, une armée de cuisinières, femmes de chambres et jardiniers. Nous les suivrons lors des étés 1937 et 1938. Il est bien sûr question de la guerre, celle qui est passée et où deux des frères ont combattu, et celle qui menace l’Europe. Mais les petites inquiétudes de chacun prennent aussi une grande place. Hugh, le fils aîné, revenu blessé de la guerre, et Sybil, son épouse dévouée, Edward, le cadet, grand séducteur, et Viola qui ignore cet aspect de son époux, Rupert, le plus jeune et sa seconde épouse Zoë, ont chacun des enfants, et les cousins se retrouvent avec plaisir, mais certaines failles apparaissent rapidement dans le tissu familial. Les préoccupations vont bien au-delà de savoir qui vient boire le thé ou quelle robe porter pour aller au théâtre. Cela n’est pas absent, mais d’autres thèmes bien plus graves apparaissent, qui vont très certainement prendre plus de place dans les tomes suivants.

« La Duche appartenait à une génération et à un sexe dont l’opinion n’avait jamais été sollicitée pour quoi que ce soit de plus précieux que les maux des enfants ou d’autres préoccupations ménagères, mais cela ne voulait pas dire qu’elle n’en avait pas ; la guerre faisait seulement partie de la multitude de sujets jamais mentionnés, et encore moins discutés, par les femmes, non par pudeur, comme dans le cas de leurs fonctions corporelles, mais parce que, dans le cas de la politique et de l’administration générale des affaires humaines, leur intervention était inutile. »

Tout entier centré sur la psychologie des personnages, le roman s’avère passionnant une fois qu’on a bien assimilé les différents membres de la famille (repérés si besoin par un arbre généalogique au début du livre). Il faut se rappeler que l’auteure est elle-même née en 1923 comme les jeunes Polly ou Louise, que ce premier tome correspond à l’époque de son adolescence, et a sans doute beaucoup à voir avec ce qu’elle a connu.
C’est le réalisme qui frappe d’abord, avec beaucoup de petits détails aussi précis qu’indispensables, la finesse psychologique ensuite. Les portraits féminins très réussis alternent sans se ressembler, et hormis quelques petites longueurs, l’ensemble se lit avec délectation. J’ai de beaucoup préféré cette histoire à celle racontée dans Une saison à Hydra, il y a une forme d’humour dans l’observation de la famille et de ses travers que je n’avais pas décelée dans cet autre roman de l’auteure
Je me procurerai sans faute le deuxième tome qui retrouvera la famille Cazalet en septembre 1939.

Étés anglais, la saga des Cazalet I, d’Elizabeth Jane Howard (The light years. The Cazalet chronicles. Vol . I, 1990) éditions de La Table Ronde, 2020, traduction de Anouk Neuhoff, 557 pages.


Parmi beaucoup d’autres avis, ceux d’Enna, Eva ou Jérôme.

Ce mois de juin aura été totalement anglais, vous pouvez chercher d’autres idées ici ou . C’est aussi mon premier pavé de l’été à retrouver chez Brize.

56 commentaires sur « Elizabeth Jane Howard, Étés anglais »

  1. J’ai été sensible, comme toi, à la variété des portraits féminins, qui par petites touches, enrichissent le propos, et fait apparaître d’autres problématiques que celle du thé, effectivement. J’attends la sortie du second tome en poche, mais ce n’est pas pour tout de suite apparemment !

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  2. Et hop, un premier pavé ! Challenge réussi, Kathel 👏 !
    De mon côté, j’ai eu l’occasion d’emprunter le livre en bibliothèque, mais ça ne devait pas être le bon moment car je l’ai rendu sans l’avoir lu. Mais je le garde en mémoire et j’ai lu ton billet avec intérêt.

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    1. Tu pourrais sans doute réessayer, au début il faut s’habituer aux nombreux personnages, et après, ils sont vraiment intéressants, leurs caractères se dévoilent, évoluent, bref, cela promet pour la suite.

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  3. Je me dépêche de noter ce titre …. mais je ne dis pas quand je le lirai ni quand je ferai mon billet (Si j’en fais un)

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  4. J’ai lu les trois tomes, et j’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire mais surtout ces fabuleux personnages confrontés à la construction de leur vie et, bien souvent, à ce vide qu’on peut ressentir sur la façon dont on peut la mener.
    BONHEUR DU JOUR (http://bonheurdujour.blogspirit.com)

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  5. il y a un moment que je veux lire cette saga, car j’ai vu de nombreux avis enthousiastes, mais il va falloir que j’investisse car ils ne sont pas à la BM 🙂

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  6. Le deuxième est encore meilleur à mon sens, et je viens de terminer le 3ème tout aussi immersif et savoureux. J’aime la peinture de l’époque par le prisme de cette famille, la pointe d’humour et le regard acéré de l’auteure. Bref, je suis fan et je ne pense pas que les 4 et 5 pourraient me décevoir.

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  7. J’ai beaucoup aimé ce tome 1, ainsi que les deux suivants. Il me tarde de lire le tome 4. Une fois bien assimilé les différents personnages et leurs liens, c’est un régal à lire si on aime les sagas familiales.

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