Emily St. John Mandel, L’hôtel de verre

« Vous savez ce que j’ai appris au sujet de l’argent ? Quand j’ai essayé de comprendre pourquoi ma vie à Singapour me semblait plus ou moins identique à celle que j’avais à Londres, c’est là que j’ai réalisé que l’argent est un pays en soi. »
Un hôtel haut de gamme sur une île canadienne au nord de Vancouver reçoit des habitués en quête de calme. C’est là que travaillent Vincent, une jeune barmaid, ainsi que son frère Paul à l’entretien. Une inscription étrange au feutre indélébile sur une vitre « Et si vous avaliez du verre brisé ? » va marquer la rencontre de plusieurs personnages importants de l’histoire. Le roman a commencé avant, par la toute fin, puis est revenu à ce point crucial à l’hôtel Caiette, avant de repartir vers d’autres épisodes, antérieurs ou postérieurs. Rassurez-vous, on comprend tout sans s’égarer !
Emily St John Mandel a une façon particulièrement attrayante de déposer des sortes d’indices, des phrases qui interpellent et obligent à se poser des questions sur la suite du roman. La chronologie bouleversée, mais pourtant facile à suivre, participe aussi aux attentes de lecture qui sont dès lors très grandes : il faut donc que rien ne vienne créer de déception…

« Il parlait pour plusieurs d’entre nous qui avaient beaucoup réfléchi à cette dualité : savoir et ne pas savoir, être honorable et ne pas être honorable, savoir que vous n’êtes pas quelqu’un de bien mais essayer quand même d’être quelqu’un de bien dans les limites de la corruption. »
Après avoir fini ce roman, j’ai du attendre quelques jours pour trouver les mots pour en parler. Le sujet, ce que l’on découvre rapidement, est une version romancée de l’affaire Madoff, de cet escroc et génie de la finance à la fois, qui avait imaginé une pyramide de Ponzi, consistant à investir de l’argent qui n’était pas à lui de manière fictive, en trouvant toujours d’autres investisseurs pour payer les dividendes des précédents. En gros, n’est-ce pas, l’économie et moi, ça fait deux !
Il se nomme ici Jonathan Alkaitis, c’est le personnage central, et celui que l’on cerne le mieux, mais les protagonistes sont nombreux, entre ses compagnes, ses amis, ses investisseurs, ses employés, et les différents points de vue éclairent avec virtuosité cette affaire.
L’écriture et la construction très subtile constituent une belle manière de parler d’un sujet plutôt rébarbatif. Je ne dirais pas que c’est un coup de cœur, mais ce roman m’a tenue en haleine, et fait voyager entre l’hôtel de luxe, Manhattan, un porte-containers, une salle de concert, une prison, même. Il comporte de très beaux passages, et fait toujours appel à l’intelligence du lecteur, ce qui n’est pas négligeable. Emily St John Mandel est décidément une auteure à suivre !

L’hôtel de verre d’Emily St John Mandel, (The glass hotel, 2020) éditions Rivages, février 2021, traduction de Gérard de Chergé, 398 pages.

29 commentaires sur « Emily St. John Mandel, L’hôtel de verre »

    1. Station Eleven m’avait beaucoup plu aussi. Celui-ci est différent, mais pas inférieur en terme de style et de structure.

      J'aime

  1. L’argent et la corruption me dépriment un peu. Ce que tu dis de la construction du roman est attirant. Mais je ne sais pas si cela suffira à me faire lire ce livre.

    J'aime

    1. Ce n’est pas mon thème de prédilection non plus, mais ici, dans ce mélange de roman noir, social et psychologique, ça se lit bien.

      J'aime

  2. J’avais moyennement apprécié Station Eleven. En plus tout ce qui concerne les magouilles financières m’embrouille très vite, alors je ne suis pas sûre d’essayer.

    J'aime

    1. Tu peux tout à fait commencer par Station eleven qui doit être en poche et qui est un excellent roman post-apocalyptique.

      J'aime

  3. J’avais abandonné Station eleven (ouaip!) mais comme ce roman est à la bibli, je peux tenter

    J'aime

      1. Ce n’est pas cela. Une sorte d’invraisemblance dans la première partie. Et ensuite o n est passé à autre chose, alors que j’étais bien captée. bref, je peux voir ce dernier roman!

        Aimé par 1 personne

  4. Ah oui, elle est très très douée la demoiselle 🙂 J’avais adoré Station Eleven et je n’ai pas été déçue par L’hôtel de verre, il y a un truc un peu magique, un je ne sais quoi dans sa façon de tisser une atmosphère, de rendre la complexité hyper fluide et évidente… Bref, je suis fan.

    J'aime

    1. C’est ça, ça paraît simple, mais ça ne l’est pas du tout, et j’imagine que ceux qui tenteraient de l’imiter auraient bien du mal… 🙂

      J'aime

  5. Ah ? J’avais tellement été bluffée par Station Eleven que j’ai hésité à lire un autre de ses romans (oui je sais, totalement paradoxal…), mais là je pense que je ne vais plus hésiter. Hâte de découvrir ça.

    J'aime

  6. J’ai adoré « Station Eleven » et du coup j’avais peur de commencer celui-ci de peur d’être déçue. Quand je me suis lancée, je n’ai pas été déçue, loin de là ! j’ai adoré les ambiances, la nostalgie, le côté un peu sombre mais pas forcément triste.

    J'aime

Les commentaires sont fermés.