Lectures du mois (25) avril 2021

Voici des lectures regroupées faute d’avoir envie d’écrire des billets plus longs, et, une fois n’est pas coutume, ce sont exclusivement des romans français, et plutôt rapides à lire. Pas tout à fait des nouveautés, vous pourrez donc les trouver dans vos bibliothèques préférées s’ils vous intéressent.

Jean-Philippe Blondel, La grande escapade, éditions Buchet-Chastel, 2019, 266 pages, existe en Folio.
« Sept ans auparavant, Lorrain avait rejoint (avec retard et après beaucoup de tergiversations, soit) le camp des soixante-huitards – mais il en était revenu. Certes, il était fondamentalement attaché à la liberté de mouvement, mais lorsqu’on voyait toutes les dérives, la place de plus en plus grande que réclamaient les femmes, les droits qu’on voulait octroyer aux enfants, on ne pouvait que craindre les dérives et, disons-le, oui, le chaos. »

Au milieu des années soixante-dix, un léger vent de liberté souffle sur le groupe scolaire Denis-Diderot. Sur le temps d’une année scolaire, des amitiés enfantines se défont, des relations entre adultes se forment, des inimitiés deviennent plus marquantes. Il faut dire qu’il y a là quelques caractères bien trempés ! Le microcosme du groupe scolaire et des logements de fonction est habilement décrit par l’auteur, avec des personnages qui échappent à la caricature et des situations qui ne manquent pas d’ironie. La tribu des enfants d’enseignants est aussi bien portraiturée que celle des parents. J’ai été un peu étonnée que le focus passe du groupe des enfants au groupe des adultes de façon assez définitive, mais ce choix n’est pas inintéressant. Philippe Blondel demeure comme toujours agréable à lire, avec dans ce roman beaucoup plus d’ironie que dans les précédents qui étaient passés entre mes mains. Je serai curieuse de la suite, à l’occasion.

Maylis Adhémar, Bénie soit Sixtine, éditions Juilliard, 2020, 297 pages.
« Elles repartent le cœur empli de joie, les filles de la Milice de la Croix. Missionnaires, leurs pas glissent sur la chaussée du monde pécheur. Les dix commandements dans leur sac à main. Elles les feront leurs, elles les partageront. Ce soir, douze femmes résisteront au vice pour l’amour de Dieu. »

Élevée dans une famille catholique intégriste, Sixtine rencontre Pierre-Louis et cède à l’attrait du jeune homme, s’ensuit le beau mariage dont elle a rêvé, ou surtout que sa mère imaginait pour elle. Sixtine, qui a toujours été éloignée à force de prières et de pénitences, des réalités de la vie, et la nuit de noces et les suivantes ne sont guère des parties de plaisir. Quand elle attend un futur héritier, elle n’est pas à la fête non plus. Jusqu’à un événement qui va bousculer sa vie, ses croyances et lui faire découvrir d’autres milieux.
Beaucoup de lecteurs ou lectrices ont trouvée plus vraisemblable la première partie du roman, et été un peu désarçonnés par le cheminement de Sixtine dans la deuxième partie, j’ai eu le parcours inverse. Le début m’a semblé un peu caricatural, avec des personnages sans trop de nuances, alors que j’ai trouvé plus de finesse dans l’émancipation de Sixtine. L’idée d’intercaler des lettres de sa grand-mère adressées à la mère de Sixtine a apporté un contrepoint intéressant. Ne serait-ce que pour le parallèle avec Division avenue, par exemple, ce roman mérite d’être lu.

Olivier Hodasava, Une ville de papier, éditions Inculte, 2019, 136 pages.
« Tu vois, quand on fabrique une carte, quelle que soit la carte, on ajoute un élément fictif, une ville par exemple, une ville qui n’existe pas. On appelle ça une ville de papier – c’est joli, non, comme terme ? […] Comme ça, si quelqu’un vient à nous copier sans autorisation, il copie aussi notre ville imaginaire et alors on peut le prouver et, si nécessaire, attaquer en justice. »

L’extrait donne le sujet du roman : une ville est imaginée par un jeune cartographe dans les années 30, dans l’état du Maine. Oui, mais cette ville devient réelle grâce à quelques circonstances peu ordinaires. À notre époque, un journaliste, intrigué par ce fait inhabituel, enquête pour en retrouver des traces.
C’est un bon roman, car bien écrit et très malin, sans être inoubliable toutefois. Ce qui me reste, c’est l’habile manière de rester dans le flou : s’agit-il d’une enquête journalistique ou de faits totalement imaginés ? Ce n’est pas moi qui vous le dirai, bien sûr !

Jean-Paul Dubois, La succession, éditions Points, 2016, 234 pages.
« Que ce fût en famille ou dans l’exercice de son métier, j’ai toujours eu le sentiment qu’il y avait chez mon père cette appétence à palper l’âme humaine et à la tripoter comme on joue avec de la pâte à modeler. »

Il se prénomme Paul, comme tous les héros de Jean-Paul Dubois. Paul Katrakilis a fui sa famille toulousaine, enfin, ce qu’il en restait, pour vivre à Miami de sa passion de la pelote basque. Pourtant titulaire d’un diplôme de médecine, il préfère la petite vie qu’il s’est composée en Floride. Mais peut-on vraiment fuir un destin aussi bien tracé que le sien ? Ou plutôt mal tracé… Il doit en tout cas rentrer en France pour régler la succession de son père.
Sans tergiverser, c’est du Dubois pur jus, dans sa veine la plus sombre, et ça se lit fort bien, même si ce n’est pas le meilleur roman qui soit pour se remonter le moral !

Pascal Dessaint, L’horizon qui nous manque, éditions Rivages, 2019, 220 pages.
« Quand un gars récidive, c’est pas qu’il est plus con qu’un autre. C’est seulement qu’il est con plus souvent. Nuance. »

Des paumés se sont trouvés pour partager un terrain, deux caravanes et une baraque sommaire, non loin de la jungle démantelée de Calais. Lucile a quitté son métier de professeur des écoles pour aider les migrants. Anatole chasse et bricole des leurres pour attraper les oiseaux. Loïk travaille sur un chantier, mais son passé de taulard et son caractère imprévisible ne l’aident pas à se réinsérer dans la société. Leur colocation improvisée ne va pas aller de soi.
Je ne sais pas trop pourquoi je n’ai pas complètement adhéré à ce roman. Je l’ai lu en restant extérieure. Sans doute le dosage ne m’a-t-il pas convaincue, entre les situations pas très réjouissantes, et une certaine empathie de l’auteur pour les personnages, empathie que je n’ai pas réussi à ressentir.

Avez-vous lu certains de ces romans ? Ou peut-être pensez-vous à les lire ?

35 commentaires sur « Lectures du mois (25) avril 2021 »

  1. J’avais bien aimé « l’horizon qui vous manque ». A ne pas lire toutefois si l’on n’a pas le moral ! J’ai failli emprunter « Bénie soit Sixtine » la semaine dernière. Je ne l’ai pas fait pour cause de trop de lectures en souffrance chez moi, mais ce n’est que partie remise.

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    1. Ce ne sont pas des nouveautés, j’ai pris mon temps aussi. 😉
      J’ai du mal avec la littérature de voyage, je préfère me dépayser avec des polars.

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  2. Rien ne me tente vraiment, malgré certians thèmes intéressants (notamment ceux du Maylis Adhémar ou dOlivier Hodasava)… Toujours ça de moins sur ma liste de souhaits !

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    1. Ce ne sont pas des romans qui ont déclenché mon enthousiasme, mais ils remplissent tous à leur manière, leur rôle (de changer les idées)

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  3. J’avais découvert Dubois avec La succession, et en effet, ça n’est pas à lire quand on a le moral en berne…Le Dessaint est particulier dans son ton en effet, je n’ai pasadhéré sur tout, mais je reconnais et apprécie sa patte si humaniste.
    bien envie de lire Bénie soit Sixtine. même si j’ai lu aussi des avis sur le côté un peu caricatural.

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    1. Je ne connais pas bien Dessaint, j’avais tenté un autre de ses romans, je crois. Le fait de reconnaître son style doit permettre de mieux l’apprécier.
      Pour Bénie soit Sixtine, les avis sont un peu partagés, mais jamais totalement négatifs.

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  4. J’avais déjà repéré « bénie soit sixtine, tu confirmes.
    J’ai dans ma PAL des titres de Dubois et de Blondel (pas ceux que tu cites). Ce sont des auteurs que j’aime bien lire de temps en temps.
    Aucun des des deux autres titres ne retient particulièrement mon attention mais le hasard les mettra peut-être sur ma route ?

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  5. J’ai beaucoup aimé Une ville de papier, original, touchant et finement mené dans son propos ; beaucoup souri avec La grande escapade qui m’a replongée dans l’ambiance des années 70…

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  6. J’ai beaucoup aimé «  la grande escapade », je lirai sans doute la suite un jour. En revanche «  la succession » m’a plombée … avec Jean Paul Dubois j’ai une relation contrastée : j’adore ou je trouve ça très pénible selon les romans …

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  7. Tu vois je suis déjà de retour sur ton blog … j.ai lu et beaucoup aimé « la ville de papier » je suis une inconditionnelle de Blondel, et j’aime bien le roman de Dubois. Et je rajoute que j’ai envie de lire le roman « Bénie soit Sixtine » pourquoi as tu regroupé toutes ses lectures si différentes ?

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    1. Pourquoi je les ai regroupées ? Parce que sinon, elles allaient passer parmi les lectures non-chroniquées qui s’accumulent. Je suis obligée de faire ça de temps en temps… 😉

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  8. Merci pour tes notes de lecture super intéressantes. Je ne lis plus ou très peu JP Blondel, de temps en temps JP Dubois. Je ne connais pas les auteurs auteurs et autrice. En tout cas, Bénie soit Sixtine m’interpelle. À te lire, elle me fait penser à l’héroïne Bess de Lars Van Trier dans le formidable mais très très très très sombre Breaking the waves.

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    1. Merci Philisine. Je ne me souviens plus beaucoup de Breaking the waves, je peux te dire que Bénie soit Sixtine est moins sombre, tout de même.

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  9. J’ai lu « la grande escapade », mais je n’ai pas adoré… J’avais pourtant beaucoup aimé mes autres lectures de Jean Philippe Blondel.
    Sixtine me tente beaucoup, car c’est un milieu que je fréquente d’assez près…(via ma soeur et sa famille).
    Enfin, j’ai le Dubois qui m’attend dans ma PAL audio !

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    1. Sixtine tente beaucoup de lecteurs de ce billet. Ce qui me confirme qu’il fallait que j’en dise un mot ! Dubois à écouter, c’est sympa, j’ai un souvenir d’un de ses romans écoutés alors que je couvais une bonne grippe… (c’était un peu bizarre, du coup !)

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  10. « Certes, il était fondamentalement attaché à la liberté de mouvement, mais lorsqu’on voyait toutes les dérives, la place de plus en plus grande que réclamaient les femmes, »… J’espère que ce personnage est extrêmement antipathique !

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    1. Les personnages ne sont ni tout blancs, ni tout noirs, mais l’auteur est clairement ironique dans ses descriptions… vraiment réalistes ! 😉

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