Paul Colize, Toute la violence des hommes

« Dans le cadre des Chambres de protection sociale, il s’était rendu à plusieurs reprises dans ces endroits. Il en était chaque fois sorti secoué, habité par les visages tordus et les regards hallucinés des internés, imprégné de l’odeur qui flottait dans les couloirs, assourdi par les hurlements qui déchiraient les murs.
Pour sa part, il préférerait moisir cinq ans dans une prison surpeuplée que trois mois dans un de ces antres. »

Une jeune femme est retrouvée tuée de plusieurs coups de couteau dans son appartement bruxellois, et tout incrimine Niko, un jeune homme mutique qui pour toute défense répète que ce n’était pas lui. L’avocat de Nikola Stankovic doit essayer de trouver un autre moyen de le comprendre, qui va passer par les fresques dessinées par le jeune graffeur. La rigide directrice de la clinique où Niko est en observation va aussi tenter de venir en aide à son patient.
Habilement menée, la trame du roman conduit à se poser beaucoup de questions, et les réponses savamment égrenées maintiennent une vive tension. J’ai retrouvé grand plaisir à suivre l’auteur dans ce labyrinthe.

« Elle interpella l’assistant social.
– Vous ?
Elle connaissait le personnage.
Froussard et pleurnicheur.
Il dévorait les romans de Gilles Legardinier et écoutait Radio Nostalgie. Il allait bredouiller qu’il ne pouvait pas se prononcer. »

Je ne pouvais tout de même pas rater le mois belge de Anne, j’ai donc trouvé un petit Paul Colize de derrière les fagots, enfin, un exemplaire numérique qui a très bien rempli son office. Cet auteur ne me déçoit jamais, ses intrigues étant toujours parfaitement bien ficelées et ses personnages encore plus attachants encore que dans le précédent roman lu. J’ai trouvés très touchants Niko et son parcours, j’ai découvert l’univers des artistes de street art. On ne se pose pas toujours la question de la réalisation de fresques de grand format sans autorisation, de nuit donc, au bout d’une corde bien souvent. Les fresques mentionnées existent vraiment à Bruxelles, ou ont été vues avant d’être recouvertes. Paul Colize a d’ailleurs rencontré l’artiste.
Le deuxième thème est celui du siège de Vukovar, et du traumatisme des survivants, il remémore des épisodes peu glorieux de l’histoire européenne. Paul Colize en tire des pages très fortes. Il faut noter ensuite qu’il connaît comme personne le système pénal, et qu’il a dressé un tableau fascinant des enfermements psychiatriques, et de la psychologie de ses personnages. Tous ces sujets ne prêtent pas à sourire et pourtant, l’auteur réussit comme toujours à distiller ses touches d’humour pour alléger l’atmosphère, notamment par des portraits humains incisifs.
Une lecture à recommander aux amateurs de polars, mais pas seulement !


La violence des hommes de Paul Colize, éditions Hervé Chopin, mars 2020, 320 pages.
Prix Michel Lebrun 2020, Prix des lecteurs du Festival du polar de Villeneuve-Lez-Avignon 2020.

Je participe au mois belge à retrouver chez Anne (Des mots et des notes)

35 commentaires sur « Paul Colize, Toute la violence des hommes »

  1. Grâce à ton billet, je viens de me souvenir que j’ai un Colize sur mes étagères (« Un piano pour quatre mains », je crois, ou qq chose comme ça…), qui rentre aussi dans le cadre du Mois Belge. Ceci dit, je ne suis pas sûre d’avoir le temps de le caser sur avril…
    A ce jour, je n’ai lu que Back-up de cet auteur, que j’ai beaucoup aimé, et je comprends que c’est à approfondir !

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  2. Je n’ai plus qu’un vingtaine de pages à lire pour le terminer. Je te rejoins tout-à-fait, il est très bon et j’ai hâte d’avoir le fin mot de l’histoire.

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  3. Je ne l’ai pas encore, celui-là mais vu ton billet, cela ne saurait tarder 😉 J’aime cet auteur et pourtant je ne l’ai pas mis à mon programme ce mois-ci. Plus tard, espérons-le 😉

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  4. Aifelle et toi vous avez choisi le même auteur et le même livre : est ce qu eça veut dire que la production littéraire belge n’est pas très fournie?

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    1. Je me permets de répondre avant Kathel parce que je suis un peu triste de lire cette question. D’abord ça peut arriver que plusieurs lisent le même livre dans un mois thématique 😉 Ensuite, non, la littérature belge n’est pas peu fournie : nous avons de nombreux classiques, réédités dans la belle collection Espace Nord et de nombreux contemporains, dont plusieurs sont publiés en Belgique grâce à des maisons d’édition peut-être modestes mais dynamiques et plusieurs aussi en France. Il suffit de venir sur cette page pour voir le nombre d’auteurs lus et/ou découverts dans les mois belges précédents : https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/le-mois-belge/

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      1. Tu as bien fait de te permettre, Anne, la littérature belge est assez riche pour que chacun y trouve des livres à sa convenance.
        J’ajoute que si Aifelle et moi avons choisi le même, c’est aussi que nous avons des goûts approchants, du moins en matière de roman policier, que nous connaissons déjà cet auteur épatant, et que nous avons sans doute lu un même avis attirant sur ce roman. En ce qui me concerne, j’ai choisi une valeur sûre, pour ne pas ajouter à la liste assez longue des romans que je laisse tomber en ce moment !

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  5. Comment cela, encore un auteur que je ne connais pas ! Et moi qui comptais jouer ma flemmarde avec un petit Simenon, me voilà titillée par une grosse curiosité !

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