Paul Lynch, La neige noire

« Il se dirige vers la partie en pente où l’eau s’est accumulée, inspecte le système d’écoulement. La surface argentée de la flaque réfléchit si fidèlement le monde qu’on dirait un lambeau de ciel arraché. S’y reflètent le satin blanc du ciel et les branches des arbres, stérile beauté qui évoque un appel des morts déployant leurs ossements. »
Barnabas Kane est un émigrant de retour dans son Irlande natale après avoir bâti des gratte-ciels aux Etats-Unis. Avec son épouse et son fils, il s’est installé dans une ferme qu’il a fait prospérer, sans pourtant s’intégrer vraiment à la population locale. Un incendie dans son étable marque la fin de cette période d’aisance. Ce drame cause la mort de son employé et il perd toutes ses bêtes en une soirée cauchemardesque. Barnabas sombre alors dans des phases de colère et de dépression, se coupant autant de sa famille que de ses quelques voisins serviables.

« Le problème avec vous tous, c’est que vous accordez trop de place aux souvenirs. Vous vivez uniquement dans le passé. C’est la règle, par ici. Vous vivez en compagnie de fantômes, en vous apitoyant sur votre sort. Le regard constamment tourné en arrière. Incapables d’envisager l’avenir, de faire progresser le pays. »
Voici un roman noir d’encre comme j’en lis rarement, vraiment très sombre, qu’aucune lueur ne vient éclaircir. L’amertume de Barnabas, les réactions plutôt saines de sa femme Eskra, les errements de son fils Billy tout comme les ressentiments des habitants du village, tout est plombé par les cieux irlandais hostiles et les paysages aussi superbes que maussades, sous la plume de l’auteur. Il excelle autant à peindre les collines et les prairies qu’à faire sentir le poids des traditions et des superstitions. J’ai parfois trouvé l’abondance d’images et de métaphores un peu pénible, mais dans l’ensemble, l’écriture m’a plu et permis de supporter la noirceur du propos.
Ce roman était dans ma pile à lire depuis une éternité, depuis sa sortie en grand format, probablement. Une tentative pour commencer Un ciel rouge, le matin, tout aussi dramatiquement sombre, m’avait découragée de le lire. Je ne regrette pas la découverte, toutefois, et le recommande aux amateurs de romans noirs et de campagne irlandaise.

Avez-vous lu ce roman ou un autre de l’auteur ?

La neige noire de Paul Lynch (The black snow, 2014), éditions Albin Miche, 2015, traduction de Marina Boraso, 304 pages, existe en poche.

Livre lu pour l’Objectif PAL (chez Antigone) et le mois irlandais (chez Maeve)

49 commentaires sur « Paul Lynch, La neige noire »

  1. Comme Mespagesveriscolores, « Grace » est en attente sur mes étagères…je serai presque tentée par ce titre, car j’aime les romans sombres, mais je crains un peu l’excès d’images.. je vais déjà commencé avec Grace, je verrai ensuite !

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    1. Comme je l’écris dans le commentaire à Mespages, il me semble me souvenir que Grace est moins sombre. Si j’avais eu le choix, c’est celui que j’aurais lu !

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  2. J’ai lu « Un ciel rouge le matin » et j’ai aimé, mais c’est vrai que c’est très noir. Je lirai bien un autre titre pourtant, j’ai apprécié son style et son univers.

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    1. Si tu as aimé son style, celui-ci devrait te plaire…ou alors Grace ; je crois qu’il a plu davantage aux lecteurs (et qu’il est un peu moins sombre).

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  3. Je l’ai lu, il y a quelques années et j’ai vraiment aimé ce que la traduction révèle du style, quant à l’histoire elle est très noire effectivement.  » Grace » est très bon aussi, mais j’ai abandonné assez vite  » le ciel rouge le matin », trop de violence d’emblée , trop de désespoir…

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    1. J’ai eu la même réaction que toi avec Un ciel rouge, le matin… quant au style, j’ai hésité tout du long entre admiration et irritation. Il regorge un peu trop d’images, si belles soient-elles !

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  4. J’ai lu les deux,  » La neige noire  » après le coup de coeur pour  » un ciel rouge le matin « , qui reste mon favori. Tellement noire cette neige que je ne suis pas allée vers Grace.

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    1. Je suis aussi très hésitante sur la suite de ma rencontre avec cet auteur… peut-être lirai-je Grace, ou alors j’attends un quatrième roman !

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  5. Je l’ai dans ma pal. L’association « roman noir » et « campagnes irlandaises » me plaît mais j’attendrai encore un peu avant de le sortir. Pas trop envie de noir foncé ces temps…

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  6. ça fait un moment que je veux le lire mais je n’ai toujours pas sauté le pas! Trop de noirceur peut-être car chaque fois que je l’ai eu entre les mains, je me suis rabattue sur quelque chose de plus léger. Mais il faudrait quand même que je le lise un jour…
    Daphné

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    1. Il fait partie de ces romans qu’on tarde à lire, et c’est dommage ! Enfin, il doit bien avoir d’autres lecteurs plus décidés !

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  7. Je n’ai lu que Un ciel rouge, le matin. J’aimerais bien lire ce roman mais pas tout de suite… (Besoin de lectures « accessibles » pour cause de morosité ambiante mais j’ai peur de devenir débile 😉 – les dégâts collatéraux du corona…)

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    1. Je comprends ça : lorsque j’hésite entre plusieurs livres en ce moment, je choisis souvent le plus accessible. Mais à voir tes dernières lectures, tu n’as pas d’inquiétudes à avoir ! 🙂

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  8. Noir, certainement mais est-ce que cela peut-être plus noir que les romans des écrivains latino-américains ou des pays de l’Est ? Ce sont les deux mois de LC que je suis, en ce moment, et de la noirceur on a jusqu’au cou ! « Grace », me plairait bien, je pense, d’après la présentation dans le site de l’éditeur; En tout cas je retiens.

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  9. Je le suis depuis son premier, Un ciel rouge, le matin que j’avais trouvé assez époustouflant ; c’est assez noir ce qu’il produit (Grâce n’échappe pas à la règle) mais dans le genre c’est très bien fait.

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    1. Assez bien fait pour que j’aie envie d’y revenir alors que cette abondance de drames m’a tout de même « brassée ».

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  10. Je l’avais lu à sa sortie et j’avais bien aimé, malgré la noirceur de l’histoire. j’avais été touchée par le personnage de la femme, Eskra.

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    1. Je l’avais noté à sa sortie et acheté pour Mr K. Lui qui n’aime pas les romans trop noirs, il a été servi ! (mais a apprécié le style)

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  11. Je n’ai rien lu de cet auteur et le côté sombre de l’histoire ne m’attire pas trop en ce moment !

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  12. Une lecture qui m’avait pesée, dans tout les sens les sens du terme ! Comme tu le dis, l’acriture est certes belle, mais affectée, dès fois, ça dégouline un peu quand même …

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