Publié dans classique, littérature Amérique du Nord, sorti en poche

Jack London, La peste écarlate

pesteecarlate« – Imaginez-vous, mes enfants, des troupes d’hommes plus nombreuses que des bandes de saumons que vous avez vues souvent remonter le fleuve Sacramento, des troupes d’hommes que dégorgeaient les villes, qui, comme des bandes de fous, se déversaient sur les campagnes, dans un inutile effort pour fuir la mort qui s’attachait à leurs pas. »
Aujourd’hui, nous nous sommes donné rendez-vous à plusieurs blogueuses pour une lecture commune de La peste écarlate de Jack London. C’est un court roman, 142 pages dans mon édition numérique, suivie de deux nouvelles dont je ne parlerai pas aujourd’hui, Construire un feu et Comment disparut Marc O’Brien.
Voici le sujet de La peste écarlate : en 2073, cela fait soixante ans que l’humanité a sombré à la suite d’un fléau survenu en 2013, une maladie d’une virulence rare qui tue les humains en quelques heures. Un vieillard survit difficilement avec ses petits-enfants « vêtus de peaux de bêtes » et se remémore sa jeunesse. Il répond aux questions des jeunes garçons sur la vie d’avant, et l’épidémie dévastatrice. Cela résonne fort avec l’actualité, bien sûr, et pas de manière rassurante. Par exemple, le rôle de l’état se trouve expédié en quelques lignes dans le récit du vieillard, et les communications disparaissent tout aussi rapidement, « dix mille années de culture et de civilisation s’évaporèrent comme l’écume, en un clin d’oeil. ». Le vieil homme, alors jeune professeur d’université à San Francisco, confronté à la Peste rouge lors de sa fuite hors de la ville, ne développe pas la maladie, et comme lui, quelques dizaines d’humains. Il en rencontre certains au bout de longues années solitaires. Quelques tribus se reforment…

« La même histoire, dit-il en se parlant à lui-même, recommencera. Les hommes se multiplieront, puis ils se battront entre eux. Rien ne pourra l’empêcher. Quand ils auront retrouvé la poudre, c’est par milliers, puis par millions qu’ils s’entretueront. Et c’est ainsi, par le feu et par le sang, qu’une nouvelle civilisation se formera. »
Le roman est prétexte pour Jack London à aborder ses sujets de prédilection, le monde du travail, et la répartition des richesses, richesses bien peu utiles dans le monde tel qu’il le décrit. Le rôle de la culture reste important pour le grand-père, plus qu’un souvenir, puisqu’il a gardé des livres alors qu’aucun de ses petits-enfants n’imagine même à quoi ils servent. Ils ont du mal à comprendre le langage du vieil homme, tout occupés qu’ils sont à chasser ou à pêcher, leur vocabulaire est essentiellement pratique et ignore l’abstraction.
Je ne connaissais pas ce roman, écrit en 1912, qui mérite pourtant de figurer parmi les meilleurs romans d’anticipation. Pas aussi pessimiste qu’il peut le sembler au départ, il se termine sur une note d’espoir. Si l’histoire est un perpétuel recommencement, la civilisation finira forcément par reparaître, avec ses éternels dominants et ses habituels dominés, mais une forme de civilisation tout de même…
C’est étonnant de voir l’auteur décrire en 1912 le monde perdu de 2013, et ses ressemblances avec celui que nous connaissons. L’imagination des écrivains me remplit toujours d’admiration ! Quant à l’écriture, sa force emporte et immerge complètement dans une Californie retournée à l’état sauvage, auprès de ces personnages désemparés, dans des paysages qu’on s’imagine aussitôt. Plus je découvre Jack London, notamment par les nouvelles, (Les temps maudits) plus je suis étonnée par la multiplicité des univers qu’il a décrit !

La peste écarlate (The scarlett plague, 1912) de Jack London, traduction de Paul Gruyer et Louis Postif, Bibliothèque électronique du Québec, 142 pages.

Lecture commune avec ClaudiaLucia, Lilly, Miriam, …
Challenge Jack London
Challenge jack london 2copie

43 commentaires sur « Jack London, La peste écarlate »

  1. J’ai qq London dans ma PAL ‘historique’ du siècle dernier, mais pas celui ci. Etonnant London! Hier au masque et la plume ils parlaient de La peste (pas lu non plus)

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  2. Comme j’ai lu juste avant le confinement « après la fin du monde » qui commençait à peu près comme en ce moment (et se termine très mal), pour l’instant, j’ai ma dose, je préfère m’abstenir. On verra plus tard.

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  3. Je connais très peu London, mais j’ai aussi bien apprécié cette longue nouvelle. La question qui me vient est est-ce que les écrivains avaient beaucoup d’imagination ou est-ce simplement que, malgré les innovations technologiques, le monde n’a pas tant changé que ça (et les hommes encore moins) ?

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    1. Oui, c’est une bonne question. Quand on voit l’évolution des modes de vie, on trouve qu’il a beaucoup d’imagination, mais concernant la nature humaine, elle n’évolue guère, c’est certain.

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    1. Je l’ai lu juste au début du confinement, et ça m’a aidé à me convaincre de son utilité (mais j’en étais déjà presque à 100 pour 100 convaincue). Et à relativiser aussi, au moins les états jouent encore un rôle en ce moment…

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  4. Mon premier message a disparu ?? Donc je recommence.
    Merci pour ton billet si intéressant ! Lire La peste écarlate m’a permis de faire un parallèle entre ce qu’il décrit et ce qui se passe à l’heure actuelle ! On est , en effet, amené, comme Lilly, à se poser des questions sur la nature humaine. Oui, London a de l’imagination, bien sûr, mais à côté de la fiction il y a la juste analyse des réactions d’une foule paniquée, et là il est incroyablement doué, et sa grande lucidité vis à vis des hommes toujours partagés entre le bien et le mal. J’écris ceci alors que je viens d’apprendre qu’une infirmière a été attaquée au couteau pour ses masques. Et comme tu le dis, l’état est présent, nous sommes protégés, pris en charge médicalement. Nous avons de la chance par rapport au passé !

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    1. Pas de premier message en vue ! 😉 Merci pour ton commentaire, et pour la proposition de lecture commune. J’ai beaucoup apprécié cette lecture aussi, lue au tout début du confinement… Ces dystopies font réfléchir, c’est l’intention de leurs auteurs, et même cent ans après le moment où elles ont été écrites.

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  5. je ne connais pas non plus ce titre, mais j’avoue qu’il est tentant…
    Je remets toujours à plus tard la lecture de cet auteur, il va falloir que je me programme un mois spécial « Jack London » sous peu car j’ai 3 ou 4 livres dans ma PAL depuis des lustres…
    j’ai lu « Croc blanc » comme tout le monde à l’ado, mais c’est si loin 🙂

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    1. Il est énormément question de La Peste de Camus en ce moment, et comme je le tiens pour un très grand roman, je ne dirais rien contre, mais il faudrait tout de même parler de ce roman de Jack London, plus court, mais pas moins fort.

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  6. Je ne connaissais pas ce titre de J.London avant que Claudine ne le propose. Je me rends compte qu’en fait, je ne connais pas grand chose de cet auteur, et comme toi, j’ai envie de le découvrir plus. J’avais adoré Construire un feu ! Merci pour cette chronique qui me dit que la façon de développer le thème va m’intéresser.

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    1. Je pense continuer de découvrir Jack London aussi, j’ai chargé sur ma liseuse Les vagabonds du rail et j’ai aussi Le silence blanc et autres nouvelles acheté avant confinement. ^-^

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  7. Vraiment très intéressant.. C’est un auteur que je ne connais pas (je ne compte pas ma lecture L’appel de la forêt lu il y a…. pfooouuu !… 35, 37 ans ?!) mais la proposition de Claudialucia est l’occasion de combler cette lacune, j’ai pu acquérir avant le confinement une anthologie de ses récits dit « autobiographiques », et je commencerai avec Martin Eden. Mais je note celui-ci, il me tente terriblement !

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    1. Martin Eden ne devrait pas te décevoir, c’est un roman que je conserve précieusement, tant il m’avait plu ! Celui-ci est plus d’actualité, mais moins « développé ».

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  8. je suis plus pessimiste que toi, la « lueur d’espoir » : les livres cachés dans la caverne ne me semblent pas à la portée des enfants et de toutes façons les guerres reprendront quand la formule de la poudre sera déchiffrée

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  9. Je l’ai lu il y a longtemps (dans ma jeunesse) et il m’avait impressionnée, ce roman ! Je suis contente d’en entendre parler sur les blogs, car c’est un titre méconnu, je trouve.

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    1. Il mérite d’être connu, tout à fait ! Je pense que nous aurions eu cette lecture commune même sans le rapport à l’actualité, grâce à Claudialucia qui l’a proposée.

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  10. Thématique qui évoque fortement notre terrible actualité. J’aurais dit non du coup mais bon, Jack London… Je garde un souvenir marquant du Talon de fer, une toute autre intrigue, qui me l’a hissé au rang des Grand auteurs épatants. Il faudrait que je le me replonge dans ses oeuvres, tiens.

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    1. J’ai lu aussi il y a quelques mois des nouvelles de Jack London qui m’ont impressionnée. Et Martin Eden figure dans mon top dix de tous les temps ! 😉

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  11. Jack London excelle dans tout ce qu’il fait ! Qu’il s’agisse de récit de voyage, de récit social, de roman d’aventure, de roman d’anticipation… J’ai lu La peste écarlate il y a quelques années et ce titre m’a amenée à réviser mon jugement, j’avais comme beaucoup classé Jack London comme auteur de roman d’aventure pour garçons…
    Depuis j’ai relu L’appel de la forêt avec ma fille de 9 ans qui a adoré, j’ai découvert Martin Eden (chef d’oeuvre absolu),.. et je me suis promis de lire toute son oeuvre ! Le challenge de Claudia Lucia est tombé à pic.

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  12. J’ai lu Martin Eden il y a peu de temps et j’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture.
    Je l’ai offert à mon fils qui l’a beaucoup aimé également. Il veut lire autre autre de l’auteur. Je pense que celui-ci pourrait lui plaire car il est friand de romans d’anticipation.

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