Publié dans littérature îles britanniques, rentrée hiver 2020

Ian McEwan, Une machine comme moi

unemachinecommemoi« Alan Turing en personne avait souvent dit et écrit dans sa jeunesse qu’à partir du moment où nous ne verrions plus aucune différence de comportement entre la machine et l’homme, il nous faudrait reconnaître l’humanité de la machine. »
Attention, billet pas très objectif ! Je me répète très certainement, mais Ian McEwan, auteur découvert il y a environ vingt-cinq ans, avec L’enfant volé, n’a pas encore réussi à me décevoir. Sur la plage de Chesil, qui a beaucoup plu aux lectrices et lecteurs français, est loin d’être mon préféré toutefois, c’est l’insurpassable Expiation, bien sûr !
Il revient avec un roman sur l’intelligence artificielle, présenté un peu rapidement (ou pour attirer le chaland?) comme une histoire d’amour entre trois personnages, dont un androïde. Oui, bon, si on veut, mais ce roman est tellement plus que ça !
Imaginez un passé, dans les années 80, qui ressemble étrangement à notre présent, avec internet, véhicules autonomes, et réchauffement climatique… il y a même une petite minorité bizarre de Britanniques qui voudraient quitter l’Union Européenne ! Alan Turing est toujours vivant, alors que se prépare l’opération militaire britannique dans les îles Falkland décidée par Margaret Thatcher. Le succès ou l’échec de cette opération aura des conséquences politiques qui ne sont pas forcément celles que l’on connaît. Voilà pour l’arrière-plan.
Charlie, un jeune homme qui a suivi des études d’anthropologie, et qui à part ça, vit d’un héritage et de placements boursiers, se passionne assez pour l’innovation scientifique pour faire l’acquisition d’Adam, un androïde plus vrai que nature. Il ne lui reste qu’à le paramétrer pour affiner son caractère. Tâche qu’il partage avec Miranda, la jeune femme dont il est amoureux.

« Le présent est la plus fragile des constructions improbables. Il aurait pu être différent. En partie ou en totalité, il pourrait être tout autre. »
Ce que les concepteurs n’avaient pas forcément prévu, c’est qu’Adam puisse tomber amoureux. Plus encore, le mensonge lui est incompréhensible, et il possède un sens de la justice qui n’a rien à voir avec celui des humains. Il s’ensuivra nombre de complications entre Charlie, Adam et Miranda, que je ne vous détaillerai pas, bien évidemment.
J’ai retrouvé avec plaisir le don de l’auteur pour décrire des « losers » qui restent cependant attachants dans leur médiocrité, et ne manquent pas d’autodérision. L’humour contribue ici à mener la réflexion sur l’intelligence artificielle, une manière de ne pas prendre au sérieux un sujet pourtant parfaitement réfléchi et étayé, qui me réjouit à chaque fois que je lis des romans de Ian McEwan.
Il excelle aussi à présenter des cas de conscience, demandant au lecteur de participer à démêler le point de vue du droit de celui du cœur. Et malgré l’humour, l’émotion réussit à pointer son nez, et voici un roman qui réussit à vous mettre la larme à l’œil pour un épisode dont vous n’auriez pas pensé un instant qu’il puisse vous toucher ! Bref, vous l’aurez compris, une réussite pour moi !

Une machine comme moi, de Ian McEwan, (Machines like me, 2019) éditions Gallimard, janvier 2020, traduction de France Camus-Pichon, 400 pages.

66 commentaires sur « Ian McEwan, Une machine comme moi »

  1. A priori, je ne suis pas très attirée par le sujet et puis j’ai « Expiation » dans ma PAL depuis une éternité, alors je vais surtout sortir celui-là.

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  2. je n’ai lu que « dans une coque de noix » que j’ai moyennement apprécié et pourtant l’idée séduisait.. Du coup « L’intérêt de l’enfant » est toujours dans ma PAL 🙂

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    1. « Dans une coque de noix » est un peu à part, plus un exercice de style pour ravir ses fans que le livre idéal pour le découvrir. L’intérêt de l’enfant sur le thème de la justice est très intéressant.

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  3. Je n’ose t’avouer que je n’ai jamais lu l’auteur… ^-^ . Mais celui-ci me tente très sérieusement, son thème, et puis ce que tu écris sur l’humour qui se mêle à la réflexion.

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    1. Tu peux oser ! (c’est souvent que je fais le même aveu sur ton blog). Ce dernier roman est vraiment très réussi, il mêle différents genres, différentes thématiques, je n’ai pas tout évoqué !

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  4. Moi aussi c’est L’expiation, mon préféré. La plage de Chesil m’avait déçue mais c’est parce que je le lisais après Chutes de Joyce Carol Ostes dont la première partie traite du même sujet mais en tellement supérieur, plus fort, plus juste. j’ai lu aussi Dans une coque de noix, assez brillant mais un peu trop exercice de style ! Je lirai celui-là pour me faire une idée.

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  5. A priori je n’étais pas attirée par le sujet mais à te lire je changerais bien d’avis 😉 Je n’en ai pas encore lu beaucoup mais Expiation est aussi dans mon top (carrément parmi les meilleurs bouquins que j’ai lus).

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  6. Je ne connais pas cet auteur et je suis bien motivée par la lecture de ce roman (Turing et l’IA ne sont pas étrangers à mon intérêt,… ta chronique motivée et riche, non plus !). Merci.

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  7. Je découvre ton blog, et figure-toi que je découvre aussi Ian McEwan 😉 Je suis dans « Sur la plage de Chesil », que je trouve très bon, très profond, et je me suis acheté d’un coup, pouf, comme ça, « Expiation » et « L’intérêt de l’enfant » ! Ta chronique me donne envie d’ajouter ce nouveau roman à ma liste !

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    1. Bienvenue à toi ! Tu as bien de la chance de découvrir Ian McEwan et d’avoir encore tous ses livres à lire. Il m’en reste quelques plus anciens à dénicher et à lire, heureusement, et une traduction de « novella » est prévue en avril… (The cockroach)

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  8. Je n’ai eu qu’une expérience avec cet auteur (L’intérêt de l’enfant), mais elle fut mitigée. Je ne pensais pas renouveler l’expérience de si tôt mais le postulat de départ de ce roman qui explore la thématique de l’intelligence artificielle (avec en plus une histoire d’amour entre trois personnages, dont un androïde !!), ça me plaît bien. Peut-être que je me laisserai tenter.

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  9. Un auteur qui manque encore à mon expérience de lectrice, et pourtant j’en ai noté des titres chez lui! Expiation est dans ma pal, Sur la plage de Chesil aussi. sempiternelle rengaine: il faut trouver le temps de le caler dans les envies de lecture qui se multiplient inexorablement! 😉

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  10. Merci pour cet article qui m’encourage vraiment à persévérer avec cet auteur… J’ai lu Chesil Beach il y a peu et, même si ma lecture a été plaisante et que le livre est bien écrit, j’ai eu du mal à vraiment m’investir dans l’histoire. Une machine comme moi semble très intéressant, sur un sujet d’actualité et qui incite à la réflexion… Je note la référence !

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    1. A mon avis, Chesil Beach n’est pas vraiment représentatif de « l’art » de Ian McEwan, et oui, il faut persévérer ! 😉 Notamment avec l’excellent Expiation et avec Une machine comme moi.

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  11. Moi, aussi, j’aime cet auteur et bien sûr Expiation. Mais il y en a quand même un qui m’avait perturbée, c’est « Le jardin de ciment ». Je note celui-ci.

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    1. Ah oui ? j’avais repéré Un jardin de ciment, mais sans en faire un indispensable… J’attends aussi le prochain (Le cafard) qui semble de la veine « court mais percutant ».

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