Publié dans littérature Afrique, mes préférés

Barlen Pyamootoo, Whitman

whitman« Avant toute chose, se dit-il en reprenant le fil de ses idées, ce que son père lui a appris, c’est de dire avec tes propres mots ce que tu penses au fond, même quand personne ne t’écoute vraiment, et c’est tant mieux si tu finis par te contredire, le monde te semblera alors plus vaste et plus varié que tu ne l’imaginais. »
Brooklyn, 1862, le poète Walt Whitman lit dans un quotidien le nom de son frère George parmi les blessés de la bataille de Fredericksburg. Il décide de se rendre à son chevet, tout en craignant le pire, et au terme d’un périple en train et en bateau, il parcourt les hôpitaux de Washington à la recherche de son frère cadet. Ses connaissances d’infirmier et sa grande empathie pour les souffrances humaines l’incitent à proposer ses services, tout en continuant à chercher George.
Sur un sujet ténu, Barlen Pyamootoo, auteur mauricien, et certainement grand admirateur du poète américain, conduit un très beau récit qui doit reposer autant sur les écrits de Whitman que sur sa propre imagination. L’important n’est pas de savoir ce qu’il a créé de toutes pièces, mais de s’immerger avec lui totalement dans l’époque et les lieux visités, de partir avec Walt Whitman à la recherche de son frère et de son inspiration perdue.

« C’est qu’ils sont généralement taiseux, ceux qui reviennent de la guerre. C’est comme revenir de l’enfer après y avoir enterré ses rêves d’innocence et appris sur soi-même des secrets qu’on ne dévoilera jamais. Et ça donne une bande de gosses désemparés dans un monde devenu trop vieux pour eux. »

Il y a des livres dont on parle partout, et les autres, ceux qui se font discrets, et qui restent à l’ombre, mais pourtant quel dommage, lorsque ce sont des petites merveilles comme celle-ci ! Il est sorti au printemps dernier, et peut-être le moment était-il mal choisi, car si Dominique n’avait pas écrit un billet très tentateur sur ce court roman, il me serait sans doute resté inconnu. Le style un peu déroutant au début, original, sobre et poétique, s’accorde pleinement au sujet. Même les voyageurs d’un train de New York à Philadelphie semblent être des poètes ! Cette très belle écriture m’a rappelé Ali Zamir et Dérangé que je suis.
Et puis, il y a le personnage principal, un homme profondément bon, plein d’humanité, et pour qui nul n’est inférieur ou négligeable… Il semble déteindre sur son entourage, et les gens qu’il croise participent de cette humanité. Inutile de dire que cela fait du bien, ce genre de personnage. Toutefois, les réalités de la guerre de Sécession, les bruits, les cris et les odeurs ne sont pas absents du roman, ni bien sûr les paysages qui inspiraient auparavant le poète.
Le sujet (le poète, la guerre et la création) m’a donné envie de lire ce roman, mais je n’en resterai pas là avec cet auteur !

Whitman, de Barlen Pyamootoo, éditions de l’Olivier , mai 2019, 160 pages.

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32 commentaires sur « Barlen Pyamootoo, Whitman »

  1. ce livre m’a profondément touché et comme tu le dis on n’en a parlé nul part ce qui est très dommage et frustrant vu la qualité du récit, de l’écriture, dans mon billet j’ai dit « L’écriture est splendide. On sent que l’auteur de ce roman admire le poète, il dit qu’il voudrait l’avoir pour compagnon, pour ami, le lecteur aussi. » et je confirme un auteur que je voudrais connaitre personnellement !
    je note le livre que tu cites que je ne crois pas connaitre merci à toi

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    1. J’espère que d’autres lectures vont suivre (mais je n’ai que peu d’espoir sur ma propre influence…)
      Quant à Ali Zamir, c’est un auteur comorien, dont l’écriture est remarquable aussi, Keisha en a parlé, je crois.

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    1. Alors là, franchement, ça m’étonnerait, l’angle du roman est tout à fait original, et repose surtout sur la personnalité de Walt Whitman… Mais je peux comprendre que tu aies envie de lire autre chose…

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  2. Ohlala, auteur mauricien, roman court en plus (donc rien à perdre à le découvrir), et si en plus c’est une petite merveille, je n’opposerai aucune résistance !

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  3. Tu as employé un argument de poids pour moi : « le peu de pages de ce roman ». Et j’ai très envie de faire la rencontre de ce héros empathique. Je le note, je le note.

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