Publié dans littérature France, non fiction, sorti en poche

Thomas Snégaroff, Little Rock, 1957

littlerock1957« Dans les couloirs, des élèves blancs les pointaient du doigt et chuchotaient des insultes sur leur passage. Des insultes dirigées à leur encontre, mais aussi destinées aux soldats qui restaient totalement impassibles. »
C’est en septembre 1957, la première rentrée des classes pour neuf lycéens noirs, les seuls acceptés parmi de nombreux dossiers déposés, pour entrer enfin à Central High School, un lycée jusqu’alors réservé aux blancs. La ségrégation est illégale depuis un arrêté de la Cour Suprême de 1954, mais pas encore appliquée en Arkansas.
Elizabeth Eckford, la seule à ne pas avoir le téléphone, n’est pas prévenue du report de cette rentrée très médiatisée au jour suivant, elle se retrouve seule sous les huées, et au milieu de visages remplis de haine. Ceci sous les flashes des photographes. Les jours suivants verront enfin les neuf pénétrer sous escorte militaire dans les salles de classe. Pendant ce temps la bataille juridique se poursuit entre le gouverneur de l’Arkansas hostile à la déségrégation, et la Cour Suprême qui veut faire appliquer la loi dans tous les états.

« S’appuyant sur l’arrêt Brown, le Conseil scolaire d’Hoxie décida de procéder à l’intégration. Un officiel justifia ainsi cette décision : « C’est la loi, c’est inévitable, c’est la volonté de Dieu et c’est moins cher. » Des quatre arguments, c’est indéniablement le dernier qui avait fait pencher la balance. »
L’auteur a travaillé à fond sur le sujet, allant chercher les racines dans l’esclavagisme, bien sûr, et aussi dans l’humiliation que constitua pour les états sudistes, la fin de la Guerre de Sécession et de l’esclavage. Il est allé interroger les témoins de 1957, et a rassemblé quantité de documents d’archives judiciaires, car c’est aussi devant les tribunaux que tout s’est joué.
Les passages les plus émouvants sont ceux qui suivent les premières semaines des neuf jeunes dans le lycée où ils rêvaient d’entrer. S’ils sont accompagnés au début par des soldats, certains endroits comme la cantine et les toilettes deviennent des lieux propices aux agressions, et la plupart d’entre eux réussissent à ne pas riposter, pour ne pas donner raison à leurs détracteurs. Ce courage force l’admiration.

Si le sujet m’a bien évidemment passionnée, et révoltée, l’abondance de documentation donne un ensemble parfois un peu froid. Cependant, la construction rehausse l’ensemble en présentant tour à tour les protagonistes, en leur donnant chair, et ça, ce n’est pas mal réussi du tout. Au final, un document tout à fait utile et édifiant, à lire et à faire lire !

Little Rock, 1957 de Thomas Snégaroff, éditions 10/18, 2019, 310 pages

Repéré chez Dominique.
L’African American History Month, c’est sur le blog d’Enna et sur Facebook.

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27 commentaires sur « Thomas Snégaroff, Little Rock, 1957 »

  1. Je n’avais pas remarqué ce titre, que je préférerai sûrement à un roman. Je comprends ce que tu veux dire par un peu froid, c’est toujours la distance nécessaire dans un documentaire, il est essentiel d’en incarner les protagonistes ( je pense à La note américaine, excellent aussi pour cet aspect là ).

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    1. J’ai préféré La note américaine, et ça ne peut être que la manière de mener la narration qui me l’a fait préférer, car les deux sujets sont aussi forts l’un que l’autre.

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  2. Moi, c’est le contraire de Marilyn, je crois que j’ai beaucoup de mal avec les documentaires papier, je préfère les romans ou les documentaires audiovisuel. Mais je connais cette histoire que je trouve fascinante : la force de caractère de ces jeunes était remarquable ! Merci de ta participation !

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  3. J’aime beaucoup alterner les romans avec la non fiction; celui-ci je l’ai lu il y a quelques semaines et il m’a autant captivée que profondément révoltée. Un livre à mettre entre toutes les mains!

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  4. Je vais m »y intéresser. je préfère en général quand c’est un documentaire, le côté romancé n’est pas toujours ma tasse de thé quand, comme ici, il s’agit d’un sujet fort

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  5. Je suis du même avis que keisha. Je qui me choque le plus, c’est que n’est pas vieux du tout cette histoire, pas étonnant que le racisme soit toujours aussi fort dans ce pays et ce n’est hélas pas le seul.

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  6. Malgré tout l’intérêt du sujet, je sais que mon esprit volatil va regretter le romanesque …. Il n’y a rien à faire, pour que je me fixe sur un sujet, il me faut de la fiction !!!!

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  7. j’ai beaucoup apprécié ce livre, l’aspect un peu froid du récit ne m’a pas gêné car je crois que le travail de l’historien est là pleinement réussi, prendre de la distance sur des faits qui tordent le ventre littéralement
    j’ai vu qu’il est sorti en poche donc lecture indispensable pour se rappeler un temps pas si lointain

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  8. Je l’ai repéré sur plusieurs blogs et s’il est disponible à la médiathèque, il fera parti de mes prochaines lectures.
    Daphné

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