Publié dans littérature Europe du Nord, mes préférés

Jonas Gardell, N’essuie jamais de larmes sans gants

nessuiejamaisdelarmes.jpg« Car Rasmus fait partie de ces gens très nombreux qui se voient obligés de recommencer à zéro, de tirer un trait et de prendre un nouveau départ. Laisser le passé disparaître dans le brouillard et cesser d’exister.
Comme une brume matinale qui s’évapore dès que le soleil se met à luire. »
En Suède, au tout début des années 80, il n’est pas facile d’être soi-même pour un jeune homosexuel. Quelques années auparavant, l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale par les médecins et chercheurs suédois. Ni l’église, ni la presse, ni le système judiciaire, ni le monde éducatif ne reconnaissaient cette différence.
À tout juste dix-huit ans, Rasmus quitte le village où vivent ses parents, et la petite ville où il allait au lycée, pour s’installer à Stockholm, pouvoir enfin vivre son identité au grand jour. Cela ne va pas être simple, mais Rasmus va rencontrer Paul et une petite communauté de colocataires. Pour Benjamin, Témoin de Jéhovah, aller à l’encontre des préceptes familiaux va être encore plus compliqué, mais le jour où il croise Rasmus et où le choix se présente à lui, il n’hésite pas.
Vient ensuite le sida, considéré comme la peste des homosexuels, et dans l’entourage de Paul, Rasmus et Benjamin, beaucoup sont touchés, certains plus fort et plus rapidement que d’autres.

« Il remodèle la honte. Il va en faire une identité et une fierté. »
Quand un roman plaît à tout le monde ou presque, je crains toujours de ne pas me joindre à l’unanimité et d’être carrément déçue, mais cela n’a pas été le cas du tout avec ce très beau roman.
J’ai tout aimé de cette lecture : le style qui ne me plairait pas forcément ailleurs, le sujet qui pourrait sembler plombant, ou parfois démonstratif, les personnages qui ne sont pas toujours montrés sous leurs meilleurs aspects. Et pourtant l’ensemble est formidable, bien dosé et impressionnant de sincérité et de justesse, jamais ennuyeux ni didactique. Les personnages secondaires, notamment les parents de Rasmus et ceux de Benjamin, ou les amis des deux jeunes gens, Paul, Reine, Bengt, Lars åke, Seppo, ne sont pas oubliés et approfondissent la description soignée de cette période, et aussi de l’évolution psychologique de chacun, lente et douloureuse bien souvent. L’humour, la dérision ne manquent pas dans le texte et viennent encore davantage éclairer ces portraits.
On pense au film de Robin Campillo, 120 battements par minute, mais le livre possède une dimension supplémentaire, je trouve. C’est difficile d’expliquer ce qui fait la force de ce roman, sa grande liberté peut-être, sa manière de ne pas se cacher derrière des périphrases et d’appeler un chat un chat : efficace et bouleversant à la fois, un grand roman !

N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell, (Torka aldrig tårar utan handskar, 2012) éditions Gaïa, 2016, traduction de Jean-Baptiste Coursaud et Lena Grumbach, en poche, 847 pages.

Repéré chez Autist Reading et  Krol, c’est un pavé de l’été, (à retrouver chez Brize), et il était depuis plus de six mois dans ma « pile à lire » (Objectif PAL chez Antigone)
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47 commentaires sur « Jonas Gardell, N’essuie jamais de larmes sans gants »

    1. Cela faisait un moment qu’il attendait, que je reculais, mais je n’ai pas regretté une seule seconde de l’avoir ouvert. (et pourtant, ça tombe dru, en ce moment, et les retours à la bibliothèque sont plus rapides que prévu !)

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  1. Ah !!! Mon pavé de l’été de l’an dernier. Et cette année je peine à en trouver… Je suis en train de lire Le fils mais je crois que je n’en lirai pas d’autres, tous les livres que j’ai envie de lire ont moins de 600 pages (même quand ce n’est pas beaucoup moins… 😉 )

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    1. Le fils, c’est un beau pavé ! (pas lu non plus)
      Il s’est trouvé que j’avais des pavés en réserve pour le cas de panne de lecture (le Mendelsohn et celui-ci) et ils ont tout à fait rempli leur office.

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  2. Curieusement, je ne l’avais pas repéré jusqu’ici mais après ton billet, impossible d’y échapper. Je l’ai donc noté (et j’ai vu au passage qu’il était très bien noté sur Babelio).

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  3. Repéré depuis un moment ce livre. Forcément, avec un tel titre, intrigant. Je n’avais pas l’impression que ce serait vraiment ma tasse de thé mais ton enthousiasme attise ma curiosité, surtout que ça n’avait pas l’air gagné d’avance non plus.

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  4. Je l’ai lu aussi sans faire de billet (ce qui est rare !). J’ai aimé mais… je ne sais pas, j’ai été gênée aussi plusieurs fois, peut-être par le mélange de passages presque « documentaires », et j’ai eu souvent du mal à me sentir proche des personnages.

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  5. J’ai déjà lu de bonnes critiques à son sujet et ton « formidable » enfonce le clou. Je le note pas (il faut que ce soit le bon moment) mais je pense que je ne l’oublierai pas.

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  6. Un livre croisé ici et là, j’étais déjà attirée par son titre et les avis sur la blogosphère dont le tien me donnent encore plus envie de le découvrir.

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  7. Je l’avais repéré chez Karine je crois et ton billet me redonne encore plus envie! Ma seule crainte : la taille du livre (mais peut-être pour l’été prochain! 😉)

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  8. Il m’attend. J’ai raté le coche en oubliant de le mettre dans mes valises il y a quelques semaines. Ce n’est que partie remise mais je vais essayer de ne pas attendre l’été prochain pour m’y plonger.

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