Publié dans deuxième chance, littérature Amérique du Nord

Margaret Atwood, La servante écarlate

Je suis quelque peu en panne de lecture depuis que j’ai fini Les disparus début juillet, ce qui a pour avantage une liste de livres à chroniquer réduite comme peau de chagrin, mais ce qui m’a aussi fait commencer, puis reposer en soupirant, plusieurs livres empruntés à la bibliothèque… pas envie de roman noir américain, ni d’autofiction à la française, ni de nature writing, ni de roman russe un peu allumé… Dans ce cas, un polar peut faire l’affaire, mais ma pile de polars a fondu. Et voici La servante écarlate, que j’avais commencé il y a quelques années et qui revient sur le devant de la scène grâce à la série. Donnons-lui donc une deuxième chance !

servanteecarlate« Nous étions les gens dont on ne parlait pas dans les journaux. Nous vivions dans les espaces blancs et vides en marge du texte imprimé. Cela nous donnait davantage de liberté.
Nous vivions dans les brèches entre les histoires. »
Defred, c’est le nom qu’elle a maintenant, cette servante toute de rouge vêtue, aux fonctions bien particulières. Dans la république de Gilead, les femmes dépendent, sans en avoir eu le choix, de différentes catégories : épouses, cuisinières ou servantes destinées à procréer, lorsque la fécondité baisse de manière alarmante. Dans cet univers extrêmement codifié, rien n’est laissé au hasard, et tout est fait pour que personne, et les femmes en particulier, ne soit amené à penser par lui-même : plus de livres, des émissions de radio lénifiantes, des exécutions sommaires destinées à frapper les esprits…

« Je suis donc couchée à l’intérieur de la chambre sous l’œil en plâtre du plafond, derrière les rideaux blancs, entre les draps, aussi lisse qu’eux, et je fais un pas de côté pour sortir de ce temps qui m’appartient. Sortir du temps. Pourtant c’est bien ceci le temps et je ne suis pas à l’extérieur.
Mais la nuit est mon moment de sortie. Où irai-je ? »
Ce roman évoque 1984 de George Orwell ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, et présente un avenir monstrueux, sans être complètement inimaginable. Le monologue de Defred laisse entrevoir sa personnalité, forte, qui n’a pas rompu malgré les événements traumatisants qu’elle a vécu. Elle s’autorise parfois en pensée à regarder en arrière, vers le moment où tout a commencé à se dégrader, et ce sont des moments perturbants là encore, tant l’identification se fait facilement. Ça provoque des frissons d’angoisse et de colère !
Et l’écriture, superbe, donne encore plus de force à ce que la jeune femme raconte… Ce n’est pas un roman
précipité, haletant, mais un texte qui prend le temps de suivre son personnage principal, d’imaginer son évolution, ses possibilités d’action…
Alors, ai-je bien fait de reprendre ce roman ? Bien sûr, et je suis impatiente maintenant de découvrir davantage les romans de Margaret Atwood. En aurez-vous à me recommander ? En attendant la sortie de The testaments (parution en anglais en septembre) qui sera une suite, quinze ans après, de La servante écarlate, et qui éclairera peut-être la fin du roman… ah, quelle fin !

La servante écarlate (The handmaid’s tale, 1985), Robert Laffont, 1987, 2015 pour cette édition de poche, traduction de Sylviane Rué, 522 pages, dont une postface de l’auteure.

Repéré chez Ariane Je lui ai donné une deuxième chance.
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42 commentaires sur « Margaret Atwood, La servante écarlate »

    1. Mais non ! Mes derniers billets présentent des lectures de juin, et juillet va se limiter à deux ou trois livres, entrecoupés de périodes où tout m’est tombé des mains… 😉

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    1. Je ne peux pas te la rappeler ici… mais j’ai trouvé qu’elle collait bien avec le reste (et en plus elle peut appeler une suite, même si ce n’est pas ce que Margaret Atwood a fait aussitôt !)

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  1. Je suis un peu dans la même panne que toi ; incapable de me déterminer sur une lecture, en prenant un, le reposant, passant à un autre. Heureusement, là, j’ai mis la main sur un Wallace Stegner et j’aime énormément, ouf ! Quant à Margaret Atwood, j’ai lu « la voleuse d’hommes » il y a longtemps et j’avais aimé, mais je n’ai pas eu l’occasion de la relire. La servante écarlate me fait un peu peur je l’avoue, parce que ça commence à trop ressembler à la régression actuelle pour les femmes.

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    1. Oui, à moi aussi il faisait un peu peur, ce doit être pour ça que je l’avais laissé tomber une première fois… mais franchement, je l’ai trouvé très bien fait. L’auteure a fait à mon avis le roman parfait sur le thème original qu’elle a trouvé, là où d’autres auraient exagéré. Sa postface est très intéressante !

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  2. J’avais beaucoup aimé « La voleuse d’hommes » (puis avais été déçue par « Le tueur aveugle »).
    Je ne savais pas qu’il y avait une suite annoncée à « La servante écarlate «  (lu il y a 10 ans, m’indique mon blog ; faudra que je relise les dernières pages).

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    1. Je vais noter La voleuse d’hommes, alors ! J’ai déjà Le temps du déluge dans ma PAL, et je pense l’en sortir assez vite.
      J’ai vu mention de la suite de « la servante écarlate » sur Goodreads qui l’annonce en septembre. ça semble intrigant…

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  3. Je l’ai lu il y a tellement longtemps que je ne m’en souviens plus dans les détails. Je sais juste que j’avais adoré et classé dans mes incontournables à l’époque. Il faudrait que je le relise. Je n’ai pas regardé la série exprès car l’histoire n’était plus assez fraîche dans ma tête et j’aime bien comparer les originaux et les adaptations.

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  4. Comme krolfranca, l’écriture sobre, voire froide, m’a tout d’abord tenue assez éloignée des personnages… Mais j’ai été vite totalement happée par cette histoire angoissante et questionnante.

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  5. Je suis une fan absolue de ce roman que j’ai lu deux fois et dont je suis l’adaptation en série. J’attends la suite en septembre avec impatience, c’est un des romans de la rentrée que j’attends avec le plus d’impatience.

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  6. Aie zut pour la panne de lecture. Cela m’arrive rarement mais quand j’enchaîne deux ou trois lectures « bof bof » j’avoue que je panique un peu.
    J’ai « la servante écarlate » dans ma PAL. Ton avis me réjouit donc.

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  7. Punaise, on aurai tpu faire une LC. J’ai lu ce roman depuis quelque temps mais vais le chroniquer incessamment sous peu, j’ai parcouru très vite ton article pour ne pas être influencée. Anis du blog Litteraa a lancé un challenge Margaret Atwood (https://femmes-de-lettres.com/lire-margaret-atwood/) : tu trouveras des idées. J’ai lu de l’auteure C’est le coeur qui lâche en premier et j’ai bien aimé. Bises

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  8. Désolée pour ta panne de lecture, j’espère que ça va te passer très vite, pour en avoir de temps en temps je sais à quel point c’est frustrant. Quand au roman il est dans ma PAL, j’ai depuis vue la série (les deux premières saisons, la troisième est en cours de visionnage ;0) et j’ai adoré, il faut absolument que je lises le roman. Les femmes ont intérêt à rester vigilante, il y encore une longue route à traverser pour nous les femmes malheureusement et ça pourrait basculer si vite….

    Aimé par 1 personne

  9. J’avais adoré cette lecture, lue il y a des années en VO, mais j’avoue qu’il ne m’en reste pas de souvenirs, si ce n’est une lecture marquante et très envie de lire Atwood encore…ce que bien sûr, je n’ai pas fait, faute de temps…

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