Publié dans littérature Europe de l'Est et Russie, rentrée hiver 2019

Victor Remizov, Devouchki

devouchki« Dans la pénombre de la rue, son visage était énigmatique, différent et fascinait par sa beauté presque adulte, une beauté de femme et quelque chose encore qu’Alexeï ne pouvait définir. Quelque chose de simple, d’essentiel. »
Ce qui m’a poussée à choisir ce roman, outre sa couverture plutôt affriolante, c’est le nom de l’auteur, repéré, mais pas encore lu avec son premier roman Volia Volnaïa. Le premier se déroulait en Sibérie, dans un univers plutôt mâle, du moins j’en ai eu l’impression, alors que celui-ci a pour cadre Moscou et pour personnages principaux deux jeunes filles, deux cousines, débarquées à la capitale pour tenter d’échapper à la misère de leur village, où elles subsistaient de petits boulots ou en vendant quelques légumes du potager familial au marché.
Les deux jeunes filles (devouchki) sont aussi différentes que possible, Katia, la plus jeune, a une beauté sage et troublante, et un caractère qui s’accorde avec, calme, avec un goût pour les arts et la littérature qu’elle tient de son père. Sa cousine Nastia possède un charme beaucoup plus dévergondé, et ne craint pas les situations extrêmes. La narration des premiers jours à Moscou est pleine de tensions, on craint pour elles à chaque instant. Elles finissent pourtant par trouver une colocation, une ou deux propositions de travail, elles font des rencontres, mais la vie n’est pas forcément pavée de roses pour deux jeunes filles naïves et sans soutien familial.

« – J’aime cette idée de vivre là où on est né… C’est beau, il n’y a rien à dire. Je comprendrais si c’était dans une province française ou italienne. À Venise, par exemple, où on trouve toute la culture mondiale. Mais chez nous ? »
Je me trouve avoir du mal à formuler un avis sur ce roman. Je ne suis pas habituée à la littérature russe, et j’ai été surprise par la prédominance des dialogues sur les descriptions ou l’introspection, ils sont longs et abondants, et à chaque fois qu’un cas de conscience se pose à un personnage, c’est par une conversation avec un autre qu’il va tenter de le débrouiller. C’est peut-être une caractéristique du roman russe ? Si quelqu’un a une idée à ce sujet, ça m’intéresse !
Une fois accoutumée à cela, le style m’a paru plutôt prenant, bien adapté à l’histoire. L’idée générale qui mène le roman est l’attrait exercé sur les jeunes générations issues des campagnes, par la ville, ou les pays étrangers, et en même temps, par la nostalgie profonde qui peut s’emparer des exilés lorsqu’ils s’éloignent de leur environnement natal. L’idée des deux cousines aux caractères si contrastés est attrayante, même si l’auteur a légèrement forcé le trait, à mon avis, dans cette opposition. Un événement dramatique qui survient environ au milieu du roman relance l’intérêt pour les personnages, et le roman gagne en intensité. Confrontée tant à la générosité qu’à la brutalité et à la malfaisance, Katia et Nastia manquent de se perdre, et le lecteur ne sait s’il doit se préparer à lire leur déchéance ou leur rédemption.
Au final, une lecture sans difficulté particulière, avec une tonalité originale et des thématiques attirantes. Si je ne suis pas folle d’enthousiasme, je peux toutefois recommander sans hésiter ce roman aux amateurs de littérature russe ou, plus généralement, de dépaysement, et à ceux qui s’intéressent à la Russie contemporaine. Ce roman en propose un tableau édifiant !

Devouchki de Victor Remizov, (Iskushenie, 2016) éditions Belfond, janvier 2019, traduit du russe par Jean-Baptiste Godon, 399 pages.

Un autre avis (très positif) chez Eve-Yeshé.
C’est le mois de l’Europe de l’Est chez Eva, Patrice et Goran.
Lire le monde (Russie)
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29 commentaires sur « Victor Remizov, Devouchki »

  1. Non je ne l’ai pas repéré. J’hésite à le noter, il ne me paraît pas indispensable. Je ne connais pas assez bien la littérature russe contemporaine pour te dire si l’omniprésence des dialogues est courante.

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    1. Parmi les contemporains, j’ai aimé quelques romans de Ludmila Oulitskaia et un ou deux d’autres auteurs qui m’ont un peu moins plu… Il faudrait que je « creuse » un peu !

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    1. J’aurais aimé être plus enthousiaste, comme d’autres avis lus ici et là… Pour la vision de la Russie, c’est très intéressant, mais j’ai du mal à ne pas tenir compte de la forme…

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  2. Pour moi, c’est une vraie découverte et c’est attirant de se plonger dans une littérature russe contemporaine ; malgré les réserves, je note avec intérêt ce titre. Et merci pour la participation au Mois de l’Europe de l’Est !

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  3. Je ne peux te répondre, mais, clairement, tu confirmes mon envie de retourner en littérature russe, classique ou contemporaine, même si ce n’est pas avec ce titre, ça fait trop longtemps que je l’ai délaissée.

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  4. J’avais commencé un commentaire mais il a disparu. Je disais que j’aimais bien que l’on garde le titre en russe au lieu de le traduire ! C’est tellement rare et tellement beau ! Enfin je trouve parce que j’aime la langue russe et la littérature classique russe. Contemporaine ? Je suis comme les blogueurs ci-dessus, beaucoup plus réticente !

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    1. Alors, ce n’est pas vraiment le titre original, mais un mot russe (jeunes filles, c’est ça ?) qui colle bien à l’histoire. Ce roman est surtout intéressante pour le côté sociologique… l’écriture ne m’a pas épatée plus que ça.

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