Publié dans littérature Amérique du Nord, sorti en poche

Larry McMurtry, Lonesome Dove

lonesomedove1.png« – Vous pouvez descendre, dit-il aux Irlandais. Vous êtes en sécurité, en tout cas tant que vous ne mangez pas la cuisine d’ici. »
Je sens déjà les réfractaires au genre passer leur chemin en soupirant : « un western, ce n’est pas pour moi ! » Et pourtant, passer à côté de ce roman serait tout d’abord dommage pour qui a une once d’humour et aime en trouver dans ses lectures.
Au début du roman, force est de constater que pour un western, ça manque singulièrement d’action, avec un petit côté Désert des Tartares… Mais l’humour, lui, est déjà bien présent, c’est même un régal (les pages sur le panneau à l’entrée du ranch sont à mourir de rire) et si les moindres faits et gestes de nos cowboys sont décrits, du cuisinier mal réveillé qui fait tomber des grains de café dans la graisse destinée aux œufs frits, au patron français de l’auberge qui essuie avec constance les tables de sa gargote malpropre, sans oublier le cow-boy qui n’a jamais appris qu’on n’urine pas sur le pas de la porte, cela ne fait que renforcer l’aspect humoristique.
La propreté n’est pas le point fort de ces hommes, ni l’art de la conversation, sauf pour Augustus, dit Gus, qui, s’il casse les oreilles de ses commensaux, réjouit grandement les lecteurs. Entre les dialogues et les détails triviaux, on découvre les histoires personnelles de chacun, amenant à les connaître intimement avant le passage à l’action.

« Bien souvent, il s’était demandé si lui-même pourrait rivaliser avec Gus si celui-ci mettait de la bonne volonté dans son travail. Mais il n’avait jamais pu le vérifier tant il était rare que Gus s’active vraiment. Ils se complétaient parfaitement tous les deux : lui en faisait plus que nécessaire pendant que Gus en faisait le moins possible. »
Ignorer Lonesome Dove serait ensuite passer à côté de personnages hauts en couleurs, et pour tout dire, inoubliables, en premier lieu Gus et Call, les deux patrons, aux caractères aussi opposés que possible. Viennent ensuite Newt, un tout jeune et tendre cow-boy, qui se demande qui est son père, Jack Spoon, un joueur invétéré, puis deux Irlandais pas précisément bons cavaliers, et d’autres gardiens de bétail que leurs traits de caractère rendent bien vivants. Sans compter les femmes, avec entre autres Lorena, la fille de joie dont le comportement ne manque pas de surprendre. Et finalement, il faut compter avec un couple « shérif et son adjoint », lancés (mollement) sur les trace de l’un de nos cow-boys.

« Il avait côtoyé des hommes qui voulaient mourir – qui, pour une raison ou pour une autre, avaient fini par être dégoûtés de la vie. La plupart avait trouvé la mort qu’ils désiraient. Au Texas, à cette époque, se faire tuer était chose facile. »
Et enfin, se priver de de roman serait faire fi de toute une époque, la toute fin du XIXème siècle, un tournant dans l’histoire des cow-boys, où ils commencent à prendre de l’âge. Ceux du roman étaient shérifs ou combattaient les Indiens, ils trouvent un nouveau souffle pour rompre la monotonie de leur vie en volant un troupeau à des mexicains, et en partant s’installer plus à l’Ouest, dans des régions qui gardent encore leur attractivité à cette période. Lonesome Dove retrace leur périple du Texas au Montana, le premier tome constitue surtout la mise en place et également le début du voyage. L’aspect « découverte de la nature sauvage » n’est pas négligé non plus, ce qui fait de Lonesome Dove un roman particulièrement dense et riche.
Dans l’ambiance plutôt tranquille du début de voyage, le premier mort, inattendu, prend le lecteur par surprise, et ses camarades cow-boys aussi, certains ont bien du mal à encaisser la perte d’un des leurs. Ils ont des cœurs, contrairement à l’image qu’on en a ! A partir de ce moment, on passe dans une narration plus riche en actions, mais ce qui faisait le sel du début reste bien présent, et l’accent est toujours mis sur l’humour, les personnages et l’aspect historique et géographique, et le plaisir de lecture n’en est que décuplé.
Inutile de vous dire que le deuxième tome m’attend déjà !


Lonesome Dove, tome 1, de Larry McMurtry, éditions Gallmeister (Totem, 2017) traduit par Richard Crevier, 532 pages, prix Pulitzer en 1986.

Lu et aimé aussi par Hélène, Keisha et Marie-Claude… Qui d’autre ?

Lu pour l’Objectif PAL 2019 (à suivre sur le blog d’Antigone)
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36 commentaires sur « Larry McMurtry, Lonesome Dove »

  1. Je me souviens du billet de Keisha, il n’est pas dans ma PAL parce qu’il faut bien se limiter parfois, mais je le surveille du coin de l’oeil.

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  2. Sur le site de la bib, il est noté paru en 1990 ! Certainement une réédition chez un autre éditeur. Tant mieux puisque tu nous allèches avec ce lire que j’ai retenu, tout comme le second tome.

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  3. J’ai beau essayer et vouloir aimer ça… j’ai toujours du mal avec les westerns et les romans où la nature ont la belle part… peut-être qu’un jour, je trouverai mon bonheur…

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  4. Ton amorce est excellente, car sans elle j’aurais peut-être d’emblée passé mon chemin. Je ne dis pas que je ferai de ce livre une priorité, mais s’il croise mon chemin à la bibli, pourquoi pas…

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  5. Ah tu le vends bien, ça y a pas à dire.^^ Il est sur ma LAL d’ailleurs mais je n’ai pas encore sauté le pas, étant de ces personnes moyennement « western, nature writing » (avant c’était même niet mais il y a eu quelques exceptions qui me laissent du coup ouverte au genre). A voir si j’arrive à le caser cette année. Ton billet est très motivant.

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  6. Lu et adoré, il a figuré longtemps (et toujours) dans mon TOP 5 c’est la référence (et aux USA) idem !! j’ai dévoré les deux tomes et j’en garde un souvenir ému !!!

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