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Lectures du mois (18) novembre 2018

Ma liste de livres non chroniqués s’allongeant à vue d’oeil, je vais donc avoir recours au bon vieux billet collectif pour vous donner au moins un avis rapide sur des lectures, qui, à la suite de Nos enfants après eux, ont été loin d’être aussi enthousiasmantes.

33toursDavid Chariandy, 33 tours, éditions Zoé, 2018, traduit par Christine Raguet
« Nous étions des ratés et des petits magouilleurs de quartier. Nous étions les enfants du personnel de service, sans avenir. Aucun de nous n’était ce que nos parents voulaient que nous soyons. »
Je suis bien ennuyée, car j’ai écouté l’auteur au Festival America, l’ai trouvé intéressant, et j’étais sûre d’aimer ce roman. Pourtant l’histoire de deux frères élevés par une mère immigrée aimante, jeunes gens passionnés de musique, mais englués dans leur banlieue tristounette et leurs fréquentations peu recommandables, malgré les qualités d’écriture du texte, ne m’a pas emportée. Le drame s’annonce dès le début du roman, tout cela est très triste mais je suis restée extérieure à ce qui se jouait. Peut-être, comme je l’ai lu juste après Nos enfants après eux, ai-je fait une légère overdose de jeunesse défavorisée. D’autres ont beaucoup aimé.


affairederoadhillKate Summerscale, L’affaire de Road Hill House, éditions 10/18, 2009, traduction d’Eric Chédaille
« L’énigme de l’affaire tenait à la combinaison particulière de frénésie et de froideur, de préméditation et de passion, dont avait fait preuve le meurtrier. »
J’avais trouvé passionnant Un singulier garçon, où l’auteure reconstituait, à l’aide de nombreux documents d’archives, une affaire criminelle des plus obscures, qui avait eu lieu au XIXè siècle. Il s’agit ici de l’assassinat d’un garçonnet de quatre ans, dans une demeure bourgeoise à la campagne. Les suspects sont peu nombreux, puisque le meurtrier n’est pas venu de l’extérieur, mais ses motivations demeurent mystérieuses. Je n’ai pas adhéré au parti-pris de Kate Summerscale, qui s’intéresse principalement à l’enquêteur chargé de lever le voile sur ce crime odieux, et aux prémices du roman policier, et j’ai peiné dans ma lecture…


idaho.pngEmily Ruskovich, Idaho, éditions Gallmeister, 2018, traduction de Simon Baril
« Quand on aime quelqu’un qui est mort, et que sa mort disparaît parce qu’on ne peut plus s’en souvenir, il ne vous reste que la douleur d’un amour non partagé. »
Ce roman semble avoir rencontré un beau succès auprès des lecteurs. L’histoire d’une jeune femme qui vit avec un homme dont la précédente épouse est l’auteure d’un infanticide affreux, et dont l’autre enfant a disparu, contient pas mal d’ingrédients qui sont censés effectivement ferrer les lecteurs, mais sa construction éclatée, sa manière de cultiver le flou, le douteux, l’incertain, ont eu raison de ma patience (qui semble très limitée en ce moment…). Si vous n’aimez pas rester dans l’incertitude à la fin d’un roman, ne vous risquez pas dans celui-ci.

eleanoroliphantGail Honeyman, Eleanor Oliphant va très bien, éditions 10/18, 2017, traduit par Aline Azoulay-Pacvon
« J’ai parfois le sentiment que je ne suis pas là, que je suis le fruit de mon imagination. Il y a des jours où je me sens si peu attachée à la Terre que les fils qui me relient à la planète sont fins comme ceux d’une toile d’araignée, comme du sucre filé. »
J’avais commencé ce roman il y a plusieurs mois, et laissé de côté. Au vu de nombreux avis élogieux, je l’ai repris au début pour lui laisser sa chance. J’ai bien mieux apprécié cette fois-ci, à la fois le personnage d’Eleanor, et le style de l’auteure. On comprend progressivement pourquoi la vie de cette jeune femme est si affligeante, pourquoi elle obéit à des routines immuables et vides de sens. L’évolution d’Eleanor, des autres personnages qui deviennent attachants également, et la conclusion du roman, m’ont passionnée davantage que les préliminaires. C’est ma lecture préférée parmi celles que je présente ici, et le livre que je recommande !

desorientaleNégar Djavadi, Désorientale, éditions Liana Lévi, 2016
« Pour s’intégrer à une culture, il faut se désintégrer d’abord, du moins partiellement de la sienne. Se désunir, se désagréger, se dissocier. »
J’attendais beaucoup, trop sans doute, de ce roman de l’exil, un thème que j’affectionne, mais qui forcément peut amener nombre d’attentes, et donc de déceptions. La narration du roman, sous forme de poupées russes, et qui demande une attention assez soutenue, est plutôt sympathique, mais trop de jeu sur l’anticipation, une manière de faire annoncer de nombreuses fois par la narratrice qu’elle ne peut pas parler tout de suite de tel ou tel péripétie de son enfance, qu’elle parlera bientôt de l’EVENEMENT, oui, écrit de cet manière, j’avoue que ça m’a essentiellement agacée. J’ai traîné dix jours sur moins de 350 pages, ce qui n’est tout de même pas très bon signe.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ces romans ?

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40 commentaires sur « Lectures du mois (18) novembre 2018 »

  1. Je te rejoins pour 33 tours, comme toi j’ai assisté à la conférence à Vincennes et, si j’ai aimé sa plume, je suis restée à distance du récit. Quelques semaines après, je n’en garde que peu de souvenirs…
    Idem pour Désorientale, trop décousu à mon goût.
    Quant à Eleanor il fait partie de mes coups de coeur 2017! 😉

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  2. Je n’ai lu et apprécié que Eleanor , mais je crois que parfois il faut juste lire un peu moins pour retrouver du plaisir. En tout cas c’est mon cas.

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    1. C’est très particulier, n’est-ce pas, Idaho ? Bien écrit, belle traduction également, mais je n’ai pas vu où l’auteure voulait en venir… (ni si elle voulait vraiment aller quelque part)

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  3. De la liste, seule Eleanor donne envie! (j’ai lu Désorientale, plutôt aimé, je ne me souviens même plus de cet événement -qui faisait un peu pschitt alors? à force de l’attendre?)

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    1. Oui, il y avait deux événements, l’un dramatique, mais prévisible, l’autre moins sauf pour la narratrice, mais bref, le procédé est lassant…
      Et, oui, tu peux te laisser tenter par Eleanor qui est en poche.

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  4. J’avais accroché à la lecture de  » L’affaire… « , prise par l’enquête. Lu il y a longtemps ( à parution ), c’était ma première lecture de ce type.
    Bon, c’est bien, tu confirmes, je n’ai pas de regret à avoir passé Idaho et Désorientale 😉

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    1. « L’affaire… » n’était pas ma première lecture du genre (on peut comparer aussi avec La petite femelle et La serpe de Jaenada, bien plus savoureux) et cela explique sûrement mon manque d’engouement.

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    1. Ce n’est que mon avis, pour 33 tours, tu risques d’avoir un ressenti différent. Et c’est grâce à ton avis que j’ai repris Eleanor Oliphant, et j’ai bien fait !

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  5. Des 5, j’en ai lu 3, tous avec plaisir, différent à chaque fois.
    J’ai beaucoup aimé 33 Tours qui m’a beaucoup ému; j’ai aimé Idaho pour ce qui t’a laissée sur le bord, ce flou constant et l’absence de réponse certaine ; enfin, après avoir peiné et failli abandonner avant la page 50, j’ai été ferré par Oleanor qui est bien moins futile et légère que son histoire le suggère au début.

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    1. Tu es meilleur public que moi, alors ! 🙂 C’est vrai qu’Eleanor Oliphant demande à s’accrocher un peu au début, mais mérite d’être lu. Quant à 33 tours, ça a été sans doute pour moi une question de moment, mais je crois qu’Idaho ne m’aurait plu, lui, à aucun moment…

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  6. Idaho, j’ai beaucoup aimé ce livre et le style d’écriture d’Emily Ruskovich. Par contre, je te rejoins sur le côté incertain de ce que l’on saisit entre les lignes de cette histoire terrible. Gail Honeyman, « Eleanor Oliphant va très bien ».. je note ce livre. Merci pour la découverte 🙂

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    1. Je savais bien que j’avais lu ds avis enthousiastes sur Idaho ! Je ne critique pas le style ni la traduction, mais je n’ai pas aimé l’atmosphère ni la manière d’esquiver les réponses… Il n’y en a donc qu’un à noter dans cette sélection, ce n’est pas plus mal pour les listes à lire, non ? 😉

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  7. Idaho me tentait beaucoup, je l’ai pris en format numérique (même chose pour Eleanor)…je vais attendre. Je viens de récupérer à la médiathèque Nos enfants après eux…

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  8. Et bien dis donc, tu es passée par la même phase que moi… Toi, ces livres ont suivi Nos enfants après eux, moi c’est ce livre qui m’en a sorti. Idaho, j’ai eu le même ressenti et j’avais envie de lire d’autres romans dont tu parles…

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    1. Sur le papier, comme on dit, c’est une très belle brochette de romans, mais qui ne m’a pas transportée. Quelques livres depuis m’ont plu depuis ceux que je cite ici, mais rien d’enthousiasmant, et même un ou deux me sont tombé des mains…

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    1. J’ai déjà lu pas mal sur ce thème, mais j’étais attirée par l’histoire de la quête de maternité qui venait s’y ajouter, et j’ai trouvé que la greffe entre les deux passait mal, et aussi que l’histoire familiale était trop embrouillée, avec des airs de conte oriental qui ne collaient pas, pour moi, avec le reste. Bref, la déception !

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  9. Bon alors, je n’ai lu aucun de ces titres donc je ne vais pas pouvoir t’en donner un avis… Par contre, je te conseille très fort le dernier titre d’Abnousse Shalmani sur la thématique de l’exil. Je l’ai adoré !

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  10. J’aime beaucoup ce format de billet. Je vais peut-être devoir y recourir bientôt, avec toutes mes lectures non chroniquées ! Je n’ai lu que Désorientale dans ta liste et j’avais beaucoup aimé pour ma part. Je me souviens avoir particulièrement aimé le ton et l’humour de l’auteure.

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    1. L’humour de Désorientale n’a pas fonctionné sur moi… Quant au billet collectif, il m’a permis d’avancer un peu dans mes billets, mais il m’en reste encore pas mal à mettre en forme !

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  11. J’avais aimé « Road Hill House »; c’est documenté, instructif plus que vraiment prenant niveau « intrigue ». Ma soeur m’a offert « Idaho » mais elle se plante très (trop) régulièrement dans ses choix pour moi donc je ne l’ai pas encore commencé.

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    1. Tout à fait, ce n’est pas le dénouement qui est important dans Road Hill House, mais bon, je ne devais pas être d’humeur… 🙂
      Peut-être trouveras-tu des qualités à Idaho, il partage beaucoup.

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