Agnès Desarthe, La chance de leur vie

chancedeleurvieRentrée littéraire 2018 (8)
« L’Amérique est aveugle, placide, telle une créature sous-marine que sa taille bien supérieure à celle de tous ses congénères porte à une indifférence proche de la léthargie. On se tient sur son dos comme sur une île, inconscient des soubresauts qui l’agitent. »
Ce roman aperç
u sur l’étagère des nouveautés à la bibliothèque m’a donné l’occasion de retrouver les écrits d’Agnès Desarthe, dont j’avais aimé Dans la nuit brune, une lecture plutôt enthousiasmante par son style, et sa manière d’appréhender les personnages et leurs interactions.
Un peu à la manière de David Lodge, la famille au centre de l’histoire se retrouve, par le biais d’un échange entre universités, sur un campus américain, en Caroline du Nord, logée dans la maison d’un professeur parti lui-même à l’étranger. Hector se sent vite très à l’aise dans cet univers, trop à l’aise même, tandis que son épouse Sylvie peine à trouver sa place, et observe avec un certain détachement l’attrait qu’Hector exerce sur ses collègues femmes. Quant à Lester, leur fils adolescent, né tardivement, il a décidé de se faire appeler Absalom Absalom, et il réunit rapidement autour de lui une drôle de clique dont il devient une sorte de gourou…

« A peine la question l’avait-elle effleurée qu’elle repartit là où elles se trouvaient toutes, serrées les uns contre les autres, à l’abri des réponses. »
C’est avec un sens de l’humour très particulier qu’Agnès Desarthe observe ses personnages jetés dans le microcosme unique d’une petite université américaine, et un sens de la formule qui fait mouche bien souvent. Bien qu’éloignés de France, la famille et leurs amis n’en sont pas moins touchés à distance par les attentats de novembre 2015, et réagissent chacun à leur façon.
Je suis un peu partagée à la suite de cette lecture, j’ai aimé le choix des caractères, la manière qu’a Agnès Desarthe de les mettre sous le microscope pour disséquer leurs moindres réactions. J’ai aimé notamment les passages qui concernent Sylvie, et la distance avec laquelle elle appréhende le monde qui l’entoure, tout en affrontant des bouleversements intimes.

« Mais elle n’avait pas d’amies, elle n’était pas douée pour l’amitié, se disait-elle. Elle s’était toujours imaginé que c’était à cause d’un genre de lenteur. Une lenteur à discerner qui était pour elle et qui était contre elle dans un groupe. »
J’ai complètement adhéré au style, jamais plat, et évitant toujours les banalités, beaucoup de phrases m’ont touchée et semblé particulièrement justes. Les conclusions des américains aux attentats, dans leur diversité, forment un ensemble de réactions cohérent qui préfigurent l’arrivée de Trump, alors qu’ils semblent certains que leur prochain président sera une femme. Les remarques très pertinentes de Lester/Absalom tombent bien souvent à point nommé, et les introspections de Sylvie semblent à la fois originales et universelles. Hector reste un peu plus plat et conventionnel, se conformant à merveille au rôle qui lui est dévolu !
La fin du roman m’a semblé légèrement frustrante, et l’ensemble ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais j’ai passé un bon moment de lecture, et c’est déjà ça.

La chance de leur vie d’Agnès Desarthe, éditions de l’Olivier (août 2018), 304 pages.

Cuné l’a trouvé très intéressant,
Nicole est enthousiaste, Philisine a beaucoup aimé.

29 commentaires sur « Agnès Desarthe, La chance de leur vie »

  1. Je n’ai pas lu Agnès Desarthe depuis longtemps et ce n’est pas par ce genre de roman que je suis attirée en priorité.

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  2. Je l’ai fini la semaine dernière et c’était mon premier Desarthe. On ne peut que penser à David Lodge et à son « Changement de décor ». J’ai passé un bon moment de lecture, sans plus.

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    1. Nous sommes assez d’accord, il est agréable à lire et plaira à de nombreux lecteurs. J’en attendais peut-être un peu plus.

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    1. Je ne sais plus si j’ai commencé Mangez-moi ou non… Je suis sûre d’avoir beaucoup aimé La nuit brune et calé sur Partie de chasse. C’est à chaque fois un univers différent, et on adhère ou pas. En tout cas, le style est son gros point fort à mon avis, et mérite que tu le notes !

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    1. Oui, il est difficile de considérer les trois membres de la famille comme un ensemble, moi, c’est Hector qui m’a semblé un peu flou…

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  3. J’ai lu Desarthe au début du blog je crois…donc autant dire il y a peut-être bien 10 ans…voire 12! Je me souviens avoir beaucoup aimé, mais c’est tout. ton billet intrigue, mais pas sûre de sauter le pas pour ce titre-ci.

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    1. C’est une auteure qui ne semble pas si lue que ça, on dirait… j’aime son style, je le ferais volontiers découvrir ou redécouvrir.

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  4. Je n’ai jamais lu cette auteure, persuadée que c’était une écriture purement commerciale, va savoir pourquoi ? Et un titre juste agréable à lire, ma foi, moi, ça me dit bien !

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  5. Je ne la connais que comme auteur jeunesse et j’ai lu une biographie un peu bancale co-écrite avec Geneviève Brisac. J’aime beaucoup les campus novels, mais à la sauce française, je ne suis pas sûre que le charme opère aussi bien.

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  6. J’ai eu le retour d’une amie qui l’a lu et qui tire les même conclusions que toi. Sympa à lire mais une fin frustrante.

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  7. Pas trop envie à priori et comme tu n’as pas l’air enthousiaste ! je suis un peu comme Lilly quand elle parle des campus novels ! Tout le monde n’est pas à l’égal de Lodge.

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  8. J’ai beaucoup aimé ce roman (j’en garde des images fortes) et j’aime bien la prose de l’auteure. C’est un très bon moment de lecture pour moi. Bises

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