Publié dans littérature Amérique du Nord, nouvelles, rentrée hiver 2018

Joyce Carol Oates, Amours mortelles

amoursmortelles« Malgré tout, Mariana s’étonnait qu’Austin reste en apparence sourd à ses excuses. Elle n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi résolument déterminé à ne pas entendre. »
Cela faisait quelques années que je n’avais pas lu de livre de la grande auteure américaine, non par lassitude ou par insatisfaction, mais simplement parce qu’elle écrit tant qu’il est difficile de suivre toutes ses publications. Le dernier lu était Sacrifice, qui ne m’avait pas enchantée plus que ça, sans doute parce qu’il n’était pas tombé au bon moment, car d’autres lectrices et lecteurs de « bon goût » l’ont au contraire énormément apprécié. Ces nouvelles que j’ai trouvées à la bibliothèque m’ont donc paru idéales pour retrouver l’ambiance assez féroce que JC Oates sait créer. Je recommande au passage Nous étions les Mulvaney, La fille du fossoyeur, Daddy Love ou Fille noire, fille blanche pour illustrer cette déclaration !

« Étant donné que Desmond passait sans appeler au préalable, je n’avais aucun moyen de prévoir le moment où il allait se montrer. Aucun moyen de m’arranger pour qu’il y ait une autre personne chez nous, si j’avais voulu qu’il y ait quelqu’un. »
Voici de courts résumés de chaque nouvelle, qui je l’espère, vous donneront envie d’aller y voir de plus près : dans la première, « Mauvais œil », une jeune femme, quatrième épouse d’un homme charismatique et autoritaire, rencontre celle qui fut sa première femme…
Dans « Si près n’importe quand toujours » une toute jeune fille immature et quelque peu ordinaire est remarquée par un jeune homme qui a tout pour plaire…
« L’exécution » est une nouvelle où un jeune homme très perturbé programme l’assassinat de ses propres parents…
Dans « La semi-remorque » une jeune femme porte le poids insupportable d’une agression, doublée d’une manipulation, survenue dans son enfance, et qu’elle a tenté de refouler…

« Les policiers l’étudiaient en silence. Dans leur regard, il ne lisait aucune sympathie, constat qu’il trouvait choquant, déroutant.
Il n’était pas prêt pour la révélation ahurissante qui allait suivre. »
Je trouve Joyce Carol Oates inégalable lorsqu’il s’agit de se mettre dans la peau de jeunes gens, garçons ou filles, de la prime adolescence au début de l’âge adulte, qui se trouvent entraînés dans des situations des plus délicates. Ces quatre textes, de cinquante à soixante-dix pages chacun, auraient pu, sous une autre plume moins acérée, former de très bons romans. Leur brièveté ne les rend que plus envoûtants ! Chaque texte se lit d’une traite, les nerfs à vif tant la tension va crescendo jusqu’au final, pas forcément celui que l’on attend, bien sûr… Si certains traits communs rapprochent ces nouvelles, elles diffèrent cependant assez pour qu’on ne sache pas trop sur quel pied danser avant l’arrivée du dernier mot. Du grand art !
Je recommande ce livre, bien sûr, autant pour une découverte de l’auteure que pour retrouver le plaisir de cette écriture percutante.

 

Amours mortelles de Joyce Carol Oates, (Evil eye, 2013) éditions Philippe Rey (2018) traduit par Christine Auché, 251 pages.

 

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39 commentaires sur « Joyce Carol Oates, Amours mortelles »

    1. Je ne te dirai pas qu’elles sont gaies et optimistes, ces nouvelles… mais quelle maîtrise extraordinaire ! Les personnages sont aussi vivants et présents que s’ils étaient ceux d’un roman de 300 pages…

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  1. Je viens de terminer la lecture des Cahiers de l’Herne à son sujet – cela m’a permis de mieux comprendre le personnage et l’auteur.
    Quant à ce livre-là, j’y arriverai sans doute un jour 😉

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  2. Moi aussi j’aime Oates mais j’ai fait comme toi ! Il y a longemps que je ne l’ai pas lue. j’ai pourtant un livre d’elle non lu dans ma PAL. Est-ce le même titre que celui que tu commentes ? Je ne sais plus ! Mais je vais aller voir !
    claudialucia

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  3. je n’ai lu que « Je vous emmène » qui m’avait laissé une sensation mitigée…
    mais j’ai « Mudwoman » « nous étions les Mulvaney » et « la fille du fossoyeur » (qui m’a été vivement conseillé), dans ma PAL et « Les chutes » aussi je crois

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  4. Généralement, je préfère me plonger dans la prose de JCO pour des pavés que je savoure sur plusieurs jours. Mais des nouvelles de 50 à 60 pages pourraient me convenir en ces temps de lecture réduite…

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  5. Mazette, tu me rappelles que je n’ai jamais lu cette auteure et pourtant ce n’est pas faute de recommandations ! C’est vrai qu’un recueil de nouvelles c’est une bonne idée.

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  6. Je n’ai toujours pas découvert cette auteure (je sais, c’est à peine croyable !). J’avoue que ses sujets, surtout ces derniers temps, me glacent un peu le sang. Cependant, et bien que je ne sois pas une grande fan des textes courts, ce que tu en dis est intrigant…. Donc, pourquoi pas.
    D’autre part, avais-tu lu Blonde ? (un sujet qui pourrait m’intéresser).

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    1. Mais oui, je m’étonne, vous êtes nombreux (ou plutôt nombreuses) à ne pas l’avoir lue ! Moi qui croyait enfoncer des portes ouvertes…
      Quant à Blonde, non, et contrairement à toi, je ne suis pas trop tentée.

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  7. Tu connais mon peu de goût pour les auteurs US mais je peux enfin laisser un commentaire car celle-là je l’ai lue ! Enfin, j’en ai lu un (le département de musique) qui ne m’avait pas déplu, par contre Les chutes, j’ai rapidement laissé tomber, si je puis dire, et ça ne m’a pas donné envie de poursuivre ma découverte.

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    1. Je ne connais pas Le département de musique, j’ai lu Les chutes qui est assez « classique » dans mon souvenir, assez différent de ses deniers romans, encore plus sombres…

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