Publié dans classique, littérature Asie, policier

Edogawa Ranpo, Le démon de l’île solitaire


demondelilesolitaire« 
À mesure que les jours passaient, je commençais à ressentir clairement ce qu’était la vraie tristesse. Ma relation avec Hatsuyo n’avait duré que neuf mois, mais la profondeur et l’intensité de l’amour ne se mesurent pas avec la durée. En trente ans de vie, j’avais éprouvé toutes sortes de tristesses, mais jamais une affliction aussi profonde que lorsque j’ai perdu Hatsuyo. »
Pourquoi Minoura a-t-il, malgré son âge encore peu avancé, les cheveux tout blancs ? Et pourquoi son épouse porte-t-elle une étrange cicatrice sur la cuisse ? Il doit revenir plusieurs années en arrière et commencer par le moment où il est tombé amoureux d’une de ses collègues de bureau. L’histoire va être longue et compliquée, parsemée de nombreuses morts mystérieuses, et se passer en bonne partie dans une île qui restera sans doute dans ma mémoire comme l’une des pires îles de romans, avec Shutter Island !
L’auteur de ce roman noir japonais est le précurseur de la littérature policière et fantastique japonaise dans les années 1920 à 1960. Son pseudonyme a été choisi par rapport à un maître du genre, un américain qu’il vénérait. Lisez à haute voix ce nom, et vous trouverez sans doute de qui il s’agit, sinon, la réponse est dans la suite du billet !

« Kôkichi Miyamagi était un habile interlocuteur. Je n’avais pas besoin de mettre mon histoire en bon ordre pour la lui raconter. Il me suffisait de répondre à ses questions l’une après l’autre. Finalement, je lui racontai tout, depuis la première fois où j’avais adressé la parole à Hatsuyo Kizaki jusqu’à sa mort suspecte. Miyamagi voulut examiner le croquis de la plage apparue à Hatsuyo en rêve, ainsi que le registre généalogique qu’elle m’avait confié. »
Voici un
roman assez surprenant et terrible, surtout lorsqu’on pense qu’il a été écrit en 1930 ! Il mélange un mystère de « chambre close » à la manière d’Edgar Allan Poe ou Gaston Leroux, avec des révélations beaucoup plus sordides et inimaginables. L’auteur manie de plus l’art de l’analepse et dose soigneusement ses effets d’annonce, il sème des indices en signalant au lecteur de bien s’en souvenir, et même si sur le moment on n’y comprend goutte, on finit par obtenir des éclaircissements, un peu avant le narrateur qui n’est pas toujours le plus rapide à ce petit jeu…
Dans ce roman nous trouvons donc un jeune homme naïf, une fiancée mystérieuse, une mort inexplicable, suivie d’une autre qui l’est tout autant, un détective chevronné, une piste généalogique, un savant déséquilibré, une île démoniaque. Et si parfois, le narrateur met un peu de temps à en venir au fait, si certaines scènes semblent un peu exagérées, le roman ne perd pas de sa force pour autant. C’est plus qu’une curiosité, c’est un classique du genre, méconnu chez nous, et c’est dommage !

 

Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo, (Kotô no Oni, 1930) éditions 10/18, traduit par Miyako Slocombe, 356 pages.

Objectif PAL, troisième lecture du mois ! (et toujours Lire le monde, bien sûr)
obj_PAL2018

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20 commentaires sur « Edogawa Ranpo, Le démon de l’île solitaire »

  1. Je note ! J’ai lu trois titres de cet auteur, qui a le chic pour créer des ambiances étranges et angoissantes. Les ficelles de ses intrigues sont parfois grossières,mais cela ajoute finalement au charme atypique de ses textes…

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    1. J’ai affaire à une fan de l’auteur, là ! C’est vrai que les ficelles sont parfois un peu grosses, mais l’ensemble est tellement inhabituel et surprenant que ça passe.

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  2. Je n’ai pas lu celui-ci, je rejoins le commentaire d’Ingannmic pour le souvenir d’atmosphère étranges, l’impression de malaise. J’avais lu aussi une adaptation en manga ( grand format ) d’un de ses romans, c’était très réussi pour l’ambiance !

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  3. Ah oui, je savais pour Edogawa Ranpo ! J’adore la transcription d’ailleurs. Par contre je ne l’ai toujours pas lu mais il est en projet. Merci de me le rappeler !

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    1. Moi aussi j’adore comment l’auteur a transformé un nom américain et non à la consonance très japonaise ! Je dirais que c’est un auteur à lire au moins une fois pour lla découverte !

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  4. Alors, de base, c’est japonais, et moi, quand c’est japonais, il n’y a rien à faire, plus froide que le marbre, je reste ! Mais, ce titre a l’air complètement barré, alors, du coup, je me dis que oui ! Pour la curiosité ….

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