Publié dans classique, littérature France

Romain Gary, La promesse de l’aube

promessedelaube« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »
Je l’avoue tout de suite, je ne suis pas une grande lectrice d’autobiographies, ce genre me rappelle les dîners où votre voisin de table vous assomme avec son unique sujet de conversation, lui, lui, et encore lui (ou elle) pour finalement conclure qu’il (ou elle) est ravi d’avoir fait votre connaissance. Enfin, dans le cas présent, au moins, on peut fermer le livre quand on veut. J’ai donc commencé par me dire, dès les premières pages, que Romain Gary aurait peut-être eu mieux à faire, à quarante-cinq ans, sur une plage à Big Sur, que de se retourner sur son enfance. Et puis j’ai continué…

« C’est ainsi que la musique, la danse et la peinture successivement écartées, nous nous résignâmes à la littérature, malgré le péril vénérien. Il ne nous restait plus maintenant, pour donner à nos rêves un début de réalisation, qu’à nous trouver un pseudonyme digne des chefs-d’œuvre que le monde attendait de nous. »
Dans les années 20, à Wilno (Vilnius), le petit Roman vit seul avec sa mère, qui lui voue un amour démesuré, et s’emploie à préparer le futur de celui qu’elle imagine déjà ambassadeur, écrivain, admiré par les hommes et aimé par les femmes. Pourtant, malgré les cours de danse, de chant ou de peinture que sa mère l’oblige à prendre, il continue de jouer avec les autres gamins de la cour du n°16 de la Grande-Poluhanka, là même où vivait un certain Mr Piekielny, dont quiconque s’est intéressé à la rentrée littéraire de l’année dernière reconnaîtra le nom… Roman et sa mère sont ensuite contraints de déménager vers Varsovie, avant de s’installer à Nice, plus propice aux projets maternels. La vision maternelle de la France coïncide davantage que son pays natal à ce qu’elle attend de son fils.

« Je n’avais que neuf ans et je ne pouvais guère me douter que je venais de ressentir pour la première fois l’étreinte de ce que, plus de trente ans plus tard, je devais appeler « les racines du ciel », dans le roman qui porte ce titre. L’absolu me signifiait soudain sa présence inaccessible et, déjà, à ma soif impérieuse, je ne savais quelle source offrir pour l’apaiser. »
Je ne sais plus à partir de quel moment du livre j’ai commencé à bien accrocher, sans doute lorsque je me suis rendu compte qu’il y avait probablement un décalage, voire plus, entre l’enfance réelle de Romain Gary et celle qu’il rapportait. Que ce soit à Wilno, à Nice ou plus tard lorsque la guerre le séparera de sa mère, et qu’il deviendra aviateur, l’auteur a paré ce que sa mémoire lui rapportait de fantaisies plus ou moins prononcées, et en agrémentant ainsi sa vie, l’a rendue plus captivante et apporté un plus grand plaisir de lecture que s’il rapportait platement les faits.
Si cette lecture n’a pas été un coup de cœur, c’est que j’ai toujours du mal avec les personnages de mères étouffantes qui projettent leurs échecs ou leurs frustrations sur leurs enfants, sans les laisser décider par eux-mêmes de leur vie. Mais je reconnais un grand talent d’écriture à Romain Gary, une auto-dérision réjouissante, et j’ai beaucoup aimé la réécriture de l’histoire personnelle, et la plongée dans une enfance dont l’auteur semble n’être jamais tout à fait sorti.

Je dois avouer que, lorsque j’ai poursuivi cette lecture avec Un certain Mr Piekielny de François-Henri Désérable, c’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé les personnages de La promesse de l’aube, mais chut ! J’en parlerai une autre fois !

La promesse de l’aube de Romain Gary (1960) éditions Folio, 456 pages.

C’est une lecture commune avec Inganmic et Karine (son billet très bientôt). Récemment Athalie l’a lu aussi…

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58 commentaires sur « Romain Gary, La promesse de l’aube »

  1. On a beaucoup lui, ici et là, notamment lors de la sortie du film éponyme, qu’il s’agissait d’un amour maternel si grand, si étouffant, etc. Vous n’avez pas cette lecture et je m’en réjouis. Il ne s’agit pas d’amour mais de folie maternelle. On le voir bien tout au long du livre, cette femme n’aime qu’elle même et l’enfant n’est qu’un prolongement de son être, elle ne lui prête aucune existence de sujet. Il n’est là que pour satisfaire son narcissisme car elle n’aime que l’image qu’un fils héroïque et célèbre donnerait d’elle…

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    1. Merci de cet avis, Françoise. Je n’ai pas en effet réussi à admirer cette figure maternelle qui ne laisse pas son fils choisir sa vie. Je me suis demandé si les lecteurs n’étaient pas plus enthousiastes que les lectrices à son sujet, mais à lire les commentaires, ce n’est pas aussi simple.

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  2. Je l’ai lu il y a longtemps et j’avais aimé. Romain Gary était très fort pour brouiller les cartes sur sa vie, mais c’était un sacré conteur. J’aimais beaucoup l’écouter à la radio, jadis ..

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      1. Je suis assez vieille pour me souvenir d’interviews de lui quand il sortait un livre ou même autrement. Sans parler du moment où il a été révélé que c’était lui Emile Ajar. Et comme je suis assez insomniaque, je le réentends à l’occasion, France-Culture ayant la bonne idée de rediffuser la nuit de vieilles émissions.

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    1. Je pensais que c’était une autobiographie au début de ma lecture, j’ai vite pensé qu’il fallait plutôt le prendre comme un roman d’apprentissage. Je découvre seulement l’auteur, pour moi la connotation « années 60 » me l’avait plutôt fait éviter !

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  3. Un certain Mr Piekielny … Je vois chez Gary de qui il s’agit (c’est d’ailleurs une des plus romanesques inventions de cette autobiographie réinventée) mais comme titre cela ne me dit rien, ma foi.
    Le personnage de la mère ne m’a pas gênée, je l’ai vue comme un personnage, une figure, plus que sa « vraie » mère. La première scène où elle apparaît est un moment où son fils a honte d’elle, et je l’ai trouvée poignante cette scène, comme tout le roman, d’ailleurs. j’ai vu l’humour bien sûr, mais surtout en fait, une profonde tristesse.

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    1. « Un certain Mr Piekielny » est un roman de François-Henri Désérable, paru à la rentrée de septembre, et qui bien sûr, parle de Romain Gary, mais pas seulement.
      Pour en revenir à Mina, je n’aime pas trop les personnages outranciers, fussent-ils de roman, et là, une fois de plus, cela s’est vérifié…

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      1. Le personnage de Mina est théâtral (théâtralisé ?) Mais sans elle, rien ne tient. Ce qui m’a parfois plus gênée, c’est la posture du fils qui fait siens les rêves de sa mère. La relation est romancée mais ils ne marchent pas pas l’un sans l’autre … C’est qui fait qu’à mon sens, c’est juste un livre génial (les lettres posthumes de la mère, c’est trop beau pour être du vrai, il l’a rêvé sa mère !). Du coup, je vais attendre avec une impatience certaine la sorte du livre de François Henri Désérable sur cette autre figure de l’imposteur que fut Gary !

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  4. Depuis le temps que je veux le lire. De Romain Gary je n’ai lu que Les Cerfs-Volants, merveilleuse allégorie à la résistance non violente. J’attends que mon fils termine de lire La promesse de l’aube (il souffre, le pauvre ; imposé par l’institution scolaire mais je le crois trop jeune) et je m’y attaque.

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  5. A cause de son aura écrasante, j’ai tourné autour de Gary des années et des années, par peur de ne pas être à la hauteur, avant de lire « La vie devant soi », l’été dernier. J’ai tant adoré ce roman et l’écriture qu je me suis promis de lire d’autres œuvres de Gary. « La promesse de l’aube » pourrait être le prochain 😉

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    1. Je n’avais rien lu de Romain Gary non plus, j’ai attaqué Les racines du ciel il y a quelques mois, sans trop accrocher… j’aurais peut-être du insister ? La promesse de l’aube se lit fort bien, et je tenterai un autre de ses romans à l’occasion. (sans mère étouffante, si possible)

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  6. J’ai énormément aimé ce livre sans aucune des restrictions qui sont les tiennes. Et puis ce humour ! Quant au personnage de la mère abusive, l’écrivain montre bien quelles séquelles cela provoque chez le fils malgré (ou à cause de) son amour trop exclusif pour la mère.

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  7. J’ai beaucoup beaucoup aimé ce livre et j’espère croiser un jour Un certain Mr Pikielny. Je n’imagine pas du tout Charlotte Gainsbourg dans le rôle de la mère, j’ai évité le film.

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    1. Moi non plus, je n’arrive pas à imaginer Charlotte Gainsbourg en Mina, d’ailleurs je n’ai pas mis dans le billet la couverture du livre que j’ai, qui est l’affiche du film…

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  8. J’aime le personnage, un peu moins l’auteur parfois selon les livres. Mais j’ai hâte de découvrir celui de F H Désérable.
    Si le personnage t’intéresse, son fils avait écrit un petit bouquin sur ses parents S. ou l’espérance de vie d’Alexandre Diego Gary(folio).

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    1. Merci, je ne savais pas que le fils avait écrit aussi… mais je ne suis pas sûre de vouloir revenir encore sur la vie R. Gary. Je verrai plutôt du côté de ses romans ! 😉

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  9. Ah oui, il y a eu une LC dans l’air. J’avais l’impression de le voir un peu partout ces derniers temps, surtout avec le film. J’adore Romain Gary, sa lucidité sur la vie et sa façon de raconter les choses. J’avais adoré La promesse de l’aube.

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  10. Découvert cette année, un coup de coeur pour moi. J’ai lu également les cerf-volants il y a plus longtemps et je pense que je vais lire d’autres livres comme La Vie devant soit par exemple. Pour moi très accessible (moi aussi je ne me sentais pas à la hauteur avant….) et d’une fluidité, parfois une note d’humour, de dérision….. Magnifique

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  11. J’avais commencé ce roman en audio et j’aimais beaucoup, sauf que la lecture audio ce n’est vraiment pas mon truc, ce qui m’a fait l’abandonner, tout en me promettant de le finir de façon « traditionnelle », il est prévu pour bientôt !

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    1. Comme je l’ai déjà dit dans un autre commentaire, je n’aime pas les personnages outranciers en littérature, quel que soit leur trait de caractère exagéré… et ça peut me gâcher des lectures ! 😉

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  12. J’arrive après la bataille, je découvre tout juste ton billet, étant rentrée tard hier d’une promenade dominicale ! Je crois qu’à l’inverse de toi, le personnage de la mère est un des éléments qui m’a fait tout de suite accrocher. Elle m’a d’ailleurs fait penser à une autre mère, celle de Tom Lanoye, qu’il évoque avec beaucoup d’humour et de théâtralité dans « La langue de ma mère » (mais du coup, je ne suis pas sûre de devoir te le conseiller, je crains que tu n’accroches pas).
    Je te rejoins sur l’autodérision, qui participe de beaucoup au plaisir que l’on prend à la lecture.

    Et un grand merci pour cette LC, on remet ça quand tu veux !

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    1. Pas de problème, il n’y a pas de délai pour publier des commentaires, heureusement ! Merci à toi pour cette lecture commune, que j’ai tout de même bien aimé, malgré mes quelques restrictions. Je ne noterai pas toutefois La langue de ma mère, il me semble l’avoir vu passer et l’avoir laissé de côté pour ces raisons…
      Je relirai Romain Gary, il faut juste que je trouve le bon titre !

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  13. Je l’ai presque fini… même si je vais être en retard. J’ai adoré (j’avais lu Piekielny avant… c’est ce qui m’avait donné envie… j’ai trépigné au passage en question). J’aime sa capacité à rire de lui-même… j’ai parfois eu de gros éclats de rire!

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    1. Je surveillerai mon reader pour lire ton billet. Son humour et la manière de se moquer de lui-même m’ont beaucoup plu également ! Merci pour cette lecture commune qui m’a permit de sortir un livre de ma PAL !

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  14. Ne t’inquiète pas tu n’es aps la dernière à l’avoir lu.. je l’ai acheté il y a deux mois tout au plus, en me disant qu’il était quand même grand temps de découvrir cet auteur, que je ne connais toujours pas, malgré ma lecture de nombreux avis de passionnés.
    J’espère pouvoir le lire durant le printemps, avec un peu de motivation et d’organisation dans mes lectures !

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  15. j’ai adoré ce roman! Romain Gary me fascinait littéralement (me fascine toujours en fait) et sa mère est un personnage intéressant! c’est une mère toxique c’est sûr mais elle est bien croquée.
    curieuse de savoir comment Charlotte Gainsbourg l’interprète dans le film 🙂

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