littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée automne 2017

Lee Clay Johnson, Nitro mountain

nitromountainRentrée littéraire 2017 (8)
« La ville était dans l’ombre des collines. Une route dans un sens, une route dans l’autre, et le malheureux croisement était la place principale, avec un palais de justice en briques, qui avait connu des jours meilleurs. »
La petite ville de Bordon, vue par les plus paumés de ses paumés. Y rester est à tous les coups finir par sombrer dans l’alcool, la drogue ou la violence. Pourtant, le jeune Leon a des velléités de devenir musicien de country, il ne se débrouille pas mal à la basse, mais un accident de pick-up va mettre un frein à ce semblant de rêve. C’est surtout son engouement pour Jennifer, jeune femme compliquée, sous la coupe d’un cinglé nommé Arnett, qui va provoquer un enchaînement de situations dramatiques, faisant passer ce roman du gris foncé au noir d’encre.

« Elle a empli mes paumes de ses poings. Les défauts du monde entier étaient facilement réparés. »
Que dire sur la lecture de ce roman, deuxième choisi parmi les propositions des Matchs de la Rentrée Littéraire de cette année ? Disons tout de suite que je n’ai pas été très convaincue par les toutes premières pages, mais je me suis sagement proposé de voir ce que me disait la suite. Il m’a fallu un peu de temps ensuite pour repérer l’humour distillé par l’auteur (mais on me dit souvent que je suis un peu lente à déceler cette chose mystérieuse qu’est l’humour). Dans ce cas, il permet, si cela est possible, de mieux faire passer la noirceur des sentiments et la férocité des situations, par exemple au tribunal ou au centre d’accueil des sans-abris, où Leon travaille au début du roman. Il faut toutefois avoir conscience que le ton général n’est pas vraiment, et même pas du tout, à la gaudriole, c’est cru, sombre, dérangeant. Je ne sais si cela vous est déjà arrivé, mais c’est assez inhabituel un livre qui vous donne envie de vous laver les mains en le refermant, tellement on a envie d’échapper à son univers poisseux.
Malgré mes réticences et mon manque de sympathie pour des personnages qui ne cherchent pas du tout à s’attirer les faveurs du lecteur, il m’a été impossible de mettre de côté cette lecture à partir du moment, qui n’arrive pas très rapidement, où les personnages et la situation sont bien en place. Il se produit alors si ce n’est un retournement de situation, du moins de changement de point de vue, qui intrigue et rend fiévreux à l’idée de ce qui va advenir dans la deuxième partie. C’est de ce point de vue fort bien fait.

« Elle sait qu’il s’inquiète pour Jones, qui est comme un fils pour lui. Ces deux-là se sont tellement soutenus l’un l’autre, sauf que désormais Larry ne sait plus comment voler à son secours. De même qu’elle ne sait plus comment voler au secours de Larry. »
Un des personnages, un peu moins mal en point que les autres, sent monter en lui une envie de venir en aide à un de ses amis à la dérive, et même si on devine qu’il n’y parviendra pas, ou à moitié seulement, cela fait du bien de sentir un peu d’humanité couler entre les mots. Après des litres de bière et de whisky ingurgités tout au long du livre, (par les personnages, s’entend) sans parler d’autres drogues moins légales, j’ai tourné la dernière page, où peut-être subsiste une légère note d’espoir, avec un sentiment de soulagement.

 

Nitro mountain de Lee Clay Johnson, (Nitro mountain, 2016) publié chez Fayard (août 2017), traduit par Nicolas Richard, 293 pages.

Des avis variés chez Antigone, Folavril ou Sylire.

lu pour les Matchs de la Rentrée Littéraire #MRL17

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24 réflexions au sujet de « Lee Clay Johnson, Nitro mountain »

  1. J’aime beaucoup ta lecture contrastée. Ce n’était pas évident de dire ce qui m’a séduit dans ce roman, très très sombre, et assez horrible, mais je crois que oui c’est aussi cette petite flamme au milieu du chaos <3.

    Aimé par 1 personne

  2. Intéressant à suivre la progression de ta lecture, sans parler de ton besoin de te laver les mains en terminant ce livre (ça ne m’est jamais arrivé !), ça rend tout de suite le tout plus intrigant. A voir au détour d’une bib’.

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  3. j’aime bien lire les billets avec beaucoup de commentaires car tu dis plus nettement tes réserves dans le commentaires , bref je laisse ce roman là où il est malgré sa superbe couverture.

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    1. J’ai quelques réserves, c’est sûr, mais pas au point de faire un billet entièrement négatif… Et oui, la couverture peut inciter à choisir ce livre, elle est très belle !

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