littérature France·rentrée automne 2017

Carine Fernandez, Mille ans après la guerre

milleansapreslaguerreRentrée littéraire 2017 (6)
« Ce n’est pas sa vie qu’il défend, c’est sa liberté. Sa liberté a un œil cerclé de noir et un sourire miraculeux. Sa liberté s’appelle Ramon. »
Un vieil homme arpente avec son chien les rues de son village, bourg posé à l’écart de la voie rapide Madrid-Séville. Depuis la mort de sa femme, il ne s’écarte pas de ses petites habitudes, jusqu’au jour où il reçoit une lettre de sa sœur. Devenue veuve, elle lui annonce qu’elle vient s’installer chez lui. Medianoche, dont le surnom signifie minuit, réunit alors quelques affaires et se rend à la gare routière, où il prend l’autocar pour son village natal. Il n’y était pas retourné depuis la guerre civile, et la mort de son frère jumeau, Mediodia, ce qui veut dire midi.

« Madrid lui était donnée, et tant pis si c’était une ville blessée et exsangue. Elle s’offrait comme un fabuleux terrain de découvertes dans lesquels ils vagabondaient à deux, lui et son ombre. »

Si on ne fait pas l’erreur de s’attendre à un road-movie fantaisiste, on ne peut, à mon avis, qu’apprécier cette plongée dans l’histoire intime d’un homme, liée à celle de son pays. Medianoche va enfin, après soixante ans, se confronter à ce qui s’est passé aux premiers jours de la guerre d’Espagne, lorsque, tout jeune, il s’est trouvé aux côtés des Républicains, et qu’il a perdu une moitié de lui-même. Accompagné de son chien Ramon, il prend pension dans le village qui remplace en quelque sorte son village natal, englouti par les eaux d’un barrage, et il laisse enfin affluer ses souvenirs.
Je me suis laissé emporter par la très belle écriture de Carine Fernandez, que je découvrais grâce à une rencontre début septembre sur « La rentrée des auteurs en Auvergne-Rhône-Alpes ». Le style est lyrique, mais sans trop en faire, avec de belles images et une grande sensibilité, je l’ai vraiment beaucoup apprécié, et ai été touchée par ce vieil homme qui, depuis soixante ans, pense avoir raté sa vie, et essaye de ne plus penser aux moments douloureux de son passé. Tout va ressurgir, confronté aux paysages de son enfance.
Ce texte permet de se rendre compte une fois de plus à quel point les Espagnols ont occulté leur guerre civile, qu’on ne nommait même pas dans les familles, parlant de « ça ». La résistance au franquisme est évoquée également, et c’est très intéressant. Un très beau moment de lecture !

Mille ans après la guerre de Carine Fernandez, éditions Les Escales (septembre 2017) 231 pages.

Les avis d’Elora et de Gambadou 

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25 réflexions au sujet de « Carine Fernandez, Mille ans après la guerre »

  1. C’est intéressant comme point de vue. La guerre d’Espagne a été un sujet littéraire pour des écrivains étrangers, je ne savais pas qu’on en parlait si peu en Espagne même.

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    1. L’auteure est une enfant d’immigrés espagnols, qui a eu a « subir » le silence assourdissant de sa famille sur le sujet… L’écouter en parler m’a donné envie de lire ce livre, et j’ai beaucoup aimé.

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    1. La quatrième de couverture (je les lis toujours en diagonale) m’avait fait croire à autre chose, mais heureusement j’ai pu entendre l’auteure parler de son roman, et cela m’a convaincue de passer par la case « achat » !

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  2. Le thème m’intéresse ; d’ailleurs dans l’actualité on reparle de ses violences anciennes en Espagne, qui n’ont jamais été regardées en face et qui traînent encore dans beaucoup de familles.

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    1. C’est tout à fait l’idée que j’ai eu en entendant les actualités de ces derniers jours, que la guerre civile et la période du franquisme restent dans le domaine du non-dit, et que c’est l’une des causes des velléités d’indépendance de la Catalogne.

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  3. J’avais lu le billet de Gambadou qui, bien qu’elle ne le présente pas de la même manière que toi, m’avait donné envie de le lire. C’est vrai que ce sont essentiellement des enfants d’expatriés espagnols qui traitent le plus de la guerre civile en littérature, peut-être faut-il cette distance pour la regarder en face. Il est noté.

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    1. Peut-être aussi ne connaissons-nous qu’une partie de la littérature espagnole contemporaine, celle qui est traduite… Il serait intéressant de voir si le sujet est souvent traité. En polar, peut-être ?
      Je suis bien contente que tu le notes, en tout cas, et que d’autres lectures suivent !

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  4. J’aime bien le sujet du roman. Les textes sur la guerre civile espagnole me touchent toujours beaucoup. Finalement les espagnols ne se sont jamais remis de la guerre civile et ce qui se passe en ce moment à Barcelone le prouve bien.

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  5. Je suis assez fascinée par cette période de l’histoire… connais-tu le coeur glacé, d’Almuneda Grandes ? Un super livre aussi ! et l’image de couverture de celui-ci est magnifique !

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  6. J’ai un autre livre en attente dans ma PAL qui traite du même sujet, mais celui-ci m’a l’air intéressant. Pas pour tout de suite mais je le note quand même 🙂

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