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Anne Perry, L’étrangleur de Cater Street

etrangleur« En fait, le rituel du thé demeurait immuable ; c’étaient les protagonistes qui changeaient. Soient elles rendaient visite à quelqu’un, se perchaient sur des chaises inconnues, dans un autre grand salon, et entretenaient une conversation un peu empruntée. Soit l’une d’elle recevait des invités. »
En essayant de comprendre ce qui fait le succès des romans d’Anne Perry, on se rend compte qu’ils procurent au lecteur une triple évasion, un dépaysement qui tient à la fois au genre policier, au lieu, du moins pour les lecteurs français, et à l’époque, puisqu’il se déroule en 1880, en pleine époque victorienne. Si on ajoute que la personne qui est au centre de l’enquête, même si ce n’est pas à proprement parler elle qui la mène, est une jeune fille de la bonne bourgeoisie, que l’attente d’un beau mariage confine à des travaux d’aiguille, des conversations de salon ou à l’accomplissement de bonnes œuvres, on se rend compte à quel point cet éloignement de notre univers quotidien offre une bonne dose d’évasion. Le père de Charlotte Ellison lui interdit même de lire les quotidiens, remplis à son avis d’horreurs qui risquerait d’effrayer et de corrompre la jeune fille, interdiction qu’elle s’arrange pour outrepasser, contrairement à ses deux sœurs, plus enclines à adopter les vues de leurs parents.

« Il fit le tour de la pièce, lentement. Cet homme n’avait vraiment aucune éducation. Cependant, qu’attendre d’un policier ? Ce devait être plus fort que lui. »
Lorsque plusieurs jeunes femmes sont étranglées à l’aide d’un fil de fer dans le quartier de Cater Street, tout proche du domicile de la famille Ellison, tout le monde devient tour à tour suspect, d’autant que les hommes de la famille semblent chacun avoir quelque chose à dissimuler. L’enquête est confiée à l’inspecteur Pitt, qui rend plusieurs fois visite à la famille pour poser des questions, et il amusant de le voir avec leurs yeux. Un inspecteur de police est pour eux une personne vraiment inférieure, mal habillée et manquant de bonnes manières. Quoique Charlotte finisse par le regarder d’une manière un peu différente.

« Sans un mot, la tête haute, Charlotte sortit et monta l’escalier. Sa chambre était sombre et froide, mais elle ne pensait qu’à une seule chose : dehors, il faisait encore plus sombre, encore plus froid. »
Le caractère de Charlotte est intéressant à plus d’un titre. Plus frondeuse que ses sœurs, ayant du mal à ne pas dire ce qu’elle pense, elle est secrètement attirée par le mari de sa sœur aînée, Dominic. Moins futile que ses sœurs, elle ressent aussi plus fortement l’angoisse de savoir un assassin courant les rues, et elle aime à confronter ses idées à celle du (malgré tout) séduisant inspecteur Pitt.
Ce premier volume de la série est plaisant à lire, le texte est dense en dialogues qui sonnent assez justes, et de nombreuses pistes laissent jusqu’au bout l’assassin dans l’ombre. L’atmosphère de ce quartier bourgeois de Londres est bien rendue, évoquant autant le monde des employés de maison que celui des commerçants, les jeunes filles bien nées comme les personnes plus dévoyées. Je ne dis pas que je lirai toute la série, mais c’est le genre de livre à dénicher en bouquinerie pour une lecture simple et non contraignante !

L’étrangleur de Cater Street d’Anne Perry (The Cater Street Hangman, 1979) éditions 10/18, 1997, traduit par Annie Hamel et Roxane Azimi, 382 pages

Les avis de George, Karine et Lou

Lecture pour le mois anglais à retrouver ici, et pour l’Objectif PAL !

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34 réflexions au sujet de « Anne Perry, L’étrangleur de Cater Street »

  1. C’est ton premier Anne Perry ? Je me souviens de cette lecture fort fort lointaine. Ah, l’époque victorienne et ses tourtes aux rognons, régal de l’inspecteur Pitt 😊 !

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    1. C’est le premier que je lis, et le premier de la série aussi : l’inspecteur Pitt n’a pas encore partagé son engouement pour les tourtes aux rognons !

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  2. C’est le premier que j’ai lu d’elle aussi et j’avais beaucoup apprécié. Un autre point vraiment dépaysant : les prénoms de beaucoup de personnages, vraiment originaux et drôles !

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  3. Je ne lis pas souvent de polars et encore moins avec des personnages récurrents, je ne connais donc pas cette auteure qui semble réussir à créer une ambiance.

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  4. Tu me replonges des années en arière, quand j’ai découvert cette série et que j’y ai plongé avec délices.Charlotte et Thomas Pitt sont vraiment attachants, si tu en lis encre il vaut mieux le faire dans l’ordre. Je suis occupée à en lire un mais je ne serai pas prête pour ce rendez-vous polar, ce sera pour la semaine prochaine.

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  5. Tu me fais faire un salto arrière de 4 ans quand j’ai découvert cette série et que j’en ai lu 3 ou 4 d’affilée (je dois avoir jusqu’au tome 20 dans mes étagères), depuis, j’ai lu des Monk (son autre série) et tu me donnes envie de m’y remettre !

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      1. En fait c’est ma mère qui était devenue accro et elle les lisait à la suite (elle était monomaniaque en lecture) alors je les lui achetais d’occasion, elle les a tous lus ! 😉

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  6. J’ai souvent vu passer le nom de cette romancière mais pour l’instant, elle ne m’a jamais semblé une urgence. J’essaierai de la caser pour le mois anglais 2018 histoire de savoir de quoi il retourne exactement.

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  7. Je n’ai jamais lu Anne Perry mais tu as raison, facile à trouver en bouquinerie ou dans les vide-greniers ! Si j’en trouve un cet été, je le prendrai en prévision du mois anglais 2018.

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  8. J’avais beaucoup aimé ce premier tome et son personnage principal, Charlotte ! En même temps, j’adore tous les romans se déroulant à l’époque victorienne. Il faudrait que je me plonge dans la suite de la série ^^ D’autant que le tome 2 traîne dans ma Pal depuis un bail !

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  9. J’ai une étagère (doublement) remplie des 2 séries d’Anne Perry : les Pitt et William Monk. J’ai dû lire une bonne quinzaine d’épisodes de la série des Pitt et c’était toujours un plaisir de retrouver les héros et de suivre leur évolution au rythme de l’évolution du pays et de ses moeurs… J’ai fini par laisser tomber assez récemment car il faut bien arrêter un jour mais ce fut bien du plaisir. La série des Monk est vraiment bonne aussi, notamment le premier volume « Un étranger dans le miroir »… Peut-être pour ton prochain mois anglais ?

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    1. Pourquoi pas ? je revendrai piocher dans vos commentaires pour le prochain mois anglais, pour trouver des titres, si je n’en ai pas engrangé un ou deux d’ici là !

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