classique·littérature îles britanniques

Elizabeth Gaskell, Mary Barton

marybartonLittérature victorienne ? Je précise tout d’abord, pour moi-même, pas très au fait des classiques anglais, que la littérature victorienne couvre un période qui va en gros de 1835 à 1900. Elle succède à la littérature romantique, et est représentée par Charles Dickens, Charlotte Brontë, William Wilkie Collins, Elizabeth Gaskell, Thomas Hardy et bien d’autres. Certains romans sont caractérisés par leur souci du réalisme social, et ce roman de Mary Barton en fait partie. Sa couverture ne permet pas d’imaginer qu’il se déroule dans le milieu des ouvriers tisserands ou métallurgistes de Manchester, qu’il décrit les familles mourant de faim, les maladies et la misère, les mouvements ouvriers.

« A l’intérieur, il faisait très sombre. De nombreux carreaux, cassés, étaient bouchés à l’aide de chiffon, ce qui expliquait dans une large mesure la pénombre régnant dans la pièce, même en plein jour. […] L’âtre était vide et noir ; la femme, assise à la place de son mari, pleurait dans la solitude sombre. »
Roman social critique écrit avant le milieu du XIXème siècle, et par une femme, il a rapidement fait parler de lui, et été très mal pris par la bourgeoisie de Manchester, avant d’être un peu oublié. Il évoque les mouvements ouvriers survenus à Manchester, pratiquement avant qu’ils n’aient lieu. Elizabeth Gaskell ne se contente pas d’écrire un roman passionnant, elle le fait avec une modernité assez incroyable, en se plaçant elle-même par moment en observateur et en rapporteur au cœur du récit, ce qui est plutôt surprenant et enthousiasmant ! Par exemple, elle précise, « j’utilise tel mot plutôt que tel autre » ou « j’ai observé cela » dans le cours du récit, chose qui m’aurait semblé inimaginable dans un roman de cette époque.

 

« L’amour qu’elle éprouvait pour lui était une bulle gonflée par la vanité, mais elle semblai très réelle et très brillante. »
Certes, le roman comporte plus de 570 pages en poche, mais il est d’une richesse extraordinaire, et aborde quantités de thèmes : l’histoire de Mary, jeune fille qui a perdu sa mère toute jeune et choisi de travailler comme couturière, de son père qui s’engage dans la lutte pour les droits des ouvriers, des deux amoureux de Mary, bien différents l’un de l’autre, et dont l’un sera accusé de meurtre, lançant Mary dans la quête de la vérité et une véritable course contre la montre pour mettre hors de cause son ami. Le livre devient à ce moment roman à suspense, et il est difficile de le refermer sans savoir où cela va mener !

 

« Il avait des espoirs considérables, mais vagues, concernant les résultats de son expédition. Cette pétition était porteuse de tous les précieux espoirs de créatures aux abois par ailleurs, dont il incombait aux délégués de représenter les souffrances. »
Le récit fourmille d’autres personnages, tous plus intéressants les uns que les autres, et parmi lesquels on se retrouve très bien. Fait marquant, nombreux sont ceux qui, malgré leur pauvreté, trouvent le moyen de partager, de venir en aide aux plus malchanceux, avec une belle humanité. Quelques épisodes sont vraiment remarquables comme celui de l’incendie, du père de famille malade dans un taudis, des deux grands-pères s’occupant d’un bébé dont la mère est morte, des délégués qui portent les doléances des ouvriers à la chambre des Députés, du procès à Liverpool, de la tante de Mary devenue prostituée… Un passage est terrible aussi, c’est lorsque les membres du syndicat ouvrier réunis envisagent une solution extrême à leurs problèmes.
Vous l’aurez compris, je recommande la lecture de ce roman victorien même à ceux qui, comme moi, ne se sentent pas portés sur ce genre de lecture. J’ajoute que la traduction est à mon avis des plus réussies. Les autres romans d’Elizabeth Gaskell sont-ils de la même veine ? Qui les a lus ?

Mary Barton d’Elizabeth Gaskell (1848) traduit par Françoise du Sorbier en 2014 pour les éditions Fayard. Paru en poche, éditions Points, 574 pages.

Le mois anglais est chez Cryssilda et Lou.

Ce livre participe aussi à l’Objectif PAL puisque je l’ai gagné lors du mois anglais 2016 !
mois_anglais2017  logo_objpal

Publicités

55 réflexions au sujet de « Elizabeth Gaskell, Mary Barton »

  1. A une ou deux reprises j’ai failli emprunter un roman de cette auteure à la bibliothèque, par curiosité, mais je ne l’ai finalement jamais lue. Je note donc précieusement ce titre, car ta chronique me donne vraiment envie de la découvrir !

    J'aime

  2. J’ai lu pas mal de billets sur les romans de cette auteure, en général élogieux, mais je ne suis pas très attirée par la littérature victorienne. Il faudra que j’essaie quand même.

    J'aime

  3. Pareil, déjà noté le nom de cette auteure que j’aimerais découvrir, maintenant j’ai aussi un titre à noter 😉 Est-ce que c’est ce roman qui a inspiré à la BBC la très belle mini-série « Nord et Sud » ? (à moins que ce ne soit tout simplement un roman qui s’intitule aussi Nord et Sud ! Bref, je n’y connais rien à cette auteure !)

    Aimé par 1 personne

  4. D’Elizabeth Gaskell je ne connais que Nord et Sud, que j’adore et que j’ai relu plusieurs fois, un autre formidable roman social qui montre à la fois le point de vue du patron et celui des ouvriers, avec une formidable histoire d’amour au milieu. Je note celui-ci que je vais m’empresser de dénicher !

    J'aime

  5. oh oui toute riche comme litterature…Gaskell decrit bien et on est loin loin des harlequins…j’avais lu son cranford et vu ses « nord et sud » et « femmes et filles »…et bin il faudrait que je continue…lala…;)

    J'aime

  6. J’avais noté le nom de l’auteure à l’occasion de quelques chroniques de « Nord et Sud ». Je n’avais pas gardé de souvenirs très précis des dites chroniques, honnêtement. Du coup, ton enthousiasme ravive l’envie, qui s’était un peu émoussée, de découvrir Elizabeth Gaskell !

    J'aime

  7. J’ai adoré « Mary Barton » moi aussi. Je te conseille « Nord et Sud », plus romanesque mais également ancré dans un contexte social dramatique (bien que l’héroïne soit moins dans le besoin de Mary) ou « Les confessions de Mr Harris » qui est presque une nouvelle, extrêmement drôle … Si tu souhaites plus de détails, j’ai écris des billets sur chacun de ces romans …

    J'aime

  8. Quel bel enthousiasme ! Ça donne vraiment envie ! Je connais bien la littérature victorienne mais Gaskell fait partie des rares auteurs (parmi les plus connus de l’époque) que je n’ai pas lus encore ! J’ai trouvé mon auteur à caser pour le mois anglais 2018 !

    J'aime

    1. Si tu aimes la littérature victorienne, cela devrait te séduire. A moins que ce soit justement parce que je n’y connais rien que j’ai beaucoup apprécié ! 😉

      J'aime

  9. J’adore la période victorienne même si Dickens, rien à faire, ça ne passe pas … mais il me reste beaucoup d’auteurs et de titres à découvrir, dont celui-ci que je note dans les urgences !

    J'aime

  10. J’ai lu beaucoup de romans d’Elisabeth Gaskell : Nord et Sud, Ruth, Femmes et filles, Les amoureux de Sylvia, Les confessions de Mr Harrisson, Cranford. Pas Mary Barton, donc merci pour ta chronique ! Ce que j’aime dans les romans de cette romancière, c’est d’une part la diversité de ses sujets et la richesse de son écriture, d’autre part son analyse sociétale fine (et roturière souvent, contrairement à Jane Austen). Certains de ses romans sont drôles (comme Les confessions de Dr Harrisson), d’autres graves (comme Les amoureux de Sylvia), d’autres au romantisme développé (Femmes et filles, Nord et Sud). Bref, auteur prolixe !

    J'aime

    1. Merci pour toutes ces précisions qui me donnent une idée plus précise de l’auteure. Je ne sais pas trop par lequel je continuerai, mais il est sûr que je la lirai de nouveau.

      J'aime

  11. Noté 🙂
    C’est vrai que la couverture influence beaucoup le choix d’un livre .. Je viens d’aller voir sur Babelio et la couverture mise en avant n’est pas du tout inspirante (bien que certainement plus proche du sujet)
    Bon dimanche 🙂

    J'aime

    1. Je croyais aussi que c’était plutôt des histoires sentimentales à la Jane Austen (pas trop ma tasse de thé) mais pas du tout… A lire, à mon avis ! 😉

      J'aime

  12. Je n’ai lu que Femmes et Filles de cet auteur. J’en garde un bon souvenir quoi que beaucoup moins engagé socialement que ce que tu décris. Je me le note, il rejoins Nord et Sud, qui patiente aussi dans la liste.

    J'aime

    1. Ce sera plutôt en priorité Nord et Sud qui viendra s’ajouter à ma (longue) liste de lectures, parce que le côté social m’a vraiment beaucoup plu dans Mary Barton.

      J'aime

Ajouter un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s