littérature Europe du Sud·sortie en poche

Silvia Avallone, Marina Bellezza

marinabellezza« Cela jaillit d’un buisson à une vitesse folle et se matérialisa au milieu de la route.
Et c’était vivant. Énorme. Ça ne bougeait pas. Ça restait là, comme pétrifié par une force obscure. »
Trois garçons dans une voiture, trois jeunes des confins de l’Italie, au bord des Alpes, se dirigent vers une fête éloignée et comme irréelle, lorsqu’ils heurtent un animal. Cet épisode qui débute le roman est d’une force peu commune. L’auteure passe ensuite à Marina, qui se produit sur des scènes rurales, en se voyant passer à la télévision, Marina qui rêve sa vie à l’opposé de celle de sa mère noyée dans l’alcool.
Le roman est d’abord celui d’une histoire d’amour impossible, entre Andrea et Marina, lui issu d’une famille bourgeoise, mais qui rêve d’un retour à la terre, elle pour qui le but suprême est de quitter la vallée et la misère.

« Les femmes ne bougeaient pas, elles étaient comme les racines enterrées des châtaigniers, comme les tubercules et les rochers. Elles attendaient. Que les maris reviennent les mettre enceintes, que les enfants grandissent, que les maris rentrent pour mourir. »
Ce roman est ensuite celui d’une petite communauté, de quelques villages, des problèmes cumulés dans ces régions géographiquement et commercialement éloignées de tout. C’est sans doute ce qu’il y a de plus réussi dans ce roman, l’auteure est vraiment parvenue à poser le décor, à rendre vivants les habitants de ce territoire rural enclavé dans les montagnes, à retracer les histoires des familles et des aspirations individuelles sur quelques générations. Certains magnifiques passages réussissent à toucher le lecteur, et laissent une trace.

 

« Mais le héros nait toujours désavantagé, sinon quelle sorte de héros serait-il ? »
Comme dans D’acier, que j’avais vraiment adoré, l’écriture de Silvia Avallone frappe par sa profondeur et sa justesse. Je suis un peu plus mitigée en ce qui concerne les personnages. Marina est aussi insupportable qu’une gamine de quatorze ans alors qu’elle en a vingt-deux, elle enchaîne les caprices et les volte-faces, selon des schémas qui finissent par sembler répétitifs. Les parties sur les concours de chant ou les passages à la télévision ne m’ont que moyennement intéressée.
Le personnage d’Andrea a plus de présence réelle, il est plus terrien, plus solide, malgré ses égarements passagers. Quant aux personnages secondaires, ils m’ont semblé moins travaillés. Ces petits bémols ne m’ont pas empêchée de dévorer le roman, grâce à de nombreux effets d’annonce qui laissent présager des révélations successives.
On peut retrouver l’Italie des montagnes dans d’autres romans comme Aquanera de Valentina d’Urbano, Eva dort de Francesca Melandri dans la région du Trentin Haut-Adige, tout deux très beaux et que je vous recommande… Je n’ai pas encore lu par contre Ouvre les yeux de Matteo Righetto dans les Dolomites, ni Le poids du papillon d’Erri de Luca, aussi tout à fait dans le thème. Peut-être en connaissez-vous d’autres ?

Marina Bellezza, de Silvia Avallone, traduit par Françoise Brun, éditions Liana Lévi (2014) 539 pages, sorti en poche.

D’autres avis : une lecture forte pour Clara, un plaisir de lecture pour Hélène, mais Papillon n’est pas emballée…
C’est le mois italien chez Martine !
mois_italien_2017

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32 réflexions au sujet de « Silvia Avallone, Marina Bellezza »

  1. Absolument le même avis que toi, je l’ai lu à sa sortie, j’avais vraiment adoré D’acier, comme toi. Celui-ci est plus faible par certains côtés, mais en même temps, elle parle bien de cette Italie d’aujourd’hui, et c’est vif et intelligent. As-tu lu son premier texte, une nouvelle qui avait été publiée dans La Republica, « Le lynx » ( parue en Piccolo ) ? Absolument bluffant compte tenu de son âge quand elle a écrit ça. Je crois qu’un nouveau va sortir bientôt, je ne le manquerai pas.

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    1. Oui, j’avais lu aussi Le lynx, tu me le rappelles ! Et comme toi, j’attends de nouvelles parutions avec intérêt, même si j’ai trouvé quelques légers défauts à celui-ci.

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  2. J’ai lu récemment Ouvre les yeux, de Righetto, un texte court mais dont j’ai beaucoup aimé la sobriété et la sensibilité, je pense qu’il te plaira. Et le hasard a fait que j’ai lu en suivant un autre roman se passant dans les Dolomites, mais d’un auteur anglais cette fois : Dans la chambre d’un hôtel de Gabriel Josipovici, que j’i beaucoup aimé également.

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  3. J’avais été d’autant plus déçue que j’avais adoré D’acier, mais comme tu le dis les personnages sont un peu ratés…

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    1. J’ai largement préféré D’acier, mais j’ai retrouvé dans celui-ci des thèmes communs aux deux, et c’est toujours intéressant de voir évoluer un auteur. J’espère que d’autres titres suivront !

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  4. comme toujours avec ce genre de billet , je me dis que je vais commencer par « D’acier » que tout le monde semble aimer alors que pour celui-là il semble y avoir quelques déceptions.

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  5. C’est avec ce roman que j’ai découvert Silvia Avallone et j’en garde un très fort et très beau souvenir de lecture! Bien d’accord avec toi ! Merci!

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