littérature France

Sophie Divry, La condition pavillonnaire

conditionpavillonnaire« Tout est si naturel. François comme toi boit du café sucré et préfère les biscottes au pain. Vous vous quittez en bas de l’immeuble en disant «à demain », votre vie de couple commence ainsi. »
M.A., enfant unique de parents attentifs, quitte son bourg de l’Isère pour aller étudier à Lyon. Si les premiers temps sont difficiles, la rencontre d’une amie, puis celle de François, la mettent sur les rails de la vie adulte, mariage, appartement commun, premier travail, premier enfant, achat d’un pavillon dans sa région d’origine… S’adressant à M.A. d’un bout à l’autre du livre, Sophie Divry décortique la vie d’une jeune fille devenue femme dans le courant des années 70, ses aspirations, ses déceptions, ses secrets, ses accommodements avec une existence où elle s’efface derrière ses rôles de femme, d’employée, de mère de famille.

« Ces vacances étaient dans l’année les seuls moments pour toi qui te restaient. »
La condition pavillonnaire, ou comment transformer une vie tout ce qu’il y a de plus banale en un roman qui, malgré ou à cause de la banalité, prend à la gorge et met un peu mal à l’aise. J’avoue que je trouve un peu facile de réduire une vie à des moments insignifiants, à une succession de gestes minuscules et monotones, à des sentiments communs, sans beauté, ni emphase, de n’accorder à ses personnages pas davantage de grandeur d’âme que de sentiments vraiment haïssables !

« Si tu étais née dans cette campagne, ta vie se serait déroulée différemment, pensais-tu dans ces moments-là. Tes malheurs n’auraient pas été aussi violemment modernes. »
Et pourtant, ce qui m’avait déplu dans le roman de Rachel Cusk, Arlington Park, a mieux fonctionné dans le cas du roman de Sophie Divry. D’abord la narration qui s’adresse droit au lecteur, à la lectrice, qui en l’occurrence a juste quelques années d’écart avec MA et se retrouve donc parfois dans les épisodes de sa jeunesse… Le nom d’MA et un certain nombre de situations font référence à Emma Bovary, et ce bovarysme presque contemporain retient aussi l’attention.
Si j’ai préféré Quand le diable sortit de la salle de bains, plus original au niveau de la forme, et même du fond, cette seconde lecture étant de celles qui remuent et donnent à réfléchir, elle n’était pas inutile.
Je crois qu’un certain nombre d’entre vous l’a lu aussi, qu’en avez-vous pensé ?

Pour Un mois un éditeur, avril est le mois des éditions Noir sur blanc.
Chez le même éditeur, j’ai lu Quand le diable sortit de la salle de bains de Sophie Divry,  Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse,  La belle jeunesse de Marek Hlasko, L’estivant de Kazimierz Orlov, Les pérégrins d’Olga Tokarkczuk, et La belle de Joza de Kveta Legatova que j’ai lu dans une autre édition.
J’ai lu aussi Les enfants de Dimmuvik, et repéré des nouveautés de l’éditeur, voici de quoi faire votre choix !
quandlediablesortit  derniergardiendellis  enfantsdedimmuvik
bellejeunesse  peregrins   
noirsurblanc

Sophie Divry, La condition pavillonnaire, éditions Noir sur Blanc (collection Notabilia, 2014) 272 pages.

 

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35 réflexions au sujet de « Sophie Divry, La condition pavillonnaire »

  1. J’ai un autre texte de Sophie Divry à lire chez Noir sur Blanc. Je la découvrirai, et j’avoue que le résumé de cette condition pavillonnaire m’avait jusqu’à présent bien peu donné envie…

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    1. Le choix est pourtant large chez cet éditeur… quand à celui-ci, je l’ai lu facilement et avec grand intérêt, mais pas tout à fait avec passion, c’est vrai !

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  2. J’avais aimé « Quand le diable sortit de la salle de bains ». Celui-ci a l’air très différent, mais si je le croise, je n’hésiterai pas à le lire.

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  3. Je l’avais bcp aimé! Comme tu dis, il prend à la gorge, il un aspect parfois même un peu déprimant. Je me rappelle que des lecteurs-trices l’avaient trouvé trop stéréotypé surtout par rapport au rôle de la femme, le réduisant à la mère de famille.. Enfin voilà c’était un beau coup de cœur pour moi et j’ai adoré aussi Quand le diable sortit… », J’aime bien ce que fait Sophie Divry 🙂

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    1. J’ai trouvé que l’auteure évitait assez bien les poncifs… ce qui n’était pas gagné au vu du sujet. Sophie Divry est une auteure à suivre, et je compte bien lire son essai paru récemment sur le roman.

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  4. J’avais bien aimé son 1e roman (La côte 400) et une collègue m’avait prêté ce titre, que j’ai fini par lui rendre sans le lire, après avoir lu des avis mitigés… peut-être m’essaierais-je plutôt au Diable au sort de la salle de bain… et sinon, je viens de lire Un homme dans l’ombre, que tu proposes comme idée de lecture dans le cadre de l’éditeur du mois. J’ai bien aimé, bien que ce ne soit pas une lecture toujours facile. Mon billet paraîtra la semaine prochaine..

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    1. Je te conseille plutôt « Quand le diable… » plus original, et moins déprimant (quoique ce soit un avis tout personnel).
      Quant aux nouveautés de l’éditeur, je suis plutôt tentée par Sonia, mais je lirai ton avis avec intérêt. Il y a un article sur ces deux parutions dans le Monde des livres aujourd’hui.

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  5. Je ne connais pas le roman de Sophie Divry et je ne suis pas sûre de le lire un jour. J’ai beaucoup aimé L’estivant, le seul roman de Kazimierz Orlos traduit en français, je compte lire Les pérégrins d’Olga Tokarczuk que j’aime beaucoup mais j’attends cet été pour pouvoir me le procurer en polonais, de même que Sonia d’Ignacy Karpowicz qui vient de sortir chez Noir sur Blanc.

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    1. J’ai beaucoup aimé L’estivant aussi. Les pérégrins, c’est un peu plus particulier, mais très intéressant, toutefois !
      Comme je le disais à Inganmic, je suis assez tentée par Sonia, encore plus après un article lu…

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  6. tout le monde autour de moi a aimé « le diable sortit de la salle de bain » et semble plus critique pour celui-là je sens que je vais me laisser porter par l’avis général

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  7. Depuis ma lecture de ce titre, je fuis les autres de cette auteure ! Non seulement il m’avait déprimée mais je rejoins complément de ce tu dis dans le second paragraphe de ta note : c’est une vision très réductrice, trop d’ailleurs, d’un parti pris de la médiocrité qui est gênant. Et, en bonne fan d’Emma, la vraie, la seule, l’unique, cette version « modernisée » ne lui rendant pas hommage, le parti pris de l’écriture m’avait franchement agacée.

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    1. Je n’ai pas trop tenu compte du parallèle entre MA et Emma, même s’il est présent et voulu par l’auteure. Toutefois, j’avais un peu l’impression de voir la jeunesse et même en générale la vie des femmes de ma génération réduite à des banalités… ça ne m’a pas empêché de poursuivre, et même globalement d’apprécier le roman.

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