deuxième chance·littérature îles britanniques·rentrée hiver 2016

Rachel Cusk, Disent-ils

disentils« J’imagine que c’est un peu comme le mariage, dit-il. On bâtit une structure entière sur une période d’intensité qui ne se répétera jamais. »
Rachel Cusk fait partie de ces auteurs dont je sens que je devrais aimer, un jour au moins, ce qu’ils écrivent, même si je n’ai pas eu pour le moment le sentiment de me retrouver dans ce que j’ai lu. J’avais eu l’impression que tout le monde aimait Arlington Park, alors que j’étais restée relativement indifférente tout en pensant qu’il fallait suivre cette plume. Avec Contrecoup, récit plus personnel d’une séparation, je n’avais pas non plus éprouvé grand chose.

Nous en sommes venus à attendre de l’existence ce que nous attendons des livres.
Disent-ils a au contraire su m’attraper tout de suite pour ne plus ma lâcher jusqu’à la fin. C’est sans doute dû en partie à sa structure originale où des personnes, rencontrées par la narratrice lors d’un séjour à Athènes, ville où elle va animer un atelier d’écriture, prennent la parole et dialoguent avec elle. Cette romancière anglaise a le don de savoir écouter, d’être vraiment à l’écoute, et de laisser venir à elle des confidences fort intéressantes, sur la vie, sur l’amour, la famille ou la création artistique.

Les gens intéressants sont comme des îles, dit-il : on ne tombe pas sur eux par hasard dans la rue ou à une fête, il faut savoir où ils se trouvent et s’arranger pour les rencontrer.
Le fait que cela se passe en Grèce, la diversité des personnes rencontrées, certaines d’entre elles étant fort originales, la subtilité des sujets abordés lors de conversations, tout ceci m’a subjuguée, et j’ai été ravie d’apprendre qu’il s’agissait du premier tome d’une trilogie. J’ai adoré toute cette réflexion sur le discours d’autrui et sur la manière dont on le reçoit, aucun des protagonistes ne m’a laissée indifférente avec une préférence pour certains, comme cette auteure qui se découvre différente hors de la présence de son mari.

J’ai aussi été plus qu’amusée par le voisin d’avion de la narratrice, qui se dévoile petit à petit, ou par cette femme qui n’arrive plus à écrire des pièces de théâtre, car elle a pris l’habitude de résumer toutes les situations qu’elle affronte d’un seul mot, aussi « Pourquoi se donner la peine d’écrire une longue et belle pièce sur la jalousie si jalousie la résumait tout aussi bien ? »


Je vous laisse avec une dernière citation en espérant avoir au moins convaincu quelques curieux de se tourner vers ce dernier roman de Rachel Cusk, si son côté philosophique, qui est contrebalancé par des moments souvent drôles, ne vous rebute pas, « Il est intéressant de remarquer que les gens voudraient toujours que vous fassiez ce qu’eux n’oseraient jamais, et avec quel enthousiasme ils vous poussent vers votre propre destruction. »


Rachel Cusk, Disent-ils (
Outline) éditions de L’Olivier (mars 2016) traduit par Céline Leroy, 208 pages

Clara est séduite, et Nadael aussi. Ce livre entre dans le cadre des deuxièmes chances.
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28 réflexions au sujet de « Rachel Cusk, Disent-ils »

  1. La question que je me pose c’est dans quelle langue elle anime son atelier d’écriture . Même ta conviction ne me donne pas envie de commencer cette trilogie, trop long pour moi en ce moment.

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    1. Tu as raison de te poser cette question. C’est en anglais, et elle reconnaît que c’est un défi pour les grecs qui y participent que d’écrire dans une autre langue.
      Quant à la longueur, il fait environ deux cent pages et peut se lire seul. Je mentionne la trilogie parce que ça m’a fait plaisir de savoir que l’auteur travaillait à un ensemble de trois livres, mais je ne crois pas qu’il s’agisse à proprement parler d’une suite.

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  2. Je ne l’ai jamais lue et je suis prête à lui donner une chance. J’avais vu le film tiré d’Arlington Park et je n’avais pas aimé. Pour une fois, ça ne m’avait pas donné envie de lire le roman.

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  3. J’ai encore Arlington Park dans ma PAL, je ne sais pas trop pourquoi mais je suis pas super pressée de le découvrir, je verrais donc après si je continue à découvrir ses livres, mais celui-ci ne me tente pas beaucoup.

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  4. J’avais lu d’elle les variations qui m’avaient ennuyé et je n’ai plus jamais rien lu. Si j’en trouve l’occasion,n peut-être l’occasion de renouer

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  5. Arlington Park m’a profondément ennuyée, je me sentais à des années lumière des personnages féminins ! Pour l’instant, je n’ai pas envie d’essayer de lire un autre roman de cet auteur.

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  6. C’est intéressant que tu te sois accrochée à cette auteure qui ne t’avait pourtant pas convaincue deux fois de suite. Et la troisième, c’est la bonne ! Comme quoi…:-) La thématique a de quoi séduire cela dit. J’aurais bien cédé à la curiosité mais « premier tome d’une trilogie »… Pfff…. Ça me décourage.;-)

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    1. Mais il ne faut pas ! Ce roman se lit très bien tout seul, et, si j’ai bien compris ce sera une trilogie avec des personnages différents, une approche différente, juste une « trilogie d’idée », si on peut dire ça comme ça.

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    1. Tu pourrais l’aimer aussi. Il ne contient pas ce qui m’a agacé dans Arlington Park, une forme de critique sociale qui, de mon point de vue, ne mène à rien…

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