littérature Asie·rentrée automne 2016

Hiromi Kawakami, Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau

soudainjaientendu« Depuis l’enfance, Ryô n’est pas d’une nature à parler de ce qui lui tient à cœur. Il n’est pas pour autant taciturne, mais tant qu’il n’a pas la certitude de pouvoir aller jusqu’au bout de son idée, il préfère rester sans rien dire. »
Comme souvent avec Hiromi Kawakami, c’est de l’intime qu’il s’agit, de la famille dans ce qu’elle a de plus secret. Là où un américain aurait installé une montée en puissance, à plusieurs voix probablement, jusqu’à une révélation finale, l’auteure japonaise va et vient dans les pensées de Nahoko, une femme d’âge mûr qui revient sur son enfance, sa jeunesse, ses relations avec ses parents et son frère Ryô. La part la plus cachée de ces relations familiales compliquées est dévoilée assez vite, en passant, et Nahoko y revient à plusieurs reprises, comme on retourne en pensée à un épisode saillant de sa vie.

« Pourquoi la mémoire ne faiblit-elle pas ? »
Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau est tout le contraire d’un roman fluide, il avance d’un coup, puis retourne en arrière, s’égare dans le passé, revient au présent. De longs passages racontent des rêves de Nahoko à propos de sa mère, ce ne sont pas ceux que j’ai préférés, et c’est un soulagement ensuite de revenir à sa vie présente ou à ses souvenirs d’enfance. Le roman flotte un peu, il y existe peu de descriptions, peu de repères temporels, il s’agit plus de créer une atmosphère, à base de bruits, de sensations et d’odeurs, et de rendre palpable les relations entre l’intériorité de chacun et l’ambiance.

« Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Vais-je mourir sans l’avoir trouvée ? »
Les questions que se pose Nahoko sont nombreuses et comme, en lisant, on ne sait parfois même pas de quelle question il s’agit, une force irrésistible pousse à tourner les pages, jusqu’à la toute fin qui est très belle.
Je ne recommanderais pourtant pas les romans d’Hiromi Kawakami à tout le monde, mieux vaut avoir une certaine sensibilité à cette manière très japonaise de tourner autour des choses. À chaque fois que j’ai lu un roman de cette auteure, ça a été sans déplaisir, mais sans coup de cœur non plus. J’aurais aimé une forme un peu plus classique de récit, peut-être.

Chez le même éditeur, je me souviens de quelques belles lectures, les voici en images : La brocante Nakano de la même auteure, Baguettes chinoises de Xinran (2008), La prière d’Audubon de Kotaro Isaka (2011), Compartiment pour dames d’Anita Nair (2002) ou Appel du pied de Risa Wataya (2008).
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Hiromi Kawakami, Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau (Suisei, 2014), éditions Philippe Picquier (2016) traduction Élisabeth Suetsugu, 211 pages.


Pour en savoir plus sur Un mois un éditeur, ou sur les éditions Philippe Picquier.
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21 réflexions au sujet de « Hiromi Kawakami, Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau »

  1. Je crois que ce genre de texte n’est pas pour moi. Hier, j’écoutais une émission où il était question de mots qui n’existent pas : il y a en japonais quantité de mots qui désignent des sensations, des perceptions pour lesquels nous avons besoin de phrases entières tant ce qui est perçu est subtil. Le travail de traducteur du japonais ne doit pas être simple…

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    1. Pour autant que je puisse en juger, ce roman semble très bien traduit. Les sensations y sont effectivement très présentes, et d’après ce que tu dis, ce ne doit pas être facile à rendre en français… Toutefois, je ne suis pas sûre que tu aimerais… 😉

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  2. J’aime les romans japonais, mais là, je ne suis pas sûre .. je renâcle un peu devant les narrations qui s’éparpillent trop.

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  3. Ah rares sont les romans japonais qui me résistent, et j’affectionne vraiment cette littérature, mais là d’après ce que tu en dis, je sens que je ne rentrerai pas dedans. Dommage…

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  4. Du même auteur, j’ai lu « Cette lumière qui vient de la mer » et j’ai beaucoup aimé. C’est un roman tout en simplicité, qui ne raconte pas grand chose, mais qui fait pénétrer le lecteur dans une famille japonaise. Je ne conseille pas par contre de lire la quatrième de couverture qui révèle des événements se déroulant aux deux tiers du livre.

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    1. C’est le point commun de ces romans, la simplicité. Les éditeurs ont un peu du mal à ne pas trop en dire dans les quatrièmes… D’ailleurs je me suis abstenu de trop en dire au sujet de ce roman aussi.

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  5. UN de mes éditeurs préférés! Et une de mes auteures japonaises préférées aussi 🙂 j’aime beaucoup la douceur de son style, et je n’ai pas encore lu celui-ci…

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